Sortie de crise : une autre voie est possible, par Jacques Sapir

22 mars 2010
« La machine à produire de l’austérité, c’est-à-dire du chômage et de la misère, se mettra en route à partir de 2011 ou de 2012, » avertit Jacques Sapir, qui dénonce le mécanisme actuel du mode de financement de la dette d’Etat, avec des banques qui peuvent emprunter à 1% auprès de la BCE des fonds qui sont ensuite réinvestis dans des bons du Trésor rapportant 3%… Au-delà d’une nécessaire suppression des privilèges fiscaux, la question centrale, juge-t-il, reste celle d’une redistribution plus juste des fruits du travail, dont les revenus stagnent depuis les années 1980 par rapport aux gains de productivité, et que l’Europe ne protège pas, au contraire, puisqu’elle a souvent devancé les normes de l’OMC en imposant sans contrepartie l’ouverture à la concurrence internationale. Jacques Sapir réclame la mise en oeuvre d’une « nouvelle politique économique et sociale en mesure de sortir la France de son marasme », consistant en une « autre politique fiscale, » accompagnée par un contrôle des mouvements de capitaux, la réalisation de grands travaux d’infrastructure et de rénovation du tissu urbain, financés d’une part grâce à l’instauration d’un droit de douane, la « taxe sociale et écologique aux frontières », et d’autre part par un concours de la Banque de France, qui devrait dans les circonstances dramatiques et exceptionnelles actuelles retrouver l’autonomie et les marges de manœuvres abandonnées par les traités. « Il n’est pas d’autre choix possible que d’avancer, pour un temps, seul. Mais, l’ébranlement que provoqueraient des actions unilatérales de la France aurait comme effet immédiat d’ouvrir un immense débat en Europe. Si nous aurons à prendre nos premières décisions seuls, gageons que nous ne le resterons pas longtemps, » affirme-t-il. Contreinfo

Par Jacques Sapir, Directeur d’études à l’EHESS, février 2010

De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables.

Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est, pour une large part, due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Christine Lagarde, une croissance supérieure à 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la Banque centrale européenne (BCE), comme d’ailleurs auprès de la Réserve fédérale américaine et des autres banques centrales des pays développés), à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.

Les dettes détenues par les banques sont en général de très mauvaise qualité, et le FMI lui-même estime à plus de 3 trillions de dollars les mauvaises créances dans ce secteur. C’est avant tout un choix qui, pour certains, s’explique par des raisons idéologiques et, pour d’autres, par leurs intérêts privés.

Assurément, il y a des pays plus mal lotis que la France. La Grèce, en particulier, doit emprunter à 6%. Son gouvernement devra bientôt choisir entre un appauvrissement généralisé de la population et une sortie de l’euro. D’autres pays connaîtront le même sort d’ici 2012, du Portugal à l’Espagne en passant par l’Italie et l’Irlande. Mais, cela ne change rien au problème.

Non seulement l’euro ne protège pas de la tourmente monétaire, ce que l’on constate aujourd’hui avec les écarts grandissants des taux sur la dette publique (les « spreads »), mais les règles de financement de la BCE transforment en un problème social en apparence insoluble ce qui serait, sous d’autres règles, parfaitement maîtrisable.

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Il faut par ailleurs rappeler que la dette publique n’est qu’une partie de la dette totale de l’économie, et qu’il faudrait, en bonne logique, y ajouter la dette des ménages et celle des entreprises. Le taux d’endettement total réserve alors quelques surprises, comme celle de révéler la France comme un des pays les MOINS endettés parmi les grands pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

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Il ne fait pourtant aucun doute que la machine à produire de l’austérité, c’est-à-dire du chômage et de la misère, se mettra en route à partir de 2011 ou de 2012.

La précarisation du travail et de nouvelles coupes dans les retraites seront, il n’en faut pas douter, justifiées par la « compétitivité » internationale de la France et par des arguments plus ou moins ad hoc sur la démographie. Pourtant, le mouvement d’enrichissement des plus riches est incontestable dans le long terme. C’est ce qui explique pourquoi la majorité des revenus est aujourd’hui comprimée, au point de ne pouvoir maintenir son pouvoir d’achat que par l’endettement.

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Ceci permet de comprendre la grande peur qui a saisi les classes moyennes vers la fin des années 1980 et par la suite. Voyant le fonctionnement de l’« ascenseur social » progressivement s’interrompre devant elles, elles ont alors acquiescé à des politiques anti-sociales dont elles espéraient être épargnées afin de tenter de maintenir la part relative de leurs revenus dans le partage global de la richesse. Mais, aujourd’hui, il est clair que même les classes moyennes sont frappées. Certes, elles ne le sont pas encore autant que les classes populaires, qui ont été les grandes perdantes des trois dernières décennies. Mais on peut constater, sur la base des statistiques, que les transferts fiscaux se sont fait à leur détriment parce que les classes les plus riches ont été progressivement libérées d’une taxation en rapport avec leurs revenus.

Le gouvernement a réussi, pour un temps, à convaincre les classes moyennes que leur ennemi était les classes populaires, que l’on qualifiait alors de « budgétivore » et de dévoreur d’allocations sociales. Cependant, la part des allocations sociales n’a fait que compenser la disparition de revenus du travail. Classes populaires et classes moyennes se sont ainsi entre-déchirées autour d’un gâteau qui se réduisait sans cesse, et cela pour la plus grande satisfaction des plus riches… Il faut toute l’impudence d’un Alain Minc, dans son entretien au Figaro du 4 janvier dernier, pour affirmer : « Si la France a bien traversé la crise, c’est parce qu’il n’y en pas eu pour 90% de la population ».

Le discours qui tend sciemment à opposer les travailleurs les uns contre les autres, en présentant certains comme des « privilégiés », est démenti par les statistiques de l’INSEE. Ce petit marquis n’en a cure car c’est très consciemment qu’il pratique le « diviser pour régner ». De fait, c’est dans une nouvelle alliance des classes populaires et des classes moyennes que se forgeront les armes de la défaite de ceux qu’Alain Minc représente, les plus riches et les plus repus.

D’où les demandes croissantes pour plus de justice fiscale que l’on peut entendre désormais. Indiscutablement, ces demandes vont dans la bonne direction. Mais elles seront loin d’être suffisantes. En effet, les revenus les plus élevés disposent de centaines de niches fiscales sur lesquelles ils peuvent jouer. Une grande « Nuit du 4 août » fiscale ne pourra avoir lieu, du moins pas à court terme, et pas sans des limites drastiques à la circulation des capitaux. Il est indiscutable qu’il faudra progressivement éliminer ces niches et autres privilèges, mais il ne faut pas attendre de résultats spectaculaires dans l’immédiat. C’est dans la production, et donc au niveau de la formation des revenus, qu’il faudra agir.

De ce point de vue, deux phénomènes apparaissent décisifs. Le premier est le découplage entre les gains de productivité et le salaire moyen.

