En attendant l’Arabie

Changement de Société remercie Maurice Lecomte qui a trouvé l’article ci-dessouss sur defensa.org. Nous en publions les deux parties en une seule fois. (Note de Marc Harpon)

Première partie (25 février 2011)

Nous choisissons deux textes de commentaire sur la situation de ce que nous désignons comme la “chaîne crisique”, qui décrit la situation en Egypte, en Libye, au Moyen-Orient, la situation du cours du prix du pétrole, la situation de l’évaluation stratégique, la situation de la civilisation américaniste-occidentaliste, etc., – tout cela en même temps. En effet, les événements ont, aujourd’hui, de cette densité-là…

Le 23 février 2011, le New York Times a publié un article sur la situation stratégique au Moyen-Orient, principalement autour des positions respectives, perçues comme antagonistes, de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. La prospective est sombre, – ce qualificatif employé en référence à la position habituelle du quotidien qui n’aime guère l’Iran puisque le gouvernement et l’establishment washingtoniens n’aiment guère l’Iran. Tous les experts consultés vont dans le même sens, ce qui n’a rien pour étonner (les experts chantent toujours sur le même registre, – qui est parfois le bon, comme dans ce cas). La “victoire” de l’Iran est d’ores et déjà proclamée.

« « Je pense que les Saoudiens sont préoccupés car ils se voient encerclés – l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen est instable; Bahreïn est très incertaine », a déclaré Alireza Nader, un expert dans les affaires internationales de la RAND Corporation. « Ils ont peur que la région soit mûre pour une exploitation iranienne. L’Iran a montré qu’il est très capable de tirer parti de l’instabilité régionale.  »

« L’Iran est le grand gagnant ici », a déclaré un conseiller régional pour le gouvernement des États-Unis qui nous a parlé sous condition d’anonymat parce qu’il n’était pas autorisé à parler aux journalistes. […]

« Si les directives de ces politiciens arabes  » pro-américain  » sont contestées par des mouvements de protestation importants, ils deviennent moins représentatifs de leurs populations, et par ricochet moins enthousiastes pour la coopération stratégique avec les Etats-Unis », écrivent dans un e-mail Flynt Leverett et Hillary Mann Leverett, ex-membres du Conseil de la Sécurité nationale. Ils ont ajouté que pour le moment, les dirigeants de l’Iran voient que « l’équilibre régional se déplace, de manière potentiellement décisive, contre leur adversaire américain et en faveur de la République islamique. » L’assise de l’Iran est plus forte en dépit de ses gros problèmes intérieurs, avec une économie en difficulté, un chômage élevé et une opposition politique déterminée. Certains experts affirment que les États-Unis peuvent relever ces défis en accentuant son argumentation contre le programme nucléaire iranien. « Les événements récents ont détourné l’accent mis sur le programme nucléaire iranien et rendent le consensus régional et international sur les sanctions encore plus difficile à réaliser », a déclaré M. Nader. La confiance croissante en lui-même de l’Iran est basée sur un réalignement progressif qui a commencé avec les répliques des attentats du 11 septembre. En chassant les Talibans en Afghanistan, puis Saddam Hussein en Irak, les États-Unis ont éliminé deux des ennemis de l’Iran qui contenaient ses ambitions. Aujourd’hui, l’Iran est un acteur majeur dans ces deux nations et c’est une conséquence inattendue. Iran a démontré la hardiesse de son attitude cette année au Liban lorsque son allié, le Hezbollah, a forcé la chute du gouvernement pro-occidental de Saad Hariri. M. Hariri a été remplacé par un premier ministre soutenu par le Hezbollah, un geste audacieux dont les analystes disent qu’il a été mené avec le soutien de l’Iran.
 
« L’Irak et le Liban sont maintenant dans la sphère d’influence de l’Iran avec des groupes qui ont été pris en charge par la ligne dure du régime depuis des décennies », a déclaré Muhammad Sahimi, un expert de l’Iran à Los Angeles qui écrit fréquemment sur la politique iranienne. « L’Iran est un acteur majeur en Afghanistan. Tout régime qui se dégagera finalement en Egypte ne sera pas aussi hostile au Hamas que Moubarak l’a été, et le Hamas a été soutenu par l’Iran. Cela aidera encore plus l’Iran à renforcer son influence.  » …»

L’

 

«“I think the Saudis are worried that they’re encircled — Iraq, Syria, Lebanon; Yemen is unstable; Bahrain is very uncertain,” said Alireza Nader, an expert in international affairs with the RAND Corporation. “They worry that the region is ripe for Iranian exploitation. Iran has shown that it is very capable of taking advantage of regional instability.”

