Une des sources de Kémi Séba : Cheikh Anta Diop, un crypto-fasciste méconnu (2/2)par Marc Harpon

Cheikh Anta Diop


Deuxième partie : Réponses racistes à des questions racistes

« La découverte de l’existence d’une civilisation nègre au XVème siècle ne me décerne pas un brevet d’humanité. Qu’on le veuille ou non, le passé ne peut en aucune façon me guider dans l’actualité. » Frantz Fanon, Peau Noire masques blancs, Points Essais, p. 182.

S’efforçant de distinguer l’usage qu’on doit faire des notions liées à la race de l’abus qu’on en fait souvent, la première partie de cet article s’intéressait à la démarche naïvement métaphysique d’un Cheikh Anta Diop imperméable à toute pensée transcendantale : Diop fonce tête baissée dans le bricolage de réponses aux questions qu’il se pose mais oublie de s’interroger sur ces questions elles-mêmes, en tant qu’elles reflètent non les structures du monde mais celles d’une faculté de connaître historiquement déterminée par cela même qu’il s’agit de combattre.

De la considération des interrogations qui structurent des oeuvres comme Nations Nègres et Culture, L’Unité Culturelle de l’Afrique Noire ou Civilisation ou barbarie, il ressortait que le racisme était un constituant nécessaire du système diopien : ce ne sont pas les réponses que Diop prétend à porter mais les questions qu’il pose qui l’ancrent à la droite de la droite, qu’il en ait eu ou non conscience. Répondre au questionnement diopien, c’est mettre un pied là il ne faut pas.

C’est pourquoi dans cette seconde partie, il ne s’agira pas de proposer des solutions alternatives aux problèmes que prétendait résoudre Diop. Il s’agit plutôt d’une auscultation de la pensée diopienne et de ses prolongements contemporains, traités comme autant de symptômes de la blessure narcissique profonde du colonisé. D’une certaine façon, entre Diop et Fanon, il faut choisir. Ce n’est pas à la connaissance du passé qu’il faut demander de guérir nos maux, mais à l’action au présent :

« Pour le nègre qui travaille dans les plantations de canne à sucre du Robert, il n’y a qu’une solution : la lutte. Et cette lutte il l’entreprendra non pas après une analyse marxiste ou idéaliste, mais parce que, tout simplement, il ne pourra cocnevoir son existence que sous les espèces d’un combat mené contre l’exploitation, la misère et la faim.

Il ne nous viendrait pas à l’idée de demander à ces nègres de corriger la conception qu’ils se font de l’histoire. D’ailleurs, nous sommes persuadé que, sans le savoir, ils entrent dans nos vues, habitués qu’ils sont à penser et à parler en terme de présent. Les quelques camarades ouvriers que j’ai eu l’occasion de rencotnrer à Paris ne se sont jamais poseé le problème de la découverte d’un passé nègre. Ils savaient qu’ils étaient noirs, mais, me disaient-ils, cela ne change rien à rien.

En quoi ils avaient fichtrement raison. » (Peau noire masques blancs, p.182)

Modification ou momification?

Le programme « scientifique » de l’afrocentrisme fondé par Diop est simple : montrer que les civilisations « noires » sont antérieures et supérieures à toutes les autres et que tout ce qu’il y a de bon ailleurs se ramène à une influence des noirs, nécessairement dévoyée par le métissage culturel. La totalité de la culture grecque relèverait de « l’acclimatation de la culture égyptienne en Grèce »(Nations nègres et culture, p.396) et, vu que Diop repeint l’Egypte en noir (par une transsubstatiation magique du sens du terme égyptien kemet), le « miracle grec », comme disent les historiens, serait une simple appropriation par les grecs des valeurs nègres : la philosophie grecque, par exemple, est présentée comme « une pensée égyptienne à peine modifiée » dans la partie de Civilisation ou barbarie consacrée à « l’appport de l’Afrique à l’humanité en science et en philosophie », un chapitre où Diop témoigne involontairement de sa propre incompétence en matière d’histoire des idées. Diop y explique en effet que les Formes ou Idées de Platon correspondent aux « archétypes de tous les êtres futurs dans le noun égyptien, créés déjà en puissance en attendant leur actualisation grâce à l’action de Khéper, dieu du devenir » (Civilisation ou barbarie, p.425. Or, le noun égyptien est d’après Diop « une matière chaotique primordiale »!