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La courbe des salaires nets a bien été déconnectée de celle des gains de productivité, qui se sont poursuivis de manière régulière sur toute la période comprise entre 1980 et 2007. Mais ceci n’est que l’un des deux phénomènes. L’autre est constitué par l’écart entre l’évolution du salaire médian (celui qui partage en deux parties égales l’échantillon) et le salaire moyen (ou masse salariale globale que divise le nombre de salariés). La différence est ici très significative aussi.

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Ainsi, alors que le salaire moyen a augmenté de 12,3% de 1996 à 2006, le salaire médian n’a progressé que de 3,5% sur la même période. Il semble d’ailleurs bloqué entre 3% et 4% depuis 1999. Ainsi, les salaires des 50% des Français les plus mal payés n’ont pas progressé depuis 1999.

Les causes de cette situation sont bien connues. Nous avons, d’une part, la pression que les pays à bas salaires, mais au taux de productivité comparable, exercent sur l’emploi en France. C’est le cas à l’intérieur de l’Europe des nouveaux entrants.

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Mais, c’est aussi le cas hors de l’Europe de pays tels la Chine, l’Inde ou la Corée du Sud. On a estimé, dans une note datant de 2009, que près d’un chômeur sur deux en France était la victime ce phénomène, et il s’agit ici, il faut le souligner, de chiffres nets et non bruts, soit incluant les créations d’emploi sur le territoire français que le libre-échange a permis.

C’est aussi le produit de la politique monétaire, telle qu’elle a été conduite depuis la fin des années 1980 dans la perspective de l’entrée dans la zone euro, puis avec la matérialisation de cette dernière. Le taux de change actuel de l’euro, entre 1,385 USD et 1,415 USD, et ce en dépit de la pression baissière qu’exercent les événements de Grèce, joue un rôle à l’évidence très négatif.

Nous voici pris au piège d’une nouvelle période d’austérité, au moment où la concurrence internationale se renforce par le biais du libre-échange et de l’euro. Cela, nos dirigeants l’admettent à demi-mot, comme l’attestent les déclarations de Nicolas Sarkozy sur le départ de France de certaines activités. Mais ils sont bien décidés à ne pas agir.

L’Europe épuisée…

Pour toute justification, nos dirigeants nous parlent de l’Europe. L’opposition socialiste n’a pas d’autre discours. Les deux convergent donc vers cette nouvelle cure d’austérité que l’on veut nous imposer.

Et pourtant, l’Europe est épuisée.

Elle l’est en tant que mythe. Qui peut encore croire en un approfondissement de sa dimension fédérale, alors que l’on s’apprête à abandonner les pays les plus endettés. Mais elle l’est aussi, et très profondément, dans son projet et dans son action. Pour s’en convaincre, détaillons.

Si tout le monde a actuellement les yeux rivés sur la Grèce, on peut remarquer, sur la figure 4, que les titres d’assurances sur les défauts de crédit connaissent une forte hausse de leurs taux dans 3 autres pays, le Portugal, l’Espagne et l’Italie. En fait, depuis le début de la crise des liquidités en octobre 2008, jamais le calme n’est revenu sur ce marché. La hausse actuelle est très significative car elle a lieu à un moment où les liquidités ont été reconstituées. Le fait d’appartenir à la zone euro, qui avait effectivement entraîné un alignement des conditions du placement des dettes de ces pays sur l’Allemagne, ne joue plus aujourd’hui.

Avec la crise, l’endettement public a explosé, comme nous l’avons vu. Mais, plus encore, c’est la crédibilité de la zone euro qui a volé en éclats. Or, le traité de Maastricht exclut toute solidarité entre les pays de la zone. Nous trouvons ici le premier paradoxe européen. On institue un système monétaire qui est, dans son essence, fédéral, mais on se refuse à fédéraliser les budgets.

On peut par ailleurs comprendre les réticences de pays comme l’Allemagne devant un budget fédéral. L’Allemagne n’entend pas payer pour les autres, même si, sur le fond, une partie de sa croissance récente s’explique par le fait que les autres pays ont mené des politiques budgétaires expansionnistes alors que l’Allemagne misait tout sur ses capacités d’exportation. Seulement, connaissant la position de l’Allemagne, pourquoi avoir accepté le principe de la monnaie unique ?

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Le maintien de taux de change entre les monnaies nationales et l’euro aurait permis de jouer sur leur ajustement. Le système d’une monnaie commune, établissant une barrière face au reste du monde, mais ne fixant pas définitivement les parités de change pour les pays membres, était et reste, de loin le plus logique.

Devant la crise qui menace, on peut craindre qu’il ne soit trop tard et qu’il nous faudra passer par un éclatement de l’euro pour pouvoir revenir vers cette solution de bon sens. Il faut ici noter que la perte de la coordination monétaire n’est pas souhaitable. Le problème n’est pas le principe de la coordination, mais son application de manière ne tenant absolument pas compte de la réalité des structures économiques des différents pays. En cela, la solution de la monnaie commune permettait de concilier la coordination avec une souplesse relative dans les ajustements entre pays de la zone.

L’épuisement de l’Europe peut se constater par ailleurs dans les négociations à l’OMC et dans la fiction que l’on nous sert de manière régulière selon laquelle l’Europe nous protègerait de la mondialisation.

L’indice de Balassa de l’économie française, que l’on a représenté dans la figure 5, se calcule comme la somme du commerce extérieur (exportations + importations) en pourcentage du PIB. C’est une indication du taux d’ouverture internationale d’une économie. Ce taux était resté relativement stable jusqu’au début de 1988 où commence un premier mouvement d’accélération de l’ouverture économique. Puis, à partir de 1994, on assiste à un second mouvement, encore plus impressionnant. Il est directement lié aux conséquences du traité de Maastricht et au poids renouvelé pris par les directives européennes dans la gestion du commerce international français.

Ainsi peut-on comprendre la dynamique de cette ouverture, impulsée essentiellement par des négociations dans lesquelles l’Europe a joué un rôle majeur, et dont on voit aujourd’hui qu’elle est nettement excessive.

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Loin de constituer un écran et une protection, les directives européennes ont souvent été en avance sur l’OMC. En fait, nous nous sommes ouverts massivement du fait de l’Europe, et nous en payons aujourd’hui le prix avec le processus de désindustrialisation et avec les diverses formes de délocalisation. Par ailleurs, cette ouverture n’a nullement profité à l’économie française. Le solde commercial, qui s’était un instant redressé au début des années 1990, a ensuite replongé, phénomène largement dû à la surévaluation de l’euro, mais pas uniquement.

En effet, la France et les autres pays européens ont aussi souffert à partir de 2002 de la politique de l’Allemagne qui a transféré une partie des coûts de la protection sociale des entreprises vers les travailleurs (ce que l’on a proposé en France sous le nom de TVA sociale). Par cette politique, l’Allemagne n’a pas seulement fait baisser ses coûts de production d’environ 10% ; elle a aussi contracté sa demande intérieure. Cette politique lui a permis de réaliser des gains commerciaux impressionnants, mais au détriment de ses voisins.

