Les Chinois réveillent Kinshasa par Colette Braeckman

Longtemps à l’abandon, la capitale est aujourd’hui en pleine rénovation. Une effervescence liée aux investissements de Pékin, le nouvel allié du régime du président Joseph Kabila.

Chine_RDC[1]
A Kinshasa, durant des décennies, le temps semblait s’être arrêté. Kin la belle, devenue Kin poubelle, s’enfonçait dans la crasse, les ornières s’étaient transformées en gouffres, les maisons coloniales, lavées par les pluies, pourrissaient à l’ombre d’arbres centenaires que seuls les orages s’avisaient de déraciner… Cette fois, le temps s’est mis à galoper, la ville est comme un géant qui se redresse en faisant craquer ses jointures. Les visiteurs sont frappés par la transformation du boulevard du 30-Juin, cette épine dorsale qui risque désormais de couper la ville en deux : plusieurs ronds-points ont été gommés, les statues érigées par Kabila père et fils [Laurent-Désiré et Joseph Kabila, respectivement présidents de la RDC de 1997 à 2001 et de 2001 à ce jour] attendent des temps meilleurs sur les bas-côtés, la berme centrale sur laquelle se juchaient mendiants ou vendeurs de journaux a été effacée.

Les entrepreneurs privés en profitent

Sur quelques kilomètres, le boulevard a pris la taille d’une autoroute à quatre bandes… pas encore tracées : les voitures accélèrent brusquement pour se lancer dans des courses-poursuites, sans se soucier des piétons éperdus… Dès l’aube, les équipes sont au travail : des ouvriers congolais, dirigés par de petits hommes en chapeau de paille, s’affairent à nettoyer caniveaux et bas-côtés. Ils coupent les grands arbres qui offrent leur ombre aux piétons. Face au saccage, on nous rassure : ces arbres trop vieux représentaient un danger pour la circulation et d’autres plantations sont prévues par la municipalité.

Partout dans la ville, les chantiers se multiplient. La puissante société ­chinoise China Railway Engineering Company [CREC, une entreprise publique spécialisée dans la rénovation des voies ferrées] a déployé ses engins sur plusieurs grands axes, sur l’avenue du Tourisme, qui longe le fleuve, jusqu’au début des rapides, dans le quartier du camp militaire Kokolo, du mont Ngaliéma [à l’ouest de la ville de ­Kinshasa] et du côté de Chanimétal [société de construction navale]. Des excavatrices géantes sont en action, des caniveaux sont curés ou creusés, des érosions sont enrayées, des fondations de pierre ou de brique sont jetées. Bientôt, le béton y sera coulé. Célio, qui nous fait visiter la ville, s’émerveille devant l’ampleur des moyens mis en œuvre par les partenaires chinois et devant leur célérité. Il souligne que la main-d’œuvre congolaise est largement sollicitée et correctement payée… L’heure étant à la reconstruction, les privés ne sont pas en reste. Puisque le ciment se trouve désormais en abondance, tous ceux qui en avaient les moyens se sont lancés dans l’immobilier. Dans le quartier résidentiel de la Gombe, de nouveaux immeubles sortent de terre, encore hérissés de fers à béton, des banques s’installent sur le boulevard. La nouvelle bourgeoisie du régime, qui dédaigne Ma Campagne ou Binza, les fiefs des mobutistes d’hier [partisans de Mobutu, président de 1965 à 1997], se taille désormais des lotissements sur mesure, comme Belle Vue ou le Cinquantenaire.

Discrets et efficaces, les Chinois ne sont pas seulement actifs dans les grands projets. On les retrouve aussi dans les quartiers populaires. A Yolo-Nord, la famille Minh a ouvert une boutique où, pour quelques dollars, on peut acheter radios, portables, jouets, chaussures à la mode, des produits de consommation qui donnent une illusion d’abondance tout en ­restant à la portée des bourses modestes… “Ces Chinois sont bien acceptés, relève Célio, ils vivent avec nous, ont appris le lingala plus vite que le français et fait leur place dans la cité…” Tous ne partagent cependant pas cet enthousiasme. Espérance relève qu’elle a déjà dû racheter quatre fois un nouveau four à micro-ondes et se jure bien que, la prochaine fois, elle ne se laissera plus séduire par les articles trop bon marché proposés par les Chinois. Des femmes se plaignent de la nouvelle concurrence que représentent les “petits Chinois” qui vendent pain et légumes mieux que les Congolais.

Les plus modestes victimes des nouveaux riches

Incontestablement, Kinshasa bouge. Ici, Célio montre le carrefour par lequel passera le périphérique qui contournera la ville pour gagner l’aéroport. Là, soulignant que “l’autorité de l’Etat se manifeste enfin”, il explique que des constructions illégales ont été détruites pour faire place à l’agrandissement d’un hôpital. Et devant l’antique gare coloniale, voici les fondations du futur hôtel Rakeen (groupe des Emirats arabes unis), qui brillera de tous ses feux. Pourtant, tout le monde ne se réjouit pas de la frénésie immobilière. Profitant de la faiblesse des autorités, les nouveaux riches s’octroient des passe-droits et expulsent sans pitié les gêneurs : les “déguerpis”, chassés sans indemnisation, se comptent par centaines. Parmi eux, une dizaine de prêtres barnabites qui ont dû évacuer et vider en toute hâte la grande maison achetée il y a cinq ans dans le quartier de Limete et transformée en couvent.

