La crise du système alimente la révolte arabe, par Federico Fuentes

 

source : Green Left Weekly

Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

L’immolation du Tunisien Mohamed Buazizi en décembre a déclenché les protestations qui ont renversé une dictature vieille de 24 ans dans et inspiré des mouvements similaires dans les pays voisins.

Buazizi, diplômé en informatique de 26 ans et vendeur de rue sans emploi, a exécuté cet acte extrême en protestation de la confiscation par la police de sa seule source de revenus- sa marchandise.

Cela rend manifeste combien la combinaison du chômage, de la spirale des prix alimentaires et la répression brutale sont devenues le puissant cocktail de mécontentement qui a explosé à travers le monde arabe.

Ce cocktail explosif est la conséquence directe du système capitaliste mondial, qui est maintenant englué dans une profonde crise.

Dans ce système, l’impérialisme étasunien a cherché ces dernières décennies à intégrer de plus en plus les économies Nord Africaines et Moyen-Oirentales au système économique mondial du néolibéralisme rampant.

Pour renforcer cela, les États-Unis ont soutenu des régimes dictatoriaux.

Maintenant, avec le réveil des masses arabes, se déversant dans les rues à travers la région, un tremblement de terre secoue la géopolitique mondiale.

L’issue finale est encore inconnue, mais il n’y a aucun doute que les Etats-Unis essaient désespérément de reprendre la main- et n’excluent pas la possibilité d’une invasion militaire et d’une occupation.

La solidarité avec la rébellion des millions de personnes en mouvement du Maroc à l’Iran, en passant par la Libye, l’Égypte, le Yémen, l’Irak et d’autres, est vitale.

Cela implique de s’opposer à toutes les tentatives de l’impérialisme étasunien et de ses alliés, y compris Canberra, d’essayer d’empêcher ce processus.

L’histoire de Buazizi n’est pas rare parmi les millions de jeunes à travers la région, où le taux de chômage des jeunes excède de loin les taux officiels de 15%. Beaucoup sont contraints d’entrer dans le « secteur informel » pour survivre.

Dans l’impossibilité de trouver un emploi, Buazizi essayait de joindre les deux bouts en vendant illégalement des fruits et des légumes.

Quand les forces de l’ordre ont confisqué sa marchandise et l’ont frappé au visage, Buazizi, furieux, s’est aspergé de pétrole et s’est enflammé en face du bureau du gouverneur local.

En Algérie, en Egypte, en Mauritanie, des cas similaires d’immolation ont suivi l’exemple de Buazizi.

Au début du mois de janvier des émeutes ont éclaté en Algérie après que le gouvernement a annoncé que les prix alimentaires augmenteraient une fois de plus.

Le gouvernement algérien a reculé, déclarant qu’il mettrait en œuvre une réduction de 41% des taxes sur les produits alimentaires. Mais les manifestations ont continué.

Le 25 janvier, des manifestations ont commencé dans les rues d’Egypte, conduisant à un soulèvement populaire qui a renversé le dictateur en place depuis 30 ans, Hosni Moubarak.

Un des groupes influents derrière le Mouvement du 6 avril, dont les origines remontent aux grèves importantes de 2008 par les travailleurs de la ville industrielle El Mahalla el Kubra contre les prix alimentaires, le chômage et la torture policière.

Avec une crise alimentaire de plus en plus profonde, l’inflation annuelle des prix alimentaires égyptiens a grimpé de 17,2% en décembre 2010 à 18,9% en Janvier 2010.

Un rapport publié en février par l’Institut Inter-Américain pour la Coopération et l’Agriculture affirmait que le monde faisait face à une hausse des prix alimentaires plus aiguë et plus généralisée que celle de 2007-2008.

Dans le numéro du 13 février du quotidien espagnol La Vanguardia, Andy Robinson a dit qu’avec une hausse de 50% des prix alimentaires de base depuis la mi-2010, le coût de ces articles essentiels a dépassé le précédent sommet atteint en Juin 2008.

