la Libye, quelques données importantes… par Danielle Bleitrach

Bref historique et que se passe-t-il actuellement ?  Cette analyse  tente d’expliquer ce que l’on dit rarement sur le système lybien, ses choix d’un Etat Providence, et nettement progressistes en particulier sur la question féminine. Et comment ce système basé sur la rente énergétique et sur l’équilibre avec les tribus par l’organisation de la redistribution s’est-il corrompu ? Qu’en est-il aujourd’hui des antagonismes ? Ce qui se passe au Moyen-orient n’est pas étranger à notre monde, non seulement parce qu’il s’agit de la Mediterranée proche, mais parce que nous sommes confrontés, à travers chaque cas de rébellion populaire,  à la crise du capitalisme mais aussi au fait que  celle-ci peut déboucher sur la plus violente des réactions. Notre responsabilité à tous est engagée en particulier celle de tenter de donner des explications malgré le brouillage médiatique. Il y a une vraie inquiétude dans le peuple français et il est très manipulable en ce moment. Nous devons dénoncer  l’alarmisme, et développer  la compréhension de ce qui se passe.  En particulier l’échec de solutions progressistes, et plus encore  de ce qui nous a été présenté depuis comme la modernité post-communiste. Une réflexion sur la démocratie, la vraie, celle POUR et PAR le peuple est nécessaire, elle passe dans l’immédiat par le respect des peuples, la non-ingérence.

Il est clair que le système Khadafi, depuis quelques années en plein revirement,  est en train d’exploser sous les tensions sociales, la répression très dure des manifestations a déclenché une déflagration sociale d’une grande ampleur que nous analysons ici. Mais on ne peut pas exclure les interventions étrangères dans le contexte d’une recomposition du Moyen-orient où se développe un grand jeu entre les Etats-unis et l’Iran comme principaux protagonistes. Les zones pétrolières ou les « bases » comme Barhein (1)sont des lieux où  les affrontements et les menaces d’affrontement se font plus intenses. L’Europe suit,  mais elle risque de se trouver entraînée dans des interventions y compris militaires. Interventions  qui peuvent provoquer  une crise dont nous ne mesurons pas les conséquences. Quelle que soit l’issue, il faut laisser le peuple libyen mener la transformation sociale.

Khadafi et les tribus

En 1951, la Libye a été le premier pays africain à accéder à l’indépendance. En 1969, Muamar Khadafi, se réclamant de l’inspiration de Nasser prend le pouvoir et devient le guide de la Révolution, c’est un jeune militaire.En 1977, La Lybie devient République Arabe de Lybie populaire et Socialiste.

Le modèle de nasser est un modèle d’indépendance nationale  est organisé la nationalisation des ressources qui sont distribuées à la population, mais c’est un modèle autoritaire basé sur les forces de sécurité, l’armée en particulier, sont réprimés vigoureusement communistes et islam politique. Mais la société lybienne n’est pas l’Egypte, c’est une société tribale.

En fait Khadafi a à la fois soumis les tribus, mais leur a laissé un rôle social et même dans les forces de sécurité. Si la Lybie comme d’autres pays du Golfe sous traite la sécurité et a des mercenaires, mais les forces de sécurité sont divisées sur le modèle des tribus et dirigées par des généraux militaires ou des responsables au sein des ministères qui représentent plus ou moins ces tribus.

Il y a là tous les facteurs d’une explosion et d’un affrontement qui semble être à l’oeuvre. Dans l’est du pays, en révolte et désormais indépendant c’est la tribu des Al-Zaouya dont le chef paraît jouer un rôle important a décidé de couper les importations de pétrole vers l’occident. La tribu Al Warfalla, qui est implantée à Benghazi, a débnoncé à son tour l’alliance et déclaré que « Khadafi n’était plus un frère ».

La dure répression contre les manifestants, menées par des mercenaires, parfois d’origine africaine, a été considérée comme la rupture du pacte des tribus.

Est-ce qu’il y a une influence étrangère c’est possible et même vraisemblable. La zone est est proche de l’Egypte dont on sait que l’armée qui tient toujours les rènes du pouvoir est très proche des Etats-Unis. Ceux-ci sont en train de tenter d’installer dans toute la région un système qui combinerait islam politique modéré et armée, une solution à la Turque ou à la pakistanaise.

Un système de rente, ses succès et sa crise

Mais les tribus ont surtout un rôle social.Lla libye vit quasiment exclusivement du pétrole et en arrivant au pouvoir Khadafi a institué un système du « tout gratuit ».

La Libye, memebre de l’OPEP, est le quatrième pays producteur de Pétrole en Afrique, a aussi développé sa production de gaz naturel, c’est un secteur dans lequel il a des réserves estimées à 1, 540 milliard de m3, selon l’OPEP. Le pays a doublé ses exportations de gaz naturel en trois ans. De 5.400 millions de m3 en 2005,il est passé à plus de 10.000 millions de m3 annuels, toujours selon les statistiques de l’OPEP.Son principal client est le trust gazier ENI italien (Suez Gaz de france est dans le sillage). Quand Tony Blair a négocié l’oubli des acte terroristes et l’intégration de Khadafi dans la « respectabilité » ce fut en obtenant d’importants avantages pour BP.