On constate alors (figure 7) qu’une telle politique qualifiée d’« exploitation du voisin » – ou, en anglais, Beggar thy neigbours – est parfaitement possible dans le cadre de l’Union européenne et de la zone euro !

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Les banques ont aussi été dérégulées. Certes, le processus a été moindre qu’aux États-Unis, mais pas de beaucoup. Ne trouvant pas d’occasions de placement suffisamment rémunératrices en Europe, du fait de la politique monétaire de la BCE, elles se sont précipitées sur les titres américains. Nous sommes devenus ainsi partie prenante de la crise aux Etats-Unis. À cet égard, si l’on a beaucoup glosé sur l’état des banques britanniques, il faut constater qu’un pays que l’on décrivait comme « vertueux », tel l’Allemagne, a été au moins autant touché par les créances dites « toxiques ».

L’Union européenne non seulement n’a pas été un instrument de protection face à la crise, mais, par sa politique macroéconomique comme par sa politique structurelle, elle a été un facteur puissant de son importation.

Une responsabilité particulière revient à la zone Euro et à la BCE qui, tant du fait de l’appréciation de l’euro – qui n’a pas été combattue et qui a même été souhaitée comme mécanisme de lutte contre l’inflation – que de celui des politiques de réglementation et de supervision des banques. Dramatiquement insuffisantes, elles ont largement contribué à propager la crise américaine et à en faire une crise mondiale.

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L’épuisement de l’Europe se voit aussi dans les réactions face à la crise. Il n’y a pas eu de plan de relance commun, mais la simple addition des plans nationaux. Les discours ronflants sur ce point ne changent rien. Les pays de l’Union européenne se sont d’ailleurs contentés de jouer sur la dépense publique, et de manière en réalité relativement limitée à l’exception de l’Espagne et de l’Irlande, pour ce qui concerne les plans de relance. Ils n’ont introduit quasiment aucune mesure de politique industrielle, alors que le besoin en est pressant.

Il faut ajouter que la Commission a veillé à ce qu’il en soit ainsi, en s’opposant à tout ce qui pouvait ressembler à de telles politiques. L’application des directives européennes sur la concurrence et les services publics va se traduire par ailleurs par un nouveau choc déflationniste sur nos économies.

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D’ores et déjà, la division entre Réseau Ferré de France et la SNCF, entre EDF et le Réseau d’électricité, sont la cause d’incidents multiples et généralement d’une baisse dramatique des investissements en infrastructures. Nous ne pouvons même plus jouer sur cette variable, qui a pourtant l’immense avantage d’assurer que la dépense que l’on fait bénéficie aux entreprises employant de la main d’œuvre nationale.

Dernier exemple, le Sommet de Copenhague où l’Europe a été incapable de peser d’un poids quelconque en raison de ses divisions. Il est vrai que définir une position commune à 27 tenait de la gageure. Nous avons payé au prix fort le processus de l’élargissement, et sans en avoir de réelles retombées politiques comme on l’a vu lors des dernières élections au Parlement européen.

L’Union européenne n’est plus le cadre nécessaire ni même efficace de la croissance. La politique de la BCE, entièrement tournée vers la stabilité des prix, entrave cette dernière. Elle le fait au nom du dogme qui veut que la stabilité des prix soit un préalable nécessaire à la croissance, alors que nous savons depuis des années, d’une part, qu’un certain niveau d’inflation peut être nécessaire à la croissance et, d’autre part, que ce niveau d’inflation diffère suivant les pays.

Tel était le constat que l’on pouvait tirer avant la crise. Il s’appliquera avec encore plus de force pour la sortie de la crise.

Quelles politiques ?

Nous sommes donc confrontés à la perspective d’une période relativement longue de faible croissance et d’accélération du processus de déconstruction sociale dont nous pouvons déjà voir les effets de nos jours. Le dérapage de la dirigeante socialiste, Mme Martine Aubry, sur la question de l’age de la retraite indique bien que, sur nombre de problèmes, il y a un accord de fond entre le gouvernement actuel et une partie de l’opposition. Ce dérapage n’est d’ailleurs pas le premier que commet un dirigeant socialiste dans le domaine de la politique économique. C’est cette situation qui engendre le remplacement du débat politique par la querelle des ego.

On va dès lors lancer des noms en supputant leurs chances de battre Nicolas Sarkozy en 2012. On avancera des noms, tel aujourd’hui et tel autre demain. Mais on ne posera jamais la seule véritable question qui est « pour quelle autre politique ? ».

Pourtant, une autre voie est possible. Elle est surtout nécessaire si nous ne voulons pas nous résigner à la régression sociale et au démantèlement du modèle social français et de ce qu’il apporte, y compris au-delà de nos frontières.

Il faut ici évacuer l’une des solutions qui est le plus souvent proposée et qui, en réalité, est une solution fausse : l’alignement de la politique économique et sociale de la France sur ce qui est qualifié de « modèle scandinave » (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède). Les pays censés composer ce modèle ne sont en effet ni homogènes entre eux ni comparables aux pays de l’Europe occidentale.

Il y a tout d’abord un effet d’échelle. Aucun de ces pays ne dépasse les 10 millions d’habitants, et certains sont même très en dessous de ce chiffre. On ne transpose pas des solutions, seraient-elles réellement miraculeuses, d’un pays de 10 millions à un pays de plus de 65 millions d’habitants. La complexité des problèmes sociaux et économiques, le degré d’hétérogénéité de l’économie croissent avec la taille démographique et, en réalité, avec le carré de celle-ci.

L’incompréhension de ces effets d’échelle et le parti pris théorique de ne pas en tenir compte invalident radicalement, mais sûrement, les comparaisons en la matière.

Par ailleurs, ces pays sont très largement différents quant à leurs dynamiques économiques. L’un, l’Islande, a fait faillite avec la crise et ne s’en remettra pas avant longtemps. Un autre, la Norvège, est en réalité un émirat pétrolier du cercle polaire. Le fait qu’il gère fort astucieusement ses ressources n’y change rien. Abusivement classée dans les pays scandinaves, la Finlande, quant à elle, a largement bénéficié de la croissance russe des années 2000, qui a eu un puissant effet de traction sur son économie. La Danemark bénéficie d’une ancienne, et durable, spécialisation sur des produits de l’agro-alimentaire, ainsi que sur quelques niches. Il peut se le permettre, étant donné sa petite taille. Vouloir cependant transposer cette politique, qui finance la fameuse et tant vantée « flex-sécurité » à un pays dont la population est pratiquement dix fois plus nombreuse relève de la folie pure. Quant à la Suède – le plus grand des pays scandinaves -, outre le fait que son modèle social est profondément en crise, il faut ajouter qu’elle n’est pas membre de la zone euro, ce qui n’est pas sans importance. Elle bénéficie aussi d’une dotation en facteurs très avantageuse (on le voit avec l’importance de l’électricité hydraulique dans sa balance énergétique).

Il est ainsi parfaitement vain de parler d’un « modèle scandinave » comme si nous étions en présence d’un ensemble économique homogène. De plus, pris un par un, ces pays sont bien trop petits pour pouvoir nous fournir une base de comparaison et d’imitation. Il faut abandonner le recours à ce « modèle » qui doit être compris comme une facilité de langage bien plus que comme une réalité.

