Crise et inégalités de revenus en Europe : Le modèle « égalitaire français »

En terme de revenus, la Suède, accompagnée de la Slovénie, est le pays le moins inégalitaire de l’Union Européenne. Le Portugal est le membre le plus inégalitaire.La France dispose en revanche d’un haut niveau de redistribution des revenus, c’est un héritage historique des luttes du peuple français avec le rôle joué par un service public en particulier en matière d’éducation et de santé. Face à la crise, on a pu voir que ce « modèle » permettait une résistance plus forte. Pourtant il est à craindre que sous prétexte de « l’endettement français » dans lequel se sont engouffrés tous les politiciens, ce modèle soit une fois de plus mis en cause. Si l’on n’ose plus prôner ouvertement le modèle néo-libéral sans entrave, les mêmes sont en train d’utiliser les assauts spéculatifs contre la Grèce ou la « découverte » de la dette française pour mettre à mal ce modèle égalitaire français, et imposer une cure de « rigueur » qui n’est qu’un nouveau démantélement du service public. Il est stupéfiant de voir avec quel enthousiasme les politiciens de gauche se sont engouffrés dans la question de la « dette », c’est d’autant plus étonnant qu’ils ont tous contribué, droite comme gauche, à ce qu’il en soit ainsi. Peut-être qu’il serait intéréssant de confronter la plus ou moins grande égalité avec la fragilité devant les speculateurs.Les pays du sud comme la Grèce, le Portugal et d’autres étant plus fragile non seulement à cause de leur « dette » mais de leur société inégalitaire.  DB

 Les inégalités en Europe
La Suède est le membre de l’Union Européenne le moins inégalitaire, accompagné de la Slovénie, avec un coefficient de Gini* de 0,23. Globalement, le groupe des pays les plus proches de l’égalité est constitué des pays du Nord de l’Europe, d’anciens pays de l’Est, de la Belgique, de l’Autriche et de la France.

Onze pays ont un niveau d’inégalités supérieur à la moyenne de l’Union Européenne, évaluée à 0,3. Le Portugal est ainsi le dernier du classement en terme d’inégalités, avec un coefficient s’élevant à 0,37. On retrouve également parmi ces mal classés la Roumanie, un des derniers venus, mais aussi le Royaume Uni et l’Italie.

Le niveau des inégalités en Europe dépend d’éléments historiques : les pays du Sud disposent d’une population rurale pauvre beaucoup plus forte. Dans les pays du Nord, les compromis sociaux établis entre les directions d’entreprises et des syndicats forts ont permis de répartir plus équitablement les fruits de la croissance. La France dispose d’un haut niveau de redistribution des revenus.

Inégalités de revenus par pays en Union Européenne
Classement des plus inégalitaires aux moins inégalitaires
Unité : Coefficient de Gini
 
 
Portugal 0,37
Lettonie 0,35
Grèce 0,34
Lituanie 0,34
Estonie 0,33
Roumanie 0,33*
Royaume Uni 0,33
Italie 0,32
Pologne 0,32
Espagne 0,31
Irlande 0,31
Allemagne 0,30
Chypre 0,30
Pays Bas 0,28
Luxembourg 0,27
Malte 0,26
Autriche 0,26
Belgique 0,26
Finlande 0,26
France 0,26
Hongrie 0,26
Danemark 0,25
République tchèque 0,25
Bulgarie 0,24*
Slovaquie 0,24
Slovénie 0,23
Suède 0,23
Union Européenne 0,30*
*année 2006
Source : Eurostat. Année des données : 2007

* L’indice de Gini compare l’état de la répartition des revenus à une situation théorique d’égalité parfaite. Plus il est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité (tous les individus ont le même revenu). Plus il est proche de un, plus on est proche de l’inégalité totale (un seul individu reçoit tous les revenus).

Avertissement : ces données sont à considérer avec précaution car il s’agit d’enquêtes déclaratives auprès des ménages. Si les ordres de grandeur sont justes, il ne faut pas s’attacher à un écart de 0,1 point d’indice par exemple.

 

 
C’est essentiellement à partir d’une redistribution des services publics en matière de santé et d’éducation que la France atteint ce seuil d’égalité. En matière de salaires, comme on le voit ci-dessous la situation française demeure une des plus favorables si l’on considère le niveau du salaire minimum, mais il s’est constitué des poches de pauvreté avec les emplois à temps partiel ou parf intermittence, les femmes sont particulièrement concernées.

Les salaires européens

En janvier 2009, le salaire minimum était compris entre 123 et 1 642 euros bruts dans les pays de l’Union européenne. Cela correspond à un écart de pouvoir d’achat de 1 à 6.
20 pays de l’Union européenne sur 27 possèdent un salaire minimum légal. Parmi eux, la valeur mensuelle brute varie de 123 à 1 642 euros bruts (avant cotisations sociales du salarié), soit une échelle de 1 à 13 fois. Une fois corrigé des différences de coût de la vie, l’écart se réduit à un rapport de 1 à 6 en passant de 240 à 1 413 euros. Les écarts demeurent considérables : dans 9 pays, le minimum est inférieur à 300 euros mensuels. Notons que les pays qui ne figurent pas dans ce tableau ne disposent pas de salaire minimum de niveau national, mais peuvent avoir des minima variables suivant les secteurs d’activité.