Un faussaire compétent arrive à tromper l’oeil d’un spécialiste. Diop, ici, ne peut pas gruger le moins expérimenté des lecteurs attentifs de Platon. Pire qu’un faussaire, Diop est donc un faussaire incompétent! Il ignore totalement la séparation des Formes intelligibles et de la matière sensible! Il ignore totalement le fait que, pour Platon, la matière constitue un non-être qui tire son être de la Forme et que la cosmogonie égyptienne, telle du moins qu’il la présente, implique l’inverse, à savoir que l’être de la Forme soit issu d’une matière primitive! Il cite à l’appui de sa thèse Albert Rivaud, qui s’est interrogé sur le lieu premier des Formes et répond à cette question en faisant comme si Platon n’avait pas dit où n’étaient pas les Formes : dans le sensible. Pourquoi el démiurge du Timée aurait-il besoin de façonner la matière en contemplant des modèles sy ces modèles y étaient déjà imprimés? Pourquoi Platon aurait-il besoin, dans ce même Timée (50c 2-6 ; 52c 2-5), d’expliquer que la matière reçoit l’empreinte de la Forme si cette forme y était toujours déjà inscrite depuis l’origine du monde? Si la cire porte déjà la marque de mon sceau, je n’ai aucune raison de l’y imprimer à nouveau, à moins d’être con…comme le Platon imaginaire par lequel Diop remplace le Platon réel. La cosmogonie égyptienne ne s’accorde donc pas avec l’ontologie platonicienne. Comment donc la cosomogonie platonicienne pourrait-elle être empruntée aux égyptiens?

En fait, l’argument le plus « probant » de Cheikh Anta Diop est peut-être celui-ci : « la cosmogonie platonicienne est imprégnée d’optimisme, par opposition au pessimisme indo-eruopéen en général. Il s’agit, de toute évidence, d’un héritage de l’école africaine. » (Civilisation ou barabarie, p.426)A en croire Diop, donc, le miraculé de l’Evangile devait être égyptien : il faut quand même une sacré dose d’optimisme pour écouter un illuminé barbu qui vous dit de vous lever et de marcher, alors que vous êtes paralysé! Quant aux gens qui jouent aux loto, malgré l’infime probabilité qu’ils ont de gagner, ils font sans doute partie d’une secte extrémiste issue de « l’école africaine »! Parce qu’il faut une sacrée dose d’optimisme pour jouer au loto…

L’argument de l’optimisme est assez caractéristique du vague de l’argumentation diopienne. Pourquoi Diop ne cite-t-il pas les passages où Platon lui-même reconnaît sa dette face à l’Egypte? Il y en a pourtant plus d’un. Dans le Philèbe (18a-18e), par exemple, c’est à un égyptien qu’il nomme Teuth qu’il attribue la découverte de la grammaire. Le problème pour Diop c’est qu’il ne veut pas prouver que les grecs ont emprunté aux égyptiens, ce qui est reconnu par tous, mais que les grecs ont littéralement dévalisé l’Egypte que tout ce qu’il y a eu de bon en Grèce venait de l’Egypte « nègre ». Lorsque Platon loue les égyptiens, il reconnaît qu’il leur doit quelque chose, ce qui ne s’accorde pas au projet afrocentriste, qui prétend qu’il leur doit tout. D’où le silence diopien sur ces passages. D’où le recours à des témoignages « tardifs et suspects » concernant des « stages » faits en Egypte, alors même que, d’apèrs Jean Yoyotte, lorsque Platon fait référence à l’Egypte, « les allusions qu’ils fait […] sont livresques et factices ». D’où la références à des auteurs du néoplatonisme, fondé au troisième siècle après Jésus-Christ, soit près de huit siècles après Platon, par Plotin, « qui appartenait probablement à une famille de hauts fonctionnaires romains d’Egypte » (Luc Brisson, « Les traditions traditions platoniciennes et aristotéliciennes », in Monique Canto-Sperber, Philosophie grecque, p.618). D’où les références que fait Diop à des membres de l’école plotinienne comme Jamblique (250-330 après JC) ou Porclus (412-485 après JC), car, comme l’explique Jean Yoyotte, « déjà notablement gonflée par Hérodote, la dette des Grecs vis-àvis de l’Egypte fut démesurément agrandie par les néoplatoniciens orientalisants qui s’acharnèrent, au demeurant, à retrouver leurs propres spéculations dans les mythes égyptiens en recourant à une méthode allégorique contestable » (Jean Yoyotte, « La pensée préphilosophique en Egypte », in, Brice Parrain, Histoire de la philosophie, I, vol. I, p.21). D’où enfin la fabrication maladroite de rapprochements tels que celui entre les modèles intelligibles platoniciens et les archétypes de la cosmogonie héliopolitaine.

