ce soir je n’aime pas la marine… Danielle Bleitrach

Je suis une « fidèle », malgré moi, il y a des gens, des choses que j’aime ou plutôt auxquels je suis attachée, la France en fait partie. Il suffit que je sois deux mois loin et je me mets à fredonner « douce France »… Et même si je persifle je n’aime pas voir mon pays traîné dans le ruisseau et pas celui où Gavroche perdit la vie… Je pourrais vous parler à l’infini de la manière dont chaque pays que j’ai découvert, chaque pays que j’ai aimé, m’ont fait sentir à quel point j’étais française, parce que ce que j’aime dans un pays c’est son peuple, ce sont les gens et ceux-ci s’adressent à moi comme Française.

Mon pays c’est la révolution française, la commune de Paris qui eut lieu aussi à Marseille et à Lyon, c’est l’élégance, la clarté gauloise à la Diderot, l’harmonie, et sans ma langue, la seule que j’ai jamais pu parler plus ou moins correctement, je suis comme un nouveau né, à moitié aveugle, me heurtant à chaque objet. Alors il m’arrive d’être en colère quand j’entends une Marine Le Pen s’approprier mon pays pour le fermer sur lui-même, dans la puanteur, dans les souvenirs de la poignée de main de Montoire, dans l’égoïsme, la rapacité.

Ce matin j’étais aux urgences à l’hopital, il y avait un vieil homme usé, un algérien, il avait été opéré d’un cancer au larynx, nous avions du mal à nous comprendre, il m’a tendu sa carte de séjour, il était né en 1932. Nous avons parlé de Mostaganem, combien ce pays était beau, les cultures soignées, les rues propres, il était digne, droit. Cet homme là croyez-moi il avait travaillé, côtisé à la sécurité sociale, il ne devait rien en se faisant soigner. Nous nous sommes dit adieu en nous serrant la main longuement, la sienne était calleuse et j’ai haï un peu plus la marine, pas celle du Potemkine, celle du bateau du Front national.

Tout ça pour vous dire que je suis presque soulagée de voir Juppé aux Affaires Etrangères. Cet homme ressemble à Droopy, mais il a une sorte de dignité de maître d’hôtel stylé, un côté serviteur de l’Etat…

Comment sommes-nous tombés si bas que j’en sois à espérer qu’il sera capable de refuser des aventures, de dire non comme Chirac et Villepin, simplement par bon sens… est-ce que cela va durer longtemps ? Jusqu’à quand mon peuple manquera-t-il à mon pays ?

Danielle bleitrach

3 commentaires

  1. Voilà quelqu’un qui est authentique. Tout le monde est aimable, cad digne d’être aimé, dans le sens chrétien du terme. Il y a des mots simples mais très forts aussi.

  2. bonjour, depuis que je suis les textes postés sur ce site, cela fait deux fois que mon attention est attirée par les réflexions de Danielle.J’y souscris.Mais plus encore,voici qu’à travers ce récit, le nom de ma ville natale apparait, Mostaganem…ou Mostralem aujourd’hui ( orthographe non garantie).J’y suis née en 50 deux ans avant que ne se déclenchent les « événements ». Je me souviens donc du discours de De Gaulle au balcon de l’hôtel de ville, occasion pour laquelle on m’avait habillée en bleu blanc rouge..le discours dit  » de Mostaganem ». Je ne défends pas la colonisation, mais l’histoire mêlée , complexe, de tous ces êtres humains, venus d’horizons divers.. Ma famille paternelle a fait souche en Algérie, venue du Périgord d’un côté ( mes ancêtres étaient exilés politiques) et d’Espagne de l’autre, en des temps où les paysans de la région d’Alicante mouraient de faim et devaient s’expatrier pour survivre. Notre histoire est une histoire d’immigration.. Il y a pour moi un paradoxe à ce qu’un mouvement comme le FN, crée en partie par des anciens militants de l’OAS considère l’immigration comme un danger… L’Algérie s’est construite sur l’immigration… Seuls des gens comme Camus ont écrit ce qu’il en était de la face solaire du mélange des peuples.. C’est celle là que je retiens, et c’est de cette promesse que toutes les révolutions doivent s’inspirer…

  3. J’aime beaucoup ce petit coup d’humeur… Je suis parfaitement en phase avec Danièle sur ce coup là, d’autant que dans notre grand Est, nous nous battons en ce moment, entre autre, sur des tentatives du FN d’instrumentaliser notre CGT.
    Fraternellement,

    NOSE DE CHAMPAGNE


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