Des forces mondiales tirent les soulèvements du Moyen-Orient, par Nick Beams

 

source : http://www.wsws.org/articles/2011/mar2011/pers-m05.shtml

Traduit de l’anglais par Maurice Lecomte pour Changement de Société

La propagation des soulèvements au Moyen-Orient, commençant par la Tunisie en Janvier, suivie par l’Egypte et s’étendant maintenant à travers la région, est parfois considérée comme une sorte de contagion.

Nul doute que les ouvriers et les jeunes de chaque pays aient animé et continueront d’animer l’inspiration et la force des mouvements de masse dans d’autres. Mais la rapidité de ces événements est, en dernière analyse, le résultat de processus plus profonds enracinés dans l’économie mondiale -processus qui sont à l’œuvre dans tous les coins du globe.


La caractéristique commune la plus évidente à la Tunisie, l’Egypte et la Libye – les trois centres principaux de la tempête- n’est-elle pas la mise en œuvre de programmes néo-libéraux de grande envergure en faveur du « marché libre », restructurations ayant eu lieu dans chacun d’entre eux durant la dernière période. Ces politiques, dont la privatisation à grande échelle, la sinueuse liquidation des réglementations économique et financière nationales, la destruction de dizaines de milliers d’emplois et la réduction des subventions d’Etat, ont été supervisés par le Fonds monétaire international (FMI) pour le compte du capital financier mondial .


En octobre dernier, le FMI a publié un rapport dans lequel il déplorait globalement le « manque de compétitivité dans le Moyen-Orient et en Afrique du Nord. » Il retenait cependant deux «belles histoires [succès]». Tunisie était devenu le « centre d’externalisation » de la région, avec « une réglementation simplifiée, des infrastructures modernes, des incitations gouvernementales pour l’engagement vers une économie fondée sur la connaissance qui produit des ouvriers qualifiés, bon marché. » L’auto-immolation d’un jeune travailleur chômeur en décembre dernier a été le détonateur de l’insurrection tunisienne.

La


Quant à l’Egypte, elle avait attiré d’importants investissements mondiaux avec ses récentes « réformes structurelles » conduisant à « l’amélioration de l’environnement des affaires. »


La Libye a également fait l’objet de rapports élogieux. Le 28 Octobre l’année dernière, le FMI a félicité les autorités libyennes « pour les efforts visant à renforcer le rôle du secteur privé dans l’économie ». Il a salué « les efforts visant à approfondir les marchés financiers », comme «louables» et a souligné qu’il n’y avait pas plus de banques appartenant au gouvernement et que les «partenaires étrangers» avaient des participations dans six des 16 banques opérant dans le pays.


Le rapport du FMI a également noté que «des progrès» avaient été réalisés pour réduire l’emploi dans la fonction publique, en soulignant que 340.000 employés des services publics avaient été orientés vers un bureau central du travail pour traiter leurs licenciements, et qu’environ un quart avait trouvé d’autres sources de revenu. Il a demandé que ce programme de repli soit «accéléré». Pas plus tard que le 9 février de cette année, une semaine seulement avant le soulèvement contre Kadhafi ne commence, le FMI a souligné le « programme ambitieux » pour privatiser les banques et « développer le secteur naissant financier », et a salué les réformes structurelles dans d’autres secteurs ainsi que « les lois ambitieuses » adoptées l’année dernière qui étaient de bon augure pour « favoriser le développement du secteur privé et attirer l’investissement direct étranger. »


Les administrateurs du FMI ont « félicité les autorités pour leur programme de réformes ambitieux » et pour les nombreuses lois importantes adoptées l’an dernier « complétées par des politiques visant à adapter la main-d’œuvre à la transformation économique. » Vue dans ce contexte, les soulèvements du Moyen-Orient suggèrent une signification plus large. Ils sont la première révolte contre le programme de «libre marché» qui a eu un impact si dévastateur sur la situation sociale de la classe ouvrière au cours des 20 dernières années. La privatisation, l’approfondissement des inégalités sociales, la montée du chômage des jeunes, le manque de débouchés pour les diplômés universitaires et jeunes diplômés, la baisse des salaires réels et l’accumulation de vastes quantités de richesses, en grande partie résultat de ce qui ne peut être décrit que comme des opérations criminelles de pillage, ne n’appartiennent pas particulièrement au Moyen-Orient, mais sont des phénomènes mondiaux.


Alors que le «libre marché» du programme du capital financier a jeté les fondements économiques objectifs pour les soulèvements, les actions des autorités financières dans le sillage de la crise financière mondiale ont fourni l’impulsion initiale significative.


Confrontée à la plus grande catastrophe économique dans les années quatre-vingts, la réponse de l’administration Obama et de la Réserve fédérale aux États-Unis a été de continuer avec les mêmes politiques ayant mené à l’accident, en attaquant brutalement la condition de la classe ouvrière. Loin de réglementer ou contrôler -sans parler de nationalisations ou de traduction de leurs dirigeants en justice pour leurs activités criminelles- la banque centrale a fourni aux banques et institutions financières du crédit ultra bon marché, afin qu’elles puissent continuer à amasser des profits par la spéculation et la manipulation financière.