La falsification détruit une analogie fondamentale dans le platonisme, celle entre la nature et l’artisanat : de même que c’est d’après l’eidos, du lit, c’est-à-dire l’Idée du lit que l’artisan construit un lit (La République, Livre X), de même que le sculpteur fait entrer dans le marbre une forme qui correspond à l’eidos, (Plotin, Ennéades, I, 6), de même les objets naturels n’existent que parce qu’une Idée s’est incarnée dans une matière, ce qui suppose qu’elle n’y était aps antérieurement à la chose même. Comme l’artisan ou l’artiste, le démiurge platonicien organise la matière d’après une Idée et non d’après ce que lui indiquerait la matière elle-même, sous la forme des « archétypes » qu’évoque Diop. Dans le platonisme, les Formes que le démiurge actualise sont situées dans son Intellect, en grec nous, et non dans la « matière chaotique primordiale ». Diop a remplacé le nous par le noun! Dès lors, il n’y a qu’une signification possible à l’affirmation que la philosophie grecque est une « pensée égyptienne à peine modifiée » : les grecs ont pris la pensée égyptienne et n’en ont changé qu’une lettre insignifiante. Car le nous, et le noun, c’est la même chose…tout comme fête et tête, bite et bête, modifier et momifier!

L’afrocentrisme, une science très singulière

Pourquoi Diop ne cherche-t-il pas dans le Parménide les preuves de ses théories? Pourquoi s’appuie-t-il sur le Timée? Pourquoi ignore-t-il le témoignages d’après lesquels la « faute » de Platon aurait été de penser des formes séparées de la matière (Aristote,Métaphysique A, 9, 990b23)?Pour les mêmes raisons qu’il ne va pas plus loin que le livre I de la Physique d’Aristote, alors même que, dans ce livre I, il n’est pas question des théories d’Aristote mais de celles de ses adversaires : parce que le but de l’afrocentrisme n’est pas d’établir des vérités mais de soigner les blessures narcissiques de l’ego du colonisé : une fois qu’on a trouvé de quoi se faire plaisir, nul besoin de continuer la recherche. Plus que la fierté retrouvée, l’afrocentrisme c’est la fierté retrouvée à bon marché!

L’entreprise afrocentriste ne se limite pas à Platon. Pour les successeurs de Diop, Socrate, Esope, Jésus, le Bouddha et même, comme je l’ai entendu il y a peu dans une conversation, Beethoven, auraient été noirs! Quant aux civilisations de l’Amérique précolombienne, certains auteurs afrocentrsites prétendent même qu’elles auraient été fondées par des « Egypto-nubiens » du temps de Ramses! L’afrocentrisme se place ainsi comme une exception au sein du discours savant : l’héliocentrisme copernicien nous blesse car il nous apprend que nous ne sommes pas au centre de l’univers, l’évolutionnisme darwinien nous porte un second coup parce qu’ils nous fait découvrir que nous ne sommes qu’une espèce animale parmi d’autres et qu’aucun plan divin ne nous a préparé la moindre place spéciale, la psychanalyse freudienne nous apprend que « le moi n’est pas maître en sa demeure », que la conscience n’est que la partie visible d’un iceberg qui est loin d’être fait de beaux sentiments, mais l’afrocentrisme, lui, passe son temps à faire plaisir aux afrocentristes…Nous avons tout inventé, tout découvert, tout ce qui est beau et noble nous a été emprunté ou volé, nous sommes les meilleurs! C’est quand même suspect, non? Un discours qui valorise systématiquement celui qui l’énonce est-il un discours scientifique ou le symptôme d’un ego blessé qui tente, par tous les moyens (y compris malhonnêtes), de se soigner?