Ce système pendant un temps a connu d’importants succès : Actuellement la Libye a l’espérance de vie la plus haute d’Afrique de 74 ans. Le pays a le PIB le plus élevé du continent africain et le premier indice de développement humain en Afrique, et il peut être comparé au PIB de l’Argentine ou du Mexique.

La crise actuelle vue par un chercheur

mais écoutons plutôt ce qu’en dit dans l’Epress Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique :

Par des organisations collectives, de la solidarité, des dispositifs de cohésion sociale et de redistribution, les tribus ont su se rendre indispensables. Alors, quand Kadhafi est arrivé en 1969 et qu’il a mis en place son système social du « tout gratuit », la concurrence avec les chefs de tribus s’est vite installée.

Surtout que cet Etat-Providence assez singulier en Afrique a lentement conduit Kadhafi à sa chute actuelle, puisque le manque de recettes budgétaires a privé la Libye des investissements dont elle aurait eu besoin pour sa croissance.

Les chefs de tribus ont-ils toujours eu cette position de « concurrents » face à Kadhafi?

Ce qui a contribué au succès de Kadhafi au début, c’est sa volonté d’installer un équilibre entre les forces en place. Tout le monde devait y trouver son compte: les tribus, les commerçants des grandes villes très puissants, le peuple, et la Senoussi – une sorte de grande confrérie religieuse et tribale, présente en Libye mais aussi ailleurs en Afrique du Nord. Kadhafi, à l’époque, ce n’était pas Ben Ali ou Moubarak: il se présentait comme un réel arbitre entre les groupes de pouvoir.

Sauf que peu à peu, l’équilibre s’est disloqué, pour n’avantager que le clan Kadhafi [qui appartient à la tribu des Kadhafa, implantée au centre du pays, ndlr] Même si un certain nombre de tribus ont plutôt profité du système Kadhafi [comme la MaKarha, implanté à l’ouest et allié du régime, ndlr], d’autres ont fait les frais de l’enrayage des rapports de force au sein du système.

La tribu religieuse des Senoussis dont vous parlez a-t-elle un rôle particulier?

En publiant son Livre Vert en 1977, le colonel Kadhafi a profondémment choqué les chefs religieux du pays.

Cette tribu religieuse était considérée, à l’époque d’Idriss Ier [Roi de Libye de 1951 à 1969, ndlr], comme le seul lien entre les différentes tribus qui composent le pays. Mais elle a beaucoup pâti de l’arrivée de Kadhafi au pouvoir.

Lorsque le colonel a publié son Livre Vert en 1977, il a choqué tout le monde. Qu’un pays musulman prône le féminisme et le socialisme, c’était inconcevable pour les religieux Senoussis, encore présents aujourd’hui. Et ces critiques sont aujourd’hui beaucoup reprises par les islamistes anti-Kadhafi.

Par ailleurs, alors qu’ils perdaient de plus en plus de pouvoir au sein du système libyen, les Senoussis ont aussi été privés de toutes les recettes financières dégagées des pélerinages et du commerce des caravanes, réalisé avec les pays voisins où les communautés religieuses étaient bien implantées.

Vous parliez des commerçants. Comment se positionnent-ils par rapport à la contestation?

Je suis sûr que les commerçants libyens ont été parmi les premiers à se soulever dans l’est du pays
Pour comprendre leur rôle, il faut rappeler que ces commerçants libyens, assez puissants dans le pays, étaient en relation permanente avec le voisin égyptien pour des raisons économiques et financières. Alors lorsqu’une guerre s’est engagée entre les deux pays, les commerçants l’ont payé cher, et en ont voulu au pouvoir en place.

De plus, quand la famille Kadhafi a commencé à s’approprier les recettes du pétrole, de la même façon les commerçants ont manifesté leur mécontentement. C’est pourquoi je suis sûr qu’ils ont été parmi les premiers manifestants à se soulever contre le régime, à l’est du pays, à Benghazi.

Conclusion rapide :

Il s’agit bel et bien d’une économie de rente nationalisée par Khadafi, et dont les profits ont été redistribués au peuple. Cette organisation s’est corrompue et est devenue la propriété d’un clan familial et ce dans le sillage de la « contre-révolution » néo-libérale, des formes de privatisation et de corruption que l’on trouve partout. Le système instauré par Khadafi dominait les  structures antérieures qui n’ont jamais tout à fait disparu, tribales et religieuses, elles sont rentrées dans l’opposition à mesure que les ressources se faisaient plus chiches et le partage plus inégal.

Le socialisme arabe dont le modèle était l’Egypte de Nasser a connu avec Khadafi des dérives importantes mais elles étaient sans doute contenu dès le début dans les aspects non démocratiques de ce socialisme.La tentative de s’assurer l’assentiment du peuple par la redistribution et la volonté d’indépendance nationale étaient bien réelles. La Nation, ici construite de toute pièce, a été exaltée mais sans citoyenneté. Il était question de socialisme arabe  dans le même temps où la majorité du peuple  était privée de possibilités d’intervention démocratique. Seules les forces les plus archaïques de ce fait continuaient à structurer la société civile tandis qu’au sommet le guide et ses proches croyaient la tenir en ayant éliminer toute expression de contestation. Ce système a  apporté de surcroit d’indéniables acquis en matière d’éducation, ce qui a vu se développer une jeunesse, ici comme ailleurs, au chômage et rêvant de l’occident, du mirage consumériste autant que démocratique.

