Les révoltes montrent le vrai visage du monde arabe, par Federico Fuentes

 Source : Green Left Weekly

Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

La récente rébellion dans le monde arabe n’a pas seulement secoué les bases des régimes autoritaires en Afrique du Nord et dans la péninsule arabique.

Elle a aussi démoli beaucoup des mythes, des préjugés et des stéréotypes propagés par les grands médias et les politiciens de droite à propos des peuples arabes.

Quand l’ancien président des Etats-Unis Geogre W. Bush a ordonné l’invasion de l’Irak en Mars 2003, une de ses justifications était le besoin de « répandre la démocratie » dans la région. Ce projet devait débuter par la « libération » du peuple irakien de la dictature de Saddam Hussein (un ancien allié des Etats-Unis) et des « terroristes islamiques ».

En Août de cette année là, Bush a proclamé que les progrès de l’Irak occupée « vers l’autodétermination et la démocratie redonnent l’espoir à d’autres peuples opprimés de la région et du monde. C’est l’avènement de la démocratie que craignent les tyrans et que les terroristes cherchent à affaiblir. »

« Les gens qui aspirent à la liberté dans des pays comme l’Iran et au Moyen-Orient nous regardent et prient pour notre réussite en Irak ».

Commentant les récentes manifestations, l’ancien Secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld, a déclaré au magazine de politique étrangère étasunien The Cable, le 14 février -deux jours après la chute du dictateur égyptien Hosni Moubarak- que cette chute était le résultat du « programme pour la liberté »  pour la région de l’administration Bush.

« Cette région n’a pas une histoire longue et glorieuse d’institutions politiques libres, d’institutions économiques libres et de démocratie » a dit Rumsfeld. « Ce que le Président Bush a fait en Irak et en Afghanistan a consisté à donner aux peuples de ces pays une chance d’avoir des systèmes politiques plus libres et des systèmes économiques plus libres.

Il est hors de doute que cet exemple soit salvateur dans la région. »

Rumsfeld a à moitié raison : il y a un exemple salvateur qui se répand dans la région. Le problème pour les Etats-Unis est que c’est l’exemple de l’Égypte, qui s’est répandu en Irak, et non l’inverse.

Le 17 février, le Washington Post a dit : « Au moins deux manifestants ont été tués jeudi quand des soldats ont ouvert le feu sur des manifestations arméEs de pierres dans la ville kurde de Sulaymaniyah alors que le désordre suscité par l’agitation dans tout le Moyen-Orient atteignait la paisible enclave kurde au Nord de l’Irak.

« Les coups de feu font monter à cinq le nombre de morts en deux jours de violentes manifestations en Irak, où un mécontentement de long terme sur les services, le chômage et la corruption s’est exprimé dans les rues, inspiré au moins en partie par les succès des récentes révoltes en Tunisie et en Egypte. »

Le président étasunien Barack Obama, dont le gouvernement a continué la politique coloniale de Bush-Rumsfeld envers l’Irak et l’Afghanistan, n’a pas fait de commentaire sur ces événements.

Pourtant, Obama avançant lors d’une conférence de presse du 15 février que la politique étasunienne envers la région était fondée sur deux principes : l’opposition à la violence comme moyen de maintenir l’ordre et le droit de parler et de se réunir librement.

Obama a dit : « Je pense que l’approche de mon administration est l’approche qui colle à la façon dont la plupart des américains pensent à propos de cette région, et qui veut que chaque pays soit différent, et que chaque pays ait ses propres traditions ; l’Amérique ne peut leur imposer une façon de diriger leurs sociétés. »

Sa politique « colle » peut-être à l’image construite par les médias dominants et livrée aux gens aux États-Unis, mais les images venues des révolutions démocratiques qui balaient la région ont démoli beaucoup de fausses idées sur le monde arabe.

En particulier la notion que sa culture est embourbée dans le Moyen-Âge- et est dominée par des islamistes fanatiques et des peuples soumis satisfaits de dictateurs autoritaires ou incapables de les renverser.


La réalité est différente : les jeunes hommes et femmes (avec ou sans voile) ont été à l’avant-garde des manifestations, envoyant frénétiquement des textos et des messages sur Tweeter à partir de leurs téléphones portables du milieu de leur lutte contre la répression.