Qu’est-ce que l’afrocentrisme? L’afrocentrisme c’est la crise d’adolescence des colonisés minorisés par l’impérialisme. Mais parce que les afrocentristes sont des personnes adultes, il faut le classer parmi les symptômes névrotiques plutôt que parmi les théories scientifiques. Il y des maux qui ne se réfutent pas mais qui se préviennent et qui se traitent.

Racisme instinctif et racisme raisonnable

La Grèce, de par situation géographique ne pouvait pas ne pas emprunter à l’Egypte. Mais ce n’est pas ce que prétend montrer Diop : il prétend réduire la culture grecque à ses échanges avec le monde égyptien, c’est-à-dire, selon lui, nègre. Ce qui, chez les grecs ne vient pas d’Egypte rêvée de Diop, est soit nié soit présenté sous un jour péjoratif évident. Le Grec est borné : ses horizons « ne dépasseront jamais l’homme matériel visible ». Le Grec est narcissique : « sur terre, tout gravite autour de lui ». Les dieux de l’Olympe ne sont d’ailleurs qu’un reflet narcissique des Grecs eux-mêmes : « au ciel, on ne trouvera que lui, avec ses défauts et ses faiblesses terrestres ». Le grec, grand-père de la « civilisation » européenne, est limité : à chaque fois qu’il est comparé à l’Egyptien, les structures grammaticlaes négatives et les connotations péjoratives abondent. C’est tout le contraire de l’Egyptien, dont Diop fait l’archétype des « civilisations » nègres : le dieu égyptien « est un vrai dieu », « dans toute l’acception du mot », « pourvu de toutes les perfectiosn morales ». La Grèce n’est que manque, l’Egypte est complétude, les Européens, les « leucodermes » ne sont rien, les « mélanodermes » sont tout. A tel point que, quand des « leucodermes » s’approprient des formes culturelles « mélanodermes », ce n’est qu’au prix d’une chute : les grecs « ravalent » les dieux égyptiens au niveau d’hommes.

Diop feint de ne pas être raciste en expliquant cette supériorité de l’Egypte(c’est-àd-rie, pour Diop, de l’Afrique) par le climat de ce qu’il appelle le « berceau méridional », c’est-à-dire l’Afrique :

« Les Grecs n’ont fait que reprendre et développer dans une certaine mesure, parfois, els inventions égyptiennes, tout en les dépouillant, en vertu de leurs tendances matérialistes, de la carapace religieuse « idéaliste » qui les entourait. La rudesse de la vie dans les plaines eurasiatiques semble avoir développé d’une part l’instinct matérialiste des peuples qui y vivaient, d’autre part, forgé des valeurs morales à l’opposé des valeurs morales égyptiennes découlant d’une vie collective sédentaire relativement facile et paisible […]. Autant les égyptiens auront en horreur le vol, le nomadisme et la guerre, autant ces pratiques seront considérées comme des valeurs morales de premeir ordre dans les plaiens eurasiatiques. » (Nations Nègres et culture, p. 395)

Mais cet artifice rhétorique est typique du néoracisme : je pense ne pas être raciste parce que je présente la supériorité (morale, dans l’exemple ci-dessus) que j’attribue à mon groupe comme une contingence de l’histoire culturelle plutôt que comme une nécessité de la biologie. Diop lui-même a conscience de la continuité entre son propos et le racisme traditionnel puisqu’il il laisse parfois échapper, comme par une sorte de lapsus, que, pour lui, la différence entre la politique qu’il appelle de ses voeux et celle des nazis est de degré plus que de nature :

« Dès lors, le Nègre doit être capable de ressaisir la continuité de son passé historique national, de tirer de celui-ci le bénéfice moral nécessaire pour reconquérir sa place dans le monde moderne, sans verser dans les excès d’un nazisme à rebours. » (Nations Nègres et culture , p. 401)

Une politique cherchant, au moins formellement, à défendre et renforcer une « race » et seulement cette race, ou du moins d’abord cette race, est susceptible d’excès. Une théorie supposant que le métissage, culturel chez Diop, est une chute dans l’impureté, n’a pas d’autre défaut que le risque d’excès, qu’il faudrait prévenir. Les termes de la théorie (à commencer par le concept de race) ne posent pas problème. Pas plus que ses objectifs. Il n’y a que l’excès. C’est presque comme si Diop avait dit: leur logique n’est pas si mauvaise, mais ils en ont trop fait. Ce n’est pas si con : il y a une époque où les sciences humaines servaient en Allemagne à soigner la blessure narcissique des anciens vaincus de 1914-1918. Le propos de Diop est le symétrique des racismes européens, il en est le strict reflet dans un miroir et, parce qu’il en avait bien conscience, Diop a demandé à ses adeptes de ne pas pousser trop loin la symétrie…au lieu de faire éclater le racisme, Diop fonde un racisme soft. Diop est un peu comme un Brasillach prêchant « un antisémitisme raisonnable » pour éviter les excès de « l’antisémitisme instinctif ».