Ceci nous renvoie donc à notre problème initial : la définition d’une politique économique et sociale en mesure de sortir la France de son marasme. En théorie, une autre politique européenne serait possible, car ce que l’Europe a défait, elle pourrait, idéalement, le refaire. On peut imaginer une autre politique de la BCE qui, en particulier, accepterait alors de financer la dette publique induite par la crise au même taux que celui auquel elle refinance les banques, et qui adopterait un objectif de plein-emploi en concurrence avec son objectif d’inflation. On peut imaginer un euro évoluant de la monnaie unique à la monnaie commune.

On peut imaginer cette Europe introduisant des droits de douane fondés sur les différences de situation sociale et écologique avec les autres pays, et rétablissant, pour une période transitoire, l’équivalent des montants compensatoires monétaires entre les anciens et les nouveaux membres, ici encore au service d’une harmonisation sociale et écologique.

On peut enfin imaginer une harmonisation des règles sociales à l’échelle européenne avec une convergence progressive sur le modèle social le plus avancé.

Il n’est pas interdit de rêver ni d’imaginer. D’une certaine manière, cela représente la meilleure des situations possibles. Mais la réalité nous impose de regarder les choses en face. Toucher au statut de la BCE implique, d’une part, un affrontement avec l’Allemagne et, d’autre part, de convaincre les 14 autres pays membres. Enfin, cela fait plus de vingt ans que l’on parle d’une « Europe sociale » et elle reste toujours dans les limbes.

On doit donc considérer que de telles réformes ne seront pas possibles à 27 et, même dans le cadre d’une Europe réduite aux 15 membres d’avant le processus d’élargissement de 2004 et 2006, elle se heurtera à la règle de l’unanimité. Accepter de s’y plier, c’est accepter tout ce que l’on a décrit au début de ce texte. C’est la pire des situations possibles. C’est pourquoi il nous faut, sur la base de l’expérience, récuser toute politique qui ne donnerait que l’Europe comme solution à la crise de l’Europe.

Il existe pourtant une situation qui, sans être la « meilleure », nous assure au moins de ne pas nous résigner au pire. L’Europe ne se changera pas sans un affrontement, voire un éclatement. Nous ne ferons pas l’économie d’une épreuve de force. Il faut s’en convaincre et s’y préparer afin d’en tirer le meilleur parti. Nous n’avons pas à la redouter. Ce sera l’occasion de remettre à plat l’architecture de la construction européenne. Il n’est pas d’autre choix possible que d’avancer, pour un temps, seul. Mais, l’ébranlement que provoqueraient des actions unilatérales de la France aurait comme effet immédiat d’ouvrir un immense débat en Europe. Si nous aurons à prendre nos premières décisions seuls, gageons que nous ne le resterons pas longtemps.

Disons le tout de suite, cette épreuve de force a pour but de faire évoluer nos partenaires. Une occasion a été perdue en 2005. À la suite du référendum sur le TCE, il aurait été possible d’avancer dans une autre direction. Tout s’y prêtait, entre autres, la légitimité que confère un vote aux résultats nets. Ceci n’a pas été le choix de Jacques Chirac, et il en porte l’entière responsabilité. Mais il est également vrai que tout ce qui pouvait être dit à l’époque s’est depuis vérifié. Nous pouvons désormais faire le tri des discours et des expériences.

Une politique alternative devra alors, au départ, être conçue pour être exécutée par la France de manière unilatérale. Elle devra s’inscrire simultanément dans une perspective de long terme et de court terme. Elle devra se fixer comme objectif de reconstituer l’alliance indispensable entre les classes populaires et les classes moyennes.

Un tel objectif implique une confrontation directe avec le sommet des couches aisées et, en particulier, avec celles qui se sont dénationalisées dans la mesure où leurs revenus et leurs conditions de vie ne sont plus liés au territoire national.

Elle aura donc des éléments structurels. Une autre politique fiscale est nécessaire et elle implique, pour être efficace, un strict contrôle de la circulation des capitaux à court terme. Ceci aura pour effet de mettre entre parenthèses la zone euro, mais sans toucher pour l’instant à l’essentiel. Dans la mesure où la France est un exportateur net de capitaux, ce contrôle ne peut être que bénéfique.

Cette politique fiscale devra s’accompagner d’importantes et ambitieuses mesures concernant nos infrastructures. Elles viseront à accroître l’efficacité énergétique et réduire l’impact écologique, à améliorer le réseau de transports et à mettre fin à l’appauvrissement de nos services publics, et en premier lieu de l’éducation.

La reconstruction de nos villes, en vue d’en améliorer l’écologie sociale et environnementale, sera aussi une priorité. De telles mesures ne sont pas compatibles avec les directives européennes sur ce point. Ces dernières devront être suspendues sine die.

Ces mesures cependant s’inscrivent dans le long terme. Elles posent le problème de leur financement et ne répondent qu’imparfaitement aux urgences de l’heure.

La dimension conjoncturelle de cette politique alternative devra avoir deux volets : l’un concernant la taxation des importations et l’autre concernant le domaine de la monnaie.

Il conviendra donc, dans un premier temps, d’introduire immédiatement l’équivalent de ce que l’on appelle dans le mouvement syndical européen une « taxe sociale et écologique aux frontières ». Elle pourrait prendre deux noms, « taxe » pour les pays hors de l’UE et « montant compensatoire social et écologique » pour les pays membre de l’UE. Son principe est simple. Il s’agit de prélever sur tout produit entrant en France, pour y être consommé ou utilisé, la différence qui existe entre la productivité du pays d’origine et la France pour les biens de la branche, et le coût salarial total (incluant le salaire direct et les salaires indirects).

Le produit de cette taxe serait utilisé temporairement (et cela a beaucoup d’importance) à subventionner certaines de nos exportations. En effet, dans la situation actuelle il ne suffit pas de faire monter les coûts de nos importations mais il faut aussi faire baisser ceux de nos exportations, du moins pour certains produits industriels. Ce faisant, nous ne ferions, sous une autre forme, que répondre à la politique allemande du début de la décennie.

Il est clair que l’utilisation de cette taxe peut être différente. Quand nous arriverons à un accord avec nos partenaires, il est probable que le produit de cette taxe sera affecté à un fonds social et écologique européen. Mais ceci devra être l’un des résultats du débat que nous aurons impulsé à travers la mise en œuvre unilatérale de cette taxe.

Dans le même temps, il conviendra de modifier le statut de la Banque de France pour, d’une part, l’autoriser à prendre unilatéralement toute mesure réglementaire conservatoire et, d’autre part, pour l’autoriser à acheter des bons du Trésor. Nous avons ainsi la condition de financement de la politique structurelle évoquée plus haut. Notons que l’on se place toujours dans le cadre de l’euro. La Banque de France émettrait ainsi des euros par un simple jeu d’écritures, droit quelle peut parfaitement s’arroger. Cela aurait pour effet de faire baisser le taux de change de l’euro rapidement.