Comme Président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke a déclaré explicitement dans un article publié dans le Washington Post en novembre dernier, dans le but de soi-disant procéder à des «assouplissement quantitatif -QE-», avoir injecté des centaines de milliards de dollars dans le système financier afin de stimuler les cours boursiers. Non seulement les actions, mais tous les actifs, y compris l’immobilier, les terres, les matières premières et les aliments sont devenus des cibles pour de grandes quantités de capital financier qui cherchent à accumuler des profits par la spéculation.


Une étude récente des personnels du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a constaté que le nombre de contrats à terme et des options négociés au niveau mondial sur les bourses des produits de base a quadruplé entre 2005 et 2010, le commerce de l’alimentation représentant une « part modeste mais en croissance rapide. » La spéculation accrue a contribué à alimenter la hausse des prix. L’indice des prix agricoles et de l’alimentation (FAO) pour le panier international de produits alimentaires comprenant des produits laitiers, de la viande, du sucre, des céréales et des oléagineux a bondi de plus de 30 % entre Juin et Décembre l’année dernière. Le prix des céréales, un aliment de base qui représente plus des deux tiers des calories alimentaires dans de nombreux pays en développement, a fait « un énorme saut de 57 % pendant la même période. »


L’étude a révélé que les prix des denrées alimentaires n’ont pas sensiblement baissé après leur sommet de 2007-2008, et qu’en novembre 2010 ils étaient en moyenne d’environ 55 % plus élevés, par rapport à mai 2007. Le rapport indique qu’ils sont l’un des facteurs clés des soulèvements. Il note que « Depuis 2008, les ménages pauvres ont épuisé les stratégies d’adaptation, comme faire moins de repas, réduire les dépenses de santé, augmenter la dette et travailler de longues heures dans le secteur informel, et leur capacité de résilience est très limitée pour 2011. »


La flambée des prix alimentaires et l’inflation générée par la crise du capitalisme mondial ont déjà eu des conséquences explosives au Moyen-Orient. Ils menacent d’avoir des conséquences encore plus profondes en Chine. Là, le régime vit dans la crainte quotidienne d’une révolte de la classe ouvrière, bien plus grande que celle qui s’est développée en réponse à l’inflation de la fin des années 1980 et a conduit au massacre de la place Tienanmen en Juin 1989.

Cette flambée des prix alimentaires n’est que l’un des effets de la «restructuration» dans la répartition financière mondiale. Un autre [effet] réside dans la réduction des dépenses effectuées en Europe, et par le gouvernement des États aux États-Unis, afin de reporter les coûts en trillions de dollars pour le renflouement des banques sur le dos de la classe ouvrière.


Et un nouveau flux –dont l’effet apparaît maintenant indistinctement, mais menaçant d’impacter directement des pays comme l’Australie et le Brésil, lesquels ont jusqu’ici échappé aux pires effets de la crise économique mondiale en raison de leurs exportations de produits de base, notamment vers la Chine.


Une grande partie de l’accroissement de la demande, en particulier de minerai de fer, vient du boom de la construction immobilière en Chine, alimentée par les politiques d’argent bon marché menée par les autorités politiques et financières de la Réserve fédérale américaine (QE). Cependant, plus cette bulle se prolonge, plus ses conséquences seront grandes. Cette semaine le macro économiste australien Warwick McKibbin, administrateur de la Reserve Bank of Australia, a averti qu’elles pourraient être encore plus grandes que celles de la crise de 2007-2008. L’impact de l’effondrement de la bulle sera dévastateur pour l’Australie avec son produit intérieur brut d’environ 13 % supérieur à ce qu’il aurait été sans le boom sur les matières premières à l’exportation.


Indépendamment de sa forme particulière, la situation dans chaque pays est, comme Léon Trotsky l’a expliqué, « une combinaison originale des caractéristiques de base du processus de monde. » Par conséquent, a t-il insisté, la lutte de la classe ouvrière dans un pays donné, quelle que soit sa forme initiale, ne peut aller de l’avant que sur la base d’un programme international et par la construction du parti mondial de la révolution socialiste. C’est la perspective du Comité international de la Quatrième Internationale aujourd’hui.

Un commentaire

  1. Juste pour indiquer qu’une phrase a du « sauter » dans les opérations effectuées. Dans la partie haute du texte, il y a un « La » qui se ballade tout seul. C’est en fait le début de la phrase ;

    « La Tunisie était devenu le « centre d’externalisation » de la région, avec « une réglementation simplifiée, des infrastructures modernes, des incitations gouvernementales pour l’engagement vers une économie fondée sur la connaissance qui produit des ouvriers qualifiés, bon marché. » L’auto-immolation d’un jeune travailleur chômeur en décembre dernier a été le détonateur de l’insurrection tunisienne. »

    Après ce « La » esseulé, le texte reprend ;

    « Quant à l’Egypte, elle avait attiré d’importants investissements mondiaux avec ses récentes « réformes structurelles » conduisant à « l’amélioration de l’environnement des affaires. …. »

    Bien à vous.

    ML


Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s