Les salariés français figurent dans le haut du tableau, d’autant que leur durée du travail est de 35 heures contre 39, par exemple, au Royaume-Uni. Mais tous les salariés au Smic en France ne touchent pas 1 300 euros brut. Comme dans les autres pays, les personnes employées en temps partiel ou par intermittence dans l’année n’en perçoivent qu’une partie. C’est l’un des principaux facteurs de l’existence des « travailleurs pauvres », dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté (un Smic à mi-temps par exemple).

Salaire minimum en Europe
Salaire mensuel brut (en euros) en vigueur au 1er janvier 2009 (sauf Grèce, juillet 2008)
 En euros
 En parité de pouvoir d’achat *
 
Luxembourg 1 642 1 413
Irlande 1 462 1 152
Belgique 1 387 1 254
Pays-Bas 1 382 1 336
France 1 321 1 189
Royaume-Uni 1 010 1 154
Espagne 728 760
Grèce 681 724
Malte 630 804
Slovénie 589 710
Portugal 525 606
Turquie 319 480
Rép. Tchèque 306 443
Slovaquie 296 409
Pologne 281 468
Estonie 278 362
Hongrie 270 408
Lettonie 254 347
Lituanie 232 343
Roumanie 153 263
Bulgarie 123 240
* Parité de pouvoir d’achat : utilisée pour comparer des sommes d’argent entre différents pays (salaires, PIB, etc), le calcul en parité du pouvoir d’achat tente de corriger les fluctuations des taux de change et les différences de niveaux des prix pour prendre en compte ce que les monnaies (la monnaie nationale et le dollar) permettent réellement d’acheter dans chacun des pays.
Source : Eurostat, Office statistique des communautés européennes. Année des données : 2009
Pour plus d’information, Salaires minima 2009, Eurostat, Statistiques en bref n°29

La pauvreté à travers les conditions de vie en Europe
le 29 septembre 2009
36 % des Européens ne peuvent se payer une semaine de vacances et 10 % ne peuvent chauffer convenablement leur logement.

La pauvreté en Europe

36 % des Européens ne peuvent se payer une semaine de vacances dans l’année et 10 % ne peuvent pas chauffer convenablement leur logement. Les disparités sont grandes en Europe entre les pays occidentaux et ceux d’Europe centrale et orientale qui ont rejoint l’Union européenne plus récemment. Chez ces derniers, les conditions de logement sont particulièrement plus difficiles. Ainsi, 37 % des Polonais vivent dans des habitats détériorés qui laissent passer l’eau, l’humidité, soit le double de la moyenne européenne.

Mais dans les pays les plus riches aussi, les privations demeurent nombreuses. La population française connaît moins de privations que la moyenne des Européens grâce à un niveau de richesse supérieur. Il n’empêche que 30 % n’ont pas les moyens de partir une semaine en vacances par an, et 6 % ne peuvent pas s’offrir un repas comprenant une viande, du poulet ou du poisson un jour sur deux.

Ces types d’indicateurs sont complémentaires des taux de pauvreté qui sont souvent comparés entre les pays. Ils présentent l’avantage de décrire concrètement les privations d’une partie des populations. Cependant, il faut demeurer prudent en matière de comparaisons. Le caractère déclaratif et subjectif de ces enquêtes reflète en grande partie des différences culturelles. On peut s’interroger sur les 26 % de suédois qui déclarent ne pas avoir les capacités de s’offrir un repas complet…
 

Une dimension de la pauvreté en France: le logement

Le mal logement en 2010
le 1er février 2010
En France, 100 000 personnes n’ont pas de domicile, autant vivent en camping ou dans un mobil home toute l’année, plus de 640 000 vivent dans des meublés…Beaucoup reste à faire pour que chacun dispose de conditions d’habitat dignes de ce nom.
Beaucoup reste à faire pour que chacun dispose de conditions d’habitat dignes de ce nom, comme le rappelle chaque année la Fondation Abbé Pierre en publiant son rapport sur le mal-logement. 100 000 personnes n’ont pas de domicile fixe, autant vivent en camping ou dans un mobil home toute l’année, plus de 640 000 vivent dans des meublés… Deux millions de personnes vivent dans des logements inconfortables ou surpeuplés. Certes, la misère d’aujourd’hui n’est pas aussi dramatique que celle des années 50. Notre pays s’est enrichi et les conditions de logement se sont heureusement améliorées. Mais les associations d’aide aux plus démunis mettent en évidence les situations dramatiques dans lesquelles vivent des dizaines de milliers de personnes.

Le mal logement ne se réduit pas pour autant aux situations extrêmes. Une fraction considérable de la population au sein des couches modestes et moyennes (notamment chez les jeunes) loge dans des conditions qui ne répondent pas à ses aspirations : détériorations, mauvaise insonorisation, surface trop faible, quartier dégradé, etc. L’idéal pavillonnaire, rêve de nombreuses familles, est loin d’être la norme en France.

