Le PCF et la présidentielle de 2012, par Jérôme Métellus (PCF Paris 18e) et Greg Oxley (PCF Paris 10e)

source : La Riposte

Le débat sur la candidature que soutiendra le PCF, à l’élection présidentielle de 2012, occupe une place importante dans la vie interne et publique du parti. Cette question était au centre des discussions qui ont animé le Conseil National et l’Assemblée Nationale des animateurs de section, les 8 et 9 janvier dernier. Des divergences apparaissent, ce qui est parfaitement normal dans un grand parti comme le PCF. D’ici le vote des militants, en juin, les discussions vont se poursuivre et s’intensifier.

La Riposte pense que le parti doit faire campagne sur un programme communiste, avec un dirigeant communiste comme candidat du Front de Gauche. Beaucoup de camarades partagent cette position générale, mais elle ne fait pas l’unanimité. Des camarades considèrent qu’une candidature de Jean-Luc Mélenchon serait un meilleur choix. Cette position semble dominer au plus haut niveau du parti. Nous écrivons « semble », car nous en sommes souvent réduits à essayer de deviner ce que pensent les dirigeants du parti. La plupart s’abstiennent de toute prise de position publique claire. Selon l’agenda retenu par le dernier Conseil National, les militants devront attendre le CN des 8 et 9 avril avant de connaître la « préférence » de la direction nationale du parti, ou plus exactement de sa majorité. Et encore l’affirmation de cette « préférence » n’est-elle que « probable », lors du prochain CN, selon Pierre Laurent.

La crise du capitalisme

Le débat sur notre candidature à la présidentielle de 2012 a un caractère éminemment politique. Ce qui est déterminant, c’est le programme que doit défendre le parti. Il faut donc commencer par mettre de côté toutes les considérations sur le « charisme » du candidat, sa « médiatisation », sa position dans les sondages – et ainsi de suite. En eux-mêmes, tous ces éléments sont secondaires. Engager la discussion sur ce terrain, c’est faire fausse route d’entrée de jeu.

Nous faisons face à la plus grave crise du capitalisme depuis les années 30. Cette crise mondiale frappe la France de plein fouet. Elle se traduit par une accélération brutale de la régression sociale, sur tous les plans : emploi, pouvoir d’achat, services publics, salaires, santé, logement, éducation, retraites, etc. La politique réactionnaire du gouvernement Sarkozy aggrave les effets de cette crise. Et ce n’est qu’un début. L’objectif de la classe dirigeante est très clair. Elle veut détruire toutes les conquêtes sociales du passé, le plus rapidement possible. Au regard de ce qu’elle veut nous imposer, dans les années à venir, la récente contre-réforme des retraites n’est qu’une chiquenaude.

La jeunesse et les travailleurs de notre pays ne se laisseront pas faire. Autant la classe dirigeante ne peut plus tolérer nos acquis sociaux, autant les travailleurs ne peuvent plus tolérer davantage de contre-réformes. Telle est la contradiction centrale qui va déterminer la vie politique et sociale du pays, dans la période à venir. Les travailleurs seront obligés de reprendre le chemin des luttes massives. La signification générale du mouvement contre la casse des retraites, qui a impliqué 7 millions de personnes, est claire : les travailleurs en ont assez. Ils ne veulent pas payer une crise dont ils ne sont pas responsables. L’énorme quantité de colère et de frustrations accumulée dans les profondeurs de la société, ces dernières années, refera surface à une échelle encore plus massive qu’en septembre et octobre derniers – et ce quel que soit le prochain gouvernement. Bien sûr, la lutte des classes connaîtra des hauts et des bas. Aux grandes offensives du mouvement ouvrier succéderont des périodes d’accalmie, voire de désorientation. Mais celles-ci ne dureront pas longtemps, car l’impasse du système capitaliste n’offrira aucune base solide à une stabilisation durable des rapports sociaux. Toutes les conditions d’une intensification de la lutte des classes sont réunies.

A cela s’ajoute un autre fait décisif, pour le mouvement communiste : la crise a porté un coup sérieux à la crédibilité du système capitaliste, dans la conscience de millions de jeunes et de travailleurs. Depuis la chute de l’URSS et des régimes de l’Est, les apologues du capitalisme proclamaient quotidiennement la fin du communisme, du socialisme, du marxisme – et même la « fin de l’histoire ». Le capitalisme était censé constituer le seul horizon de l’humanité. Vingt ans plus tard, plus grand monde ne croit aux promesses de paix et de prospérité qui accompagnaient ces pronostics. Le capitalisme est devenu un monstrueux obstacle sur la voie du progrès social, et cette vérité fait son chemin dans les consciences. Un nombre croissant de jeunes et de travailleurs cherche une alternative à ce système réactionnaire.

Le potentiel du parti

Une conclusion découle de ce qui précède : les conditions objectives sont très favorables au renforcement et au développement du PCF, de ses effectifs et de son influence. Les 6000 adhérents qui nous ont rejoints, en 2010, ne sont qu’un avant-goût de l’énorme potentiel de croissance du parti. Le développement rapide de la Jeunesse Communiste, ces derniers temps, en est un autre symptôme indiscutable. Et qu’aucun camarade ne s’y trompe : tout ceci inquiète la classe dirigeante, ou tout au moins ses représentants les plus intelligents. Ils connaissent l’histoire du PCF, sa capacité à rebondir, à attirer dans ses rangs les éléments les plus combatifs de la jeunesse et de la classe ouvrière, en particulier dans des contextes de grandes luttes sociales. Publiquement, ils font mine de tenir le parti pour « mort ». Mais c’est pure propagande. En réalité, ils en surveillent de près l’évolution et s’efforcent d’intervenir dans sa vie interne, exactement comme ils interviennent dans celle du Parti Socialiste. C’est d’ailleurs la principale raison du soutien des grands médias capitalistes à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, dans laquelle ils voient une occasion de reléguer le PCF à l’arrière-plan de la scène politique.

