Gross contre la souveraineté, par Luis Sexto

source : Progreso Semanal/ Progreso Weekly

Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Progreso Semanal/Progreso Weekly est un hebdomadaire Cubain-Américain de Miami, opposé à l’extrême droite anticastriste de Floride. Le journal donne la parole à des émigrés qui ne sont pas des « exilés » et qui défendent leur pays, sa souveraineté et ses institutions légitimes. (Note de Marc Harpon)

Dans le cas d’Alan Gross, l’Académie du langage (politique) pourrait avoir à se réunir en Congrès pour décider si le mot « subversion » doit avoir différentes entrées dans le dictionnaire, tout en signifiant la même chose, ou s’il y a plus d’un dictionnaire pour juger ou qualifier les différents actes liés à la politique, suivant le pays d’où l’on parle.

Aux Etats-Unis, en particulier à Miami, Gross est un citoyen de bonne volonté qui a seulement tenté d’améliorer les communications avec l’extérieur de certains groupes de cubains.

Au départ, les juifs ont été inclus dans la généreuse action. Et quand les dirigeants de la communauté juive ont refusé d’être les destinataires de moyens si avancés de communication satellitaire- de quelle utilité nous sont-ils, ont-ils peut-être avancé- les supposition ont porté (cette fois de façon apparemment plus certaine) sur les soi-disant dissidents qui, suivant une définition strictement lexicographique, sont les ennemis provocateurs et « américanisants » du gouvernement cubain.

Au nom de la loi étasunienne qui défend la lutte pour la démocratie à Cuba- la loi Helms Burton- un citoyen étasunien peut violer la loi cubaine si ses buts correspondent à ceux d’un champion de la liberté dans une naton insulaire qui, du point de vue étasunien, nie les valeurs démocratiques telles que les définit le dictionnaire de Washington.

Juger de l’affaire à travers des lunettes politiques, c’est-à-dire en utilisant le mot « politique » à la façon dont un acrboate se tient sur une corde, autrement dit de façon équilibrée, nous devrions commencer par nous demander si l’arrestation et la détention subséquente d’Alan Gross peuvent constituer, du côté de Cuba, un acte de provocation, ou de mauvaise volonté envers les Etats-Unis.

Cela profite-t-il à Raul Castro de détériorer ses relations avec Washington? Est-il pratique de contrer l’effet des quelques mesures que Barack Obama a adopté, afin de, au minimum, repartir de la situation d’avant la détérioration causé par Bush Jr dans les relations entre les deux pays?

Une autre question surgit pourtant : cela aurait-il un sens que La Havane, tout en libérant des hommes condamnés pour des délits politiques- ceux qui ont été jugés en 2003- et d’autres crimes, à l’exception de ceux qui ont versé le sang, et tout en changeant les condamnations à mort de trois hommes jugés coupables de terrorisme, lance un nouveau conflit en poursuivant pour subversion, sans preuve, un citoyen des etats-Unis, et pas n’importe lequel?

Tant que l’on gravite sur la sphère de la politique, aussi ronde et irrégulière que la Terre, nous ne trouvons aucun motif qui puisse justifier, et, sans vouloir me répéter, expliquer une attitude manquant à ce point de sens politique.

Le point de vue des fonctionnaires étasuniens ne tient pas Alan Gross pour un agent, bien qu’ils soit nommé sous-traitant de l’Agence Etasunienne pour le Développement International (USAID). Ce point de vue ne voit pas le fait de distribuer des douceurs à Cuba sans la permission du gouvernement cubain comme impliquant une violation de la souveraineté cubaine.

Le fait d’exécuter le même acte aux Etats-Unis, c’est-à-dire, travailler pour un autre pays sur le territoire étasunien sans s’inscrire dans les registres du gouvernement fédéral, ne constitue-t-il pas un crime sévèrement puni, même si l’agent présumé est entré dans le pays légalement?

Ne blâmez donc pas la partialité de l’auteur de ces lignes. J’essaie juste de montrer que la raison ne peut être réduite à une casuistique qui admette qu’une chose que je n’aime pas est juste quand c’est moi qui la commet contre d’autres.

Et donc nous voyons notre politique étrangère se départir de son voile pour assumer, nue, le rôle de ce qu’on appelle en espagnol cubain, » l’intimidation de quartier » [guaperia de barrio, ndt]. Par conséquent, « arrogance » serait le mot du dictionnaire politique pouvant résumer les demandes de la Maison Blanche pour la libération d’Alan Gross.

Quelque soit ce qu’on imagine, ce qui semble vrai, c’est qu’au procès qui vient de s’achever ont été produits assez d’arguments juridiques pour justifier le verdict.

Et il est également vrai que l’équipe d’avocats cubains défendant le sous-traitant de l’USAID a mené « une défense vigoureuse », d’après le Nuevo Herald du 5 Mars.

Le procès, avec près de 14 mois de préparation après l’arrestation de Gross, le 3 décembre 2009, a un sens qui se situe au-delà des hurlements des « exilés » de Miami et des menaces de Madame Clinton et du fait de faire de la libération de Gross une condition à la future amélioration des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Mais un facteur primordial doit être pris en considération : en jugeant Alan Gross, Cuba a défendu sa souveraineté et son intégrité. Parce que, après tout, le Congrès étasunien a donné des dizaines de millions de dollars à l’USAID pour que l’organisation puisse -entre autres tâches- financer les groupes et les tendances qui, à Cuba et hors de Cuba, cherchent à renverser le gouvernement cubain légitime et restaurer l’hégémonie de Washington sur l’île, qui, pendant des siècles a été nommé, la Clé du Golfe.

Ni le parcours intellectuel d’Obama, ni son éloquence n’ont été capables de changer cette politique, dont la victime actuelle est Alan Gross lui-même.

Un commentaire

  1. Et puisque les USA n’ont de cesse de désigner Cuba comme un Pays ennemi cet agent n’avait donc rien à faire à Cuba! D’ailleurs n’ont-ils pas condamnés nos cinq Héros Cubains pour soi-disante collaboration avec un pays ennemi? Bien sûr que nos médias aux ordres de l’empire US n’en expliquent rien. Merci à tous ceux chez nous qui en prennent conscience et à Jean-Luc Mélenchon qui vient de remettre vertement les journalistes à leur place pensant l’embarrasser avec Cuba !!! Il a profiter de son laps de temps au micro , BRAVO!!


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