Très logiquement sa résistance à l’impérialisme a suivi un modèle comparable, elle peut être caractérisée par la défiance envers les masses et l’encouragment des aventures terroristes les plus meurtrières. Puis un revirement à 180 ° vers l’occident pour jouer la survie.

Avec l’effondrement de l’URSS, la grande vague néo-libérale, la corruption, l’appropriation des ressources par un clan a été la base de la « modernité ».

Khadafi en devenant « respectable », intégré à l’occident et se présentant non sans raison comme l’homme de la lutte contre Al qaida, a également transformé son pouvoir:  de socialiste, de redistributeur il est apparu de plus à plus accapareur, avec ses fils qui se présentaient comme la modernité capitaliste.

Alain Gresh, dans un récent interview, directeur-adjoint du Monde Diplomatique rappelle que le régime Kadhafi est en place depuis 40 ans et qu’il a complètement changé de politique au fil des années.

« Kadhafi s’est réclamédu nassérisme et du nationalisme arabe d’abord, ensuite il s’est affronté à Sadate, ensuite il a dit qu’il abandonnait le monde arabe pour se consacrer à l’Afrique. Il était dans une position très hostiles aux Occidentaux et puis après 2003, il a négocié avec les Américains l’abandon de son programme nucléaire et les relations avec l’Europe et les États-Unis se sont améliorées« .

La question en ce qui concerne Khadafi est qu’il est capable de tout et de tous les revirements, et on ignore plus ou moins quelle est la base de masse qui lui reste. Le fait est qu’il a choisi la répression totale face aux manifestations, ce qui a fourni la base à une rupture latente.

 Il apparait de plus en plus que nous sommes devant une guerre civile. Sans l’état de désinformation actuel, nul ne peut dire ce qui se passe réellement et de quelles forces dispose Khadafi. Les grandes orgues médiatiques qui font silence sur ce qui se passe à Barhein ont choisi de nous émouvoir sur le peuple libyen. Il semble qu’effectivement il y ait répression, mais nous sommes désinformés sur le rapport de forces, sans parler des rumeurs de la semaine sur son refuge au Venezuela. Est-ce que nous devons, parce que visiblement les Etats-Unis ont choisi de s’en débarrasser alors même qu’ils soutiennent la répression au Barhein, considérer que les forces qui manifestent sont réactionnaires? Il ne faut pas confondre les grandes manoeuvres de l’Occident avec ce qui secoue le monde arabe, il faut respecter la volonté populaire, et le premier respect est d’empêcher que nos propres pays interviennent dans un sens ou dans un autre. Ce sont les Libyens et eux seuls qui doivent résoudre leurs problèmes.

La solution qui interviendra peut être l’islam politique, voir la monarchie, voir cela ne peut même pas être exclu une partition, une poursuite du système, mais plus ce sera l’oeuvre du peuple lui-même plus il sera en capacité ultérieurement d’exiger que se réalise le contenu réel de ses aspirations, et ici comme ailleurs elles sont démocratiques, vivre mieux dans la dignité.

 Quelle que soit l’issue de ce bras de fer sanglant, les pays occidentaux, dont le notre,  doivent laisser les peuples mener leur choix jusqu’au bout. L’intervention occidentale ne peut que rendre encore pire une situation déjà marquée par la manière dont les pays occidentaux ont empêché toute solution progressiste et attisé hier comme aujourd’hui les corruptions et les guerres civiles dans les pays arabes, faisant souvent de la manne pétrolière un véritable drame pour les peuples.

Une intervention de l’OTAN comparable à celle qui s’est déroulée en Irak ou en Afghanistan doit être proscrute à jamais qu’il s’agisse de la Libye ou de tout autre pays, le Conseil de Sécurité lui-même n’est plus une garantie, seule l’Assemblée générale de l’ONU pourrait être un recours mais jusqu’à ce jour les Etats-Unis et leurs alliés l’ont complètement paralysée et vidée de son poids politique pourtant indispensable. La crise est non seulement financière, économique, énergétique, alimentaire, elle est en toute circonstances crise des institutions démocratiques parce que tout a été fait pour empêcher l’intervention des peuples. Peut-être que je raisonne de plus en plus sur des durées plus longues que l’événement mais oui il faut dire que derrière ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient il y a la main des Etats-unis et d’Israël, mais il faut que les masses conquierent leur liberté et se dégagent elles-mêmes des pièges en continuant à revendiquer ce que le capitalisme et l’impérialisme ne pourront leur apporter, parce que tout ce qu’il peut leur donner c’est  la misère et une autre domination étrangère. Que l’intervention soit militaire ou que le régime qui naisse de ses mouvements soit un client des Etats-Unis.