Selon les calculs effectués par la Fondation, le taux d’effort des ménages, c’est-à-dire leurs dépenses de logement nettes d’allocations rapportées aux revenus, se situe désormais autour de 50 % dans le parc privé, contre 28 % dans le parc social, pour des revenus équivalents à un Smic pour un célibataire et 1,5 Smic pour un couple avec deux enfants. La France ne construit toujours pas assez de logements, en particulier dans le secteur social, et la demande ne fait que s’accroître. Le nombre des logements locatifs sociaux disponibles a fortement chuté au cours de la période 1999-2008 (- 14,1 %).

Nombre de personnes non ou très mal logées
 
 
Sans domicile fixe 100 000
 
Personnes privées de domicile personnel 509 140
– dont résidence principale en chambre d’hôtel 50 000
– dont habitat de fortune : cabane, construction provisoire 41 400
– dont personnes vivant à l’année en camping ou en mobil home 100 000
– dont personnes hébergées chez des tiers dans des conditions de logement très difficiles 150 000
– dont personnes en structures d’hébergement et d’insertion : CHRS, CADA, places en hôtel pour demandeurs d’asile, accueil d’urgence, résidences sociales 167 740
 
Personnes vivant dans des conditions de logement très difficiles : logements inconfortables, de mauvaise qualité et logements en surpeuplement accentué (hors double compte) 2 044 000
 
Personnes en situation d’occupation précaire : 860 050
– dont locataires ou sous-locataires d’un meublé 640 300
– dont personnes occupant un logement sans droit ni titre suite à une décision de justice prononçant l’expulsion ~ 219 750
 
TOTAL 3 513 190
Avertissement : certaines de ces données sont des ordres de grandeurs.
Source : Fondation Abbé Pierre, Rapport sur le mal logement 2010, d’après Insee et différentes sources.
 

Evolution de la situation

Le nombre de logements sans confort de base a considérablement diminué ces trente dernières années. Cette évolution résulte à la fois de l’élévation du niveau de vie moyen mais aussi de la part croissante des dépenses que les ménages consacrent pour se loger. Il s’agit de moyennes : cette amélioration est loin d’être aussi nette pour tout le monde, notamment pour les jeunes générations qui subissent de plein fouet les hausses de loyers et la forte montée des prix à l’achat.
Logements sans confort
 2002
en Milliers 2002
en % 2006
en Milliers 2006
en %
Sans confort sanitaire : absence d’un des éléments (eau courante, installation sanitaire, WC intérieurs) 612 2,5 391 1,5
Immeuble insalubre ou menaçant de tomber en ruine (1) 267 1,1 273 1
Aucune installation pour faire la cuisine (1) 93 0,4 108 0,4
Aucun moyen de chauffage ou avec des moyens de chauffage sommaires 1 986 8,2 1 580 6
Electricité déficiente : installation non encastrée, fils non protégés par des baguettes, ou pas de prise de terre 1 167 4,8 1 030 3,9
Signes d’humidité sur certains murs 5 848 23,8 5 347 20,4
Infiltrations d’eau ou inondations provenant d’une fuite d’eau dans la plomberie 552 2,2 654 2,5
1. Compte tenu des faibles effectifs, le nombre de logements sans intallation pour faire la cuisine ou dans un immeuble insalubre doit être considéré comme un ordre de grandeur. Lecture :1 030 000 logements ont une électricité déficiente en 2006, soit 3,9% des résidences principales. Champ : France métropolitaine, résidences principales.
Source : Insee, enquêtes Logement.
 
Evolution de la demande de logements HLM
De 1984 à 2006
Unité : en milliers et en %
 1984
 1988
 1992
 1996
 2002
 2006
 
Nombre de demandeurs (en milliers) 679 704 915 855 1 043 1 208
% des ménages 3,3 % 3,3 % 4,1 % 3,7 % 4,3 % nc
 
Source : Insee, enquêtes logement
 

Définitions :

 Un logement est considéré comme confortable s’il dispose d’une salle d’eau, d’un WC intérieur et d’un système de chauffage.

 le surpeuplement selon l’Insee :

Le surpeuplement accentué fait référence à une définition de l’Insee. Schématiquement, on compte une pièce de séjour pour le ménage, une pièce pour chaque personne de référence d’une famille, une pièce pour les personnes hors famille non célibataires et les célibataires de 19 ans et plus, et, pour les célibataires de moins de 19 ans, une pièce pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou s’ils ont moins de 7 ans, sinon une pièce par enfant. Le surpeuplement est dit « accentué » si le nombre de pièces nécessaires au ménage ainsi déterminé est supérieur de plus d’une unité à celui constaté.

Le surpeuplement au sens large retient la norme fondée sur le nombre de pièces pour les deux pièces et plus et fait intervenir la surface pour les logements d’une pièce : est considéré comme surpeuplé au sens large un logement dont la surface habitable est inférieure à 18 m2 par personne de référence plus 12 m2 par autre personne de 14 ans ou + et 9 m2 par enfant de moins de 14 ans.

Données tirées de l’observatoire des inégalités.

 

 

 

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