Dans un article du 19 janvier intitulé « Night in Tunisia : Riots, Strikes and a spreading insurgency » et publié sur socialistproject.ca, David McNally a dit que cette nouvelle phase de la crise alimentaire était directement liée à une autre des crises qui minent le capitalisme : la crise économique mondiale.

« Tandis que les banques s’effondraient et que le système financier mondial vacillait en 2008-2009, affirmait McNally, les gouvernements des nations capitalistes dominantes ont déboursé quelque chose de l’ordre de 20 milliards de dollars pour soutenir le système et ont diminué les taux d’intérêts

« Avec une offre d’argent plus élevée et des taux d’intérêts bas, les investisseurs et les spéculateurs sont fortement incités à emrpunter à bas pris pour acheter des marchandises (et des devises) qui semblent susceptibles de prendre de la valeur. Par conséquent, des monnaies comme le real brésilien ont monté en flèche, comme les prix de biens de base comme la nourriture et le carburant.

 

« Tout cela conduit à une vague de main-mise sur les terres, en particulier en Afrique et en Amérique Latine, alors que les compagnies mondiales et les gouvernements, comme celui de la Chine, achètent et louent de millions d’hectares de terres arables ou riches en eau ou en minéraux pour le forage.

« Les résultat c’est encore plus de vagues [..] qui déplacent des peuples indigènes, des paysans et des fermiers et les prive des moyens de se nourrir, exacerbant ainsi des problèmes de déplacement, de faim et de pauvreté.

« Ajoutez deux autres facteurs à l’équation- l’utilisation croissante de terres arables pour la production de biocarburants plutôt que pour de la nourriture, et la spéculation des investisseurs pariant sur le fait qu’une pauvre récolte en Russie ou des inondations en Australie affecteront l’offre alimentaire et feront monter les prix encore plus haut- et nous avons tous les ingrédients pour d’énormes pics et une nouvelle crise alimentaire mondiale. »

L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient sont les régions les plus dépendantes en importations de cé réales, consommant plus de 45% de la production mondiale de blé. C’est aussi une région où la population dépense 40-50% de ses salaires en nourriture (contre 15-20% en Espagne).

Cela signifie que l’effet de ces hausses de prix étaient sévères.

La Banque Mondiale a sinistrement calculé que la dépendance de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient vis à vis des importations alimentaires augmentera de 25% durant les 20 prochaines années- et les prix monteront au moins jusqu’à 2015.

La dépendance est un résultat direct du colonialisme français et britannique, et après la Seconde Guerre Mondiale, de l’impérialisme étasunien.

Tandis que l’Empire étasunien étendait son pouvoir après la Seconde Guerre Mondiale et agissait pour sécuriser son contrôle sur la région contre le colonialisme français et britannique, il a fait face à une vague de révoltes nationalistes qui ont défié ses intérêts.

Les Etats nationalistes qui ont agi pour augmenter le contrôle de l’Etat sur les ressources comme le sol, étaient d’importance stratégique aux intérêts étasuniens.

En réponse, les Etats-Unis ont utilisé une combinaison de tactiques comme les coups d’Etat contre les régimes nationalistes (Iran), le soutien aux monarques fondamentalistes islamiques (Arabie Saoudite) et l’intervention militaire (Liban).

Après la victoire d’Israël durant la guerre Israëlo-Arabe de 1967, les États-Unis se sont appuyés de plus en plus sur un pouvoir militaire israélien en pleine expansion pour défendre leurs intérêts régionaux.

A travers de telles actions, les Etats-Unis ont été capables de repousser les conquêtes faites et d’ouvrir la voie à l’avènement de régimes autoritaires conciliants. Avec l’effondrement de l’Union Soviétique, les Etats-Unis ont agi pour assurer leur pouvoir et mieux intégrer ces économies au marché mondial.