L’Otan peut certes occuper la libye sans avoir à intervenir militairement et c’est vraisemblablement la solution jouée par Obama actuellement, et créer une façade de régimes amis de l’Egypte à la Tunisie, une sorte de situation à la turque tout autour du bassin méditerranéen, c’est visiblement l’opération qui est en train de se mettre en oeuvre. Mais au risque de décevoir mes amis et camarades, je ne suis pas pour autant pour un soutien à Khadafu, ni à aucun régime tortionnaire, nous avons chèrement payé en tant que communistes ce genre de politique, autre chose est de mettre en évidence les enjeux.

Que ce drame de l’ingérence s’arrête et que les peuples opèrent la reconquête de leur souveraineté.

Danielle Bleitrach

(1) Le 22/02/11The New York Times  a révélé des détails sur le dossier américain des abus contre les droits de l’homme commis par le gouvernement de Bahréin. Selon le journal, les contacts dans le gouvernement américain du militant  des droits de l’homme très connu Nabeel Rajab,  ont reçu l’ordre d’interrompre toute communication avec les chiítas bahreiníes, qui faisaient campagne contre la discrimination exercée par la famille sunite régnante.

8 commentaires

  1. Pouvez-vous faire un effort pour respecter vos lecteurs en vous relisant et en corrigeant toutes les fautes de frappe, de ponctuation, mots en double, mots manquant,… qui truffent votre texte ?
    Merci

  2. Tout à fait d’accord avec vous… je suis aperçue ce matin que j’avais écrit Libye, Lybie, ce n’est pas si sot d’ailleurs vu que le nom est hérité d’une tribu qui s’appelaît Lubu ou quelque chose comme ça. Il y a deux types d’individus « les à peu près » et les autres, moi je me partage, les « a peu près » en matière d’orthographe, de frappe et de ponctuation, « les autres » dans mes engagements… C’est le revers de la médaille de la passion et de la nécessité dans laquelle je me trouve de penser et d’écrire plus vite que mon ombre… Je veux vite intervenir pour rectifier les mensonges médiatiques, les idées toutes faites, j’écrase n’importe quelle touche sur le clavier qui d’ailleurs a ses lettres effacées depuis longtemps… Croyez bien que je n’écris ni « pour passer le temps » comme dit Eluard, ni pour être plus ou moins reconnue comme une « voix » sur internet, je ne peaufine pas mes interventions, je sème à tous vents… Cela dit je suis à la recherche d’un correcteur si cela vous tente!…

    Danielle Bleitrach
    Quant au respect je reconnais que mon lecteur est mis à rude épreuve, la ponctuation en particulier risque de le faire mourir étouffé, mais croyez bien que j’ai un profond respect pour mon interlocuteur et le débat que j’engage avec lui est toujours profondément respectueux et honnête…

  3. en recrutant ses mercenaires en Afrique Noire, Khadafi a crée une nouvelle fracture en Afrique;
    Les mercenaires tchadiens laisseront la même réputation que les « tirailleurs sénégalais » de la colonisation.

    L’Afrique Noire a de sombres jours devant elle!!!

  4. Je partage assez vos conclusions mais je ne peux m’empecher de penser « si les américains avez respecté la vieille Europe et l’avaient laissée toute seule régler ses prblèmes au siècle dernier où serions nous vous et moi ? Rien n’est jamais simple

  5. Tout à fait d’accord avec genevieve.

  6. L’analogie avec la deuxième guerre mondiale, entre grandes puissances, est bien sûr en complet décalage avec la réalité d’une guerre coloniale totalement assymétrique, comme le sont toutes les guerres US du Guatemala à l’Irak puis la Lybie…

    Mais si les USA sont intervenu en Europe, ce n’est pas par bonté d’âme, mais bien parce que sinon, l’armée rouge ne se serait pas arrêté à Berlin…

    Contrairement à l’histoire qu’on nous raconte à chaque anniversaire du 8 Mai, le tournant de la guerre c »est bien Stalingrad. Et la force principale qui a vaincu le Nazisme dans toute l’Europe et qui en a payé le prix principal en vies humaines, c’est bien l’URSS.

    Si les USA avaient suivi les positions de grand patron antisémites comme Ford qui qui préconisaient la neutralité, voire même l’alliance avec Hitler, les USA ne seraient pas devenus la puissance dominante et n’auraient pas organisé le plan Marshall, la communauté européenne sous domination allemande, la guerre froide…

  7. Pour Genevièvre et Tracy en toute amitié.

    On dit souvent qu’un peuple qui ignore son histoire est appelé à la revivre. Pour comprendre certains comportements de notre présent, il est souvent nécessaire de fouiller dans le passé pour réaliser que ces comportements, ces façons de faire font partie intégrante de la nature des gens. En réalité, il y a de ces vérités qui ne sont pas bonnes à entendre, surtout lorsque quelques historiens, souvent de mauvaise foi, ou des responsables politiques, mettent beaucoup de force et d’énergie à les dissimuler. L’histoire de l’alliance entre l’Allemagne Nazie et les États-Unis méritent une attention bien particulière.
    L’histoire atteste que grand-père de Bush était sympathisant nazi ! Je réalisais à la suite de modestes recherches que la majorité écrasante des synthèses conventionnelles traitant du rôle des États-Unis dans la deuxième guerre mondiale sont des exemples typiques de belles histoires, un genre historiographique qui cherche à rassurer et à sécuriser le lecteur occidental (américain en particulier) en confirmant ce qu’il a appris à l’école et ce qu’il entend ensuite journellement par la voix des médias internationaux :  » les États-Unis, animés par un idéalisme sans faille, prirent la tête d’une croisade qu’ils gagnèrent par leurs propres moyens pour défendre la liberté et la démocratie « .

