Euro : l’hymne à la joie attendra ou l’énorme cadeau aux banquiers

Le cadeau des contribuables grecs et français à nos banques, et les « conditions » pour que le plan réussisse : deux articles que nous avons relevés dans le journal financier les Echos et qui ont le mérite (outre un détaillé des mesures trés bien fait)de dire clairement- comme j’ai tenté de le faire ici, ce qu’il en est réellement du plan de sauvetage conconté par Sarkozy et théoriquement imposé à la radine Allemagne. note de Danielle Bleitrach


 
Dans l’affaire grecque, l’épopée que nous racontent les communicants de l’Elysée ne manque pas de panache : parvenant à convaincre nos voisins allemands d’abandonner leur mesquinerie, notre vaillant gouvernement est venu à la rescousse d’un petit pays pris à la gorge par les spéculateurs et les agences de notation qui le jugent insolvable (les premiers par rapacité, les seconds par incompétence). En organisant la résistance de la zone Euro aux financiers voyous, notre président évite que l’incendie ne se propage à d’autres pays. Un bel exemple de volontarisme : on affirme le primat du politique sur les jeunes traders avides. Voilà du bon marketing politique.
Il est sans doute nécessaire d’éviter une déflagration financière, mais ne nous voilons pas la face : il faut être conscient que l’héroïque sauvetage de la Grèce est avant toute chose un énorme cadeau fait à nos banques. Car nos établissements financiers sont ceux qui ont le plus à perdre d’un défaut grec. Les banques ont révélé la semaine dernière leur exposition à la dette souveraine grecque : 51 milliards d’euros. Imaginons maintenant que la Grèce fasse défaut sur, disons, 30% de sa dette (ce chiffre correspond à moyenne des restructurations récentes). Dans ce cas, nos banques pourraient perdre 17 milliards d’euros. Une estimation évidemment très grossière, puisqu’elles ont certainement acheté de la protection contre le défaut grec (les fameux CDS, dont les primes ont flambé, récemment). De plus, le risque auquel nos banques sont exposées n’est pas seulement souverain, mais provient aussi des entreprises et banques grecques, qui seraient certainement en partie emportées dans la tourmente. Mais elle nous donne un ordre de grandeur de ce qui est en jeu : Le sauvetage grec est un chèque cadeau de quelques milliards voire quelques dizaines de milliards aux actionnaires des banques.

Qui paie ? Les contribuables européens (qui ne prêtent qu’à 5% alors que le risque de défaut semble être élevé) et grecs (qui vont devoir endurer des années de récession absurde pour honorer toute leur dette). Et tout cela sans la moindre contrepartie : pas étonnant que les banques poussent pour un sauvetage de la Grèce, qui de fait sauve avant tout elles-mêmes.

Faut-il vraiment le rappeler, en pleine crise financière, les cadeaux aux banques passent mal dans l’opinion. Aux Etats-Unis, au moment de la faillite de Lehman Brothers, le plan de sauvetage du secteur financier avait été très généreux : plus de 100 milliards de dollars. Aujourd’hui, l’administration américaine n’en finit plus de se justifier et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, est affaibli, en partie parce que son plan de sauvetage avait été conçu dans la plus totale transparence.

Pour faire passer son cadeau aux banques, le gouvernement français a fait le choix de l’opacité. L’exposition détaillée de certaines banques n’est connue que depuis quelques jours, et encore, seulement vis-à-vis de la dette souveraine, qui n’est évidemment pas la seule concernée (à la fois en Grèce et dans les autres pays menacés). L’opacité coupe court aux critiques et améliore la position de négociation des banques : un renflouement occulte et drapé dans la « solidarité européenne » est évidemment plus facile à justifier politiquement qu’une subvention chiffrée à l’industrie bancaire.

L’affaire grecque est emblématique de l’opacité dans laquelle baigne délibérément l’action publique. Pour discipliner les acteurs de marché et ceux qui les régulent, pour que le débat public puisse avoir lieu dans la lucidité plutôt que le fantasme, il faut libérer l’information. De nombreuses données dorment comme du minerai inexploité dans le secret des institutions qui les rassemblent. Le monopole sur ces données, qui s’abrite derrière le secret des affaires, maintient en réalité les rentes de ceux qui y accèdent. A une époque où les coûts de traitement et de stockage de l’information ont disparu, la puissance publique doit apprendre les bienfaits de l’ouverture et de l’intelligence collective. Il y a dans cette fin des secrets un enjeu d’efficacité, tant il est illusoire de confier à des petits groupes d’experts le soin de détecter les dangers et de décider pour nous, mais il y a, surtout, un enjeu de démocratie.