Dans le combat contre les secteurs classiques de l’extrême droite, renouvelés sous l’influence du GRECE, la question de savoir s’il fallait brûler Dumézil, qui est une des sources d’Alain de Benoîst, a été ironiquement soulevée par Didier Eribon. C’est la même question qu’il faudrait avoir le courage de poser, concernant Cheikh Anta Diop, face aux nouveaux secteurs de l’extrême droite. Car il ne faut pas croire que l’alliance entre le secteur afrocentriste incarné par Kémi Séba et les autres secteurs ne soient pas possible. Des articles à venir montreront que les théories du GRECE et les publications du MDI s’emboîtent comme les pièces d’un puzzle, que les liens entre Séba et l’extrême droite ne sont pas fortuits et qu’il ment littéralement quand il prétend se boucher le nez pour serrer la main de son ami Thomas Werlet, dirigeant des néonazis du Parti Solidaire Français.

Argumenter comme une cruche de série télé et se gaver de Stargate SG-1

Le plus stupide des personnages de Friends, série culte américaine, est sans doute celui de Pheobe. Dans un épisode assez minable, ce personnage parvient à faire dire à un paléontologue qu’ il est possible qu’il n’y ait pas eu évolution des espèces. Voici un extrait d’un dialogue de l’épisode 2 de la saison 3 de cette série, suivi de la traduction que j’en donne :

«Ross: I have studied evolution my entire adult life and I can tell you, we have collected fossils from all over the world, that actually show the evolution of different spieces, ok? You can litterally see them evolving thru time

Phoebe : Really? You can actually see it?

Ross : You bet! In the Us, China, Africa, all over!

Phoebe : See, I didn’t know that.

Ross : Well, there you go!

Phoebe : So now, the real question is, who put those fossils there and why? »

«Ross:   J’ai étudié l’évolution toute ma vie d’adulte et je peux te dire que nous avons rassemblé des fossiles du monde entier, qui prouvent effectivement l’évolution de différentes espèces, ok? On peut littéralement les voir évoluer dans le temps.

Phoebe : Vraiment? On peut vraiment le voir?

Ross : Un peu! Aux Etats-Unis, en Chine en Afrique, partout!

Phoebe : Je l’ignorais.

Ross : Well, there you go!

Phoebe : Donc maintenant la vraie question est, qui a mis là ces fossiles et pourquoi? »

On prend une hypothèse abracadabrante, on trouve un indice insignifiant qui a l’air de la confirmer et on explique tous les autres faits par la malhonnêteté, la malveillance et la manipulation, ici, celle de l’auteur des fossiles. C’est le même type d’argumentation qui se déploie contre les adversaires de l’afrocentrisme. Les supercheries scientifiques existent. On connaît tous eoanthropus dawsoni, plus connu sous le nom d’Homme de Piltdown. Mais, le recours systématique à l’argument de la supercherie, « révèle un mode de pensée plus policier qu’historique », comme le fait remarquer François-Xavier Fauvelle-Aymar, historien au CNRS et spécialiste des afrocentrismes :

« Qu’est-ce qui est plus probable? Que Socrate ait été blanc ou qu’il ait été noir? Pour soutenir la première hypothèse, il suffit d’admettre comme probant, en attendant mieux, le silence des sources. Pour soutenir la seconde, il faut considérer que les sources sont muettes parce que les sources parlantes ont disparu. […] Mais pourquoi tous les témoignages indiquant que Socrate était noir, tous les textes témoignant d’une philosophie égyptienne comparable à celle des Grecs, toutes les momies à peau noire, auraient-ils mystérieusement disparu, tandis que tous les témoignages allant en sens inverse auraient été conservés? Pillage, falsification, destruction de preuves, répondent les afrocentristes. Les Grecs auraient pillé les ouvrages de la bibliothèque d’Alexandrie et, pour masquer leurs forfaits, oblitéré la véritable identité de leurs auteurs. Les Européens de l’ère moderne auraient détruit des centaines de momies à peau noire pour ne laisser subsister que les autres, celles qui confortaient leur représentation d’une Egypte à leur image. Pour finir, ils laissent aujourd’hui se dégrader les monuments égyptiens pour effacer les indices. Ce crime de falsification a un mobile : le racisme, qui rend inutile de plus amples démonstrations. Puisque les savants occidentaux ont voulu blanchir l’Egypte, c’est parce qu’elle était noire. CQFD » (Fauvelle-Aymar, p.13-14)