 

»“Iran is the big winner here,” said a regional adviser to the United States government who spoke on the condition of anonymity because he was not authorized to speak to reporters. […]

 

» “If these ‘pro-American’ Arab political orders currently being challenged by significant protest movements become at all more representative of their populations, they will for sure become less enthusiastic about strategic cooperation with the United States,” Flynt Leverett and Hillary Mann Leverett, former National Security Council staff members, wrote in an e-mail.

 

»They added that at the moment, Iran’s leaders saw that “the regional balance is shifting, in potentially decisive ways, against their American adversary and in favor of the Islamic Republic.” Iran’s standing is stronger in spite of its challenges at home, with a troubled economy, high unemployment and a determined political opposition.

 

»The United States may also face challenges in pressing its case against Iran’s nuclear programs, some experts asserted. “Recent events have also taken the focus away from Iran’s nuclear program and may make regional and international consensus on sanctions even harder to achieve,” Mr. Nader said. Iran’s growing confidence is based on a gradual realignment that began with the aftershocks of the Sept. 11 attacks. By ousting the Taliban in Afghanistan, and then Saddam Hussein in Iraq, the United States removed two of Iran’s regional enemies who worked to contain its ambitions. Today, Iran is a major player in both nations, an unintended consequence.

 

»Iran demonstrated its emboldened attitude this year in Lebanon when its ally, Hezbollah, forced the collapse of the pro-Western government of Saad Hariri. Mr. Hariri was replaced with a prime minister backed by Hezbollah, a bold move that analysts say was undertaken with Iran’s support.

 

» “Iraq and Lebanon are now in Iran’s sphere of influence with groups that have been supported by the hard-liners for decades,” said Muhammad Sahimi, an Iran expert in Los Angeles who frequently writes about Iranian politics. “Iran is a major player in Afghanistan. Any regime that eventually emerges in Egypt will not be as hostile to Hamas as Mubarak was, and Hamas has been supported by Iran. That may help Iran to increase its influence there even more.”»

 

Deux jours plus tard, ce 25 février 2011, The Independent élargit la perspective. Les événements l’y invitent : en deux jours, la crise libyenne est devenue un chaos sanglant et le prix du baril de pétrole s’est évidemment envolé puisque la Libye exporte du pétrole. Tous les experts auront noté que ce prix a touché les $120 hier 24 février, pour la première fois depuis la crise de mai-juillet 2008 qui précéda l’effondrement financier du 15 septembre 2008. L’éditorial du quotidien londonien appuie son argument sur le “pacte faustien” de l’Ouest avec ces pays arabes qui ont aujourd’hui bien mauvaise réputation, – l’Arabie Saoudite en tête ; le “pacte faustien” porte évidemment sur le pétrole, sur lequel repose toute notre économie et qui s’avère dépendre effectivement de pays iniques, fragiles et en cours d’effondrement ou menacés dans ce sens. Le lien entre la Libye et l’Arabie est ainsi fait, et la catastrophe pour la clique américaniste-occidentaliste n’a dans ce cas pas besoin de l’épouvantail iranien pour figurer dans la perspective.

«Le prix du pétrole est en pleine progression. À un moment donné, hier, le prix du baril de brut a atteint les 120 $ – son plus haut niveau depuis 2008. Le négoce sur les marchés des matières premières indique au monde quelque chose qu’il devrait avoir saisi depuis longtemps : que l’économie mondiale est désastreusement sur-dépendante de l’énergie dans la plus instable des régions.


Le violent chaos en Libye est la cause immédiate de la nervosité du marché. Les révolutions en Tunisie et en Egypte n’ont pas entraîné d’alarme concernant le négoce du pétrole, mais la Libye est un important pays exportateur de pétrole. Le régime du colonel Mouammar Kadhafi ayant implosé, les pompes se sont arrêtées. La production a chutée de trois quarts. Et quand l’offre d’une marchandise tombe tout d’un coup, son prix augmente généralement.