Les perspectives que nous venons de dessiner, à grands traits, soulignent la nécessité de profiter des élections présidentielles pour défendre et populariser un programme communiste. L’élection présidentielle est celle qui suscite le plus d’intérêt, dans la masse de la population – que cela nous plaise ou non. Au cours de la campagne électorale, des millions de jeunes et de travailleurs vont s’intéresser de plus près à la politique, aux idées et programmes des différents candidats. Le parti doit saisir des deux mains cette opportunité pour expliquer, faits et chiffres à l’appui, ce qu’est le système capitaliste, les causes de sa crise, l’avenir sombre qu’il nous prépare, par quel système les communistes proposent de le remplacer – et comment. La situation actuelle nous offre la possibilité de défendre très simplement, au moyen d’exemples tirés de l’actualité, la nécessité de nationaliser les banques, l’industrie, la grande distribution et le secteur pharmaceutique.

Le scandale du Médiator n’est-il pas, à lui seul, un plaidoyer en faveur de la nationalisation du laboratoire Servier et de l’ensemble de ce secteur économique ? La même mesure ne s’impose-t-elle pas au secteur bancaire, que l’Etat a massivement renfloué, avant de présenter l’addition aux travailleurs ? Il y a aussi ces subventions massives que l’Etat verse à l’industrie automobile, pendant que ses grands actionnaires continuent d’encaisser des millions. On pourrait multiplier les exemples à volonté. La faillite du capitalisme offre aux communistes d’immenses possibilités pour expliquer, de façon claire et percutante, la nécessité d’une transformation socialiste de la société.

Il faut donner la plus large audience possible au programme et aux idées du communisme, lors de la campagne électorale. Or, personne ne le fera à la place du PCF : ni les dirigeants du Parti Socialiste, ni ceux du Parti de Gauche. On nous rétorque parfois que les dirigeants actuels du PCF ne défendent pas un programme communiste, eux non plus. C’est malheureusement vrai (voir ici). Mais quelle conclusion pratique faut-il en tirer ? Certains camarades sont tentés de cacher les carences de notre programme derrière « le bruit et la fureur » d’un Jean-Luc Mélenchon. Mais ce serait renoncer à la politique au profit du spectacle. Le PCF compte dans ses rangs des dizaines de milliers de militants dévoués à la cause des travailleurs. Beaucoup, comme nous, demandent que le parti renoue avec les idées fondamentales du communisme. Les autres peuvent être convaincus par la discussion fraternelle et l’expérience collective. Autrement dit, on peut et on doit réarmer le parti avec les idées du marxisme. C’est le seul moyen sérieux de le renforcer.

Cela ne nous empêche pas de faire alliance avec d’autres forces politiques de gauche, comme par exemple le Parti de Gauche. Dans les luttes comme sur le plan électoral, l’union fait la force. Mais il faudrait tout de même tenir compte de l’implantation et du poids militant des organisations respectives. A lui seul, le PCF réunit au moins 90 % des forces militantes du Front de Gauche. Lors des dernières élections européennes et régionales, la composition des listes était extrêmement généreuse à l’égard des candidats du Parti de Gauche et de la Gauche Unitaire, si on la compare aux forces militantes sur le terrain. Beaucoup de camarades ont critiqué cet état de fait. Or, dans le cas de l’élection présidentielle, c’est encore plus simple : il ne peut y avoir qu’un seul candidat du Front de Gauche – lequel, une fois désigné, concentrera toute l’attention médiatique et occupera le devant de la scène. Etant donné le poids du PCF au sein du Front de Gauche, cette position décisive doit naturellement revenir à l’un de ses dirigeants.

Electoralisme

Des camarades sont persuadés qu’un candidat issu du parti ferait un score nettement moins important que Jean-Luc Mélenchon (ce qu’on ne peut prouver, ni d’ailleurs le contraire). Cet argument en faveur d’une candidature de Mélenchon est très courant. En général, ceux qui l’utilisent nous rappellent le score de Marie-George Buffet aux présidentielles de 2007 (1,93 %). On comprend très bien que cet argument puisse convaincre ou faire hésiter des camarades. Mais en réalité, il est complètement erroné. Il fait abstraction de ce que devraient être le contenu et les objectifs politiques d’une campagne électorale du parti. C’est une occasion – parmi d’autres – de développer l’influence des idées communistes et de construire le parti : de gagner des militants, des sympathisants, des lecteurs, de créer de nouvelles cellules du parti, etc. Si, par exemple, le parti sort de la prochaine présidentielle avec plusieurs dizaines de milliers de nouveaux adhérents (ce qui, dans le contexte actuel, est tout à fait possible), il aura pleinement rempli sa mission. Le score électoral vient ensuite. Il a son importance, bien sûr. C’est une photographie, à un moment précis, de l’influence du parti dans la masse de la population. Il nous faudra l’analyser, en même temps que le score réalisé par tous les autres partis, et nous efforcer d’en tirer des conclusions politiques. Mais renoncer à présenter un dirigeant du parti parce qu’on suppose qu’un autre candidat réunirait davantage de voix, c’est faire du score électoral un fétiche vide de tout contenu politique. En bref, c’est tomber dans une forme d’électoralisme.