Mais, il est évident que ceci met en cause la zone euro, et implique des négociations rapides sur son futur. Notons que, dans ce cas, nous serions relativement protégés par un contrôle strict sur les mouvements de capitaux, déjà évoqué dans le cadre des mesures structurelles. Dès lors, deux solutions se dessinent. Soit nos partenaires de la zone admettent que la BCE doit changer et doit porter sa part de l’endettement public consenti en contrepartie de sa politique restrictive de la période précédente et du soutien à l’économie durant la crise. C’est donc la BCE qui prendra alors le relais de la Banque de France ainsi ressuscitée. Soit aucun accord n’est possible. Dans ce cas, nous assisterons à l’éclatement de la zone euro et au retour à la souveraineté monétaire qui, désormais, retrouve son plein exercice avec le contrôle des capitaux aboutissant à rendre sa liberté à la Banque de France en matière de taux d’intérêt.

Cette solution présente pour certains bien plus de dangers que pour la France. La probabilité d’une forte réévaluation de la monnaie allemande se profile alors, dans la mesure où elle ne peut plus compter sur les prétendus « mauvais élèves » de la zone euro pour compenser les effets de son excédent commercial. Cette appréciation risque de condamner à terme le modèle allemand, et ce d’autant plus si elle est accompagnée d’une taxe aux frontières. La logique voudrait donc que l’Allemagne accepte une refonte de la zone euro.

Tel est le cadre technique dans lequel devrait s’inscrire une politique économique alternative. Un certain nombre de mesures ont été volontairement laissées dans l’ombre. Il est clair qu’une telle politique provoquera, au départ, de fortes tensions et qu’il convient ne pas dévoiler la totalité des mesures qui pourraient être prises.

Cependant, le cadre ainsi fixé est clair. Il faut, à court terme, jouer sur des doits de douane et sur la dimension monétaire pour retrouver le cadre d’une expansion économique tout en provoquant une réduction du poids relatif de la dette. Il faut, à long terme, réorienter l’investissement en le dégageant de la pression des marchés financiers (d’où le rôle stratégique du contrôle des capitaux) afin de le diriger vers les infrastructures, ce qui implique la mise en sommeil de certaines des directives européennes (mais pas de toutes).

Une telle politique est la seule pouvant offrir un réel espoir aux classes populaires, qui ont vu leurs revenus stagner depuis maintenant dix ans, mais aussi aux classes moyennes auxquelles elle ouvre la perspective d’un rééquilibrage de la pression fiscale et, via le retour à une forte croissance, d’une reprise de l’ascenseur social. C’est donc autour de cette politique que doit se construire l’alternative politique faisant écho à l’alternative économique.

Dès lors, la question du choix du candidat est relativement secondaire. Elle doit donc être posée après, et non avant le choix d’une politique, et lui être subordonnée.


Publication originale Mémoire des Luttes

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Un commentaire

  1. C-joint un papier que je viens d’écrire à peu près sur le même thème – et dont mes conclusions, quoique moins ciblées politiquement, ne sont pas éloignées des vôtres. Suis comme vous attérés par l’allure des évènements…

    Très cordialement

    PE

    Sept considérations hétérodoxes sur l’euro, la dette et la mondialisation

    Philippe Engelhard

    1/ Les dernières péripéties financières ont au moins une vertu : celle de renvoyer à leur chères études tous ceux, économistes, publicistes et politiques, qui ont prétendu que la dette publique (et privée) était un problème mineur voire insignifiant !

    D’autres – oubliant un peu vite que le système financier est tout de même à l’origine de la crise qui a bien failli dégénérer en catastrophe mondial -, reprennent la vieille antienne : la rationalité des marchés sert de garde-fou aux Etats… comme si la rationalité des marchés était d’un ordre transcendant ! En réalité, les marchés comme les gouvernements ont une rationalité défaillante. Les premiers parce qu’ils sont le plus souvent mimétiques (d’où la surréaction de leurs comportements) – ce qui n’est pas nécessairement la preuve d’un défaut de rationalité microéconomique mais qui induit des attitudes collectives schizophréniques (si tout le monde « copie » tout le monde, la référence à la réalité donc aux fondamentaux des firmes et des économies devient inexistante ou elliptique). Les seconds parce que leur horizon est celui des élections (on l’a bien vu lors de ces dernières semaines avec Madame Merkel). Autant dire que deux acteurs économiques essentiels sont frappés de quasi myopie, et donc que nous avançons en aveugle dans un futur que personne ne semble en mesure de maîtriser !

    Le vrai sujet d’étonnement n’est pas que pour sauver leurs économies des comportements irresponsables des marchés, les Etats aient dû très logiquement accroître leurs déficits budgétaires, mais que pour financer ce surcroît de déficit, ces mêmes Etats se soient endettés auprès de marchés qui ont été défaillants voire frauduleux. Défaillants, parce qu’ils ont été incapables d’apprécier les effets pervers de leurs propres innovations financières, notamment la titrisation Frauduleux, parce qu’ils ont accepté d’acheter et de vendre des créances a priori douteuses (les fameux subprimes – littéralement mauvaises créances – dont les premiers bénéficiaires étaient des ménages américains notoirement insolvables)…

    Un retour en arrière n’est pas inutile : lorsque dans les années 1980-1990, les Etats ont accepté l’indépendance de leurs banques centrales et la privatisation de leur système bancaire, du même coup ils ont ratifié le principe selon lequel les banques de second rang et les institutions financières doivent assumer pleinement les risques de défaillance de leurs débiteurs. Dans les faits le principe a été modulé selon les circonstances (too big to fall !) – cependant la faillite de Lehman Brothers a montré que ce risque n’était pas purement théorique… Faute de ne plus pouvoir compter sur la garantie quasi automatique des Etats, les banques ont bien dû se prémunir contre le risque d’insolvabilité de leurs débiteurs. La titrisation de leurs créances, donc le fait de les transformer en obligations et de les revendre à d’autres opérateurs, fut le principal moyen de diversifier leurs risques. Mais réduisant le risque d’un côté, les banques l’accroissait collectivement de l’autre puisque les mauvaises créances (le mistigri !) allaient probablement poser problème à ceux qui en seraient les détenteurs au moment de leurs échéances. Certes les investisseurs institutionnels et les hedge funds tentent d’optimiser leurs risques de bilan, mais les modèles qu’ils utilisent, aussi sophistiqués soient-ils, sont loin d’être à toute épreuve…

    2/ L’inconséquence des Etats, ou plus précisément de ceux qui en assument la gouvernance, est bien là. D’une part, ils savent pertinemment que les marchés doivent être régulés à un niveau mondial, mais il n’est pas si sûr que les régulateurs aient une compétence au moins égale à celle des opérateurs financiers (ceux qui sont payés pour neutraliser les virus informatiques doivent être au moins aussi sagaces que les hakers !) – sans compter que Obama, élu avec l’appui de Wall-Street, n’est pas ou peu incité à imposer aux marchés des contraintes trop fortes… De l’autre, et surtout, si ces Etats voulaient entreprendre une relance keynésienne en augmentant leurs dépenses publiques comme ils l’ont fait à partir de 2008, ils ne devaient pas fourbir des armes à ceux qui risquaient d’en compromettre les effets. Or s’endetter auprès des marchés pour éponger leurs bévues, c’était redonner un pistolet au criminel qui avait bien failli les abattre et qu’on avait mis provisoirement hors d’état de nuire !