    Non, nous sommes bien loin de la vérité.

    Le phénomène nazi n’est pas un hasard de l’histoire et encore moins un caprice philosophique concrétisé par un seul homme, en la personne de Hitler. Contrairement à toutes les diatribes proférées à l’égard du Führer, plusieurs dirigeants des pays occidentaux appréciaient beaucoup le dirigeant nazi pour sa haine démesurée du communisme. Les hommes d’affaires américains, en particulier, furent fort impressionnés par deux grandes réussites de Hitler. Premièrement après son accession au pouvoir, il procéda immédiatement à l’élimination du parti communiste allemand, des groupes anarchistes et à la dissolution des syndicats ouvriers entre autre.

    Deuxièmement, durant les années suivantes, il sortit l’Allemagne du marasme de la grande dépression par des méthodes certes peu orthodoxes mais apparemment fort efficaces, tels que les grands travaux d’infrastructures et surtout, un programme de réarmement à grande échelle.

    Le dictateur nazi et ses idées fascistes étaient particulièrement prisés et admirés par les propriétaires, les gestionnaires et les actionnaires de ces entreprises américaines qui avaient durant les années 1920, investi de larges capitaux en Allemagne en acquérant ou en créant des firmes, ou en s’engageant dans les partenariats stratégiques avec des intérêts allemands. Leurs filiales ou partenaires en Allemagne, telles l’unité d’embouteillage de coca-cola à Essen, l’usine d’automobile d’Opel à Rüsselsheim-appartenant entièrement à General Motors − l’usine Ford à Cologne, l’implantation d’IBM à Berlin, ou l’infâme partenaire de la Standard Oïl, IG Farben, prospérèrent sous le régime hitlérien, celui-là même qui avait éliminé les syndicats.

    La politique de réarmement des nazis apporta un flux de commandes grâce auquel on pouvait en outre conclure toutes sortes de contrats juteux via les services de dirigeants vénaux tels qu’Hermann Goring, de banquiers peu scrupuleux comme le célèbre Hjalmar Schacht et de certaines grandes institutions financières en Allemagne ainsi qu’en Suisse. Entre 1933 et 1939, les compagnies américaines ou leurs filiales allemandes firent des profits énormes.

    IBM fit partie des entreprises américaines à connaître un énorme essor au cours du troisième Reich. « Ce fut IBM. Dehomag, sa filiale allemande qui fournit au gouvernement allemand la technologie des cartes perforées, ancêtre de l’ordinateur actuel, technologie requise pour l’automatisation de la production du pays, et dont les applications s’étendent du bon fonctionnement des chemins de fer à l’identification des juifs en vue de la confiscation de leurs biens et, finalement, à leur extermination. » Edwin Black, fils de survivants polonais de l’Holocauste et journaliste d’investigation indépendant, décrit dans son livre (IBM et l’Holocauste) l’histoire de la participation consciente d’IBM à l’Holocauste, et de sa complicité avec la machine de guerre nazie qui a fait plusieurs millions de victimes à travers toute l’Europe.

    Si Thomas Watson (le grand patron d’IBM), tout comme de nombreux autres hommes d’affaires américains ayant investi en Allemagne, admirait et appréciait Hitler, ce n’était pas à cause de son charisme, mais bien parce qu’il était un excellent partenaire d’affaire. Car durant le troisième Reich hitlérien, les ouvriers « n’étaient rien de plus que des serfs, privés non seulement du droit de grève mais également du droit de changer d’emploi » alors que leurs salaires étaient maintenus à de bas niveaux »,comme l’écrit Mark Prendergast. Ceci, conjointement à l’augmentation du volume des ventes, favorisa considérablement la rentabilité de l’investissement allemand de Coca-Cola, tout comme celle des autres filiales américaines allemandes. Une grève dans une succursale américaine en Allemagne provoquait la réaction immédiate et musclée de la Gestapo et conduisait à des arrestations et à des renvois, comme ce fut le cas à l’usine Opel de Rüsselsheim en juin 1936. Otto Jensen, un anti-fasciste écrira plus tard que « les dirigeants d’entreprises allemandes étaient ravis que la crainte des camps de concentration ait rendu les travailleurs aussi dociles que des chiens de compagnie. »

    Plusieurs autres historiens comme l’Allemande Anita Kugler sont d’avis que les camps de concentration furent une aubaine pour les hommes d’affaires américains car dans certains cas, les salaires étaient inexistants. On comprend donc pourquoi l’élite américaine voyait en Hitler, l’homme de la providence, par qui ils accumulaient d’énormes profits.

    Il faut observer que les activités des entreprises américaines en Allemagne continuèrent ainsi à se développer sous Hitler et, à la veille de Pearl Harbor, la valeur totale des participations américaines en Allemagne hitlérienne était estimée à 475 millions de dollars (de l’époque).