Des camarades pourraient nous objecter que l’objectif central est de chasser la droite du pouvoir. La Riposte souhaite évidemment une victoire de la gauche en 2012, et le PCF devra soutenir le candidat de gauche face à Sarkozy, au deuxième tour de la présidentielle. Mais cet argument – « chasser la droite » – a ses limites. Aujourd’hui, dans l’esprit de la masse des travailleurs, le chemin le plus direct pour battre la droite, c’est le vote socialiste. Or, Aubry, Royal et Strauss-Khan se préparent à mener une politique de rigueur semblable à celle des gouvernements « socialistes » grec, portugais et espagnol. Ils y seront contraints par les exigences d’un système capitaliste qu’ils refusent de remettre en cause. Le PCF doit prévenir les travailleurs de cette perspective et se démarquer clairement du réformisme impuissant des dirigeants socialistes. Autrement dit, le vote pour le candidat du PCF ne sera pas un simple « vote utile » pour battre la droite. Ce sera – ou plutôt, ce doit être – un vote de soutien à un programme communiste, qui est la seule alternative au capitalisme en crise. En renforçant le PCF au cours de la campagne électorale, on renforcera l’ensemble mouvement ouvrier, qui devra très vite mener de grandes luttes contre le prochain gouvernement, quel qu’il soit.

Il ne suffit pas de rappeler le score de Marie-George Buffet en 2007. Il faut l’expliquer. Or, on a entendu à ce propos beaucoup d’idées fausses. Tel dirigeant du parti y voyait la conséquence d’une « américanisation des esprits », quoi que cela puisse signifier. Tel autre expliquait que les « mutations sociologiques » du pays étaient défavorables au parti (ce qui est archi-faux [1]). De manière générale, les dirigeants du parti ont cherché les raisons de ce revers électoral en dehors des idées et de la politique du parti. Or c’est pourtant là que se trouvait l’explication la plus évidente. Pendant des années, le programme du parti a été progressivement vidé de tout contenu communiste, au point que la masse des travailleurs ne voyait plus de différence fondamentale entre la politique du PCF et celle du Parti Socialiste. Les privatisations menées par un ministre « communiste », entre 97 et 2002, ont donné à cette appréciation un contenu très concret. Telle fut la cause principale du déclin du parti, ces 15 dernières années. Mais cela signifie, en retour, que ce déclin n’a rien d’irréversible. Toute la question se ramène, une fois de plus, à la nécessité de réarmer le parti avec un programme et des idées révolutionnaires.

Dans l’esprit des camarades qui soutiennent la candidature de Mélenchon, le déclin du parti, au cours de la dernière période, pèse lourdement. C’est particulièrement le cas chez de nombreux dirigeants, où cette idée repose sur un profond scepticisme à l’égard du « communisme » et du marxisme. Ils sont convaincus que les travailleurs ne voudront plus jamais en entendre parler. Ne disposant d’aucune explication scientifique des causes du stalinisme, ils y voient un « boulet » dont il serait impossible de se débarrasser. Ils cherchent à « moderniser » les idées du communisme. Les textes officiels du parti parlent « d’inventer un nouveau mode de développement humain », comme s’il nous fallait repartir de zéro en matière de programme. Or, ce qui est « inventé » n’a évidemment rien de « nouveau » : ce sont des idées réformistes et pré-marxistes dont l’histoire a mille fois démontré la faillite, en France et à l’échelle internationale. Manquant de confiance en eux-mêmes et dans le parti, ils pensent que son « image » – l’image communiste du PCF – le condamne au déclin électoral. Ils doutent qu’un candidat issu du parti puisse faire un « bon score » à la présidentielle. Aussi en viennent-ils à considérer la candidature de Mélenchon comme une solution.

Liquidationnisme

Le soutien à une candidature de Mélenchon s’inscrit dans une perspective qui dépasse largement l’échéance de l’élection présidentielle. Roger Martelli, un ex-dirigeant du parti connu pour ses positions liquidationnistes, ne s’y est pas trompé. Considérant le choix de Mélenchon comme très probable, il déclarait récemment que « le parti va devoir réfléchir à la perspective de long terme dans laquelle il inscrit ce choix » [2]. Les dirigeants actuels du parti s’expriment beaucoup plus prudemment que Roger Martelli. Mais cette « perspective » est bien connue. Elle ne date pas d’hier. Il s’agit de transformer le PCF en une nouvelle force politique ayant formellement rompu avec l’héritage et la tradition communistes. C’est le sens de la fusion du PCF et du Parti de Gauche que propose Mélenchon. Et cette idée n’a cessé de gagner du terrain, ces dernières années, au plus haut niveau du PCF. Dès lors, il n’est pas difficile d’anticiper la suite des événements, dans l’hypothèse d’une candidature de Mélenchon. S’il réalise un meilleur score que celui de Marie-George en 2007 – ce qui, après dix ans de droite au pouvoir, serait logique –, cela apportera de l’eau au moulin de tous ceux qui ne croient plus au potentiel du parti. Cela donnera un nouvel argument aux partisans d’une « nouvelle force politique ».

