Des travailleurs prennent le contrôle de deux journaux de Mérida et en appellent au soutien d’Hugo Chavez, par Marcy Rein et Clifton Ross

Les locaux de Cambio de Siglo à Mérida.

source: venezuelanalysis.com

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

 

Le sort de la seule entreprise de presse du Venezuela à être contrôlée par ses travailleurs est maintenant entre les mains du Président Hugo Chavez et de son gouvernement.

 

Mis au pied du mur par la décision des employeurs de se déclarer en faillite- après qu’ils ont passé quatre mois sans paye- les travailleurs de deux petits quotidiens publiés à Mérida ont fait la seule chose qui leur soit venue à l’esprit. Dix-sept membres du personnel à Cambio de Siglo et à Diario El Vigia ont pris le contrôle de leur lieu de travail le 4 Octobre. Ils ont accroché une banderole faite à la main proclamant « Control obrero » (contrôle ouvrier) au deuxième étage des bureaux du journal sur la cinquième avenue, au centre de la ville et ont commencé une occupation qui a persisté nuit et jour depuis. A la fin du mois de novembre, ils ont commencé à publier des éditions hebdomadaires combinées des deux journaux.

 

Le Venezuela a des entreprises contrôlées par les travailleurs dans de nombreux secteurs, mais cette action est « inédite », à en croire Hugo Peña de l’Union Nationale des Trav ailleurs du Venezuela (Unete), l’une des fédérations syndicales du Venezuela. « Il n’y a pas d’autre cas d’un groupe de travailleurs décidant de prendre le contrôle d’une entreprise de presse » a dit Peña, le coordinateur de l’Unete pour Mérida.

 

Presque tous les travailleurs de Cambio de siglo/Diario El Vigia insistent sur le fait qu’ils ne veulent pas voir leur action « politisée » et utilisée par l’opposition et la presse internationale pour alimenter le sentiment anti-Chavez. Ils veulent simplement que leurs droits soient respectés, et obtenir les payes en retard et les avantages sociaux qui leurs sont dus.

« Nous avons pris l’initiative pour faire connaître notre situation » a dit la correctrice Kira Fuentes. « Nous voulons que les gens nous soutiennent en tant que travailleurs et en tant qu’êtres humains qui ont beaucoup enduré à ne pas être payés, et nous méritons que nos droits soient respectés. »

 

Néanmoins, par leur contrôle, les travailleurs ont transformé Cambio de siglo/Diairio El Vigia, d’organes de l’opposition qu’ils étaient, en un journal communautaire responsable et unique qui présente une gamme variée de nouvelles nationales, régionales et locales, ainsi que des commentaires favorables au processus bolivarien.

 

« Comme quotidien, Cambio de siglo « était une source d’information contre la révolution » a déclaré Javier Montsalve, journaliste et directeur de la communication pour le parlement de régional de l’Etat de Mérida. « Maintenant il soutient la révolution, et joue un rôle essentiel pour que les gens restent informés » a-t-il affirmé.

Les propriétaires de Cambio de siglo et de Diario El Vigia, Julio Marcolli et Alcides Montslave, sont de gros hommes d’affaires et des opposants déclarés du Président Hugo Chavez et de ses politiques. Julio Marcolli est un magnat de la construction et de l’immobilier avec des holdings au Venezuela et à Puerto Rico, et Alcides Montslave est le dirceteur du journal de droite La Frontera.

« [Les propriétaires] utilisaient le journal [Cambio de siglo] pour diffamer Chavez et le gouvernement », a déclaré Javier Montslave.

Ces deux dernières années, les deux propriétaires ont aussi violé presque toutes les exigences de la loi vénézuélienne sur le travail, La Ley Organica del Trabajo. Depuis 2007, ils ont échoué à payer ce qu’ils devaient au système de Sécurité Sociale, bien qu’ils aient prélevé les cotisation sur la paye des travailleurs. Ils ont également arrêté de verser ce qu’ils devaient au fond de retraite des travailleurs et d’effectuer les dépôts exigés par le Ley de Politica Habitacional, qui aide les travailleurs à acheter un logement. En 2009, ils ont arrêté de payer les « cestatickets » ou chèques-repas des travailleurs et n »ont payé aucun salaire après Juin 2010.