Dans l’imaginaire afrocentristes, il y a, comme dans toute série policère, le bon flic et le méchant bandit, il y a les gentils égyptologues et les « égyptologues de mauvaise foi », comme les appelle Diop en page 9 de Civilisation ou barbarie. On voit parfois à la télévision un personnage qui, alors qu’il vient de flatuler, demander à haute voix d’où vient l’odeur, comme pour empêcher d’avance les accusations. Pourquoi le faussaire, comme le pétomane immature, n’accuserait-il pas autrui de cela même dont il se sait coupable? Ce n’est pas le mode de pensée d’un policier mais celui d’un bandit de la pensée!

C’est en tout cas une des composantes de l’afrocentrisme qui le rend poreux à toutes les formes de théorie du complot. Par exemple la Maat Newsletter et le site afrocentriste américain Melanet ont autrefois affirmé que, depuis les années 1980, la NASA cachait au public l’existence de ruines de pyramides sur la planète Mars, ruines qui, sous l’effet d’un afrocentirsme parvenu au stade terminal, étaient présentées comme la preuve de l’origine extraterrestre et nègre de la civilisation! On navigue ici entre X-Files et Stargate! Mais c’est un autre type de théorie du complot que Kémi Séba et ses sbires ont incoroporées au racisme afrocentrique, à la suite des quelques ordures américaines comme Louis Farrakhan ou Tony Martin : celles du complot juif mondial. Résultat : le racisme, déguisé en culturalisme, uni au complot juif, rebaptisé complot sioniste pour faire moins nauséabond, tout ça placé dans la bouche de descendants d’esclaves pour faire moins blond aux yeux bleus. Le fascisme a un nouveau visage.

Bibliographie

Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein, Race, Nations, Classe, Les identités ambiguës, La Découverte

Luc Brisson, « Les traditions platonicienne et aristotélicienne » in Monique Canto-Sperber (dir.) Philosophie grecque, PUF, coll. « Premier cycle »

Monique Canto-Sperber (dir.) Philosophie grecque, PUF, coll. « Premier cycle »

Sylvain Crépon et Sébastien Mosbah-Natanson (dir.), Les sciences sociales au prisme de l’extrême droite, L’Harmattan, coll. « Cahiers politiques ».
Christine Delphy,
Classer, Dominer, La Fabrique

Christine Delphy, L’Ennemi Principal, t I, Economie politique du patriarcat, Éditions Syllepses

Christine Delphy, L’Ennemi Principal, t. II, Penser le genre, Éditions Syllepses

Cheikh Anta Diop, Civilisation ou barbarie, Présence Africaine

Cheikh Anta Diop, L’Unité Culturelle de l’Afrique Noire, Présence Africaine

Cheikh Anta Diop, Nations Nègres et Culture, Présence Africaine (il existe une édition en deux tomes avec une pagination différente. Les références sont données ici d’après l’édition en un seul volume).

Didier Eribon, Faut-il brûler Dumézil? Mythologie , science et politique, Flammarion

Frantz Fanon, Peau noire masques blancs, Points Essais

Frantz Fanon, Les damnés de la Terre, Gallimard  Folio Essais

Eric Fassin, « Aveulges à la race ou au racisme? Une approche stratégique. » in Didier et Eric Fassin (dir.) De la question sociale à la question raciale? Représenter la société française, LA Découverte

François-Xavier Fauvelle-Aymar, La mémoire aux enchères. L’idéologie afrocentriste à l’assaut de l’histoire, Editions Verdier.

Michel Foucault, Histoire de la sexualité, t. II, L’usage des plaisirs, Gallimard, coll. Tel ,

Cai Hua, Une Société sans père ni mari, les Na de Chine, Presses Universitaires de France, coll. Ethnologies.