    Les Etats de l’Union avaient-ils le choix ? Réponse oui : d’un commun accord, ils auraient dû dès le départ remettre en cause au moins sur ce point le traité de Maastricht et permettre à la BCE d’acheter directement (et non seulement sur le marché secondaire) les obligation ou les bons du trésor émis par les Etats afin de faire face à la crise. Est-ce que ces mêmes Etats auraient dû rembourser ces obligations ou ces bons à leur échéance ? Si on répond par l’affirmative, on voit mal l’avantage d’impliquer la Banque Centrale, sinon le fait malgré tout positif d’éviter une dépréciation des obligations d’Etat, et donc une remontée des taux d’intérêt sur ces dernières.

    Il fallait au contraire éponger le surcroît de dette publique suscité par les plans de relance en le monétisant au moyen d’une opération sèche (donc sans remboursements).

    Afin d’éviter tout débordement, une coordination ad hoc aurait apprécié le niveau acceptable de relance et donc le taux d’accroissement convenable des déficits budgétaires nécessaire à contrer la récession dans chaque pays.

    On aurait ainsi épargné à des populations frappées par une crise dont elle ne portent pas la responsabilité de subir une quadruple peine : celle de la crise financière qui a laminé l’épargne de certains, celle de la crise économique proprement dite génératrice de chômage et d’incertitude, celle des politiques de rigueur qui sont la conséquence de la relance keynésienne destinée à enrayer la crise économique, celle de la récession qui serait la conséquence fatale de ces politiques de rigueur si elles étaient entérinées.

    Il n’est peut être pas trop tard pour bien faire et donc échapper à cet enchaînement absurde. Certes, il eut été possible d’organiser un déficit budgétaire au niveau de l’Union – chose aisée puisque son budget ne représente que 1 % de son PIB -, mais le dogme de l’indépendance budgétaire de chaque Etat aurait volé en éclat d’un seul coup…

    3/ Cette monétisation de la dette à la marge aurait été d’autant plus légitime qu’elle était sans risque sérieux sur le front de l’inflation (le taux d’inflation optimal varie selon les appréciations de 1 % à 4 %), et que le retour à une croissance forte dans l’Union, seule façon de résorber la dette publique rapidement de façon orthodoxe, était (et est toujours !) plus qu’improbable dans des délais raisonnables. La monétisation de la dette aurait peut être suscité des anticipations à la baisse de l’euro en regard du yen, du dollar et probablement du renmimbi – mais l’Union ne s’en fût que mieux portée puisque sa compétitivité accrue aurait dopé sa croissance, rappelons-le, l’une des plus asthéniques du monde…

    Cette monétisation était et est encore néanmoins impensable par la commission européenne et beaucoup de gouvernements (singulièrement l’Allemagne, depuis les années vingt, toujours traumatisée par le spectre de l’inflation) parce que depuis quarante ans nous sommes intoxiqués par un fétichisme monétaire inspiré de la vieille théorie quantitative de la monnaie remise au goût du jours par Friedman : plus de monnaie en circulation produit nécessairement de l’inflation. On ne constate pourtant depuis 1980 aucune corrélation entre la croissance de la masse monétaire et le niveau général des prix (avec une seule exception, celle des pays qui, comme la Turquie, connaissent chroniquement une inflation assez forte) !

    Si avant 1980, le risque fondamental était plutôt l’inflation sur les biens, les services et les salaires, après 1980 le risque est plutôt la déflation sur les biens, les services et les salaires, et l’inflation sur les actifs (matières premières, actifs financiers et immobiliers) – inflation sur les actifs nécessairement suivie de bulles et donc de crises (ce qu’expliquent fort bien Aglietta et Berebbi).

    Autrement dit, si pendant les trente glorieuses le capitalisme, via l’inflation sur les biens et les services, était favorable aux salariés et aux entreprises, le régime qui prévaut à partir de 1980 est en principe favorable aux marchés financiers et donc aux épargnants ainsi qu’aux consommateurs (via la tendance à la baisse des prix des biens et services), mais avec un risque considérable de turbulences financières à répétition…

    Ce même fétichisme monétaire, fruit d’un véritable matraquage idéologique à la fin des années 1970, a été en outre inconséquent pour ne pas dire totalement absurde : on a laissé les marchés se gonfler de liquidités (via le fameux effet levier) et donc fabriquer incontinent des bulles et des crises à répétition quitte, plus tard, à contester la mise à la disposition de liquidités non contraignantes à des Etats menacés d’un tsunami économique ! Faute d’être jugulé, ce tsunami aurait pris la forme d’une déflation sévère du type de celle des années trente – déflation qui de toutes façons menaçait (et menace encore plus que jamais) parce que nous avions depuis les années 80 changé de régime économique.

    4/ Ce changement de régime du capitalisme, et donc la menace chronique de déflation, ne s’est pas opéré miraculeusement. Il découle en premier lieu de la mondialisation économique et financière voulue et concertée par les Etats à la fin des années 70 qui a eu pour effet de mettre en concurrence les travailleurs peu qualifiés des pays riches et ceux des pays pauvres ou émergents – avec nécessairement une tendance à la baisse des salaires des premiers et une augmentation progressive des salaires des seconds du fait de la croissance de leur productivité (ce pronostic n’a rien de bien sensationnel : il procède de l’un des théorèmes canoniques de l’économie internationale, celui dit de Ecksher-Ohlin-Samuelson). Il découle en deuxième lieu, de la mise en concurrence mondialisée des firmes, avec comme corrélât un baisse tendancielle du prix des biens industriels et de certains services, et en même temps une concentration des firmes fragilisées par la concurrence et, par contrecoup, une perte du pouvoir de négociation de leurs sous-traitants, et de nouvelles compressions de personnel…

    Ce changement de régime découle en troisième lieu de la nécessité dans les années 1997 de permettre aux pays asiatiques de rembourser leurs dettes au moyen d’un excédent d’exportations à bas prix sans précédents (la baisse sensible des taux de la Federal Reserve a permis aux ménages américains d’acheter cet excédent d’exportations).

    L’accroissement du déficit commercial américain a été le prix à payer pour résorber la crise asiatique, avec une conséquence non négligeable sur les pays occidentaux : une pression déflationniste accrue, et une baisse tendancielle du dollar défavorable à leur commerce extérieur et donc à leur croissance.

    Un autre facteur essentiel est à l’origine du climat déflationniste qui prévaut depuis la rupture de 1980 : l’abandon par les marchés et les firmes d’un profit satisfaisant pour la recherche exacerbée du ROI (taux de rendement financier sur capitaux propres) le plus élevé possible : 15 à 20 % voire plus… Ce qui revient à dire que les plus riches ont décidé de l’être encore davantage et sans restrictions. Il en est résulté une rare rapacité des firmes qui n’ont eu de cesse de faire pression sur les prix, les coûts, et donc sur les salaires, l’emploi et l’environnement.

