L’Amérique s’éteint Par Paul Krugman.

Le 8 août 2010. New York Time.
Il est remarquable que cet article qui dénonce avec juste raison la politique prônée par les républicains et les centristes démocrates (l’équivalent de notre bouclier fiscal) aux dépends des « fondamentaux d’une civilisation, un article qui dénonce  une attaque anti-gouvernementale, anti-impôts qui débouche de fait sur la mise en jachère du pays,  ne pose à aucun moment la question du coût des guerres, un trillion de dollar… Pourquoi ? Il est clair que tous les amis que j’ai aux Etats-unis et qui appartiennent aux couches moyennes sont excédés par la fiscalité qui pèse sur leurs épaules alors même qu’ils doivent continuer à honorer leur assurance médicale, leurs multiples endettements, les difficultés d’emploi des enfants, et que bien qu’ayant voté Obama, ils ont le sentiment que celui-ci les sacrifie aux très pauvres, noirs et latinos, sans se poser la question de à qui vont les véritables cadeaux du système et même le gouffre financier que consitue la guerre. Ils me disent « je ne m’occupe plus de tout ça, je n’écoute plus les nouvelles »… Décidemment le déni de guerre est un phénomène structurel dans la représentation de la crise du capitalisme. Traduction de Maurice lecomte et note de Danielle Bleitrach pour changement de société.

Les lumières s’éteignent dans toute l’Amérique – littéralement. Colorado Springs a fait les manchettes avec ses tentatives désespérées pour économiser de l’argent en désactivant un tiers de ses rues et des choses similaires se passent ou sont envisagées dans  toute la nation, de Philadelphie à Fresno.

En attendant, un pays qui a stupéfié le monde par ses investissements visionnaires dans les transports, du Canal d’Érié au Réseau autoroutier Entre états, est maintenant engagé dans un processus de non pavage chez lui-même : dans un certain nombre d’états, les collectivités locales coupent des routes qu’elles ne peuvent plus se permettre d’entretenir et les couvrent de gravier.

Et une nation ayant autrefois prisé l’éducation – elle a été parmi les premières à offrir une scolarité de base à tous ses enfants – est maintenant en régression. Les enseignants sont licenciés, les programmes sont annulés; à Hawaii, l’année scolaire elle-même a été considérablement réduite. Et tous les signes indiquent encore plus de réductions à venir.

On nous dit que nous n’avons pas le choix, que les fonctions de base du gouvernement – les services essentiels qui ont été fournis aux générations successives ne sont plus abordables. Et c’est vrai que les gouvernements provinciaux et locaux, durement touchés par la récession, sont à court d’argent. Mais ils ne le seraient pas tout à fait autant si les politiciens étaient disposés à envisager au moins certaines augmentations d’impôts.

Et le gouvernement fédéral, qui peut vendre des obligations à long terme protégées de l’inflation à un taux d’intérêt de seulement 1,04% n’est pas à court d’argent du tout. Il pourrait et devrait offrir son aide aux collectivités locales, protéger l’avenir de notre infrastructure et de nos enfants.

Mais Washington fournit seulement un filet d’aide, et  à contrecœur. Nous devrions mettre la priorité sur la réduction du déficit, comme le proposent par exemple les républicains et les «centristes» démocrates. Mais, dans le même temps, c’est pour mieux vouloir préserver les réductions d’impôts pour les très riches, pour un coût budgétaire de 700 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.

En effet, une grande partie de notre classe politique étale ses priorités : entre demander aux plus riches 2% de plus et aux Américains de revenir aux taux de taxe payés au cours du boom de l’ère Clinton, ou laisser se produire l’effondrement des fondamentaux de la nation – c’est littéralement le cas pour les routes, et au sens figuré pour l’éducation – ils font le choix de ce dernier.

C’est un choix désastreux, tant à court terme, qu’à long terme.

À court terme, ces réductions des Collectivités locales d’État sont un frein majeur à l’économie, perpétuant le chômage terriblement élevé.

Il est crucial, essentiel de garder en tête la responsabilité des collectivités locales et de d’état quand vous entendez les gens du peuple divaguer sur la fuite en avant des dépenses du gouvernement sous le Président Obama. Oui, le gouvernement fédéral dépense plus, mais pas autant qu’on pourrait le croire. Dans le même temps, les gouvernements locaux étatiques réduisent. Et si vous les ajoutez ensemble, il s’avère que les seules augmentations de dépenses ont été celles des grands programmes de protection sociale comme l’assurance-chômage, qui sont montés en flèche en réponse au coût de la gravité de la crise.

C’est dans tous les discours l’échec de la stimulation, si vous regardez les dépenses du gouvernement dans leur ensemble, vous distinguez à peine ce stimulus. Et maintenant avec la fuite en avant des dépenses fédérales, suivies par les grandes compressions des Collectivités étatiques locales, nous allons en marche arrière.

Mais, le maintien d’impôts bas pour les riches est-il une forme de stimulation ? A mon avis, non. Lorsque nous préservons le travail d’un maître d’école, c’est sans ambiguïté une aide à l’emploi, quand nous donnons plus d’argent à des millionnaires, il y a de bonnes chances qu’une part essentielle de cet argent reste inactive.

Et que dire de l’avenir de l’économie ? Tout ce que nous savons au sujet de la croissance économique indique qu’une population bien éduquée et des infrastructures de haute qualité sont essentielles. Les pays émergents font des efforts énormes pour améliorer leurs routes, leurs ports et leurs écoles. Pourtant, en Amérique, nous retournons en arrière.

Comment en est-on arrivé là ? C’est la conséquence logique de trois décennies de rhétorique anti-gouvernementale, de discours qui ont convaincu de nombreux électeurs qu’un dollar perçu en impôt est toujours un dollar gaspillé, que le secteur public ne peut rien faire de bien.

La campagne antigouvernementale a toujours été formulée en termes d’opposition au gaspillage et à la fraude – de chèques d’assistance à des reines de bien-être conduisant Cadillac, à de vastes armées de bureaucrates inutiles sous des montagnes de papier. Mais tout ceci était mythique bien sûr, il n’y a jamais eu autant de déchets et de fraudes établis comme droits revendiqués. Et maintenant que la campagne a atteint ses buts, nous voyons ce qui se trouve dans la ligne de mire : les services nécessaires à tout le monde, sauf au très riche, les services que le gouvernement doit fournir et que personne ne fera, comme l’éclairage des rues, les routes carrossables et une scolarisation décente pour le public dans son ensemble.

Ainsi, le résultat final de cette longue campagne contre le gouvernement, c’est que nous allons plus mal. L’Amérique n’est maintenant plus éclairée, avec des chemins de terre vers nulle part.

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