Il faut que l’Europe renouvelle le regard qu’elle porte sur notre région et s’habitue à nous traiter sur un pied d’égalité

 Intervention de Bruno Rodriguez Parrilla, ministre des Relations extérieures, à la réunion ministérielle du 6e Sommet Union européenne – Amérique latine et Caraïbes qui s’est tenue à Madrid, le 17 mai 2010

Bruno Rodriguez ParrillaJe remercie beaucoup l’Espagne et le ministre Moratinos pour les conditions mises en place pour la tenue de ce Sommet.

Je me rappelle le premier Sommet Union européenne – Amérique latine et Caraïbes, qui eut lieu en 1999 à Rio de Janeiro. De prestigieux leaders européens lançaient l’idée de constituer une association stratégique bi-régionale, et certains de nos pays étaient optimistes. Curieusement, des délégués européens arrivaient juste du Sommet de l’OTAN où, face aux menaces dites « globales », une nouvelle doctrine avait été adoptée qui faisait de l’Amérique latine et des Caraïbes la « périphérie euro-alantique ».

En 2004, au Sommet Union européenne – Amérique latine et Caraïbes de Guadalajara, ce rêve d’association stratégique s’était dissipé sans laisser trace d’espoir.

Si ce Sommet ne porte guère de fruits, nul ne saurait en rejeter la faute sur le gouvernement et le ministère espagnol des Affaires étrangères.

En fait, ce qui sépare fondamentalement l’Europe de l’Amérique latine et des Caraïbes, ce n’est pas l’océan Atlantique mais notre nature même.

D’un côté de la table se trouvent les anciennes puissances coloniales et de celui-ci ceux qui pâtirent de la colonisation et de ses effets. Le résultat est que vous êtes nos créanciers et nous, vos débiteurs. La crise économique mondiale a surgi dans les pays développés, dont beaucoup sont européens, et ce sont maintenant l’Amérique latine et les Caraïbes qui en subissent les conséquences.

Des émigrants partent de nos pays pour l’Europe, où ils sont en butte à l’exploitation et à la discrimination. Les flux du commerce et de l’investissement indiquent que le pillage de nos ressources se poursuit pour financer le développement de l’Europe.

On ne peut demander à aucun pays d’Amérique latine et des Caraïbes de sacrifier son développement pour avancer vers une économie à faible taux d’émission de carbone tant qu’il existe une brèche technologique et numérique entre nos régions. On ne peut pas oublier que dans les pays pauvres, la déforestation sert à nourrir la population.

Aucun de ces problèmes ne sera résolu par le marché. Nous ne trouverons de terrain de rencontre entre nos deux régions qu’à la condition que les gouvernements d’Europe y mettent davantage de volonté politique et reconnaissent, dans les discours et dans les actes, la dette historique que les Européens ont contractée envers nous.

Une Europe cultivée devrait reconnaître que ses patrons de production et de consommation sont irrationnels et conduisent tout droit à la destruction de la planète. Elle devrait aussi comprendre que sans équité et stabilité dans nos pays, il n’y aura pas, sur le long terme, de prospérité en Europe. Nous allons tous vers l’abîme, même si certains voyagent en première classe et les autres, en classe économique.

Il faut que l’Europe renouvelle le regard qu’elle porte sur notre région et s’habitue à traiter sur un pied d’égalité cet ensemble de 50 millions d’habitants qui vivent dans une région possédant d’énormes ressources et un potentiel inépuisable. Les jeunes générations d’Européens comprendront un jour, si tant est qu’elles veulent développer de nouvelles relations avec notre Amérique, que nous ne sommes plus l’arrière-cour des Etats-Unis mais des pays indépendants et également souverains.
 

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