    Des grandes entreprises américaines avaient en outre également investi des centaines de millions de dollars en Italie fasciste. De fait, un nombre considérable de cabinets d’avocats, de sociétés d’investissements et de banques furent activement impliqués et avec de grands profits- dans cette offensive du capital américain dans les pays fascistes. » Parmi ceux-ci, on peut citer le célèbre cabinet d’avocat new-yorkais Sullivan & Cromwell et les Banques J.P Morgan, Dillon, Read & Company, ainsi que l’Union Bank de New York. Il est à noter que l’Union Bank fut étroitement liée à l’empire financier et industriel de Thyssen, le magnat allemand de l’acier, qui avait fourni une grande partie du soutien financier sans lequel Hitler n’aurait pu accéder au pouvoir. Cette banque fut dirigée par Prescott Bush, grand-père du président George Bush Senior. On dit de Prescott Bush qu’il fut également un ardent supporter de Hitler. Il lui envoya de l’argent via Thyssen et, en retour, put réaliser en Allemagne nazie des affaires qui lui rapportèrent d’énormes profits avec lesquels il lança son fils, George, dans les affaires pétrolières.

    C’est donc un groupe restreint d’entreprises américaines : Ford, GM, Standard Oïl du New Jersey (connu sous le nom d’Exxon), Du Pont, Union Carbide, Westinghouse, General Electric, Goodrich, Singer, Eastman Kodak, Coca-Cola, IBM, ITT, Texaco…qui profitèrent de la manne que représentait le régime nazi, avec bien sûr le concourt de certaines banques américaines et européennes. Et même après l’invasion de la Pologne, du Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France, les dirigeants Nazi bénéficièrent du soutien des élites américaines. Quand un délégué commercial allemand organisa un dîner à l’hôtel new-yorkais Waldorf-Astoria, le 26 juin 1940, pour célébrer les victoires allemandes en Europe de l’Ouest, plusieurs grands industriels américains figuraient parmi les convives ,comme James Mooney, un des hauts dirigeants de GM…Cinq jours plus tard, les victoires allemandes furent à nouveau fêtées à New York, cette fois avec un diner organisé par Rieber, le patron pro-fasciste de Texaco. Parmi les représentants du monde industriel qui honoraient la soirée de leur présence : James Mooney, ainsi qu’Edsel Ford, fils d’Henri Ford.

    Les européens n’étaient pas en reste non plus, car ce fut surtout en Europe que les élites sociales et politiques attendirent de Hitler de grandes prestations anti-soviétiques et anti-communistes. En Grande-Bretagne, par exemple les ambitions orientales de Hitler bénéficièrent très tôt du soutien de nombreuses personnalités respectables et influentes, telles Lloyd George, Lord Halifax, Lord Astor, Normand Montagu, gouverneur de la Banque d’Angleterre, et même certains membres de la famille royale. Le Duc de Windsor, qui occupa brièvement le trône sous le nom d’Édouard 8, et son épouse américaine, Wallis Simpson, se rendirent même à Berchtesgaden pour y prendre le thé avec Hitler afin d’y encourager ses ambitions d’attaquer l’URSS .

    Durant la guerre, plusieurs compagnies américaines vont fournir une aide précieuse aux nazis. Le trust géant Du Pont, parent financier de General Motors fournira clandestinement des armes et de munitions à l’Allemagne via les Pays-Bas et fut selon Pauwels « l’entreprise américaine à profiter de la politique d’agression et de réarmement de Hitler ». Ce ne fut pas sans raison que les constructeurs d’automobiles, rois du pétrole et autres magnats américains furent associés au triomphe du Führer. En effet, sans les camions, chars, avions et autres matériels fournis par les filiales allemandes de Ford, GM, sans les grandes quantités de matières premières stratégiques, notamment le caoutchouc, l’huile moteur, le gazole et autres carburants acheminés par Texaco et la Standard Oïl via des ports espagnols, les forces armées allemandes, tant terrestre qu’aériennes, n’auraient sans doute pas battu aussi facilement leurs adversaires en 1939 et 1940. La chercheuse allemande Karola Fings écrit par exemple que Ford « fit de merveilleuses affaires avec les nazis. Car l’accélération de la production durant la guerre ouvrit des opportunités totalement neuves pour réduire le coût des salaires ».
    Albert Speer , le principal architecte d’Adolf Hitler, puis ministre de l’Allemagne nazie, de 1942 à 1945, responsable de l’armement, déclarera plus tard dans son autobiographie que sans certaines formes de carburant synthétique, fournies par des entreprises américaines, Hitler n’aurait jamais songé à envahir la Pologne. La part américaine dans les importations Allemandes d’huile moteur passera de 44% en juillet 1941 à environ 94% en septembre de la même année. Et même la stratégie de « guerre-éclaire » utilisée par l’armée nazie pour s’accaparer plusieurs villes européennes en des temps records n’eut guère été possible sans la technologie de pointe que ITT et IBM ont apporté à l’Allemagne nazie.

