Appel des travailleurs égyptiens à ceux « qui nous caractérisent comme contrerévolutionnaires »

source :  Europe Solidaire Sans Frontières

Nous publions ci-dessous une déclaration programmatique issue de regroupements de militant·e·s syndicalistes actifs dans le secteur privé et public ainsi que dans diverses entreprises et sociétés. Ce programme révèle la volonté de secteurs importants de la société. En effet, depuis le 11 février, le mouvement de grève n’a pas cessé.

Ce jeudi 24 février, des milliers de travailleurs des transports publics réclament la création de syndicats indépendants, rompant avec le syndicat contrôlé par l’Etat, c’est-à-dire la Fédération syndicale égyptienne (ETUF – Egyptian trade-union federation). Quelque 20’000 travailleuses et travailleurs du secteur textile étatisé de la région de Mahalla avancent la même revendication, selon le quotidien Al-Masry Al-Youm du 24 février 2011.

Les travailleurs des transports publics affirment avoir déjà récolté 15’000 signatures soutenant leurs revendications de rupture avec la structure syndicale corrompue.

Face à cette ébullition sociale, le gouvernement continue d’insister sur la nécessité de « normaliser » la situation sociale en invoquant les « dangers » que ces mobilisations font courir à l’économie. Le texte ici publié, qui traduit la conscience et l’attitude la plus avancée des salarié·e·s en Egypte, est un indicateur concret de la phase dans laquelle se trouve la révolution du 25 janvier. (Rédaction de A l’encontre.)

Les travailleurs égyptiens étaient parmi les principales forces qui ont préparé et participé à la révolution populaire et démocratique du 25 janvier, poussés par la confiance en leurs forces et leur adhésion aux revendications émanant de la révolution ; cela dans le contexte d’une précarité économique et sociale qui s’est accentuée à l’extrême au cours des dernières années.

Dans le cadre de cette révolution, les travailleurs n’ont fait qu’exercer leur droit de manifester et revendiquer les droits pour lesquels ils se battaient depuis longtemps, c’est-à-dire une vie digne et une justice sociale pour tous.

Le plus étonnant, actuellement, consiste à accuser les travailleurs – qui ont joint leurs voix dans la mobilisation à celles de leurs compatriotes – de ruiner l’économie et de saboter la production. On leur demande de regagner leur poste de travail et de donner une chance à ce même régime et à ce même gouvernement.

Les travailleurs se demandent : pourquoi et dans quel but donner une chance ?

Pour que ce gouvernement continue ses politiques destructrices ou pour se contenter encore durant quelques années de fausses promesses qui se rajouteront à celles des trente dernières années. Ce qui ne fera qu’augmenter les gains des profiteurs et infliger plus de misère aux ouvriers.

Ce qui nous étonne encore plus, c’est que les exigences du gouvernement face au peuple prennent un aspect de menace [voir communiqué n° 5 du Conseil suprême des forces armées] dans le but d’empêcher un mouvement de contestation populaire. Le gouvernement ne s’adresse pas au peuple sur un pied d’égalité. Ce gouvernement fait la sourde oreille face aux revendications des travailleurs. Par contre, il ouvre ses bras aux fonctionnaires du Ministère de l’intérieur, ceux qui ont les mains encore tachées du sang des martyrs de la révolution. Il leur offre des augmentations de salaire de 100 % et accepte le retour des officiers qui ont laissé leur poste. Les privilèges accordés et dont on ignore encore l’ampleur sont multiples.

C’est ainsi que réagit et pense le gouvernement d’Ahmed Chafik qui prétend rendre leurs droits aux anciens ayants droit.

C’est-à-dire à tous ceux qui critiquent les revendications de secteurs de travailleurs en lutte. Or, qui dirige l’Egypte depuis trois décennies et qui a appauvri et ruiné l’économie ?

Pourtant ce n’est jamais les travailleurs qui ont détourné l’argent des banques et qui l’on transféré à l’étranger puis sont rentrés sans que personne ne leur demande des comptes.

