Nous, cubains, avons toujours été accompagnés par l’idéal socialiste, par Ricardo Alarcon de Quesada

 

Ricardo Alarcon de Quesada, Président de l'Assemblée NAtionale du Pouvoir Populaire De Cuba

source : cubadebate

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

En lisant le livre de Danielle et de Bonaldi, Cuba Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme, on apprend combien le socialisme et l’indépenance sont une seule et même question pour le peuple cubain. C’est de cela dont il est question dans le discours prononcé à l’Université de La Havane par Ricardo Alarcon de Quesada, le Président de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, pour l’anniversaire de la Constittion de 1976. (Note de Marc Harpon)

 

 

 

 

Compatriotes

Des dates comme celle-ci forcent à réfléchir et à renouveler son engagement au-delà de la pure célébration formelle. Le 24 février nous rappelle par-dessus tout la continuité et la convergence unissant plusieurs générations de cubains dans la même lutte et l’énorme somme de sacrifices faits tout au long du chemin.

En 1895 a recommencé le combat qui a réunit les vétérans de 1868, qui avaient livré la guerre la plus longue et la plus sanglante jusqu’à la défaite humiliante du Zanjon, et les jeunes qui avaient grandi durant ces années de frustration et d’asphyxie. José Marti, avec son génie et son prêche incessant sut les unir pour l’inévitable bataille.

Nous savons comment s’acheva cette étape, commencée un jour comme aujourd’hui. Elle déboucha sur ce que Theodore Roosevelt baptisa avec mépris « une république infernale » dont il souhaitait que le peuple « disparaisse de la face de la Terre ». Il fut nécessaire de reprendre la lutte, non plus face à une monarchie décadente, mais contre un Empire vorace qui, à peine né, essayait de s’emparer de notre archipel.

Plusieurs générations surent continuer le travail et connurent de même des échecs aussi répétés que douloureux. Le chemin que finit par éclairer la victoire du premier janvier fut long et difficile. Après cette victoire, notre lutte séculaire ne cessa pas pour autant.

Avec la constitution socialiste de 1976, la première étape de la Révolution, qui avait triomphé en 1959, un peu moins d’une décennie et-demie plus tôt, parvint à son terme. Le texte consacrerait les rêves que nous, cubains, transformions en réalité, les transformations profondes réalisées au milieu des agressions constantes de l’empire.

Jamais sur notre continent ne s’étaient produits des changements si profondément enracinés au bénéfice des larges majorités jusqu’alors exclues. Jamais auparavant un peuple n’a du faire quelque chose de similaire face à l’hostilité du pays le plus puissant de tous les temps qui était, alors, au zénith de son hégémonie planétaire.

Il y a deux choses que je voudrais souligner devant cette assistance où les jeunes sont nombreux. L’idéal socialiste, le travail pour créer à Cuba une société libre, fondée sur la justice et la solidarité humaine nous a toujours accompagnés, nous autres cubains. C’est ce qu’ont proclamé ici, dans la Aula Magna, il y a 55 ans, José Antonio, Fructuoso et leurs camarades quand ils annoncèrent ce jour de 1956 la fondation du Directoire Révolutionnaire.

Cet idéal nous a accompagnés depuis 1868 quand nos grands-parents proclamèrent que la patrie serait solidaire et juste, serait une et égalitaire, ou ne serait pas.

L’autre chose que je veux faire remarquer, parce qu’on a tendance à l’oublier, est qu’au milieu du siècle passé, les États-Unis ne traversaient pas une crise et ne connaissaient rien de semblable à la banqueroute du système qui devient aujourd’hui évidente pour tus.

C’est en ce temps là, quand l’Impérialisme dominait le monde, que triompha la Révolution et, avec elle, Cuba, se convertit enfin en une nation indépendante.

L’impérialisme fit tout ce qu’il put pour essayer d’empêcher la victoire du mouvement dirigé par Fidel Castro et comme il n’y parvint pas, il épuisa sa volonté, depuis le premier jour, pour écraser la révolution triomphante.

Notre œuvre a été un exploit historique. Avoir à résister et à lutter tout en éliminant l’analphabétisme et la misère, les latifundia et l’inculture et tandis que commençait le développement économique et social. Il fut nécessaire de le faire en prenant en compte l’agression économique et l’isolement diplomatique, les campagnes de diffamation et l’invasion de mercenaires, les sabotages et le terrorisme.

Cela fait un demi siècle de résistance et de création devant un ennemi qui s’est proposé non seulement de détruire la révolution mais aussi d’annihiler le peuple qui la soutient. La vérité pure de cet affrontement historique est le caractère génocide de l’agression dont nous sommes victimes et de son objectif profondément antidémocratique.

Je n’exagère rien. Il s’agit du génocide le plus long de l’histoire. Écoutons à nouveau les mots mêmes par lesquels l’ennemi a défini dès le départ le sujet : « La majorité des cubains appuient Castro…Le seul moyen possible de le priver d’appui interne réside dans la déception et l’insatisfaction qui surgiraient du malaise économique et des difficultés matérielles…Nous devons entreprendre rapidement toutes les actions possibles pour affaiblir la vie économique de Cuba…lui refuser l’argent et l’approvisionnement…provoquer la faim, le désespoir et renverser son gouvernement ». Causer la faim et la souffrance d’un peuple correspond exactement à la définition du crime de génocide de la Convention de Genève. Le punir ainsi parce que la majorité appuie son gouvernement revient à abhorrer la démocratie et tenter d’imposer la tyrannie au moyen du génocide.