    Deux conséquences peuvent s’en inférer. En premier lieu, les salaires dans les pays riches ont fini par augmenter moins vite que la productivité du travail – renforçant encore la tendance déflationniste (dans les années soixante, le cas de figure était inverse : les salaires nominaux augmentaient plus vite que la productivité du travail avec comme corrélât : une tendance chronique à l’inflation). En second lieu : les grandes firmes répudient toute stratégie de moyen long terme au nom de résultats financiers à court terme (trimestriels…) – résultats collectivement insoutenables puisque le taux de rendement financier ne peut durablement excéder le taux de croissance de l’économie mondiale – or le premier est au moins de quatre fois supérieur au second…

    C’est bien pour contrecarrer cette tendance déflationniste qu’à partir de 2003 Greenspan baisse les taux d’intervention de la FED, et que les ménages pauvres sont incités à acheter des logements à crédit, que manifestement ils n’allaient pas pouvoir rembourser. Le président de la FED savait bien que s’il est relativement aisé de briser l’inflation (comme ce fut la cas au début des années 1980), il est d’une difficulté extrême de se dégager du piège déflationniste (le Japon en est victime depuis près de vingt ans). En effet, toute baisse du niveau général des prix induit des anticipations de nouvelles baisses de prix – les ménages et les entreprises différent alors leurs achats autant qu’ils le peuvent, la demande globale diminue avec à la clé de nouvelles baisses de prix, des licenciements et des baisses de salaire. Mécanique perverse qui n’a pas de raisons, hélas, de prendre fin…

    5/ Il n’est pas absurde de considérer que la baisse des taux d’intérêt provoquée par la FED en 2003 était destinée à compenser l’augmentation asthénique des salaires. La dette privée peut-elle alors se substituer durablement aux augmentations de salaire que ne veulent pas ou ne peuvent pas consentir des entreprises ? Bien évidemment non puisqu’il arrive un moment où les poor workers ne peuvent plus rembourser leurs dettes – ce qui s’est exactement passé avec les subprimes. C’est bien là que résidait la naïveté de Greenspan : la baisse des taux de l’intérêt ne peut durablement faire obstacle à la logique déflationniste du système… On peut cependant faire rebondir ainsi la question : les Etats peuvent-ils se substituer au moins pour partie dans ce domaine aux entreprises ? Oui, évidemment, à partir des transferts sociaux – la France le fait par le biais par exemple de la prime à l’emploi… Peut-on aller plus loin ? Peut-être, mais à la limite on change de système : on entre de plain pied dans un capitalisme d’un type nouveau où les entreprises paient chichement des salariés bas de gamme (de moins en moins nombreux), et où les gouvernements se substituent pour une part aux entreprises dans leur fonction de distribution de revenus primaires (quand les « bacs plus quatre » sont payés quasiment au SMIC, il y a lieu de penser que nous sommes déjà dans ce capitalisme-là…). Cette distribution compensatoire pourrait s’établir sur la base suivante : nombre de salariés dans l’économie multiplié par le différentiel productivité du travail – salaire moyen…

    Cette sorte d’évergétisme d’Etat est évidemment concevable, mais à la condition d’instaurer une fiscalité fortement confiscatoire sur les revenus patrimoniaux et les profits financiers. Mais comme une telle fiscalité devrait s’exercer dans tous les pays, son réalisme n’est pas à toute épreuve… Si la contrepartie de la sauvagisation du capitalisme ne réside pas dans une forte fiscalité de ce type, il faut tout de même bien comprendre que ce dernier pourrait bien triompher sur un champ de ruine social et environnemental. Ou, plus probablement, que sous la pression populaire ou populiste les gouvernements l’abattront en dressant des protections de toute sortes à son encontre. Il s’ensuivrait quasi inéluctablement une contraction des échanges internationaux et donc une baisse du revenu réel d’une bonne partie du monde. En effet, la vertu du commerce international est tout de même de permettre à chaque pays de payer moins cher certains biens en les important plutôt que de les produire chez lui (ce qu’on sait depuis Smith et Ricardo !). C’est le fameux théorème des avantages comparatifs mais qui ne fonctionne plus très bien lorsqu’un pays de taille moyenne est en relation commerciale avec un pays continent comme la Chine ou l’Inde – ce que montre fort bien Samuelson (« Where Ricardo and Mill Rebut and Confirm Arguments of Mainstream Economists Supporting Globalization », Journal of Economic Perspectives, Vol 18, n°3, été 2004, pp. 135-146).

    Le principe du libre échange souffre donc des exceptions et mérite d’être modulé avec intelligence et réalisme dans certaines circonstances – très précisément lorsque le gain en bien être de ses consommateurs (via des prix plus bas) ne compense plus ce qu’un pays perd en emplois, en revenus et en ressources fiscales, ou lorsque manifestement il précipite une partie de monde dans la crise. Le principe du libre échange ne doit pas être systématiquement rejeté pour autant : la crise financière qui frappe les Etats-Unis en 1929 va dégénérer en crise économique internationale du fait de la contraction des échanges et des flux financiers – ce sera, comme chacun sait, un cataclysme… Autant dire qu’il faut cheminer sur une ligne de crête étroite où il faut éviter deux précipices : le premier celui la déflation provoquée par une concurrence inégale (sans parler des manipulations monétaires), le second la déflation suscitée par une contraction inconsidérée des échanges…

    6/ Aussi longtemps que nous ne serons pas capables de résoudre au moins quatre problèmes le capitalisme ira de mal en pis – problèmes autrement importants que la taxation des traders ! Comment faire en sorte que la baisse des taux d’intérêt favorable au développement de l’économie réelle n’ait pas pour effet d’alimenter la liquidité des marchés et donc la formation de bulles à répétition (la baisse générale des taux provoquée par les banques centrales afin de redonner de la confiance au système financier se traduit déjà par des bulles sur certains actifs) ? Comment faire en sorte que le taux de rendement financier sans risque soit à peu près égal aux taux de croissance de l’économie mondiale ? Comment faire en sorte que les salaires croissent au même rythme que la productivité du travail ? Quelles éventuelles protections mettre en œuvre, et quelles fiscalité appliquer au capitalisme financier afin de compenser ses externalités négatives sociales et environnementales ? Avec à la clé quelques autres questions plus dérangeantes : les marchés financiers étaient-ils et sont-ils aussi indispensables que certains le prétendent ? L’instauration d’un système financier mondialisé et peu régulé était-il la seule façon de financer la remise à niveau des pays de l’ex Union Soviétique, le développement des pays pauvres et celui des pays intermédiaires ? Est-ce que sans finance mondialisée, pour ne prendre que cet exemple, la Chine aurait pu connaître le même essor depuis trente ans ?