    Dans l’esprit des dirigeants américains, Hitler restait l’homme idéal. Car non seulement d’une part les industries américaines faisaient des profits record en Allemagne, mais d’autre part, la guerre brutale qu’imposait-le dirigeant Nazi à l’Union Soviétique plaisait à l’establishment américain qui a toujours voulu voir l’URSS affaiblie et le communisme irrémédiablement décapité. Il est surtout clair que les américains souhaitaient un enlisement de la guerre entre les deux forces qui plus tard finiraient par s’affaiblir. Le sénateur Harry Truman qui accéda à la présidence des Etats-Unis à la mort de Roosevelt exprimait cette situation en ces termes en 1941 : « Si nous voyons l’Allemagne gagner, nous devrions aider la Russie et, si la Russie est en train de gagner, nous devrions aider l’Allemagne, pour que le plus grand nombre possible périsse des deux côtés ». N’est-ce pas pour cette raison que le second front en Europe de l’Ouest ne fût ouvert par les alliés occidentaux que 11 mois avant la fin du conflit en Europe, tandis que l’URSS combattit pratiquement seule à seule durant 36 mois les nazis et ses alliés fascistes ?

    Ce qui sera d’ailleurs dénoncée par Albert Einstein, étonné de voir les américains s’accoquiner les fascistes au lieu de soutenir les Soviètiques qui combattaient farouchement les nazis : « Pourquoi Washington a-t-il aidé à étrangler l’Espagne loyaliste républicaine ? Pourquoi a-t-il un représentant officiel dans la France fasciste ? Pourquoi garde-t-il des relations avec l’Espagne franquiste ? Pourquoi aucun effort n’est fait pour aider la l’URSS qui en a le plus grand besoin ? Ce gouvernement est largement contrôlé par des financiers et des industriels dont la mentalité est proche de l’état d’esprit fasciste. Si Hitler n’était pas en plein délire, il aurait pu avoir de bonnes relations avec les puissances occidentales ». « Sans les Soviètiques, ces chiens sanguinaires nazis […] auraient atteint leur but ou, en tout cas, en seraient proches. […] nos enfants et nous avons une énorme dette de gratitude envers le peuple Soviètique et son armée rouge qui ont enduré tant d’immenses pertes et de souffrances ».

    Bien plus significatif est le fait que l’OSS (Office for Strategic Services, l’ancêtre de la CIA) songeait à utiliser certains dirigeants nazis dans le but de combattre, voire anéantir l’Union Soviétique une fois la guerre terminée. L’historien Allemand, Jürgen Bruhn écrit à ce propos que l’OSS qui comptait en son sein des grands patrons d’entreprise, d’avocats de Wall Street, de scientifiques, de militaires de haut rang etc. « représentait les cercles dirigeants des Etats-Unis » qui étaient beaucoup plus « préoccupés par le devoir de vaincre le national-socialisme, mais ils étaient déjà en train de planifier la “liquidation” de l’Union Soviétique comme une entité politique ou, au minimum, d’amoindrir son influence dans l’Europe de l’après-guerre », et ce, avec l’aide des nazis. Dans une conversation téléphonique avec le général Joseph T. McNarney, adjoint de Eisenhower, le général George Patton nommé pour prendre le commandement des troupes terrestres destinées à débarquer au Maroc durant la deuxième guerre mondiale aurait déclaré : « Nous aurons à nous battre contre eux (les soviétiques) tôt ou tard…Pourquoi ne pas le faire maintenant, alors que notre armée est encore intacte? On botterait l’arrière-train de ces sales Russes et on les renverrait en Russie dans les trois mois! Nous pouvons le faire facilement avec l’aide des troupes allemandes que nous avons à notre disposition, il suffit de les armer et de les emmener avec nous. Ils haïssent ces salauds. »

    Bien que plus tard, l’Allemagne nazie ait retourné sa veste contre ses anciens « partenaires », il est faux d’affirmer que l’entrée en guerre des américains s’inscrivit dans la logique des États-Unis de se battre pour le triomphe de la « liberté » et de la « démocratie ». Le sort des juifs en Allemagne préoccupait le moins du monde les Etats-Unis, encore moins le monde occidental puisque le discours racial des dirigeants nazi était tellement semblable au discours traditionnel des tenants du capital dans les démocraties occidentales. A aucun moment de la guerre, les alliés ne présentèrent la lutte contre le racisme, contre l’antisémitisme, contre la discrimination et la ségrégation raciale comme partie intégrante du combat général contre le nazisme. L’entrée en guerre des Etats-Unis ne fut dictée que pour détruire l’originalité du communisme en europe et la protection de leurs interêts financiers. L’histoire des relations américano-nazie est l’illustration parfaite de la logique capitaliste non seulement des américains mais du monde occidental dans son ensemble quand il s’agit de protéger et défendre leurs intérêts.