En juin dernier, Mélenchon et des dirigeants du parti ont proposé de créer une « association des partisans du Front de Gauche », à laquelle on pourrait adhérer directement sans adhérer à l’un des partis qui constituent le Front. Cette proposition a suscité une vive opposition, à la base du parti, et a dû être temporairement écartée. Mais nous ne doutons pas qu’elle reviendra dans le débat, sous une forme ou sous une autre. Mélenchon dit ne pas y avoir renoncé. La Riposte s’y oppose, car ce serait un pas très sérieux en direction de la transformation du Front de Gauche en un nouveau parti. Les communistes espagnols ont connu ce processus dans le cadre de la « Gauche Unie », dans les années 80 et 90. Cela s’est soldé par un grave affaiblissement du Parti Communiste Espagnol. Au départ, la Gauche Unie n’était qu’une coalition électorale. Puis elle s’est transformée en une force politique à part entière – avec des structures locales et nationales, une véritable direction, etc. Après une série d’assez bons résultats électoraux, la Gauche Unie a connu un déclin brutal. Pendant ce temps, le PCE est devenu un « courant » de facto de cette nouvelle force réformiste, dont il constituait à l’origine l’écrasante majorité. L’effacement du PCE dans la Gauche Unie s’est traduit par une chute de ses effectifs et une dislocation générale de son organisation. Aujourd’hui, les communistes espagnols cherchent à reconstruire le parti et à le « sortir de la clandestinité ». Nous avons tout intérêt à étudier et méditer cette expérience de nos camarades espagnols !

Lors des dernières réunions du Conseil National du parti, plusieurs camarades ont averti qu’une candidature de Mélenchon « démobiliserait » la base du parti, lors de la campagne électorale. Ceux qui connaissent le parti, à l’échelle nationale, ne peuvent pas en douter. Outre la méfiance de beaucoup de camarades à l’égard de Mélenchon, dont la carrière est jalonnée de volte-face opportunistes, il y a le fait concret que dans une très grande majorité des sections du parti, surtout en dehors des grandes villes, les militants du PCF portent pratiquement le Front de Gauche à eux seuls, faute de militants du Parti de Gauche et de la Gauche Unitaire. Il n’est pas difficile d’imaginer la réaction des camarades à qui on demanderait de faire campagne pour un candidat dont le parti n’existe pas – ou presque pas – au niveau local. Beaucoup y renonceraient. De ce seul point de vue, le choix d’une candidature issue du PCF s’impose.

La base doit décider

De nombreux camarades pensent que la question de la candidature est déjà tranchée, au niveau de l’Exécutif national du parti, en faveur de Mélenchon. Tout semble l’indiquer, en effet. Nous venons d’en évoquer les prémisses politiques. Mais des éléments concrets renforcent cette hypothèse. Par exemple, la direction insiste sur l’importance des élections législatives, pour le PCF, dans le but probable de minorer l’enjeu de la présidentielle – comme si on pouvait dissocier ces deux élections, qui se tiennent à un mois d’écart ! Mélenchon, bien sûr, approuve magnanimement cette idée fausse. On cherche aussi à nous rassurer en soulignant que la campagne de la présidentielle sera « collective », quel que soit le candidat. Mais en réalité, les communistes n’auront aucun moyen de contrôler Mélenchon, pendant comme après la campagne électorale. On note enfin le peu de soutien des dirigeants du parti à la candidature d’André Chassaigne, comme ce dernier l’a lui-même souligné.

André Gerin s’est déclaré candidat. Mais après toute une série de prises de positions scandaleuses, et notamment sa croisade démagogique sur le thème de la burqa, aux côtés d’Eric Raoult (UMP), il s’est très largement discrédité au sein du parti (voir ici). Sa candidature à la présidentielle ne pourrait que nuire gravement au PCF et à son image. Quant à la candidature de Maxime Gremetz, elle ne sera pas prise au sérieux par la plupart des communistes. Nous n’entrerons pas ici dans les détails du vieux conflit entre la direction du parti et Maxime Gremetz. Mais il est évident que son exclusion du PCF discrédite sa candidature.

André Chassaigne s’est déclaré candidat, lui aussi. Si aucun autre dirigeant du parti ne se porte candidat, Chassaigne doit aller jusqu’au bout. Les militants doivent pouvoir se prononcer, en juin prochain, sur sa candidature. Mais encore faut-il que Chassaigne veuille vraiment « y aller ». En septembre dernier, il écartait publiquement l’hypothèse d’un vote des militants pour le départager face à Mélenchon. Cela avait semé le doute sur ses intentions réelles. Cela donnait l’impression que sa candidature était un leurre destiné à tromper la patience des militants – et qu’il était prêt à se retirer, en fin de course, au profit de Jean-Luc Mélenchon. Dans un récente lettre aux communistes, Chassaigne a lui-même reconnu que sa démarche avait alimenté cette crainte. Mais il continue d’affirmer qu’il « s’aligner[a] derrière la décision prise par les délégués à la Conférence Nationale » des 4 et 5 juin. Nous voulons que la Conférence Nationale se prononce pour une candidature issue du PCF. Mais dans tous les cas, le seul moyen de connaître l’opinion réelle de l’ensemble des militants communistes, ce sera le vote des 16, 17 et 18 juin. En effet, la Conférence Nationale risque de ne pas refléter correctement l’opinion de la base du parti. Le poids de la direction y sera prépondérant. Il ne faut pas que le vote des militants porte sur le seul nom retenu par la Conférence Nationale. Dans l’hypothèse où celle-ci se prononce en faveur de Mélenchon, le nom de Chassaigne – ou d’un autre dirigeant du parti – doit quand même être soumis au vote des adhérents.