Platon, La République, Livre X

Platon, Sophiste, Politique, Philèbe, Timée, Critas, trad. Emile Chambry, GF, 1969

Plotin, Sur le Beau, Traité I (Ennéades, I, 6), in Plotin, Traités 1-6; trad. Luc Brisson, GF.

George Politzer, Principes élémentaires de philosophie, Éditions Delga

Jean-Pierre Vernant, Les Origines de la pensée grecque, PUF

Monique Wittig, La Pensée straight, Éditions Syllepse

Yoyotte, « La pensée préphilosophique en Egypte », in Birce Parrain (dir.), Histoire de la philosophie, I, vol I., Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade/Folio Essais

Voir aussi sur ce blog :

https://socio13.wordpress.com/2010/09/28/la-nouvelle-extreme-droite-le-pcf-et-2012-par-marc-harpon/

https://socio13.wordpress.com/2010/10/18/une-petite-colle/

https://socio13.wordpress.com/2010/10/11/eric-fassin-la-famille-noire-est-toujours-un-probleme-pour-ce-culturalisme/

https://socio13.wordpress.com/2010/10/18/misere-du-culturalisme-par-eric-et-didier-fassin/

https://socio13.wordpress.com/2010/09/04/marine-seba-nee-le-pen-ou-lextreme-droite-de-demain-par-marc-harpon/

https://socio13.wordpress.com/2010/10/04/le-genre-et-la-race-penses-avec-et-un-peu-contre-staline-par-marc-harpon/

https://socio13.wordpress.com/2010/09/19/penser-le-minoritaire-avec-colette-guillaumin/

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4 commentaires

  1. Message au rédacteur de cette article:

    Cher Monsieur, sachez que les Thèses de Mr Diop sont des Thèses scientifique bien véridique et incontestées scientifiquement jusqu’à ce jour par la communauté scientifique et Historique Internationale.

    Vos campagnes de diabolisation de cet illustre scientifique ne seront d’aucune utilité. Si vous estimer qu’il a vraiment tort et qu’il raconte des fausses idées, nous attendons donc la soutenance de votre thèse qui infirmerait l’idée selon laquelle l’Égypte antique ne serait pas une civilisation Nègre et attendons avec impatience l’invitation à votre conférence.

    Les Preuves Historiques et scientifiques sont là. Je sais que la cette Vérité vous fait très mal mais sachez une chose.

    IL N ‘Y A DE VÉRITÉ QUE LE VÉRITÉ.

    Puisse l’intelligence et la sagesse vous frôler un jour … pour vous guérir de la maladie intellectuelle appelée l’ignorance.

  2. « la communauté scientifique et historique internationale »? Si ce que vous dites est vrai, cela signifie qu’une des thèses centrales de Diop est fausse : le complot de la communauté scientifique occidentale contre la vérité…Le problème c’est que c’est l’argument classique qu’il emploie contre ses adversaires, le complot ou la « mauvaise foi »…Votre défense de Diop fait donc s’effondrer tout un pan de son argumentation…Par ailleurs, ce que vous dites est faux…Je vous suggère d’ailleurs d’essayer de faire un mémoire de recherche dans le genre diopien ailleurs que dans un département d’African American studies aux USA : les difficultés que vous rencontrerez sont soit la preuve que le complot contre la vérité est une thèse avérée soit que la communauté scientifique ne prend pas Diop au sérieux…La première hypothèse étant fumeuse…

    Par ailleurs, je n’ai guère de temps à perdre à faire une thèse pour répondre à Diop…Je l’ai écrit : je considère qu’il ne pose que de mauvaises questions et que les réponses à des mauvaises questions ne m’intéressent qu’à titre de symptômes…J’ai mieux à faire…D’autant qu’entre Diop et Fanon, mon choix est fait!

    • Petit ajout : l’adhésion de la communauté scientifique est telle que quasiment tous les ouvrages qui mentionnent Diop en bibliographie sont faits par des disciples directs ou indirects…En histoire de la philosophie par exemple, il n’est JAMAIS mentionné…sauf par Obenga et ses sbires…

  3. Très bon article ! Il faut que les gens arrêtent avec des thèses scabreuses et le trafic des propos des philosophes grecs (entre autre) qui sont cités à chaque fois que la question de l’origine de l’Egypte est soulevée !


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