Les yeux des marchés se sont tournés prudemment dans la direction de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole. Cette semaine, le Roi Abdallah a promis une aide financière forfaitaire de 22 milliards € pour ses sujets. Cela est manifestement une tentative de devancer l’épidémie de protestations populaires se propageant dans son pays à la manière de celles constatées à travers la région. Le ministre saoudien du pétrole suggère également que son pays pourrait accroître sa production pour compenser le manque à gagner de la Libye.


Mais la situation n’est pas sous contrôle du régime saoudien. Il y a un mois, les situations d’Hosni Moubarak en Egypte et de Mouammar Kadhafi en Libye étaient perçues comme entièrement sécurisées. Or, le premier a été contraint à la démission et le soleil est presque couché sur le régime du deuxième (bien que nul ne puisse dire combien de dommages Kadhafi pourrait se laisser aller à faire). Il y a peu de raisons à faire confiance à quiconque qui affirmerait que la même chose ne pourrait pas arriver en Arabie Saoudite. Le Roi Abdullah a certainement plus de ressources pour acheter le mécontentement, mais il est impossible de mesurer ce que cela pourrait être. Quand les gens ont le parfum de la liberté dans leurs narines, ils peuvent devenir impossibles à dissuader. Les marchés comprennent très bien cela.

Les effets d’entraînement d’une montée en flèche du prix du pétrole risque d’être douloureux …»

«The price of oil is surging. At one point yesterday, the price of a barrel of crude touched $120 – its highest level since 2008. The commodities trading markets are telling the world something it should have grasped long ago: that the global economy is disastrously over-reliant on energy from the most unstable of regions.

 

»The violent chaos in Libya is the proximate cause of the market jitters. The revolutions in Tunisia and Egypt did not alarm oil traders, but Libya is a significant oil exporter. As Colonel Muammar Gaddafi’s regime has imploded, the pumps have stopped. Output has fallen by three-quarters. And when the supply of any commodity suddenly falls, its price generally rises.

 

»The markets are also casting wary eyes in the direction of Saudi Arabia, the world’s biggest oil exporter. This week, King Abdullah promised a £22bn financial relief package for his subjects. This is plainly an attempt to pre-empt the outbreak of popular protests occurring in his country of the sort that have been witnessed across the region. The Saudi Arabian oil minister is also suggesting that his country could increase production to make up for the shortfall from Libya.

 

»But the situation is not under the Saudi regime’s control. A month ago, Hosni Mubarak in Egypt and Muammar Gaddafi in Libya looked entirely secure. Now the first has been forced to resign and the sun has almost set on the regime of the second (although there is no telling how much damage Gaddafi could do on the way out). Anyone who asserts that the same could not happen in Saudi Arabia has few grounds for their confidence. King Abdullah certainly has more resources with which to buy off discontent, but it is impossible to say how effective this will be. When people have the scent of freedom in their nostrils, they can be impossible to deter. The markets certainly understand this.

 

»The knock-on effects of a spike in oil prices threaten to be painful…»

 

D’un côté, on observera qu’il y a dans ces divers commentaires un air de déjà vu. L’Arabie Saoudite est un acteur central des supputations stratégiques, et un acteur central fragile, depuis l’embargo pétrolier d’octobre 1973, l’assassinat du roi Fayçal (1975), l’attaque de la grande mosquée de La Mecque (1979). L’Iran est le “méchant” de la pièce, au moins depuis 1978-1979 (révolution islamique), – sans oublier que les ambitions du Shah avant sa chute, jouant l’extrémiste du prix du pétrole (à partir de 1973) contre l’attitude en apparence “modérée” des Saoudiens, dessinaient déjà ce destin. Par conséquent, on serait tenté d’observer que l’instabilité qui nous est exposée avec les deux articles sur la fragilité saoudienne et les ambitions iraniennes a montré, depuis trente ans, une surprenante stabilité.

Mais l’on resterait court, avec une telle observation qui réduit le champ du regard à la seule occurrence régionale. Le propos de The Independent nous invite à voir plus large, tout comme les événements d’ailleurs puisque l’affaire libyenne et la question du prix du pétrole ont pris le devant de la scène de notre perception durant ce laps de temps considérable (deux jours). Il nous y invite d’autant plus qu’il nous parle de l’“or noir” et du “pacte faustien” passé avec les pays pétroliers, à cause de notre dépendance du pétrole. Cela nous amène, – nous, à dedefensa.org, – à la thèse métahistorique de La grâce de l’Histoire dont l’un des piliers est “le choix du feu” ; il s’agit de ce processus thermodynamique dirigeant les moyens de notre “économie de force”, et dont le pétrole est évidemment l’aliment central, comme l’on dirait d’un sang noir irriguant ce monstrueux organisme fait de puissance incontrôlée que représente aujourd’hui “le Système” (notre civilisation américaniste-occidentaliste). Ainsi la perception, qu’on pourrait juger effectivement excessive, rejoint-elle la vérité profonde en se justifiant à mesure.