Le plan néolibéral comprenait des mesures comme la privatisation d’entreprises appartenant à l’Etat, le retrait des protections sociales et environnementales, la réduction des dépenses en services publics (L’Egypte dépense un misérable 1,4% de son budget national à la santé, face à la moyenne globale de 5,8%), et les réductions d’impôts pour les riches (les impôts sont passés de 42% à 20% en 2004).

Dans un article du 4 février d’alternet.org, « The Egyptian Uprising is a Direct Response to Ruthless Global Capitalism », Nomi Prins déclarait : « Sur cinq pays couverts par l’indicateur Investment Across Sectors de la Banque Mondiale, la Tunisie avait le moins de limites à l’investissement étranger.

« Elle avait ouvert son économie dans tous les domaines à la propriété de capital, excepté dans le secteur électrique.

L’Egypte a pratiqué la même braderie, à l’échelle industrielle […]. Moubarak [s’est embarqué] dans une stratégie économique qui impliquait de vendre de large parts des banques égyptiennes au plus offrant sur le marché international.

Le résultat a été, au cœur du Caire, une véritable course aux OPA par des Banques étrangères. »

Prims affirmait : « Tandis que les banques étrangères ouvraient boutique, l’Egypte a aussi éliminé la ligne rouge qui contenait l’investissement immobilier étranger, par le décret numéro 583. »

« Cela a transformé l’économie […] en un aimant pour la spéculation immobilière mondiale »

Toutefois, avec la chute des prix du pétrole durant la seconde moitié de 2009, les banques étrangères ont coupé dans leurs possession dans les pays arabes.

L’Egypte a gagné les éloges du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale pour avoir suivi leurs diktats néolobéraux. Ces institutions ont salué le fait que le « boom » économique de l’Egypte a permis un taux de croissance annuel de 7% entre 2005 et 2008.

Mais ce boom n’a rien fait qui ait amélioré le sort de la majorité de la population.

Dans l’article de La Vanguardia, Robinson citait un journaliste français revenu récemment de Tunis, qui a affirmé : « Les tunisiens auxquels j’ai parlé ont dit qu’ils étaient moins concernés par le pain ; leur révolution était un cri moral pour dire « assez ! »

Après des décennies de pillage et de soumission, les gens se sont levés. En agissant ainsi, ils changent la face du monde.

Toutefois, contrairement à la période post-Seconde Guerre Mondiale, l’Impérialisme Étasunien affronte la rébellion dans un état de crise et de déclin.

Il est confronté à une profonde crise économique et est embourbé dans une guerre qu’il ne peut gagner en Afghanistan et en Irak.

Il est aussi défié en Amérique Latine, où des mouvements de masse ont commencé à créer des gouvernements populaires indépendants de l’impérialisme- qui, dans certains cas, commencent à aller dans une direction socialiste.

La capacité pour les masses arabes à produire un direction révolutionnaire forgée dans la lutte et à augmenter la collaboration régionale pourrait s’avérer déterminante pour l’issue de la situation

Mais aussi, elle dépend de la façon dont les gens ordinaires aux USA, en Australie et dans d’autres nations Occidentales s’inspireront du monde arabe pour se soulever eux aussi.

Un commentaire

  1. Je pense depuis toujours que la prise de concience dans les pays du Tiers-Monde de son pillage au profit de mutinationales et d’une caste privilégiée dans ces pays mettra à mal l’empire capitaliste ! Si les Révolutions dans ces pays oeuvrent pour une finalité de Justice Sociale . Il est bien évident que depuis des décennies les pays industrialisés grâce à cette féroce exploitation du Tiers-Monde parviennent économiquement à maintenir une majorité de ces populations qui vit encore bien et les élections s’en ressentent. Pourquoi croyez-vous que incidieusement on a fermé chez nous par exemple, toutes les exploitations de sous-sol! Le mouvement Révolutionnaire et Progressiste en est encore à ses balbuciements dans le monde . Et les gérants du capitalisme en sont bien conscients, que pour ne pas perdre le contrôle des ressources naturelles ils sont prêts à tout même a ressusciter la politique de la canonnière. Je crois que c’est commencé !!!


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