Tandis qu’ils commençaient leur féroce guerre économique contre tout un peuple, en même temps, l’Empire s’efforçait de le diviser et de recruter des gens en las achetant avec de l’argent empoisonné. Ils l’expliquent en toutes lettres dans le dit Programme Cuba encore en vigueur, y compris en appelant les choses par leur nom. Souvenons-nous de ce qu’ils définirent comme « l’essence » de leur plan : « la création à l’intérieur de Cuba d’une opposition alimentée par l’assistance financière clandestine et le développement d’une campagne intense de propagande à l’extérieur en faveur de cette opposition. »

Les textes que je viens de citer sont le fondement d’une politique qui a commencé sous l’administration Eisenhower et se maintient sans changement à l’époque d’Obama.

Nada ha cambiado desde entonces. Los retos que hoy encaran nuestros jóvenes son los mismos que enfrentamos nosotros y quienes nos precedieron.

Rien n’a changé depuis lors. Les menaces qui encerclent aujourd’hui nos jeunes sont les mêmes que nous rencontrions, nous et ceux qui nous ont précédés.

La Constitution de 1976 est la conséquence d’une histoire de luttes dans lesquelles notre peuple s’est forgé, au sein desquelles il a cherché dès son origine une pensée propre et une façon cubaine de penser de laquelle devait naître une société différente, qui ne soit copiée d’aucune autre, et qui soit conçue en fonction des intérêts et des aspirations populaires. Cette idée germait laborieusement depuis les projets initiaux d’Infante et de Varela jusqu’à se son plein développement dans les constitutions mambisas qui furent en vigueur durant nos guerres d’indépendance dans les territoires libérés. Guaimaro, Baragua, Jimaguayu et la Yaya expriment les efforts pour créer et soutenir des institutions entièrement cubaines, y compris dans les circonstances d’un combat particulièrement féroce et destructeur.

L’intervention yankee de 1898 a interrompu brutalement notre tradition constitutionnaliste. Mais le peuple a continué à lutter pour la démocratie, n’a pas oublié que celle-ci avait constitué ses racines fondamentales et pour la sauver plusieurs générations ont fait de nouvelles prouesses et souffert les pires martyrs. Les défaites furent nombreuses et le victoires rares et localisées. La Constitution de 1940 arrachée par le peuple au servile et despotique régime néocolonial, a eu une existence éphémère et des résultats faibles.

La Révolution de 1959 a abolit la tutelle impériale et a rendu son rôle au peuple. Tout ce qui s’est fait depuis lors dans l’île a eu le peuple comme principal acteur.

La Constituton de 1976 ne fut pas l’œuvre exclusive d’un groupe de juristes éminents. Le projet initial fut l’objet d’une discussion très large à laquelle participa la quasi totalité de la population durant l’année 1975. Des milliers de modifications et d’additions y ont été faites, qui changèrent la rédaction de 60 articles de la proposition originale. Le texte fut finalement soumis à référendum le 15 février 1973, référendum dans lequel 98% des électeurs exercèrent leur droit de vote. 97,7% d’entre eux se prononcèrent en faveur du texte. Lors de ce référendum, les jeunes entre 16 et 20 ans- 758 871, pour la première fois de notre histoire, votèrent.

Cette constitution a duré une période historiquement brève mais pleine de de réalisations que provoquent une admiration justifiée et le respect en dépit des erreurs et des déficiences présents dans notre œuvre comme dans toute œuvre humaine. Et la notre, je le répète, a été menée à terme au milieu d’une hostilité sans précédent.

Nous commémorons le trente-cinquième anniversaire de cette constitution alors que, cubaines et cubains, nous sommes une fois de plus engagés dans un débat ouvert et profond. Nous cultivons le dialogue franc et démocratique comme il sied à un peuple émancipé et cultivé. Nous cherchons tous et avec tous les meilleures façons d’affronter les risques et les difficultés qui nous entourent.

Nous continuons sur le chemin ouvert par nos aïeux et dans lequel ont marché nos pères. Nous continuons sur le sentier de la Patrie de fraternité et de justice imaginée par le Père fondateur, à la conquête de laquelle nous a appelé, un jour comme celui-ci, je Professeur (1) de tous les cubains. Nous gardons ce but à l’esprit tandis que nous faisons tout ce que nous avons à faire pour préserver l’essentiel de notre projet, la Cuba possible dans le monde d’aujourd’hui. C’est la route à suivre pour sauver notre socialisme, la seule voie pour assurer l’indépendance de la Patrie. Que cela soit notre engagement en un jour comme celui-ci. Que cela soit notre promesse devant notre histoire ici, dans ce lieu habité par la science de celui qui, le premier, nous a enseigné à penser en cubains.

(1) Un éclairage essentiel me semble devoir être apporté ici. Le « maestro » espagnol est, comme le « magister » latin, le maître d’école ou l’enseignant. C’est pourquoi j’ai évité de traduire ce terme par « maître », qui aurait été trop ambigu.

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