Bulgarie: Cette guerre n’est pas la nôtre, Monsieur Sarkozy !

 Malgré l’intervention de la France dans l’affaire des infirmières bulgares, Sofia a des raisons d’être profondément agacé par Paris, estime l’éditorialiste Svetoslav Terziev. Pour lui, le refus de la Bulgarie de participer aux frappes militaires en Libye est une excellente décision.

23.03.2011 | Svetoslav Terziev | Sega

  • Explosion de joie à Benghazi dans la nuit du 17 au 18 mars à l'annonce de la résolution du conseil de sécurité de l'ONU.

Explosion de joie à Benghazi dans la nuit du 17 au 18 mars à l’annonce de la résolution du conseil de sécurité de l’ONU.

Tout porte à croire que les militaires bulgares ne vont pas défiler aux côtés de leurs camarades français le 14 juillet prochain sur les Champs Elysées pour célébrer la victoire sur le régime honni de Kadhafi. Premièrement, parce que Sofia a refusé de participer à l’intervention militaire en Libye voulue par le président Nicolas Sarkozy ; et deuxièmement, parce qu’il est peu probable qu’il y ait une victoire d’ici là.

Mais même si nous sommes absents de la fête, nous méritons de nous féliciter : pour la première fois depuis de nombreuses années, la Bulgarie a fait preuve d’intelligence dans sa politique extérieure en refusant de se plier aux desiderata d’une grande puissance au nom de ses propres intérêts. Finalement, ce n’était pas trop difficile d’affirmer dès le début : « Non, merci, Monsieur Sarkozy. Cette guerre n’est pas la nôtre ! ». De surcroît nous sommes trop petits, insignifiants et sous-équipés pour la mener. Donc franchement : désolé.

Nicolas Sarkozy se serait certainement contenté de notre soutien politique, histoire de montrer nous avons pris acte de ses nouvelles fonctions de leader mondial. Mais là aussi, nous sommes obligés de présenter nos regrets. Premièrement, il ne s’est comporté comme tel que quelques heures – pour jeter la première pierre avant de se cacher dans le dos des Américains qui, malgré leur réticence à engager une guerre contre un troisième pays musulman, sont de nouveau en première ligne. Et deuxièmement, toutes ses gesticulations ne s’adressent pas au monde mais sont uniquement destinées à convaincre les Français de ne pas le chasser après son premier mandat. Pourtant, c’est ce qui l’attend : les résultats des élections cantonales sont un premier indicateur – même si ces élections ont coïncidé avec l’entrée en guerre de la France.

Pourquoi la Bulgarie est aussi ingrate, me demanderiez-vous, alors que c’est bien l’intervention décisive de Nicolas Sarkozy qui a permis à la libération de ses infirmières en 2007 ? Deux raisons à cela : premièrement, à la différence de la France, le gouvernement bulgare n’a pas pu évacuer tous ses ressortissants de Libye, dont la plupart ont préféré vivre dans l’incertitude et la peur plutôt que dans la misère chez eux. Dans ces conditions, une politique belliqueuse de la part de Sofia aurait mis en danger des centaines de personnes sur place sans que, cette fois, on puisse compter sur une intervention providentielle de Nicolas Sarkozy pour les sauver.

Deuxièmement, le président Guéorgui Parvanov et le premier ministre Boïko Borissov ont raison de rappeler que cette intervention occidentale contre la Libye n’a que trop tardé. Ils ne veulent pas dire par là qu’on aurait dû libérer les infirmières à coup de missiles, mais que la « diplomatie de l’ombre » à laquelle la Bulgarie avait été contrainte par les capitales occidentales ne servait en fait que les intérêts de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Italie qui continuaient de faire des affaires avec Kadhafi. Ce n’est que lorsque les autorités bulgares ont osé évoquer de vive voix les violations flagrantes des droits de ses concitoyens en Libye que leur détention a commencé à poser des problèmes aux hommes d’affaires occidentaux. Les infirmières ont alors été libérées en vingt-quatre heures et Sarkozy n’a même pas eu besoin de se déplacer pour ce faire – c’est son son épouse Cécilia qui a fait le travail.

Ce n’est pas un hasard si les pétrodollars de Kadhafi sont planqués quelque part en Occident et pas en Bulgarie. Nous, en revanche, avons dû payer cash la libération de nos infirmières en mettant une croix sur la dette libyenne qui s’élevait à l’époque à 60 millions d’euros. Quant aux nouveaux amis de Sarkozy à Benghazi, qu’il a le premier reconnu comme une opposition légitime au régime, nous avons aussi des réserves parce que leur barbarie à l’égard de nos infirmières ne les rend pas différents des sbires de Kadhafi. Si leur révolution avait trouvé nos infirmières en prison, leur sentence de mort, prononcée à trois reprises, aurait certainement été exécutée comme l’ont réclamé à plusieurs reprises les habitants de Benghazi lors de manifestations « spontanées » à travers la ville.

Pour toutes ces raisons, nous préférons la position allemande dans la crise en Libye. Même si Angela Merkel fait face elle aussi à des échéances électorales dans son pays, elle ne nous entraîne pas dans une aventure militaire uniquement pour sauver son destin politique.

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