Ce n’est pourtant jamais les travailleurs qui ont vendu et fermé des firmes et des usines, cela à bas prix, et en licenciant les salarié·e·s. Ce n’est pourtant pas les travailleurs qui ont offert pour rien des terres de l’Etat à des hommes d’affaires.

Ce n’est pourtant pas les travailleurs qui ont répandu des pesticides et des produits cancérigènes sur les champs agricoles, ce qui a tué aussi bien des plantes que des humains.

Les ouvriers n’ont jamais pratiqué la spéculation sur les produits alimentaires et ce n’est pas eux qui sont à l’origine des envolées de prix. En conclusion, les travailleurs avec tous ces malheurs, ces désastres.

Le seul responsable de la dégradation de l’économie égyptienne est le régime, avec ses hommes d’affaires, ses militaires et son parti politique (le PND) qui continuent, de fait, à gouverner jusqu’à aujourd’hui.

Au lieu de nous demander de renoncer à notre droit de nous mobiliser et de contester le régime, des forces populaires sensibles aux critiques du régime feraient mieux de rallier notre camp pour en finir avec ce régime et arracher par la force ce qui nous est dû à tous.

Les ouvriers ont depuis longtemps la perte de leurs droits. La révolution du 25 janvier leur a donné plus de forces en vue de lutter pour leurs revendications légitimes. Pour toutes ces raisons, nous – en tant que travailleurs – n’arrêterons jamais de nous mobiliser, de nous opposer jusqu’à ce que nous ayons obtenu une vie digne ; nous qui sommes à l’origine de la production de l’ensemble de la richesse. Ainsi, nous exigeons :

1° La réalisation des six revendications de la révolution qui n’ont pas encore été réalisées ;

2° La mise en place d’un salaire minimum et d’un salaire maximum (une échelle allant de 1 à 10), salaires liés à l’augmentation des prix (échelle mobile des salaires) ;

3° La régularisation, sous forme de contrats à durée indéterminée, de tous les travailleurs temporaires qui sont au nombre de centaines de milliers, seulement dans le secteur étatique, régularisation qui prenne en compte les années de service ;

4° L’arrêt de la politique de privatisation (liée à la corruption) et la mise en place d’enquêtes concernant tous les contrats douteux liés à la vente de biens publics, ainsi que la poursuite en justice de tous ceux qui ont participé à ces opérations ;

5°Les sociétés vendues doivent être réintégrées au bien public et les travailleurs ayant perdu leurs emplois doivent être réengagés ;

6° L’abolition de la Loi sur le travail, datant de 2003 [les travailleurs qui agissaient en dehors de la structure de la Fédération syndicale égyptienne – ETUF, liée à l’appareil d’Etat – pouvaient être licenciés si l’employeur les surprenait à engager des actions syndicales ; de plus, cette loi permet de licencier sans fournir aucun motif ; cette loi assurait aussi des cotisations permettant d’engraisser l’appareil syndical], loi qui a divisé les travailleurs et réduit nombres d’entre eux à un statut de quasi esclaves ;

7° Engager une politique permettant à toutes les personnes au chômage d’obtenir un emploi et, dans l’attente, leur assurer une allocation égale à la moitié du salaire conforme jusqu’à ce qu’ils obtiennent un emploi ;

8° Abolition de la Loi sur l’assurance santé, qui a privé à beaucoup de travailleurs l’accès à des soins et a augmenté leurs contributions ;

9° Restitution aux travailleurs de l’argent détourné par le système d’assurances et de retraites ;

10° Arrêt de la privatisation des centres médicaux et création d’un service de santé public avec accès gratuit pour toutes et tous ;

11° Elimination de tous les corrompus de l’ancien régime des organes étatiques et des sociétés contrôlées par l’Etat. Ces derniers doivent être déférés devant la justice.

20 février 2011

Ces considérants et ces revendications ont été adoptés par les ouvriers et les employés d’associations, de syndicats, d’usines et de secteurs de l’administration publique. Parmi elles, on citera le Syndicat des collecteurs d’impôt, l’Union des retraités ou le Syndicat des travailleurs de la santé, les travailleurs des minoteries, les employés de l’éducation, etc.

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