    La réponse à ces dernières interrogations est moins évidente qu’il n’y paraît. Le fait de constater (paradoxe de Feldstein-Horioka) qu’au moins jusqu’en 1980 les capitaux internationaux ont peu ou pas contribué aux investissements nationaux, et que depuis la situation ne semble s’être modifiée qu’à la marge, doit faire réfléchir. Affirmer que le coût collectif du système financier actuel tend à devenir supérieur à ses avantages ne paraît pas exorbitant. Ce coût est d’autant plus élevé que les marchés ne sont pas optimaux au sens de Pareto puisque le prix y est tout sauf régulateur (le prix d’un bien est régulateur si la demande de ce bien diminue lorsque ce même prix augmente, or la demande spéculative de n’importe quel actif financier augmente avec son prix !). Faute de cette régulation par les prix, les marchés sont voués à une instabilité chronique, insupportable économiquement et socialement. Si on considère alors comme Stiglitz que la finance est un bien public mondial, quel nouveau type d’organisation financière et quelle politique des banques centrales pourraient y répondre ? – la question reste posée sur un plan théorique et politique. Car quelles alliances et quelles forces seraient capables d’imposer un autre système ?

    7/ En attendant, si les Etats de l’Union sont incapables du peu d’audace qui leur permettrait de monétiser à la marge leur dette publique, ils devraient avoir au moins la lucidité de se concerter pour tenter de réduire cette même dette selon des moyens plus orthodoxes, mais avec le moins de « dégâts » possibles, et donc d’éviter de briser les ressorts d’une croissance de toutes façons fragile. La seule façon (encore une fois orthodoxe) d’y parvenir serait en premier lieu de promouvoir les bases d’une croissance saine, et en second lieu de planifier leur désendettement sur une longue période et de le faire savoir clairement aux marchés – les Etats Unis par le passé ont mis plusieurs décennies pour sortir de leur dette, et personne n’y a trouvé quoique ce soit à redire.

    Le paiement des intérêts de la dette n’est pas indolore (la France y consacre l’équivalent du budget de l’éducation nationale) – dans l’avenir, il serait donc sage, non pas de proscrire tout déficit (règle parfaitement inepte !) mais, à l’instar de la Grande-Bretagne, de réserver l’endettement public au financement de dépenses en équipement, en recherche et en éducation (les britanniques parlent de règle d’or). En tout état de cause, faire en sorte que le service de la dette n’augmente pas plus vite que les recettes de l’Etat serait une règle non peut être optimale mais prudente. En arrière plan, on devine bien que la concurrence fiscale est une ineptie puisqu’elle favorise à court terme les moins disants et qu’elle interdit à plus long terme aux Etats de produire des externalités indispensables aux entreprises, mais aussi, et peut être surtout aux citoyens. Lesquels ne sont pas seulement des consommateurs de biens et services marchands, mais aussi de biens collectifs.

    Au-delà de la dette, les marchés ont au moins le mérite de rappeler aux Européens que si des Etats ont une monnaie commune, ils ne peuvent se dispenser d’un minimum de coordination de leurs politiques économiques (politiques du budget, de la fiscalité et de l’emploi…) et de solidarité. Souverainisme ou non, chacun doit en prendre son parti ou renoncer à l’euro.

    *
    * *

    Une dernière question est difficile à éluder : pourquoi les décisions collectives, voire les décisions tout court, singulièrement en Europe, sont-elles si peu intelligentes ? Les thuriféraires de la soi-disante intelligence collective devraient en rabattre sur leur optimisme… La question se pose pour la France, singulièrement en ce qui concerne les retraites où ni gauche ni droite ne semblent capables de poser un diagnostic commun raisonnable : les uns feignent d’ignorer que l’ajustement de la durée du travail à la démographie est inéluctable, les autres que cet ajustement n’a de sens que si le quasi plein emploi des plus de cinquante ans est assuré – ce qui comme chacun sait n’est pas le cas (sans parler de la pénibilité de certains métiers qui devrait ouvrir de façon anticipée le droit à la retraite selon un consensus général).

    La question se pose aussi et surtout pour l’Allemagne tentée de jouer au free rider, finalement à son détriment. Au moyen d’une politique salariale restrictive, et jouant de l’euro qui interdit les dévaluations, elle s’est fabriquée artificiellement des excédents nets d’exportations – lesquels suscitent chez ses partenaires européens qui sont ses principaux clients des déficits commerciaux. L’Allemagne est donc en train de scier la branche sur laquelle elle est assise, puisque ces déficits occasionnent un coût d’opportunité en emplois et en revenus chez ses voisin qui ne supporteront pas durablement cette situation (ce que Madame Lagarde avait pointé avec raison). Ce n’est pas sa seule contradiction : Angela Merkel suggérait il y a peu que les Etats insolvables se déclarent en faillite – déclaration qui aurait eu pour effet de rendre encore un peu moins crédible la solidarité des Etats de l’Union, et qui éludait un problème considérable que vient d’évoquer le président de la BCE. Si certains de ces Etats étaient dans l’incapacité de faire face aux échéances de leurs dettes, la solvabilité des établissements financiers européens qui sont leurs créanciers serait compromise. Leur faillite ferait rebondir la crise financière de façon encore plus dramatique puisque les Etats seraient bien plus démunis qu’en 2008 pour en contrer les nouvelle conséquences dépressives. La monétisation à la marge de la dette se poserait alors avec encore plus d’acuité.

    Dernière inconséquence de notre voisin allemand : il accepte non sans renâcler la création d’un fond d’intervention destiné à venir au secours des Etats insolvables, mais exige qu’on inflige aux rescapés des taux d’intérêt élevés, manière de leur rappeler la discipline… autant assommer le noyé qu’on vient de tirer de l’eau ! Quant à l’idée de s’infliger une purge d’austérité, elle ne relève plus de l’inconséquence mais de l’aveuglement : si un pays européen, même dans la logique orthodoxe, ne doit pas réduire ses dépenses publiques, c’est bien notre cousin germain – puisqu’il est quasiment le seul à pouvoir tirer un tant soit peu la croissance de ses voisins ! Au demeurant, lorsque la déflation menace (l’Allemagne n’en est pas loin), la pire des politiques serait de réviser à la baisse les transferts sociaux et les salaires de la fonction publique non seulement en Allemagne mais dans l’Union – c’est à peu près la politique que les gouvernements européens (dont la France) avaient déjà suivi dans les années trente. On sait ce qu’il en est advenu… Encore heureux que cette idée saugrenue (pour ne pas dire désastreuse) ne soit plus ou moins partagée que par les Européens – lesquels représentent malgré tout le plus grand marché planétaire. Rappelons au passage que la crise actuelle est qualifiée en Asie de « crise atlantique » – ce qui relativise singulièrement le point de vue des Européens voire des Etatsuniens sur ce qui importe dans le monde…

    Il reste que cette crispation rigoriste qui afflige aujourd’hui les pays de l’Union relève plus de la psychanalyse que de l’économie – il serait temps qu’on y voit plus clair dans cette trouble pulsion mortifère ou masochiste, c’est selon. A moins qu’il ne s’agisse que de sénilité…


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