Le secret de Luis Posada Carriles, par Jesús Arboleya Cervera


Le terroriste Luis Posada Carriles, à Miami.

source : Progreso Semanal/ Progreso Weekly (Miami)

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Je ne sais pas si vous pensez comme moi, mais j’ai le sentiment que l’aspect le plus déconcertant du procès de Luis Posada Carriles, à El Paso, au Texas, est que, comme nous disons, nous autres cubains, la liste et le ticket ne collent pas (1) . En d’autres termes, ils parlent d’une chose et en jugent une autre.

Malheureusement, tous ceux qui devraient savoir ne sont pas au courant des crimes commis par cet homme, mais quiconque est familiarisé avec l’affaire, en particulier les cubains, savent que Posada est un terroriste international. Et nous n’avons besoin de personne pour le prouver.

Nous savons tous que cet homme n’a rien fait d’autre de toute sa longue vie, et, comme si les preuves présentées par le gouvernement de Cuba et les nombreux rapports déclassifiés du FBI ne suffisaient pas, Posada lui-même a pris sur lui de faire la publicité de ces crimes, écrivant même une autobiographie, où il décrit de façon éhontée pas mal de ses méfaits.

Néanmoins, parmi ceux qui n’en ont pas entendu parler, il y a les jurés qui doivent rendre leur verdict à El Paso. C’est requis par une loi qui, pour une quelconque raison, suppose que des personnes ignorantes sont les mieux qualifiées pour rendre la justice. Peut-être est-ce pour cela que, au milieu d’un tribunal bondé où les évidences abondent, le procureur a assumé la tâche de « révéler » aux jurés qui est le terroriste Luis Posada Carriles. La question est : pourquoi fait-on tout ça?

Les nombreux témoins de l’accusation, y compris des fonctionnaires cubains, ont simplement décrit une nouvelle fois ce qu’on savait déjà, c’est-à-dire que Posada Carriles a été l’organisateur d’une série d’explosions menées contre des installations touristiques cubaines, explosions au cours desquelles fut tué Fabio Di Celmo.

En fait, même Posada l’a confessé au New York Times, même si la journaliste qui a fait l’interview apparaît maintenant comme le principal témoin de l’accusation pour certifier quelque chose que l’accusé a confirmé aux caméras de télévision étasuniennes.

Une autre question qui est aussi connue grâce à Posada, et que le procureur a soulevée, a été que ces actions ont été conduites avec le soutien politique et financier de certains membres de la Cuban American Foundation. Cela implique des figures importantes du lobby Cubain-Américain, parmi lesquels des membres du Congrès et des Sénateurs d’origine cubaine.

Toutefois, dans la mesure où seuls ont été mentionnés des morts et des complices de petite envergure, la révélation nous a laissé dans l’attente de quelque chose qui pique notre imagination mais n’a jamais été éclairci.

De la même manière, rien n’a été dit à propos du pire des crimes de Posada, l’explosion en vol d’un avion de ligne cubain à La Barbade qui a tué 73 personnes, dans laquelle l’implication de la CIA demeure obscure.

Aucun effort n’a été fait pour éclaircir le rôle de l’Ambassade des Etats-Unis dans l’évasion de Posada de la prison vénézuélienne où il a été détenu et de sa réapparition dans un camp de la CIA au Salvador. Le conte, également raconté par Posada, suivant lequel tout cela a été possible grâce à des amis, n’est pas très convaincant.

Il est de notoriété publique que la CIA a recruté Posada au début des années 1960, qu’elle l’a entraîné et utilisé dans de nombreuses attaques contre Cuba. Elle l’a même placé comme un de ses agents au sein des forces de sécurité vénézuéliennes. Le témoignage de personnes qui décrivent comment elles ont été torturées par le fameux « Commissaire Basilio », un de ses nombreux pseudonymes désormais connu internationalement, a été publié.

Ce qui reste inconnu, c’est jusqu’à quand la CIA s’est servie de lui et sa position actuelle sur le personnage, ce que nous avions souhaité apprendre au procès. N’oublions pas que la défense a basé sa plaidoirie sur la véracité de cette collaboration.

Toutefois, les choses ne sont pas allées trop loin. L’accusation, avec le soutien du juge et l’indulgence de l’avocat de la défense, s’est arrangée pour garder secrète- pour des « raisons liées à la sécurité nationale »- les documents qui auraient pu nous éclairer.

Personne ne doute que Posada n’est entré illégalement aux Etats-Unis. En fait, il est ici actuellement sans papiers. Pour la même infraction, des centaines de migrants malchanceux sont expulsés tous les jours, quelle que soit la façon dont ils sont entrés dans le pays, à pied ou en parachute.

Mais nous savons même exactement la façon dont Posada est arrivé », parce que la presse mexicaine, cubaine, américaine et notre hebdomadaire l’ont dévoilé à l’époque, tandis que l’homme se reposait paisiblement dans la maison d’un ami à Miami, sans que les autorités ne daignent le capturer.

C’est la mégalomanie d’un homme (qui a osé donner une conférence de presse) qui a forcé les autorités à organiser une arrestation VIP et à l’emprisonner brièvement comme migrant illégal. Toutefois, à ce moment là, elles ne l’ont même pas poursuivi, parce qu’elle auraient alors du considérer sérieusement la demande d’extradition du gouvernement vénézuélien.

La surprise est que ces informations, qui suffisent (en dépit de manipulations) pour envoyer n’importe quel terroriste musulman ou quiconque ressemble à un terroroiste à la chaise électrique, est finalement sans intérêt pour ce qui est de juger ses crimes, parce que c’est n’est pas la question de ce procès.

Ce que l’accusation veut montrer, c’est que Posada a bien commis des crimes, mais ne les a pas avoués formellement aux autorités étasuniennes- et pour cette raison, il est jugé pour avoir menti. Une curieuse contradiction : si ce type avait dit la vérité, il n’y aurait pas eu de poursuites contre lui.

 

Pour sa défense, je dois dire qu’il ne l’a pas fait parce qu’il savait que ceux qui savaient feraient tout pour maintenir le secret. Le silence sur la complicité des Etats-Unis dans ses crimes et sur les personnes impliquées est son assurance-vie. Et cette fois-ci, la langue de Posada la grande-gueule ne fourchera pas.`

 

Là, et seulement là, réside le secret de Posada Carriles. Nous savons tout le reste et tout le reste est sans conséquence. C’est pourquoi, comme l’avocat José Luis Pertierra nous le dit, le vieil homme dort paisiblement tandis que les autres débattent, dans l’assurance que des gens très puissants n’ont d’autre choix que d’attendre impatiemment qu’il emporte ses secrets dans la tombe.

 

(1) « la lista no coincide con el billete »

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