Les autorités Saoudiennes mobilisent la troupe par milliers pour réprimer la progression de la révolte, par Robert Fisk

   

source : The Independant, le samedi 6 mars 2011

Traduit de l’anglias par Maurice Lecomte pour Changemenbt de Société

Robert Fisk est le correspondant de The Independant en Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite a dirigé hier jusqu’à 10 000 personnels de sécurité dans ses provinces Musulmanes Chiites du Nord-Est, bouchant les routes à Dammam et d’autres villes avec les cars entiers de troupes dans la crainte du « jour de la colère » prévu la semaine, maintenant appelé la « Révolution de Hunayn ».

Le pire cauchemar de l’Arabie Saoudite – l’arrivée dans le royaume du nouveau réveil Arabe avec sa rébellion et son insurrection – étendant maintenant sa progression sur la Maison des Saoud. Provoquée par le soulèvement des chiites majoritaires de l’île voisine de Bahreïn à domination sunnite, où les manifestants ont largement appelé au renversement de la famille dirigeante Al-Khalifa, le Roi Abdullah d’Arabie Saoudite a dit aux autorités de Bahreïn que s’ils n’écrasaient pas leur révolte chiite, ses propres forces s’en chargeraient.

L’opposition s’attend à ce qu’au moins 20 000 Saoudiens se retrouvent à Riyad et dans les provinces chiites musulmanes du nord-est du pays dans six jours, exigeant la fin de la corruption et, si nécessaire, le renversement de la Maison de Saoud. Les forces de sécurité saoudiennes ont déployé des troupes et ont armé la police dans le secteur de Qatif – où vivent la plupart des musulmans shiites d’Arabie Saoudite – et hier des protestataires ont fait circuler des photographies de véhicules blindés et de bus de la police secrète de l’État circulant sur une route près du port de Dammam.

Convaincus qu’aucune nouvelle extérieure ne viendrait freiner la progression de la protestation les responsables de la sécurité saoudienne s’attendent depuis plus d’un mois à ce que la révolte des chiites musulmans de la minuscule île de Bahreïn s’étendre en Arabie Saoudite. Dans le royaume saoudien, des milliers de courriels et des messages Facebook ont encouragé les musulmans sunnites saoudiens à rejoindre les manifestations planifiées dans le royaume « conservateur » et fortement corrompu. Ils suggèrent – et cette idée est clairement coordonnée – que lors des confrontations avec la police armée et l’armée, vendredi prochain, les femmes saoudiennes se placent à l’avant des manifestants pour dissuader les forces de sécurité saoudiennes d’ouvrir le feu.

Si la famille royale saoudienne décide de recourir à la violence maximale contre des manifestants, l’administration moyen-orientale du Président américain Barack Obama se verra confrontée à une décision des plus sensibles. En Egypte, il n’a soutenu les protestataires qu’une fois que la police ait utilisé sa puissance de feu sans restriction contre les manifestants. Mais en Arabie Saoudite – censément « allié majeur » des EU et l’un des producteurs de pétrole principaux du monde – il répugnera à protéger l’innocent.

Jusqu’à présent, les autorités saoudiennes ont tenté de dissuader leur propre peuple de soutenir les manifestations du 11 mars, au motif que de nombreux manifestants seraient « des irakiens et des iraniens ». C’est la même vieille histoire utilisée par Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, Bouteflika en Algérie, Saleh au Yémen et al-Khalifa à Bahreïn : des « mains étrangères » sont derrière chaque insurrection démocratique au Moyen-Orient.

La Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et M. Obama vont serrer les dents vendredi prochain dans l’espoir que les manifestants soient peu nombreux ou que les Saoudiens «retiennent» leurs flics et la sécurité ; l’histoire montre que cela est peu probable. Quand des universitaires saoudiens ont dans le passé simplement appelé à des réformes, ils ont été harcelés ou arrêtés. Le roi Abdallah, bien qu’il soit un très vieil homme, ne tolère pas qu’un seigneur contestataire ou un serf rétif lui suggère de faire quelque concession que ce soit à la jeunesse. Il est peu probable que son pot de 27 milliards £ pour améliorer l’enseignement et subventionner le logement suffise à répondre à leurs demandes.

Une indication de la gravité de la révolte contre la famille royale saoudienne est dans la dénomination choisie pour cette journée : « Hunayn« . Il s’agit d’une vallée proche de La Mecque, la scène de l’une des dernières batailles majeures du Prophète Mohamed contre une confédération de bédouins en l’an 630. Le Prophète y a remporté une victoire serrée après que ses hommes aient d’abord eus peur de leurs adversaires. La référence dans le Coran est 9: 25-26, tel que traduit par el-Tarif Khalidi, contient une leçon pour les princes saoudiens: «Dieu vous a donné la victoire sur de nombreux champs de bataille. Rappelez-vous de son retrait le jour de Hunayn alors que vous vous imaginiez toujours être en situation identique.

« Dieu vous a donné la victoire sur beaucoup de champs de bataille. Rappelez-vous le jour de Hunayn quand vous vous êtes imaginés(êtes eus envie de) votre grand nombre. »

« Ainsi la terre, avec toutes ses vastes étendues s’est rétrécie devant vous, et vous avez pris vos jambes à votre cou, vous êtes enfuis. Alors Dieu dans sa sérénité a fait descendre auprès de son Messager et ses partisans des troupes vous n’avez pas vues – et a puni les incroyants. » On suppose que les incroyants, sont bien sûr, – aux yeux de la Révolution du Hunayn – le Roi et ses mille princes.


Comme presque tous les potentats des autres pays arabes au cours des trois derniers mois, le roi Abdallah d’Arabie saoudite a soudainement produit des pots de vin et promis des réformes économiques alors que son ennemi était aux portes. Les Arabes se laisseront-ils corrompre? Leurs dirigeants le peuvent peut-être, surtout lorsque, comme dans le cas de l’Egypte, Washington offrait d’accroître son aumône – 1,5 milliards de dollars (800 millions £) – après Israël. Mais lorsque l’argent coule au goutte à goutte vers la jeunesse pauvre et de plus en plus instruite, les promesses passées sont rappelés et moquées. Avec des prix du pétrole atteignant les 120 dollars le baril et la débâcle de la production libyenne abaissée de 75 pour cent, le sérieux économique – et la morale -, devraient intéresser les puissances occidentales, la question n’est-elle pas de savoir combien de temps le «monde civilisé» peut continuer de soutenir le régime du pays ayant fourni la quasi-totalité des kamikazes du 9 / 11?

La péninsule arabe a donné au monde le Prophète et la Révolte arabe contre les Ottomans, les Talibans, le 9/11 et – laissons parler la vérité – Al-Qa’ida. Les protestations de cette semaine dans le royaume nous affecteront donc tous – mais personne autant que ce pseudo-Etat censément conservateur, mais hypocrite à coup sur, fonctionnant comme une société sans actionnaires appelée la Maison des Saoud.

Un commentaire

  1. Oui, mais ça nos dévoués médias aux ordres de la dictature bourgeoise n’en diront rien ! Merci de cette INFO. qu’avec nos tous petits moyens nous essayrons de diffuser !


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