Le débat sur la candidature ne doit pas occulter notre travail sur le programme du parti. Encore une fois, la candidature d’un communiste ne prendra tout son sens que sur la base d’un programme de rupture avec le système capitaliste. Un tel programme susciterait l’intérêt et l’enthousiasme de millions de jeunes et de travailleurs. Les militants communistes dépenseraient des trésors d’énergie pour le populariser aux quatre coins du pays. C’est la question centrale. Il faut d’urgence doter le parti d’un programme qui appelle à en finir avec la domination de l’économie par une poignée de parasites capitalistes. Il faut remettre à l’ordre du jour la lutte pour une société socialiste, débarrassée de la Bourse, des spéculateurs et de la course infernale au profit. En dernière analyse, c’est la plus solide garantie de nos succès futurs.

Jérôme Métellus (PCF Paris 18e) et Greg Oxley (PCF Paris 10e)

[1] Voir la partie intitulée Les « mutations sociologiques », dans notre document  : Renforcer le PCF, renouer avec le marxisme

[2] Cité dans Le Figaro du 7 janvier

7 commentaires

  1. Les trotskystes avancent masqués disait notre camarade Léo Figuères, raison de plus pour les démasquer. Les trotskystes font de l’entrisme au sein du PCF, raison de plus pour les en faire sortir. La Riposte a un pied au PCF un autre au PS. Son discours parait en première lecture proche du nôtre, et peu tromper les communistes sincères qui s’opposent à la dérive européenne de la direction du PCF. Ils ont déja fait des scores importants en jouant sur cette ambiguité. Dommage que le site de Danielle Bleitrach qui a très bien parlé des anti-communiste de gauche dans un papier récent, leur ouvre la porte.

    • Cher Marcel

      Ce blog est devenu le mien depuis que Danielle a bien voulu m’en transmettre les rennes. Bien entendu, le travail que j’y fournis bénéficie de son soutien, comme en témoignent ses différents commentaires approbateurs.

      D’autre part, je crois sincèrement que le choix de publier ce texte va dans le sens de ce que Danielle ce que Danielle m’a appris. D’abord, parce que, comme elle me l’a dit une fois, elle ne « donne pas de consignes de vote », ce que je me refuse également à faire, comme en témoigne le chapeau qui précède le texte de Gérin et qui vaut pour tous les textes portant sur le débat présidentiel (celui-ci compris donc). D’autre part parce que Danielle m’a récemment soutenu dans mon choix de publier un texte venu d’un de mes anciens camarades du Parti de Gauche, qui ne valent sans doute pas mieux à tes yeux que les infiltrés de la Riposte. Enfin parce que, comme elle l’a écrit un jour ici même, elle aurait souhaité que ce blog soit celui de « toutes les tendances du PCF ».

      Quant à l’anticommunisme de gauche, je ne crois pas qu’on puisse le vaincre par l’autisme…Etiquetter n’est pas réfuter : taxer d’anticommuniste, de libéral-libertaire, de petit-bourgeois ou d’allié objectif du capital relève d’une pratique de l’insulte stigmatisante propre à fermer toute perspective de réflexion…Il ne s’agit pas de défendre les anticommunistes de gauche (qui sont comme Kant, en ce sens qu’ils ont les mains propres parce qu’ils n’ont pas de mains…) mais de défendre la réflexion et la pensée, qui sont ce qui fait le plus défaut à notre époque de crise de la culture et de contre-révolution idéologique…

      Il y a quelques jours j’ai trouvé un texte de Thierry Meyssan sur un site qui communiste légitimement opposé à la liquidation de votre Parti…J’espère que tu auras pensé à leur reprocher…Et que tu feras de même aux amis communistes de Jean Bricmont…

  2. Bonjour,
    Ce discours est naïf car une élection quel que soit le fond, le programme est un show! Il faut donc bien du charisme, savoir mobiliser les médias, rassembler. Refuser cela, c’est perdre!
    Le pouvoir, c’est une personne avec une équipe. Mais c’est bien une seule entité, un individu. Pourquoi la droite a gagné? Pas sur le programme, mais sur le show d’un homme et sur sa capacité à rassembler. On peut discuter longtemps du bien fondé de la démarche, mais c’est la réalité! La partie socialiste fait la même erreur avec ses primaires. DSK arrive en France pour le G20, et vous voyez le tremblement médiatique qu’il génère. Le combat reste, mais il ne faut pas se tromper sur les armes!

