La crise n’est pas finie, par Marc Harpon

Marc Harpon

Je ne prétends pas être économiste. Je prétends juste être un citoyen honnête, sérieux et responsable qui prend le temps de se former un jugement documenté et équilibré sur les problèmes concernant de près ou de loin notre République et sa majorité sociale, la classe ouvrière.

Il n’ s’agit ni de céder à ma fantaisie et de croire ce que j’ai envie de croire, comme le font les irresponsables, ni de plier devant les arguments d’autorité,comme le font les lâches ou les esprits religieux. C’est ainsi que je me prends à douter, de mon point de vue de modeste profane, pas même éclairé, de ce qu’on nous raconte de plus en plus souvent : la crise serait, paraît-il, derrière nous.

Pourtant, c’était bien la crise la plus grave de toute l’histoire du capitalisme et de l’économie, non ? La dernière Grande Crise n’avait pas vraiment été vaincue avant que la guerre puis la reconstruction ne relancent durablement l’économie. Alors, comment se fait-il qu’on nous annonce que tout est fini, que la croissance reprend, que l’emploi repart ? Il y a certes des signes d’un mieux. En 2010, l’économie française a créé entre 124 600 et 164 000 emplois, comme le notaient Les Echos, en comparant les chiffres de l’INSEE, de Pôle Emploi et de l’Agence Centrale des organismes de Sécurité Sociale. Et ce n’est pas qu’en France que les choses, en apparence, vont mieux…L’économie américaine aurait créé 192 000 emplois au mois de février 2011. (http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/03/04/04016-20110304ARTFIG00449-reprise-de-l-emploi-americain.php)

Pourquoi donc l’honnête homme serait-il fondé à douter du sentiment croissant que tout va bien ? Pas parce que les emplois créés relèvent dans une trop large mesure des formes atypiques du salariat, comme l’intérim, ni parce que, comme le note l’INSEE, les salaires n’augmentent pas ou presque pas. Si je doute que la crise soit finie, c’est parce que, quand une chose disparaît, j’ai tendance à me demander où elle est passée, et ce, qu’il s’agisse de clés de voitures, de manettes de jeux vidéos ou de crises économiques mondiales aux proportions inédites.

Où donc est passée la crise ? Elle s’est, semble-t-il, déplacée dans deux directions : d’une part elle est passée de la finance aux…finances publiques : dans le pays le plus riche du monde, les Etats-Unis d’Amérique du Nord, les services publics ne seront bientôt plus qu’un souvenir. Chez eux, comme chez nous, les caisses sont vides, parce qu’on s’en est servi pour arroser les financiers : la part sociale du salaire, que les travailleurs touchent pour aisin dire en nature, sous formes de services publics, diminue drastiquement sous l’effet de coupes budgétaires accélérées par la crise. D’autre part, la crise, c’est connu, a incité les spéculateurs à se rabattre vers les matières premières, notamment agricoles, qui sont des valeurs sûres. Le résultat est que nous sommes à l’aube d’une crise alimentaire mondiale dont les effets risquent fort de dépasser ceux des émeutes de la faim de ces dernières années.

D’ailleurs, à en croire Federico Funetes, dans un article du Green Left Weekly, que Changement de Société a traduit, les révoltes dans le monde arabe ne sont pas sans lien avec les récentes hausses du prix des aliments. David Harvey, de l’Université de New York (CUNY), expliquait dans un entretien accordé au Weekly Worker, qu’il fallait renoncer à une vision synchronique de la crise, pour s’intéresser à son développement et ses métamorphoses :

« La façon dont fonctionne mon analyse est que, de la même manière que le capital déplace la crise géographiquement, de la même manière la crise passe d’une manifestation à une autre. A un stade de son développement, la crise peut ressembler à une contraction des profits, parce que le capital est faible relativement au travail. »

Si en effet la crise se déplace de lieu en lieu et de sphère en sphère, au point de ne donner l’impression de s’arrêter ici que pour reparaître là, comment se fait-il qu’on ne nous le dise pas ? La raison est simple, et David Harvey la donne : il y a une « distorsion de classe » qui fait que les patrons ont l’impression que les choses vont bien quand elles vont bien…pour eux.

5 commentaires

  1. Texte court pouvant paraitre simple voire simpliste,mais en fait vraisemblable,le plus fort de la crise est à venir il suffit de penser à la Gréce ,à l’irlande ou au portugal.

    • Tu as tout à faitb raison Marat El Mokrani : ce texte n’a

    • Tu as tout à fait raison. Ce texte n’a pas pour vocation à entrer dans des raisonnements subtils mais plutôt à inviter à la lecture et à la réflexion, notamment sur les analyses de David Harvey ou de Federico Fuentes, mais aussi, sur la financiarisation de l’économie, qui a constitué un des facteur déclencheurs de la crise. Cette financiarisation fait l’objet de la traduction en feuilleton d’une récente conférence de John Bellamy Foster de l’Université de l’Oregon.

      Marc Harpon

  2. Non seulement la crise n’est pas finie, rien ne peut laisser croire qu’elle soit « derrière nous », comme l’annonçait avec l’assurance des sots et très imprudemment il y a déjà un an la ministre Lagarde, mais il me semble que nous n’y sommes pas encore totalement entrés.
    Dans leur rôle d’affameurs des pays pauvres, le FMI de DSK et tous leurs amis financiers et(ou) spéculateurs sur les ressources et denrées agricoles ne font rien pour commencer à porter remède au mal : bien au contraire, ils l’aggravent, tout au service qu’ils sont des maitres du monde.

    Et ceux qui trinquent seront bientôt si nombreux, et le mal est si profond, et si grave, et les PC si faibles, qu’il y a de quoi s’inquiéter sur cette « fin de crise »: c’est pas pour demain.

  3. Je partage la même analyse. La « relative » reprise de l´emploi n´est due qu´à la nécessaire reconstitution de stock de notre société de consommation. En effet, en 2008, les premiers effets ont été la réduction drastique des effectifs en corollaire de la baisse des ventes (donc écoulement des stocks existants). Cependant, rien ne signifie la fin de cette crise car comme vous l´illustrez, la crise est financière et elle fait tout pour le rester du moins dans sa dimension occidentale pour les pays du G20. Ce qui montre bien que notre société n´a pas mis en marche les programmes politiques pour changer l´esclavage de nos sociétés aux lois spéculatives des plus riches. Aujourd´hui plus que jamais, aucun parti politique ne s´est vraiment mis en marche sur ce sujet qui ni plus ni mois vital pour notre futur. Il n´y a plus d´argent dans les caisses de l´état, et l´épargne des Français de la classe moyenne risque bien fort d´en faire les frais! Nous sommes en crise depuis bien longtemps. Que vaut une Démocratie qui n´est pas capable d´assumer ses pauvres? Dans le pays des droits de l´homme. La réponse est claire, pas grand chose….


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