Des chrétiens ont défendu des musulmans contre des attaques de la police durant les prières du vendredi en Égypte et un chanson de rap (« President, your people are dying ») mise en ligne sur Youtube est devenues l’hymne officieux de la révolution tunisienne.

Eduardo Febbro, écrivant dan sle quotidien argentin Pagina 12 du 9 février, affirmait : «  Les démocrates arabes qui ont fait tomber des régimes autocratiques et corrompus en Tunisie et en Egypte ont apporté une contribution inestimable à la connaissance humaine : avec leur vigueur démocratique, ils ont démantelé l’image démoniaque que les médias occidentaux et les commentateurs opportunistes donnaient de l’Islam et du Monde Arabe et Musulman en général, tout en attaquant l’intérêt stratégique de la plus grande puissance mondiale. »

Rumsfeld a prévenu que « bien que les événements soient porteurs d’espoir, nous devons tous être réalistes et espérer que, contrairement au Liban, contrairement à Gaza, et contrairement à l’Iran, le processus ne finisse pas par écraser les espoirs des gens avec un régime répressif après les avoir attisés.

Toutefois, la vraie menace pour la démocratie dans un pays comme l’Égypte vient du chef des armées, financées par les États-Unis. Exerçant le pouvoir depuis la chute de Moubarak, les chefs de l’armée semblent chercher à sauver le plus possible de l’ancien régime.

Les États-Unis ont soutenu les dictateurs et contribué au développement des groupes fondamentalistes qui sont maintenant utilisés pour diaboliser un peuple entier et tous les adeptes d’une religion et à les présenter comme des ennemis des « valeurs occidentales ».

Prenez l’Iran, que les États-Unis aiment diaboliser.

En 1953, un coup d’État organisé par la CIA a fait tomber le gouvernement de Mohammad Mossadegh, élue démocratiquement, après sa décision de nationaliser les réserves pétrolières du pays.

A sa place, les États-Unis ont installé le brutal Shah. Son régime a détruit les restes des forces nationalistes démocratiques- libérant l’espace qui permettrait aux groupes fondamentalistes de se développer.

En 1979, un mouvement révolutionnaire impliquant des dizaines de millions d’iraniens a finalement mis fin au règne du dictateur.

La forces des islamistes leur a permis de prendre le contrôle de la révolution- non sans s’être livrées à une boucherie de masse contre ce qui restait des forces de gauche. 

Le nouveau régime s’est consolidé en faisant face à la guerre Irak-Iran de 1980-1988, dans laquelle les États-Unis ont soutenu l’Irak de Sadam Hussein.

En Afghanistan et au Pakistan, les Etats-Unis ont sponsorisé les fondamentalistes islamiques dans le combat contre l’Union Soviétique. Un dirigeant fondamentaliste qui a gagné en influence dans le cadre de la lutte financée par les États-Unis contre les troupes soviétiques en Afghanistan s’appelait Oussama Ben Laden.

Après l’effondrement de l’Union Soviétique, les fondamentalistes islamiques devinrent le nouvel « ennemi de l’occident » pour justifier une politique étrangère visant à augmenter sa domination sur la région riche en pétrole. Dans tous les médias et à Hollywood, tous les arabes et musulmans étaient peints de la même façon.

Certains commentateurs médiatiques et politiciens occidentaux ont soulevé le spectre des Frères Musulmans en Egypte- sans reconnaître que le mouvement qui a renversé Moubarak a été un soulèvement de presque tous les secteurs de la société.

La vérité, a dit Hamid Dabshi dans un commentaire du 13 février sur AlJazeera.net, est : « Les néoconservateurs pro-israëliens aux Etats-Unis et leurs équivalents sionistes en Israël comparent les révolutions égyptienne et iraniennes parce qu’ils sont terrorisés par un soulèvement révolutionnaire de masse dans un pays arabe important qui pourrait cesser d’autoriser que soit bafouée la volonté démocratique d’un peuple, au nom d’une colonie nommée « Israël ».

Ceux qui représentent un vraie menace pour la démocratie et la liberté se trouvent à Washington- non pas dans les rues de Tunis, du Caire et d’ailleurs.

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