Dans le Wisconsin, ils sont des dizaines de milliers à manifester contre les attaques visant les travailleurs de l’Etat, par Tom Eley

 

Traduit de l’anglais par Maurice Lecomte pour Changement de Société

 

17 Février 2011
http://www.wsws.org/articles/2011/feb2011/wisc-f17.shtml

Le mercredi une foule estimée à environ 30.000 manifestants à Madison, la capitale du Wisconsin, contre les attaques sur les salaires et les conditions des travailleurs du secteur public lancée par le gouverneur Scott Walker. Les manifestations qui se sont poursuivies toute la journée ont atteint un sommet à midi et de nouveau en début de soirée, suite à une manifestation le mardi estimée à 13.000 – 20.000 manifestants et une série de rassemblements, manifestations, et débrayages dans les écoles à travers l’état.

L’administration scolaire a ordonné la fermeture des écoles publiques de Madison, 40 % des enseignants s’étant mis en maladie le mercredi matin en vue de participer à la manifestation. Des autobus venant de tout l’état remplis de manifestants ont continué d’arriver dans la capitale. Près de Milwaukee, une foule estimée à 1.500 personnes a marché sur la maison en banlieue de Walker. Environ 1.000 élèves du secondaire ont organisé une grève dans la ville d’Appleton.

Dans un effort inspiré par les manifestants égyptiens de la place Tahrir au Caire, des dizaines de travailleurs et de jeunes ont campé sur Statehouse dans la nuit entre mardi et mercredi. Ils ont promis de continuer l’occupation jusqu’à ce que le projet de loi Walker soit abrogé.

Il est prévu que les manifestations se poursuivent jeudi et vendredi. Les écoles de tout l’État se préparent à l’absentéisme des enseignants et aux débrayages étudiants. On s’attend à une grande grève surprise des étudiants en licence de l’Université de Wisconsin-Madison et des étudiants en troisième cycle jeudi.

Le plan Walker dont la publication est attendue pour ce week-end, est une attaque de grande envergure contre les travailleurs. Parmi une foule de propositions, le projet de loi interdirait aux travailleurs de négocier sur les retraites, les prestations des soins de santé, ou les conditions de travail. Seul le montant de la paie pourrait être l’objet de négociations, pour autant que son augmentation ne dépasse pas celle de l’indice annuel des prix à la consommation. Les travailleurs du secteur public seraient forcés à quasiment doubler leurs contributions aux pensions et aux régimes de soins de santé.

Au-delà de ces mesures draconiennes de ce plan, c’est la manière autoritaire, anti-démocratique de son élaboration et mise en œuvre qui provoque la colère des travailleurs. Le 11 Février, Walker a annoncé qu’il avait mis la Garde nationale en alerte pour faire face à toute éventuelle résistance des travailleurs.

La dernière fois que la Garde nationale a été appelée dans le Wisconsin pour faire face à des travailleurs en grève, a été lors du mouvement pour la journée de huit heures à l’occasion du 1er mai en 1886, lorsque dans les jours ayant suivi l’émeute de Haymarket à Chicago, la milice de l’État a ouvert le feu sur les travailleurs de l’acier à Milwaukee, en tuant sept.

Le projet de loi Walker s’arroge des pouvoirs dictatoriaux qui rappellent l’abus endémique du pouvoir exécutif par les gouverneurs du 19e siècle. Selon un communiqué de presse du bureau de Walker,

« A partir du moment ou le gouverneur a déclaré l’état d’urgence, le projet de loi autorise les autorités en place à mettre fin à tout contrat existant

  • avec un employé absent durant trois jours sans l’approbation de son employeur
  • ou à celui d’employés qui participeraient à une action organisée pour arrêter ou freiner le travail.  »

 

Un des éléments les plus marquants des manifestations de Madison est le soutien apporté par la jeunesse. En plus de la grève de mercredi à Appleton, plus de 800 élèves de l’école Madison East High, soit plus de la moitié de l’école, ont organisé une grève surprise et marché deux miles et demi au vers le Capitole le mardi. Un lycéen d’Ona Powell, aurait organisé la grève par le biais d’une page Facebook et le bouche à oreille. Le lundi, c’étaient des élèves du secondaire qui manifestaient à Stoughton, une ville industrielle près de Madison.