Ce que nous nommons “la chaîne crisique” (les événements en cours, si rapides) est effectivement en train de s’intégrer dans la “structure crisique” des crises chroniques depuis des décennies (l’Arabie Saoudite et l’Iran, le pétrole et son prix à payer, etc.) pour renforcer peut-être d’une façon décisive, – sans guère de doute, de notre point de vue, – le potentiel explosif de la situation. Chaîne crisique intégrée dans la structure crisique, et nous sommes bien dans ce “temps crisique” qui définit notre situation générale actuelle. La dimension universelle de la succession d’événements commencés avec la Tunisie en décembre dernier n’est plus à démontrer, tout juste s’agit-il d’acter la chose. Les experts et notre perception y aident puissamment, et les péripéties de la chaîne crisique tracent un chemin convenue à la crise générale en pleine expansion (contraction du temps, expansion de la crise), en annonçant les étapes successives comme si notre destin était écrit dans le sable. Il est assez logique, effectivement, de regarder du côté de l’Arabie Saoudite, comme la prochaine étape de la chose, – comme, il y a un mois, nous attendions avec une unanimité remarquable que quelque chose se passât du côté de l’Egypte.

A en juger par l’effet du chaos libyen sur le prix du pétrole et sur notre perception qui renvoie à une psychologie exacerbée, et que nous serions tentée de qualifier de “crisique” elle aussi, le choc saoudien sera rude pour notre Système. Il ne sera plus question alors de savoir si l’Iran devient dominateur au Moyen-Orient et si le prix du baril dépasse ou non les $120, ou les $150.

Il sera question d’observer, d’ailleurs d’une façon qui devient banale, que nous nous sommes un peu plus rapprochés du cœur de la crise du Système. Toute cette affaire n’est plus entre nos mains, à nous les sapiens, et nous devons nous contenter de notre rôle – des “spectateurs impuissants” ou des “observateur privilégiés”, c’est selon, et selon notre humeur par rapport à la chose.

 

Deuxième partie (5 mars 2011)

Les événements de Libye, par l’ampleur qu’ils ont pris, ont eu comme effet d’occulter en bonne part les autres événements d’une chaîne crisique, qui ne peut être pourtant, et impérativement, fixée à un seul pays. C’était en partie le sens de notre F&C du 4 mars 2011. L’article de Robert Fisk, ce 5 mars 2011, dans The Independent permet de retrouver cette évidence avec le cas déjà évoqué de l’Arabie Saoudite.

Fisk est un spécialiste reconnu des problèmes de déstabilisation au Moyen-Orient, surtout un reporteur témoignant d’événements violents sans craindre le risque de telles démarches, mais aussi, dans certains cas, journaliste avisé et disposant de sources exceptionnelles qui lui donnent accès à des informations elles-mêmes sensationnelles par leur caractère exclusif.

C’est le cas avec cet article, où Fisk signale une mobilisation intensive des forces de sécurité saoudiennes face à la perspective d’un “jour de colère”, le 11 mars prochain. (Le sérieux de la chose, quand on connaît le professionnalisme de Fisk, est démontré d’une façon indirecte par ce fait qu’il a quitté la Libye pour l’Arabie, en prévision du 11 mars, alors que la crise libyenne continue à faire rage ; signe qu’il est convaincu de l’importance de cet événement.) Les informations lui viennent manifestement des organisateurs du mouvement, qui a pris aussi le nom de “Révolution de Hunayn”, en référence à une des deux batailles décisives des musulmans mentionnées dans le Coran.