  3. Puisqu’il est question de mes « positions » je distinguerai ce qui relève de mes choix personnels que je suis prête à défendre fermement et le débat nécessaire qui à mes yeux exclut les fascistes, ceux du réseau Voltaire et les négationnistes comme bricmont. Par ailleurs, l’espace politique est à mes yeux suffisamment occupé par le jeu de ping pong sans enjeu politique réel entre la droite et le PS pour leur offrir l’intervention dans ce site.
    Mais je partage la volonté de Marc d’ouvrir cet espace à des positionnements divers de ce qu’on a coutume d’appeler l’extrême gauche. Mais pour qu’il y ait débat, il faut fermement tenir à ses positions, sans aggressivité et sur le fond.
    Donc je dirai que la sympathie personnelle que m’inspire Mélenchon se heurte à une série d’obstacles essentiels pour me rallier à sa candidature:
    1- Le premier est son positionnement européen. Je ne crois pas que l’on puisse réformer l’Europe de l’intérieur. La critique de l’Europe sur tous les plans, international comme celui des tentatives d’intégration des partis et syndicats à une logique capitaliste néo-libérale, et aux visées de l’OTAN, doit être radicale et ne laisser place à aucune illusion.
    2- Cela va donc pour la volonté de constituer une force politique européenne qui imposerait cet espace et ces institutions de consensus capitaliste à ce qui demeure les bastions de la résistance et des luttes, en particulier les formations nationales. Il suffit de voir ce qui se passe aujourd’hui au Moyen orient pour mesurer à quel point l’ancrage sur des réalités nationales est la base des rébellions populaires, ce qui n’exclut pas au contraire les solidarités internationales.Donc je suis plus que sceptique sur la Parti de la gauche Européenne.
    3- Si j’ai de la sympathie pour Mélenchon, je n’en ai aucune pour les divers dirigeants du PCF, mais le PCF est plus que ses dirigeants. la Force de Gauche n’est pas grand chose en dehors de Mélenchon. Je crois que le capital l’a compris, et l’organisation de la promotion de Mélenchon, après celle de besancenot, table sur l’isolement de celui-ci. Quand l’opération qui le lance comme une marque de savonnette aura enfin réussi à en finir avec le PCF, Mélenchon sera à son tour détruit, on utilisera ses outrances. Donc Melenchon devrait se rendre compte qu’il scie la branche qui le porte.
    4- Et c’est là qu’il me semble que ceux qui invoquent la logique électorale, celle du « meilleur candidat », ont une courte vue. Il est vrai que cette élection présidentielle a été faite pour se débarrasser du parti. Ne pas présenter un candidat c’est accepter la logique de la liquidation. la direction du PCF s’est elle-même mise dans le piège, pour maintenir un petit porte-feuille d’élus qui s’épuise et qu’elle brade à un parti sans existence, elle en est aujourd’hui à devoir choisir sa propre fin, et donc celle de melenchon lui-même en renonçant à toute visibilité politique qui a toujours reposé sur un positionnement de classe, la défense des intérêts nationaux sans chauvinisme dans le respect d’un internationalisme plus que jmais nécessaire.
    5- les faux cyniques qui expliquent par exemple qu’une campagne électorale est un « show » font simplement la preuve qu’il n’y a plus de stratégie révolutionnaire, que l’élection est devenue sa propre finalité. Et c’est bien le problème fondamental du PCF, il n’a plus de perspective politique sinon l’horizon borné d’une élection qu’il est sûr de perdre à cause de cette absence totale d’analyse sur le fond. Les insitutions qui sont faites pour détruire toute alternative révolutionnaire imposent alors leur loi.

    Mais je dois avouer que mon positionnement me paraît de plus en plus difficile à tenir tant la formation politique des communistes a été sacrifiée, tant je les vois dériver… Et je crois que la question de la formation, des débats, est essentielle, le travail que fait Marc est donc essentiel.

    je voudrais souligner à quel point il est important pour les communistes d’apprendre à faire confiance à des jeunes, sans tomber dans « le jeunisme » qui n’est le plus souvent que démagogie et liquidation. Il s’avère que, comme vous le savez, j’ai recommencé mes études. je vis désormais toute la journée avec une cinquantaine de jeunes gens et nous ne cessons de parler politique. ils savent que je suis communiste, et pour eux le communisme est respectable parce qu’il a porté des luttes, parce qu’ils ont conscience de vivre une régression, et qu’ils cherchent les moyens d’une riposte collective. Donc nous parlons toute la journée politique, enjeux, lutte autant que du cinéma. Mais je n’ai pas encore entendu l’un d’eux intervenir à propos des candidatures aux présidentielles, cela ne les intéresse pas…
    Il faut méditer tout cela…

    Danielle Bleitrach

  4. Je partage largement le point de vue de Danielle. Pas que je trouve Mélenchon sympathique, mais sur beaucoup de sujets, c’est quand même rageant de l’entendre dire ce qu’aucun dirigeant du PCF ne dit plus ! Les communistes qui ne sont pas obnubilés par les médias ou bouffés par les attermoiement des salons institutionnels savent bien a quel point ils ont besoin de messages forts, clairs, portant la colère… Et il est vrai que Mélenchon proposant un salaire maximum peut faire penser à Marchais s’exclament « au dessus de 4 millions, je prends tout ! »

    Reste qu’il suffit de se rappeler des dernières présidentielles pour voir l’impasse totale que représente les médias pour ceux qui veulent bousculer le système… De Chevènement à Bayrou ou Besancennot, chaque présidentielle voit apparaitre ses « outsiders médiatiques » dans l’année avant l’élection… Les sondages les font monter, monter.. ils passent partout, même pour les critiquer (surtout pour les critiquer, ils ont pour fonction médiatique de capter la colère, l’envie de changement….) Puis progressivement, ils stagnent, puis baissent et dans les dernières semaines, derniers jours de la campagne, ils disparaissent au profit de ceux qui sont nécessaires à la préparation du deuxième tour…

    Cela se fait à différentes échelles selon les cas, Besancennot n’a jamais atteint les sommets de Bayrou, mais le principe est le même…

    Pour un communiste, tout espoir dans une solution « médiatique » au rapport de force est un leurre…

    Comme Danielle, je constate que dire « le PCF est plus que ses dirigeants » est de plus en plus dur si les communistes ne le disent pas eux-mêmes plus fortement… Mais c’est pourquoi de mon point de vue, la bataille actuelle pour une candidature communiste est importante. Avec déjà 1000 signatures pour l’appel (http://lepcf.fr/Une-candidature-communiste-pour), plus les centaines pour Chassaigne, plus la position convergente de la Riposte [[sans illusion d’ailleurs sur l’entrisme troskyste qu’elle représente effectivement]], il y a peut-être un début de reprise en main possible par les militants…

    Le fait que la direction ait reporté sa décision pour Mélenchon à la rencontre du 8 janvier et laissé la question ouverte jusqu’à la conférence nationale début juin est illustratif.