Les
étudiants du premier cycle et des cycles supérieurs de l’Université du Wisconsin, Madison, ont joué un rôle important dans les manifestations, ainsi que les étudiants dont ceux du Supérieur du campus de l’Université du Wisconsin à Milwaukee ayant également rejoint le mouvement de protestation.

Mardi, Walker a tenté de faire campagne pour son projet de loi dans les villes du Wisconsin ouest de La Crosse et d’Eau Claire. Dans chaque ville, il a été accueilli par des centaines de manifestants. En Eau Claire, son véhicule a dû dévier du trajet prévu et se réfugier dans l’arrière une usine.

Walker essaie consciemment de « monter » les travailleurs du secteur privé contre leurs frères et sœurs de classe du secteur public. Dans La Crosse, il dit que les travailleurs industriels métallurgistes du Wisconsin ont fait d’énormes « sacrifices » et que les travailleurs gouvernementaux devraient faire de même. « Ce que je demande n’est rien en comparaison de ce que tous dans le secteur privé ont fait », dit-il. « Nous pensons que ces changements sont raisonnables et modestes. Je pense que la plupart des employés en dehors du gouvernement diraient que c’est une très bonne affaire.  »

Ces tentatives n’ont cependant pas réussi. Selon toutes les observations de ces grandes manifestations à Madison, celles-ci ont été suivies par de nombreux travailleurs du secteur privé.

Les syndicats du secteur public qui ont appelé à des manifestations, et parmi eux les branches du Wisconsin de la Fédération américaine des enseignants (AFT) -National Education Association (NEA)-, et l’AFSCME de la Fédération américaine des employés municipaux de l’Etat, du Comté et de la Municipalité- ont présenté leur démarche comme un effort de lobbying pour influencer une poignée de sénateurs républicains afin qu’il votent contre des points du projet de loi Walker.

Les syndicats ne sont pas intéressés par la défense, que ce soit du niveau de vie de la classe ouvrière, ou du droit de grève, comme le prouve que trop bien le soutien respectif de l’AEN et de l’AFT à l’assaut de l’administration Obama à l’encontre de l’éducation publique et de la règlementation du travail connu sous le nom « Race to the Top ». Tous les syndicats du secteur public ont respecté les lois réactionnaires interdisant aux employés du gouvernement de faire grève.

Dans le Wisconsin, les syndicats sont avant tout motivés par une mesure du projet de loi qui interdirait la cotisation automatique « check-off », qui menace d’éliminer des millions de dollars de leurs revenus. Cet entonnoir syndical dirige cet argent vers le parti démocrate dans de nombreux Etats et au niveau national sous l’administration Obama, le même qui est le fer de lance de l’attaque sur les salaires et l’emploi des fonctionnaires. La seule différence est que les démocrates «travaillent ensemble» avec le dirigeant syndical à mettre en œuvre les réductions, alors que les républicains préfèrent ne pas traiter avec les bureaucraties syndicales.

Les revendications sociales qui animent les manifestants à Madison au Wisconsin et dans les alentours sont tout à fait opposées à la ligne pro-austérité soutenue par les syndicats. Ils voient leur lutte comme une lutte contre le sabrage des salaires, les attaques anti-démocratiques sur les droits des travailleurs, et les abus et humiliations d’un système politique qui rabaisse constamment leur travail. En effet, de nombreux signes lors des manifestations et les commentaires lors des entrevues indiquent clairement que les travailleurs et les jeunes dans le Wisconsin s’identifient avec le soulèvement des travailleurs et jeunes arabes contre les tyrans soutenus par les USA au Moyen-Orient.

« Le gouvernement veut seulement que les riches deviennent plus riches et abandonne la classe ouvrière et moyenne, » pense Melinda Foster, une technicienne en radiologie à l’hôpital de l’Université du Wisconsin, a indiqué le site du World Socialist Web. « Pourquoi ne pouvons-nous faire payer [réduire] les milliardaires et les cadres dirigeants? »

Sally, une enseignante, a déclaré que les compressions budgétaires rendraient beaucoup plus difficile le paiement de ses factures. « Cet hiver dernier a été très difficile pour moi », dit-elle. « J’ai fini par emprunter de l’argent pour payer mes impôts fonciers. J’ai un autre emploi en plus d’être enseignante. Et je n’ai pas d’enfants à mettre au collège ! Nous ne sommes pas des embusqués; beaucoup d’entre nous travaillent pour un salaire à ajouter au salaire afin de joindre les deux bouts « .