Augustin Landier et David Thesmar

EDITO (Henri Gibier) Après l’urgence Le plan européen de 750 milliards d’euros a été salué par les marchés financiers. Mais l’histoire n’est pas finie. Il ne faut pas trop écouter les marchés ! Leur réaction – + 10% pour le CAC 40 – est à la hauteur de ce qu’avait été la panique de la semaine dernière. Les dirigeants européens et la BCE ont acheté du temps en installant un gigantesque parapluie garantissant les dettes des pays en difficulté. Ce parapluie nucléaire, qui montre qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont décidé de ne laisser tomber aucun de leur voisin, a fonctionné hier. Mais c’est vrai que sur le fond, beaucoup d’Européens ont l’impression que la roue tourne toujours dans le même sens : celui d’un mistigri que l’on se repasse. Les banques ont été sauvées par les Etats, qui doivent l’être par l’Europe, laquelle fait appel au FMI, et ensuite où va-t-on ? Hier, l’opinion européenne n’a pas sauté au plafond de joie !

En réalité, il faut quatre conditions pour que le plan réussisse.

1 – L’Europe n’a écrit que le premier chapitre d’une possible révolution : le plan d’urgence. Le second chapitre racontera (ou pas) la réforme du fonctionnement de la zone euro. Depuis onze ans, celle-ci considère qu’il y a d’un côté la monnaie euro et de l’autre les comptes publics de chaque pays et qu’il n’y a pas de lien entre les deux – ou plutôt qu’une main invisible doit éviter les contradictions ; on considère aussi que le seul indicateur à surveiller est le niveau de déficit public, pas le fonctionnement général de l’économie. C’est cette double fiction qui a éclaté. Dès demain, avec des réunions à Bruxelles, on saura ce qui va changer ou pas sur la surveillance réciproque pour l’avenir. Mais il ne faut pas s’y tromper : c’est une atteinte forte à la souveraineté.

2 – La rigueur. Toute l’Union, dit l’accord européen, doit s’engager à « prendre les mesures nécessaires pour accélérer l’assainissement et assurer la viabilité des finances publiques ». C’est valable pour la Grèce, l’Irlande, l’Espagne mais aussi tous les autres- dont la France. C’est la condition posée par l’Allemagne, qui met potentiellement (si les mécanismes devaient être actionnés) environ 150 milliards d’euros sur la table en garanties, mais cette condition est acceptée par la France, qui « risque », elle, 90 milliards. Le problème est qu’on ne sait pas qui va imposer cette rigueur (j’ose le mot) concrètement.

3 – La croissance. Personne ne peut croire une seconde que les pays en difficulté et les autres pourront diminuer leurs déficits sans une croissance plus forte que celle qui s’annonce : +0,9% dans la zone euro selon Bruxelles. C’est mou, c’est très mou. C’est toute une stratégie économique collective que doit remettre sur le tapis l’Europe. En urgence. C’est la condition la plus facile à énoncer, la plus dure à mettre en oeuvre.

4 – C’est une condition non indispensable mais morale même si le plan « débranche » les marchés : limiter la pure spéculation. Jeudi, Wall Street a chuté de 9% en dix minutes parce que des ordinateurs ont déclenché des ordres en cascade (c’est le trading haute fréquence) et en Europe des rumeurs ont été propagées pour amplifier des mouvements. Cela fait un an et demi qu’on promet des réformes. Une suggestion : que Nicolas Sarkozy s’engage à les faire aboutir lors de sa présidence du G20 en 2011 !

Quatre conditions : l’histoire ne finit pas, elle commence.

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Un commentaire

  1. La presse anglo-saxonne unanime, du Financial Times jusqu’au New York times, ne dit pas autre chose. Mais c’est vrai que ces articles de l’Echo sont étonnant de cynisme. Merci.


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