« Une indication de la gravité de la révolte contre la famille royale saoudienne est dans la dénomination choisie pour cette journée : « Hunayn« . Il s’agit d’une vallée proche de La Mecque, la scène de l’une des dernières batailles majeures du Prophète Mohamed contre une confédération de bédouins en l’an 630. Le Prophète y a remporté une victoire serrée après que ses hommes aient d’abord eus peur de leurs adversaires. La référence dans le Coran est 9: 25-26, tel que traduit par el-Tarif Khalidi, contient une leçon pour les princes saoudiens: «Dieu vous a donné la victoire sur de nombreux champs de bataille. Rappelez-vous de son retrait le jour de Hunayn alors que vous vous imaginiez toujours être en situation identique. …»

«An indication of the seriousness of the revolt against the Saudi royal family comes in its chosen title: Hunayn. This is a valley near Mecca, the scene of one of the last major battles of the Prophet Mohamed against a confederation of Bedouins in AD630. The Prophet won a tight victory after his men were fearful of their opponents. The reference in the Koran, 9: 25-26, as translated by Tarif el-Khalidi, contains a lesson for the Saudi princes: “God gave you victory on many battlefields. Recall the day of Hunayn when you fancied your great numbers…”»

 

Fisk donne diverses indications sur ce qu’il considère comme une menace très sérieuse contre le pouvoir saoudien, tant du point de vue de la mobilisation saoudienne que du point de vue des organisateurs du mouvement. Cette notion de “menace” est largement prise en compte, jusqu’à l’obsession, par le pouvoir saoudien, selon les détails que donne Fisk, notamment pour ce cas précis par l’ampleur des forces mises en place pour “le jour de colère” (certaines de ces forces étant déployées dans les provinces à prédominance chiite, puisqu’effectivement, comme à Bahrein, il s’agit d’un mouvement de revendication de la communauté chiite contre un pouvoir sunnite que cette communauté juge oppressif, avec bien des arguments).

L’Arabie Saoudite a dirigé hier jusqu’à 10 000 personnels de sécurité dans ses provinces Musulmanes Chiites du Nord-Est, bouchant les routes à Dammam et d’autres villes avec les cars entiers de troupes dans la crainte du « jour de la colère » prévu la semaine, maintenant appelé la « Révolution de Hunayn ».

« Le pire cauchemar de l’Arabie Saoudite – l’arrivée dans le royaume du nouveau réveil Arabe avec sa rébellion et son insurrection – étendant maintenant sa progression sur la Maison des Saoud. Provoquée par le soulèvement des chiites majoritaires de l’île voisine de Bahreïn à domination sunnite, où les manifestants ont largement appelé au renversement de la famille dirigeante Al-Khalifa, le Roi Abdullah d’Arabie Saoudite a dit aux autorités de Bahreïn que s’ils n’écrasaient pas leur révolte chiite, ses propres forces s’en chargeraient.

L’opposition s’attend à ce qu’au moins 20 000 Saoudiens se retrouvent à Riyad et dans les provinces chiites musulmanes du nord-est du pays dans six jours, exigeant la fin de la corruption et, si nécessaire, le renversement de la Maison de Saoud. Les forces de sécurité saoudiennes ont déployé des troupes et ont armé la police dans le secteur de Qatif – où vivent la plupart des musulmans shiites d’Arabie Saoudite – et hier des protestataires ont fait circuler des photographies de véhicules blindés et de bus de la police secrète de l’État circulant sur une route près du port de Dammam.

Convaincus qu’aucune nouvelle extérieure ne viendrait freiner la progression de la protestation les responsables de la sécurité saoudienne s’attendent depuis plus d’un mois à ce que la révolte des chiites musulmans de la minuscule île de Bahreïn s’étendre en Arabie Saoudite. Dans le royaume saoudien, des milliers de courriels et des messages Facebook ont encouragé les musulmans sunnites saoudiens à rejoindre les manifestations planifiées dans le royaume « conservateur » et fortement corrompu. Ils suggèrent – et cette idée est clairement coordonnée – que lors des confrontations avec la police armée et l’armée, vendredi prochain, les femmes saoudiennes se placent à l’avant des manifestants pour dissuader les forces de sécurité saoudiennes d’ouvrir le feu.

Si la famille royale saoudienne décide de recourir à la violence maximale contre des manifestants, l’administration moyen-orientale du Président américain Barack Obama se verra confrontée à une décision des plus sensibles. …»

«Saudi Arabia was yesterday drafting up to 10,000 security personnel into its north-eastern Shia Muslim provinces, clogging the highways into Dammam and other cities with busloads of troops in fear of next week’s “day of rage” by what is now called the “Hunayn Revolution”.

