Le Monde au pays des merveilles bancaires Par Laurent Pinsolle

| 23. avril 2010 | Catégorie : « A la une » | Est-ce la régie publicitaire qui a commandé le papier ou s’agit-il d’une véritable opinion de la rédaction du Monde ? En tout cas, le quotidien du soir a publié mardi un article assez incroyable en défense des banques, intitulé « Banques : réfléchir avant de taxer si possible ».

« Il y a des méchants et des gentils… »

 Au pays du Monde, il y aurait donc des méchants politiques qui voudraient taxer les pauvres banques.

La tonalité de l’article est totalement à sens unique : « Sans coordination internationale, les initiatives nationales aboutiront à un paysage chaotique pour la fiscalité de la finance. Davantage encore si la ruée populiste (sic) vers l’imposition des grands méchants banquiers précède toute réflexion économique ».

L’auteur plaint les pauvres banques : « Surtout, la mesure est similaire à la hausse des ratios de solvabilité déjà prévue par les régulateurs(…) Il n’en faut pas plus pour que les banquiers crient à la double peine… » et propose aux « gouvernements occidentaux (de) d’abord réfléchir au but qu’ils assignent à la future taxe. S’agit-il de moraliser et de punir ? De corriger et de réformer ? Ou de réduire la facture des dettes publiques qui s’accumulent ? Il est à craindre que ce dernier impératif finisse par l’emporter. »

Les patrons des grandes banques présentes en France n’auraient sans doute pas osé eux-mêmes écrire un papier aussi caricatural qui fait des banques les victimes des méchants et populistes hommes politiques. Une réécriture incroyable des deux dernières années

Pour être honnête, cet article souligne cependant un point très juste : « D’autres pays comme l’Allemagne, envisagent de créer un fonds spécial dont le produit financerait d’éventuels futurs plans de sauvetages bancaires. Ce qui soulève le risque de l’aléa moral, puisque la seule existence d’un tel fonds risquerait d’encourager les banques dans leur joyeuse insouciance, calées dans la certitude que les fonds publics seront toujours là en cas de bavure. »

Néanmoins, la tonalité globale est proprement hallucinante. En effet, aujourd’hui les profits des banques s’envolent à nouveau, en France, comme aux Etats-Unis pour Goldman Sachs, alors qu’elles ne doivent leur survie qu’à l’intervention massive des Etats à l’automne 2008.

Pire, les institutions financières portent une très lourde part de responsabilité dans la crise, par la création de produits dérivés qui n’ont fait que démultiplier les risques et ont transformé la finance en un casino, et par les prêts incroyables qu’elles ont accordés aux ménages aux Etats-Unis.

Bref, étant donnée la lourde responsabilité des banques dans la crise (et donc dans la détérioration des finances publiques des Etats) et l’immensité de leurs profits, il est totalement légitime d’imaginer des mécanismes pour davantage les faire contribuer à la collectivité, quel qu’en soit l’usage. Laurent Pinsolle (DLR)

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2 commentaires

  1. La semaine dernière le taux d’intérêt des obligations grecques à deux ans est monté à… plus de 10%; l’Allemagne paie 9% de moins pour financer sa dette.

    On en revient au temps des pires usuriers. Et tout cela pour tuer un Etat qui fait encore partie de la dite « union européenne ».

  2. Meme le Figaro parle « d’arnaque » mais il s’agit de Wall street pas des vertueuses banques françaises et européennes:

    « Des grandes banques américaines masquent leurs niveaux de risque en retouchant la case «dette» de leurs comptes, juste avant les publications trimestrielles. Et ce, depuis cinq trimestres, selon la Fed de New-York.

    Ni vu, ni connu. Pendant cinq ans, juste avant leurs publications trimestrielles, 18 grandes banques comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase ou encore Citigroup, ont tout simplement remplacé, dans la case «dette», un chiffre par un autre, bien plus faible, selon la Fed de New York. En moyenne de 42%, selon les chiffres de l’institution, rapporte le site Internet du Wall Street Journal (WSJ).

    Pourquoi ? Parce qu’elles redoutent d’être sanctionnées en Bourse par les investisseurs, qui regardent attentivement les montants des dettes et, ainsi, les niveaux de risque d’une banque. Et aussi parce qu’elles craignent que les agences de notation ne revoient à la baisse leurs notes. Ce qui effraierait les investisseurs en Bourse.

    En réalité, entre deux publications, les dettes sont remises à niveau dans les comptes. Au final, rien d’illégal, écrit le WSJ Online, qui souligne que si certaines des banques incriminées ont confirmé ces «retouches», les représentants de Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase et Citigroup, n’ont apporté aucun commentaire. »

    ces truquages de compte ne seraient rien si effectivement cela ne correspondait pas à un puit sans fond dans lequel le patrimoine national autant que le votre, vos revenus, vos salaires sont déversés… Alors parler du populisme de nos gouvernants qui sont au contraire les joyeux petits vendageurs venus déverser notre obole de leur hotte dans le pressoir bancaire, c’est vraiment le Monde au pays des merveilles…
    Danielle Bleitrach


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