    De fait, plus la crise s’aggrave, plus les luttes bousculent la planète, et plus le PCF sera bousculé… L’essentiel est bien d’accumuler le maximum de forces disponibles au plan théorique, politique et organisé… C’est la clef de la convergence possible entre des groupes très émiettés: privilégier la construction de bases sur la dénonciation des autres…

  5. Cher Socio13

    Tu l’avais compris mon propos n’était pas de discuter du texte mis en ligne par Oxley et Metellus. A part peut-être (par refus de Gerin et Gremetz) leur fatalisme envers la candidature Chassaigne , je ne vois rien à leur reprocher en première lecture. Et c’est justement ça qui chiffonne.
    Je ne souhaite pas dénoncer qui que ce soit. Mais simplement rappeler aux camarades que les auteurs, dont l’efficacité de l’activisme n’est plus à démontrer ont réussi à réunir 15% des militants du PCF sur une de leur contribution se voulant plus communiste que les communistes. Leur masque est tellement bien accroché que la journaliste du Monde prend sincèrement La Riposte pour les communistes identitaires ou orthodoxes du Parti. Jean-Luc Mélenchon qui vient aussi du trotskysme s’approprie d’ailleurs aussi le passé communiste et devient pour les médias l’homme au triangle rouge des déportés.
    Vieilles lune me direz vous. Le débat est démodé, il sent la naphtaline et la priorité est au combat contre un impérialisme de plus en plus arrogant. Nous serions trop peu nombreux pour nous diviser encore et nous épuiser en polémiques fratricides d’un autre temps.
    Non. Question au contraire d’actualité. La question du périmètre. Au moment ou des camarades se préoccupent de l’émiettement des communistes, prônent la Renaissance communiste, où l’historiographie (Losurdo, Glover Furr, Lacroix-Riz) est moins sous influence, où les positions politiques de FVR le PCF gagnent en cohérence, où s’approfondissent les thèses de l’URCF, où le PCOF sort de la logique groupusculaire, où les Cercles communistes se rassemblent, la question du corpus idéologique partagé est posée.
    Comme l’a dit à Marseille un des participant aux rencontres « quelque chose d’énorme va peut-être se produire » . Je l’appelle de mes voeux comme des milliers de communiste sans parti .
    Ce rapprochement, regroupement (voire plus si affinités), ce quelque chose d ‘énorme peut se faire à l’occasion des présidentielles ou pas, mais s’il se fait il intègrera une valorisation lucide mais valorisation quand même des réalisations du socialisme, de la construction du socialisme dans un seul (le seul) pays, de la grande guerre patriotique , de la Résistance, de la Longue marche entre autres épisodes. C’est à dire de notre passé communiste qui est justement un point de divergence avec la direction du PCF mais qui dans tous les cas met évidemment hors circuit les tenants de Leon Trotsky mais aussi exposera le fil noir qui relie bernstein à kroutchev à gorbatchev, eltsine, yakovlev .
    A l’heure d’une agressivité sans précédent de la classe exploiteuse contre le monde du travail, il est urgent de tracer la ligne de démarcation. Sans sectarisme, sans autisme mais au contraire avec une claire conscience de QUI EST QUI .

    Sur l’autisme qui consisterait à ne pas accueillir les opinions divergentes quelques remarques
    1°:Les sites anticommunistes sont facilement trouvables aucun besoin donc de leur faire de la publicité et ils savent s’en faire.
    2° Je suis conscient qu’un blog doit bouger tout le temps, proposer chaque jour du nouveau et donc ne pas être trop regardant sur l’origine des textes. Mais un blog politique ayant une ligne doit être sélectif ou au moins commenter ce qu’il présente. Il y a une réelle différence entre citer un texte en en faisant la critique et le passer tel quel, ce qui apparaît pour le lecteur comme une approbation implicite car on le lui fait lire. Un blog proche de nous, Solidarité international PCF, tombe rarement dans ce piège.
    Dans cet esprit j’ai reproché à Reveil Communiste d’avoir mis en ligne un texte sur ‘Kronstadt ….’ qui est d’une extrême violence anti soviétique. Traiter de la m^me façon la contribution d’un parti communiste dont nous partageons les idées: Cubain, Grec, Portugais ou m^me des Ouvriers de Tunisie et un texte proposé par des gens qui appartiennent à un courant d’idée qui nous a toujours et par tous les moyens combattu, est un contre sens.

    Fraternellement

    .

  6. Une candidature du PCF, pourquoi pas ? Mais une candidature communiste, ce serait mieux

    Par Antoine MANESIS – PRCF – responsable unité des communistes

    Faisant appel au patriotisme de Parti, différents courants du PCF nous expliquent qu’il faut une candidature du PCF pour sauver le PCF de l’entreprise liquidatrice menée de l’extérieur par Jean-Luc Mélenchon. Qu’il faut une candidature communiste aux présidentielles, candidature Front de Gauche ou PCF selon les courants en lice.