 

»Saudi Arabia’s worst nightmare – the arrival of the new Arab awakening of rebellion and insurrection in the kingdom – is now casting its long shadow over the House of Saud. Provoked by the Shia majority uprising in the neighbouring Sunni-dominated island of Bahrain, where protesters are calling for the overthrow of the ruling al-Khalifa family, King Abdullah of Saudi Arabia is widely reported to have told the Bahraini authorities that if they do not crush their Shia revolt, his own forces will.

 

»The opposition is expecting at least 20,000 Saudis to gather in Riyadh and in the Shia Muslim provinces of the north-east of the country in six days, to demand an end to corruption and, if necessary, the overthrow of the House of Saud. Saudi security forces have deployed troops and armed police across the Qatif area – where most of Saudi Arabia’s Shia Muslims live – and yesterday would-be protesters circulated photographs of armoured vehicles and buses of the state-security police on a highway near the port city of Dammam.

 

»Although desperate to avoid any outside news of the extent of the protests spreading, Saudi security officials have known for more than a month that the revolt of Shia Muslims in the tiny island of Bahrain was expected to spread to Saudi Arabia. Within the Saudi kingdom, thousands of emails and Facebook messages have encouraged Saudi Sunni Muslims to join the planned demonstrations across the “conservative” and highly corrupt kingdom. They suggest – and this idea is clearly co-ordinated – that during confrontations with armed police or the army next Friday, Saudi women should be placed among the front ranks of the protesters to dissuade the Saudi security forces from opening fire.

 

»If the Saudi royal family decides to use maximum violence against demonstrators, US President Barack Obama will be confronted by one of the most sensitive Middle East decisions of his administration…»

 

Cette situation présentée par Fisk n’a rien pour étonner. Le régime saoudien, qui a toujours évité avec efficacité d’être trop handicapé par le courage qui fait parfois perdre de vue ses intérêts immédiats, a par conséquence inverse toujours été marqué par une peur intense de l’attitude vis-à-vis de lui des populations (notamment les nombreux chiites) de son pays ; il a toujours réagi à mesure, c’est-à-dire avec violence, à ces attitudes lorsqu’elles étaient perçues comme menaçantes. C’est le cas aujourd’hui, dans le cadre de l’enchaînement crisique, comme on le voit indirectement avec le soutien massif des Saoudiens au pouvoir de Bahrein, avec leur encouragement à la fermeté donné à ce pouvoir, dans l’évidente situation où le lien est établi entre les révoltes à Bahrein et les possibles révoltes en Arabie. Il est inutile d’ajouter (Fisk le fait abondamment, et la chose est évidente) que des troubles en Arabie constitueraient un événement formidable dans cet événement lui-même formidable qu’est la chaîne crisique qui se dévide depuis trois mois, notamment dans cette région du monde ; il reléguerait la crise libyenne parmi les événements secondaires puisqu’on atteindrait, avec l’Arabie, selon le sentiment des USA et de leurs acolytes, le cœur stratégique de la chaîne crisique et l’un des deux ou trois points d’appui stratégiques fondamentaux de l’influence et de la puissance extérieure américaniste-occidentaliste (du bloc BAO).

Cette brusque attention portée sur l’Arabie confirme, comme nous l’avons signalé plus haut et si besoin en est, l’universalité du mouvement de cette chaîne crisique, qui ne peut être ramenée à l’un ou l’autre cas particulier (c’est le cas de la crise libyenne aujourd’hui) comme la communication du Système s’emploie à le faire. (Tactique habituelle du saucissonnage et du réductionnisme, qui a l’avantage de faire passer les causes perceptibles de l’événement de l’universalité du mouvement aux spécificités des cas particuliers, avec l’arsenal sémantique habituel qui est le faux-nez favori du Système, – “démocratie”, “droits de l’homme”, “dictateur”.)

L’autre particularité d’une éventuelle crise saoudienne est que ses attendus seront bien différents des précédentes, – sauf Bahrein certes, mais à propos de quoi l’on n’a pas trop insisté… Il s’agit ici de l’antagonisme chiite-sunnite, ce qui montre la diversité des particularismes nationaux et invitent à trouver la véritable cause de cette chaîne crisique dans ce qu’elle est vraiment : un mouvement universel, attaquant toutes les diverses structures en place du Système, notamment de ses divers satellites extérieurs, sans qu’il faille s’attarder aux particularismes de ces satellites qui sont des causes conjoncturelles, – à moins, certes, qu’on ait surtout comme préoccupation de nier à tout prix le caractère universel de l’événement, et d’ainsi écarter la réalité de la mise en cause du Système.

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