Les travailleurs ont fait la grève durant 12 jours en mai 2010 et 8 jours en Juin, mais ont ont continué à publier les journaux jusqu’à septembre sans paye. Après l’édition du 6 septembre, les propriétairers ont fermé les journaux sans préavis, explication ni information sur la façon dont ils prévoyaient de payer leur du aux travailleurs. Les représentants des propriétaires n’ont pas cessé de promettre des versements qui ne se sont jamais concrétisés. Alcides Monslave, actionnaire minoritaire, a affirmé qu’il souhaitait payer les travailleur à hauteur de 25% de ce qu’ils auraient gagné s’ils avaient démissionné, mais pas plus. Comme solution de dernier recours, les travailleurs ont décidé de prendre d’assaut les locaux le 4 octobre.

« C’était juste inacceptable que nous ayions publié le journal chaque jour au prix de tant d’effort, de travail et de sacrifice, et que les propriétaires violent nos droits comme travailleurs et comme être humains » a déclaré Lisbeth Barrotea, une des maquettistes.

Le premier jour de prise de contrôle, les travailleurs se réunissaient toutes les trois ou quatre heures, a affirmé Barrotea. Ils se sont organisés en trois tours de garde pour maintenir une présence sur les lieux.

« C’était un peu inconfortable la première nuit » a-t-elle dit. « Nous n’avions pas d’oreiller et on dormait sur les canapés et dans les chaises ». Durant les mois d’occupation suivants, ils ont amené des matelas et des oreillers, préparé des repas sur la plaque et dans le micro-ondes.

« Nous préparons et partageons la nourriture, chantons et écoutons de la musique », a dit Judith Vega, la seule reporter du personnel. « Nous sommes une famille ici »

Les 16 travailleurs qui continuent l’occupation- neuf femmes et sept hommes- partagent aussi les fonctions au sein du journal, de l’administration à l’impression et prennent collectivement toutes les décisions à propos de la direction et du contenu du journal. Ils décident du budget, et bien qu’ils rentrent dans leurs fonds, ils ont seulement été capables de se donner de petits salaires.

Construire un réseau de soutien à leur combat a été plus difficile qu’ils n’auraient cru.

« Beaucoup de gens dont nous n’attendions rien n’ont jamais frappé à notre porte » a déclaré Vega « mais beaucoup d’inconnus nous ont aidé ». Des étudiants de l’Université Bolivarienne de Mérida, y compris beaucoup qui étudient le journalisme avec Vega, ont aidé dans tous les domaines possibles, de l’écriture à la vente du journal. Le Conseil Municipal de Mérida a soutenu leur lutte. Alexis Ramirez, alors président du parlement de l’Etat de Mérida, et maintenant député à l’Assemblée Nationale, a aidé à organiser le soutiet juridique, les dons de nourriture et d’autres formes d’aide matérielle et a amené des cadeaux aux enfants des travailleurs à Noël.

Aucun représentant officiel du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) actuellement au pouvoir, pas même le gouverneur de l’Etat, n’a reconnu officiellement la lutte. L’Association Nationale des Journalistes, qui regroupe beaucoup de ceux qui se disent dévoués à la Révolution Bolivarienne, est restée silencieuse sur la prise de contrôle. A l’heure actuelle le soutien le plus important qu’ils puissent recevoir serait celui du gouvernement national.

« Nous demandons au gouvernement de s’avancer et de résoudre ce problème », a déclaré Edgar Saenz, chef de production pour le journal. « Nous espérons qu’ils nous aide économiquement de façon à ce que nous puissions continuer la production de papier, protéger nos emplois et obtenir les salaires qui nous sont dus. »

Les travailleurs ont écrit au Ministère des Communications à Caracas en début de cette année, expliquant leur situation et demandant une audience. Ils attendent une réponse avec optimisme. L’obtention de l’aide qui leur fait défaut sera un test de la volonté du gouvernement de suivre sa propre rhétorique en faveur du contrôle ouvrier.

« Nous sommes sûrs que nous obtiendrons le soutien dont nous avons besoin au niveau national » a déclaré Vega. « Des gens ont dit « Si vous voulez voir une révolution venez ici, où les travailleurs ont pris le pouvoir et ne partiront pas tant que leurs droits ne seront pas respectés, où les travailleurs ont pris le contrôle d’une entreprise de presse pour la première fois ici au Venezuela »

Le nouveau site internet de Cambio de Siglo/El Vigia est en construction. En attendant, pour rester en contact avec les travailleurs, vous pouvez les trouver sur Facebook sous le nom de Cambio Vigia.

 

2 commentaires

  1. BRAVO ! Et vive la démocratie Socialiste participative !!!

  2. La saisie des organes de presse de la réaction est souvent considérée comme un « causus belli » par la contre révolution, un saut qualitatif, le début d’une nouvelle phase (plus révolutionnaire ou contre révolutionnaire) (comme au Portugal en 1974, mais aussi à Berlin en 1919).


Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s