Edson, un chargé de travaux dirigés à l’Université Madison du Wisconsin, a comparé la situation présente au développement ayant amené le renversement des dictateurs au Moyen-Orient. « Quand le gouvernement cesse de nous écouter, alors il devient comme celui d’Egypte, » a-t-il dit.


Leur désir de défendre leurs emplois, salaires et droits, et leur lutte pour une plus grande solidarité avec les autres travailleurs dans des métiers différents, les autres Etats, et même nations, entraîne inévitablement ces travailleurs et ces jeunes dans un conflit avec les syndicats et les sociétés contrôlés par deux partis système [du même système]. Mais ces sentiments doivent trouver des formes indépendantes de lutte et, finalement, une expression politique consciente dans la lutte pour le socialisme.

Les manifestations dans le Wisconsin ont mis à mal le mythe du travailleur américain passif, rétrograde, arriéré. La prochaine étape de cette lutte est son élargissement en secteurs plus vastes de la classe ouvrière à partir de l’initiative dans le Wisconsin d’une lutte contre le sabrage des salaires et les abus anti-démocratiques.

3 commentaires

  1. Et oui, et le commun des mortels n’en saura rien ! Nos médias de la pensée unique du capitalisme tout est bon, le reste c’est la fatalité ce qui ne va pas !Bien sûr ça prétend donner des leçons de démocratie : on change des hommes tous bons gérants du régime capitaliste !!!

  2. Vous dites c’est « une lutte contre le sabrage des salaires et les abus anti-démocratiques »
    Votre article ne présente pas la situation complètement sans biais.
    1. Démocrates (élu par les électeurs) tenaient le control de gouvernement dans le Wisconsin et n’ont pas su passer le budget pour 2011 a l’heure.
    2. Les électeurs en WI (en Novembre 2010) ont remplacé les Démocrates par des Républicains avec pour mission passage du budget et réduction des dépenses notamment avec une participation par des travailleurs des syndicats dans le cout de couverture santé (comme dans le privé) mais beaucoup moins couteux
    3. Avec le commencement de business et le nouveau représentants élus par la majorité des électeurs dans le Wisconsin, le gouverner a demandé une vote sur le budget et ces changements exigé par les électeurs dans tout l’état
    4. Les sénateurs démocrates on fui la vote et refusent de voter – Les syndicats protestent le vote et sans les sénateurs démocrates, le vote est bloqué
    Donc c’est les Démocrates et les syndicats qui luttent contre la volonté des électeurs et la majorité des travailleurs dans l’état de Wisconsin et ils sont responsables d’un abus anti-démocratique en bloquant le vote.. non pas le gouverneur ni les électeurs, ni les Républicains

  3. Chère Nancy

    Il me semble que vous oubliez quelque chose : tous les travailleurs ne votent pas et tous les électeurs ne sont pas des travailleurs…Les patrons et es rentiers ont encore le droit de vote, non (prévenez moi parce que si ce n’est pas le cas, je pars tout de suite m’installer dans le Winsconsin)? Vous ne pouvez donc pas confondre la volonté du peuple travailleur et la volonté des électeurs…A moins de confondre le tout et la partie…

    D’autre part, la situation renvoie à un des défauts d’une élection de l’exécutif au suffrage universel direct, qui constitue un coup d’Etat permanent : il suffit que les électeurs aient voté pour une personne pour que toutes ses décisions soient tenues pour approuvées…Dans les faits ça ne tient pas la route : vous n’êtes jamais d’accord avec l’intégralité des décision prises en votre nom…sauf harmonie magique entre vous et vos élus…

    Enfin somme, il me semble que votre raisonnement tiendrait : 1) si votre système politique reposait sur le mandat impératif et non sur le mandat représentatif ; 2) si seuls les travailleurs avaient le droit de vote et 3) si tous les travailleurs votaient effectivement…

    Marc Harpon


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