    Selon Pauwels, « puisqu’il ne s’agissait pas d’une croisade contre l’injustice et la dictature, mais plutôt de la poursuite d’intérêts propres, Washington n’estima pas nécessaire de déclarer la guerre à l’Allemagne nazie, même si ses relations avec Berlin s’étaient détériorées depuis quelques temps. » C’est plutôt un Hitler de plus en plus zélé qui déclarera la guerre au pays de l’Oncle Sam. Et l’oncle Sam prit les armes malgré lui comme l’a déclaré un officier américain, offusqué de voir l’Amérique s’allier aux russes pour combattre les nazis : « cette guerre est idiote. Nous nous battons contre le mauvais ennemi avec le mauvais allié. » A l’académie militaire de West point où est formé la plupart de l’élite militaire américaine, des généraux se plaignaient du fait que les Etats-Unis soient entrés en guerre en choisissant le mauvais camp. Ils disaient ainsi : « nous devrions nous battre contre les communistes, pas contre Hitler. »
    Pour l’élite américaine, les nazis étaient les meilleurs partenaires d’affaires. Avec eux, on faisait beaucoup de fric ! Ce n’est pas un hasard si certains nazis convaincus tels que Schacht (le banquier de Hitler) ou Von Papen (un de ceux qui ont aidé Hitler à se hisser au pouvoir) ont pu être acquitté après leur procès. D’autres criminels de guerre nazis tels Mengele et Barbie furent placés sous protection américaine. Et ce, malgré l’insistance des autorités françaises qui tenaient à juger Barbie ! Dans une note du département d’état américain adressée à son Haut-commissariat en Allemagne, on peut lire : « Klaus Barbie, citoyen germanique, ancien chef de la gestapo de Lyon, est poursuivi par le tribunal militaire de Lyon pour crimes de guerre. Deux mandats d’arrêt ont été établis les 1er août et 12 septembre 1945. […] le juge français en charge du dossier de la Gestapo lyonnaise a réclamé avec insistance…que Barbie leur soit livré. En dépit de sollicitations multiples, les autorités américaines n’ont ni arrêté ni rendu Barbie ».

    Bien plus tard, Barbie et son compagnon Mengele reçurent des faux papiers et furent envoyés poursuivre une nouvelle vie en sécurité en Amérique du nord ou en Amérique du sud. L’historien et spécialiste du renseignement américain, Yvonnick Denoël, écrira alors : « En recrutant et en protégeant des criminels de guerre nazis comme Klaus Barbie après la guerre, les services américains n’ont pas seulement fait obstruction à la justice de différents pays. Ils ont aussi contribué à semer des “mauvaises graines” dans toute l’Amérique du sud. Si l’histoire secrète des anciens nazis réfugiés dans diverses dictatures militaires n’est pas encore totalement connue, il est probable que, comme Barbie, beaucoup ont fait profiter ces régimes autoritaires de leurs savoir-faire répressifs ».

    Aussi plusieurs industriels et banquiers allemands ayant collaboré avec les Nazis furent vigoureusement défendu par les américains.
    Tous ceux qui furent condamnés à des peines généralement légères, profitèrent dans les trois ans qui suivirent d’une amnistie offerte généreusement, par les autorités américaines d’occupation. En réalité, l’élite du monde des affaires allemand, qui avait soutenu Hitler et qui avait profité de son régime, reçut de la part de l’Oncle Sam une sorte d’ « amnistie de facto », comme l’a appelée l’historien américain Christopher Simpson.
    Les nazis avaient tout pour plaire à l’élite américaine. Non seulement, ils étaient des bons partenaires dans le business durant la guerre, mais ils le seront encore plus dans le domaine technologique et scientifique après la guerre. En effet, ce sont en premier lieu les Etats-Unis, qui après la guerre, s’approprièrent les avancées techniques et scientifiques accomplies par des nombreuses entreprises allemandes durant la guerre. Les américains s’accapareront tout (brevets, projets et autres documents nécessaires aux entreprises américaines). Un véritable « pillage intellectuel » dixit un historien. Mais pour John C. Green du bureau des services techniques du département américain du commerce, il s’agit des « réparations intellectuelles ». C’est ainsi que plusieurs scientifiques allemands ayant travaillé dans des camps de concentration et ailleurs en Allemagne pour le compte des nazis se retrouveront à travailler aux Etats-Unis au Pentagone et dans d’autres entreprises américaines.

    Ces transferts de cerveaux allemands vers les Etats-Unis connus sous le nom de code de « Overcast », et plus tard « paperclip » seront dévoilés par les médias américains. Le New-York Times révélera l’arrivée aux Etats-Unis de 88 scientifiques allemands en novembre 1945. Beaucoup d’autres les rejoindront. Jusqu’en 1990, c’est quelque 1600 scientifiques allemands qui se retrouveront aux Etats-Unis. « C’est ainsi que beaucoup de nazis purent mener une vie longue et paisible dans le pays qui prétendait être entré en guerre par répugnance du nazisme » dixit Pauwels.

    Cet aspect des relations américano-nazies ne sera jamais dévoilé par les médias, encore moins par Washington. Les américains qui suivaient certaines campagnes des sociétés américaines telles que GM ou Ford contre le nazisme ignoraient qu’en même temps, ces compagnies apportèrent beaucoup plus à ce régime qu’aux Etats-Unis. C’est parce que l’Allemagne nazie représentait une énorme source de profit tant économique que géostratégique pour les industries américaines que l’élite américaine et certaines compagnies européennes fermèrent les yeux pendant longtemps sur les crimes du Führer.

  8. Merci à Alain Eugène Victor pour cet éclairage important sur les relations Américano-nazies. Je connaissais la fuite des cerveaux nazies vers les Amériques grâce aux complicités religieuses catholiques et américaines. Merci pour toutes ces précisions.


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