Coup de barre à droite de la présidente brésilienne Dilma Rousseff avec un plan d’austérité drastique, l’accélération des privatisations et le rapprochement avec les États-Unis

Dilma Rousseff déclarant au journal Veja: "La réalité a changé, et nous avec elle"

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les dernières illusions sur le gouvernement de « gauche » de la nouvelle présidente du Brésil Dilma Rousseff se sont dissipées après l’annonce du plan d’austérité le 9 février dernier, prévoyant notamment de mettre à la diète la fonction publique et les salariés les plus modestes du pays.

Un coup de barre par rapport au social-libéralisme de Lula

Dilma amorce donc un coup de barre à droite par rapport aux politiques pourtant déjà social-libérales de l’ancien président Lula. En effet, sous l’ère Lula, la politique d’orthodoxie budgétaire et monétaire, de privatisations et de libéralisations, de constitution de monopoles privés en vigueur sous le président social-démocrate précédent Cardoso s’était maintenue voire intensifiée.

En quelques chiffres, sous la présidence Lula, la mise en œuvre de politiques favorables au capital a contribué à transférer des richesses de l’ordre de 13 points du PIB entre 1996 et 2010(56% de la valeur ajoutée revenait au travail en 1996 contre 43% en 2010).

Entre 2002 et 2010, les profits des grands groupes bancaires ont explosé de 420%.

20 000 familles reçoivent de l’État brésilien, au nom des intérêts de la dette, une somme de 190 milliards d’euros, vingt fois plus importante que les 5,5 milliards d’euros versés aux familles les plus démunis dans le cadre du programme anti-pauvreté tant vanté « Bolsa Familia ».

Désillusions pour les centrales syndicales et le PcdoB, justification de la ligne du Parti communiste brésilien

Mais Dilma veut donc aller plus loin limitant encore le volet social et développant le versant libéral. Une terrible désillusion pour l’ensemble des centrales syndicales qui ont soutenu la candidate du PT sous promesse que ne seraient mise en œuvre ni plan d’austérité ni nouvelles privatisations.

Désillusion aussi pour le Parti communiste du Brésil(PcdoB – scission maoiste du PCB datant du 1964 alliée fidèle de Lula), qui crée des remous sans précédents dans sa base militante, mais justification des thèses duParti communiste brésilienextrêmement critique envers l’expérience Lula et qui avait refusé de se rallier derrière la candidature de Dilma.

Politique d’austérité salariale, fonction publique à la diète et nouvelles privatisations

Avec un plan d’austérité de l’ordre de 30 milliards d’euros, la nouvelle présidente « Pétiste » annonce la couleur: tous les ministères devront faire des économies, et la Sécurité sociale ainsi que les secteurs de la Santé et de l’Education devront faire l’objet de « réformes politiques ».

Entendre: des contre-réformes de libéralisations et de privatisations(dans un pays où les fonds de pension connaissent un développement galopant favorisé par le pouvoir) et un recul potentiel de l’âge de départ à la retraite dans un pays où il est déjà fixé à 65 ans pour les Hommes.

Politique d’austérité salariale également avec une revalorisation du SMIC de 510 à 545 reais (soit 240 euros), couvrant à peine l’inflation qui s’élevait l’an dernier à 6%.Les syndicats exigeaient un minimum de 580 reais mais le gouvernement a décidé de rompre les négociations et de passer en force.

Accélération de la politique de privatisationsenfin. Le gouvernement a déjà laissé filtrer son intention d’ouvrir le marché de la construction mais aussi de la gestion des infrastructures existantes au privé dans l’optique de la coupe du monde 2014 et des Olympiades de 2016.

La nécessité de la construction de ces infrastructures donne prétexte à une politique de concessions/privatisations des aéroports et des ports, dans un premier temps. Dans le même temps, la présidente vient de concrétiser la transformation de la Poste brésilienne publique (Correios) en Société anonyme, premier pas vers la privatisation de l’entreprise.

Politique de grande puissance régionale et rapprochement avec les États-Unis

Sur le plan de la politique internationale, là encore, la nouvelle présidente s’inscrit dans la continuité par rapport à son mentor tout en intensifiant la politique de grande puissance régionale et d’alignement derrière les Etats-unis déjà initiée par Lula.

Dès son investiture, Dilma a tenu à afficher ses ambitions régionales en se portant garant des projets d’unification régionale notamment par le biais du projet de marché unique continental (MERCOSUR) tout en se gardant bien de se solidariser avec les mouvements révolutionnaires les plus radicaux du continent.

Car Dilma prépare un nouveau rapprochement avec les Etats-unis de Barack Obama, avec lequel l’ancien président Lula entretenait dans l’ensemble des relations cordiales mais non sans conflits de puissance, marqué par un alignement derrière la politique impériale des Etats-unis.

Un rapprochement qui devrait prendre la forme de la signature d’accords commerciaux et de grands contrats et qui devrait être scellé par la visite du président des Etats-unis les 19 et 20 mars prochain.

Des illusions perdues au Brésil?En tout cas pour ceux qui, contrairement au Parti communiste brésilien (PCB) avaient subsitué la foi du charbonnier à l’analyse concrète et lucide de la réalité du mouvement luliste.

L’espoir que le Brésil « Pétiste » puisse constituer un point d’appui pour la lutte anti-impérialiste contraste avec la réalité d’un pouvoir qui contraint son propre peuple à l’austérité et dirige, avec des ambitions de puissance impériale sous-continentale, l’alignement de l’Amérique latine derrière des solutions social-libérales compatible avec les desseins impérialistes du voisin nord-américain.

Un commentaire

  1. Cette analyse est intéressante et documentée, et inquiétante pour l’avenir de l’Amérique latine. Cependant je crains qu’elle ne soit orientée d’une manière sectaire et bornée. Connaissant le fonctionnement mental de son auteur (étudiant de science po capable de produire un compte rendu d’une université d’été en « oubliant » purement et simplement la présence et l’intervention d’André Gerin) je crois que le stimulus initial soit d’abord une assimilation du PT brésilien au « PT « labertiste français, et d’autre part un coup de pied de l’âne au PC do Brasil, coupable du péché originel de scission maoiste.


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