    Ce raisonnement serait acceptable si (et seulement si ) le PCF était communiste. Or il ne l’est pas. Muté le PCF est devenu un parti qui, s’il intègre encore de nombreux communistes en son sein, a gravé dans ses statuts la rupture idéologique avec le marxisme, avec le léninisme, avec la classe ouvrière et même avec l’objectif de la révolution et du socialisme !! Et ce parti  » décommunisé  » assume et même revendique cette rupture avec force. Intégré au Parti de la Gauche Européenne dont Pierre Laurent vient d’obtenir la présidence, le PCF a également rompu avec la politique patriotique et républicaine de résistance à l’intégration euro-atlantique, et Pierre Laurent est désormais, à l’égal de Mélenchon, un des plus fervents partisans de l’euro, dont la survie est antinomique de la survie des acquis sociaux en France et en Europe. Chacun sait d’avance que, comme à son habitude, le PCF soutiendra politiquement la social-démocratie au second tour des législatives et des présidentielles et que, soit au gouvernement, soit dans une majorité parlementaire, il accompagnera le PS dans la mise en œuvre de la politique unique que prescrivent les directives européennes pilotées par Bruxelles et par la Banque de Francfort. Qui a déjà oublié le bilan sinistre de Jospin et des ministres « communistes » d’alors qui, durant cinq ans, ont cautionné la privatisation du secteur public (France-Télécom, Air-France, Aérospatiale, etc.), le « dégraissage du mammouth » par Claude Allègre, la mise en place du désastreux euro, plus deux guerres impérialistes en Afghanistan et en Yougoslavie ?

    Pour les vrais communistes, qu’ils soient ou non membres du PCF, comment se pose donc le problème des présidentielles ? Une seule réponse : il requiert une réflexion prioritaire sur le contenu politique de classe de toute candidature se réclamant du communisme.

    Parce qu’il y a un contenu communiste (retrait de la France de l’UE et de l’euro, appropriation collective de certains secteurs stratégiques de l’économie, développement des libertés démocratiques dans les entreprises et démontage de l’état policier, ré-industrialisation du pays par le « produire en France », reconstitution des acquis du Conseil National de la Résistance .) qui peut en effet rassembler les communistes. Et même au-delà les républicains et les patriotes sur une perspective transformatrice opposant l’ensemble du peuple travailleur, conduit par la classe ouvrière, à l’oligarchie capitaliste et à ses commis politiques de l’UMPS et du FN.

    D’autre part pour rassembler les communistes qui sont pour une part dans le PCF et pour une autre part organisés hors du PCF, il faut qu’ils se parlent, se rencontrent, se reconnaissent mutuellement comme composantes également respectables du communisme dans notre pays. C’est pourquoi le PRCF a toujours tenté de mettre en avant l’unité d’action des communistes par delà les questions transitoires du mode d’organisation. Or il faut constater que certains courants internes, opposants déclarés à la direction du PCF, n’ont pas fait preuve d’une grande détermination pour répondre à nos propositions, voire les ont ignorées et combattues avec mépris, en posant comme préalable à l’action commune que tous les communistes, y compris ceux qui jugent cette perspective utopique et paralysante, s’alignent sur l’objectif de « remettre le PCF sur la voie de la lutte des classes ».

    Mais unitaires pour deux, voire pour dix, nous sommes cependant prêts, sans condition, à rencontrer les communistes qui veulent un programme communiste pour l’élaborer ensemble et désigner ensemble un candidat qui le porterait éventuellement.

    Cela posé, croire que Mélenchon va liquider un PCF qui s’est auto-liquidé et auto-dénaturé depuis des années est surréaliste. Que Mélenchon veuille mettre en place en France l’équivalent du groupe opportuniste allemand « die Linke » ne serait que l’officialisation d’une réalité politique massive : il n’y a déjà plus dans notre pays, sinon de manière purement nominale qui relève largement de la publicité mensongère, de véritable Parti Communiste en France, même s’il n’est pas sans intérêt que des milliers de militants s’organisent encore de bonne foi dans un espace qu’ils croient sincèrement communiste. Donc, soyons clairs, sauver le PCF cela ne suffirait en rien à sauver le courant et l’espace politique du communisme en France. Et surtout, si un candidat issu du PCF ne faisait rien pour tendre la main aux milliers de communistes qui ont quitté ce parti ou qui se sont organisés ailleurs, s’il se contentait de se battre pour le « développement durable », ou s’il se présentait aux élections après avoir longuement fleurté avec Sarkozy sur sa conception islamophobe de l’ « identité nationale », il ferait un score pitoyable qui accélèrerait la liquidation et qui aiderait Mélenchon.

    Quant à la diabolisation de Mélenchon elle constitue à cet égard une manœuvre subalterne. Les divergences politiques avec lui et son Parti de Gauche, sur l’UE en particulier (le PG est comme le PCF membre du parti supranational européiste, le PGE, et il en serait immédiatement exclu s’il appelait à sortir de l’UE et de l’euro ! bref ces partis ne sont plus indépendants de la bourgeoisie) sont une autre chose et c’est en s’unissant sur ces questions politico-idéologiques que les vrais communistes pourraient faire pièce à Mélenchon, comme à Pierre Laurent, Cohen-Séat, etc., qui ont le même degré de responsabilité dans la volonté de liquider l’espace politique communiste en France : rappelons que la « mutation » du PCF a été lancée par sa direction et que le PCF n’a pas eu besoin de Mélenchon pour obtenir les 3% de Hue, puis les 1,9% de M.-G. Buffet.

    C’est pourquoi le PRCF se veut être un des ferments de la renaissance du parti communiste avec les autres communistes qui acceptent une vraie démarche de rupture avec la mutation réformiste et « euro constructive » du PCF.

    Nous devons appréhender les présidentielles en termes de dynamique politique : soit les communistes s’entendent sur un programme et un candidat dans la clarté, soit nous chercherons quelle configuration politique est la plus porteuse d’une possibilité d’initiative et d’intervention populaires et a minima de la défaite du fascisant Sarkozy et de la menaçante Marine Le Pen, sans pour autant jamais rallier politiquement le PS maastrichien et ses satellites de l’ex-gauche plurielle.


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