Le père Fabien estime qu’il a été victime d’un véritable déni de justice. “Le demi-frère de l’ancien propriétaire qui nous avait vendu la maison a contesté la vente cinq ans après, porté l’affaire devant un nouveau tribunal et, sans même attendre l’issue de l’appel, il nous a fait déguerpir”, explique-t-il. L’avocat des prêtres expropriés souligne avec amertume que, “derrière cette affaire, il y a des grands du régime, un député, deux directeurs de cabinet… Ils veulent transformer cette maison en hôtel, rien ne les arrête…” Même si les fauves ont changé de pelage politique, Kinshasa reste toujours une jungle…
 

Des experts africains ont évoqué les relations commerciales entre la Chine et le continent noir en marge de la 44e assemblée annuelle de la Banque africaine de développement, qui s’est tenue du 10 au 14 mai à Dakar. Seuls les pays africains exportateurs de pétrole ou disposant de ressources minières bénéficient d’un “commerce relativement équilibré avec la Chine”, note le quotidien sénégalais Wal Fadjri.

5 commentaires

  1. Bonjour,pour moi le fait que les chinois reconstruisent la ville de kinshasa est une bonne chose mais je pense aussi que les députés doivent veiller aux intérêts du peuple par des lois qui protègent,encadrent,ces investissemnets qui peut être sont faites au détriment des lois sur le foncier puplic,l’écologie.Et aussi le gouvernement doit expliquer les clauses de ces contrats aux élus du peuple qui à leur tour ne doivent pas se laisser corrompre par ces nouveaux riches.
    Dans tout ca le peuple lui gagne quoi?
    Si sa condition de vie ne change pas.Alors je dis attention vigilance

  2. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec Colette, que je lis avec plaisir dans « Le soir », je suis content de lire un article qui ne diabolise automatiquement pas la présence chinoise en Afrique.

    Au Togo en 2006, j’ai eu la chance d’avoir un long entretient avec le responsable d’une mission médicale chinoise à l’hôpital de Kara-Tomdé. je vous invite à lire l’article que j’en ai tiré : Attention au péril jaune, quand la Chine s’éveillera … (tralala)
    http://togo2006-pc.blogspot.com/2007/02/attention-au-pril-jaune-quand-la-chine.html

    Pierre Capoue

    • Salut à tous!

      Il ne faut pas rêver. Si les chinois viennent en RDC c’est d’abord pour leurs intérêts. Mais je suis convaincu que deux peuples, deux pays peuvent nouer un partenariat gagnant gagnant. Les investissements chinois ne sont certes pas gratuits. Mais je les préfère aux manoeuvres dilatoires des institutions de brettonwoods ou des pays occidentaux qui brillent par des discours et des promesses, qui font du saupoudrage et des actions superficielles éparpillées et qui brandissent des chapelets de conditions en laissant le peuple congolais mourir de maladie et de faim durant des années…

      Le changement de comportement des politiciens congolais doit être atisé par les forces vives: la presse, l’église, les étudiants, les associations et autres syndicats,etc… En parallèle ou en même temps, une sorte de plan marshall est inconditionnellement nécessaire aujourd’hui pour la RDC. Pas quelques millions mais des dizaines milliards.Que ceux qui ont les moyens d’agir et qui ne le font pas se taisent à jamais, et qu’ils ne viennent pas distraire les congolais…

  3. Si j’étais congolais je n’aimerais pas que les aides internationales soient conditionnées. Je crois que ce qui caractérise la Chine en Afrique c’est la négociation avec les pays africains en tant que puissances souveraines, d’égal à égal.

  4. RDCongo, lutte contre la corruption à la Province de Kinshasa
    Arrestation arbitraire de LUTU MABANGU Eulether du Directeur de RTCN II

    Ce 13 Décembre 2009 Le gouverneur de la Ville de Kinshasa a arbitrairement arrêté sans jugement, sans mandat des autorités judicaires le directeur de la RTNC II, Chaîne de télévision nationale congolaise, pour avoir diffusé une émission dans « Tribune de l’opinion » contre la corruption au sein du gouvernement de la Province de Kinshasa.

    Depuis plus de dix ans LUTU MABANGU Eulether, figure connue dans les média congolais, gère la Station II de la RTNC avec un talent professionnel non démenti en RDC. Il est conscient et révolté, comme la majorité des congolais, des nuisances de la corruption contre le développement social et économique à Kinshasa et à travers tout le pays.

    LUTU MABANGU Eulether est un des rares congolais qui ne se satisfont pas de la corruption devenu plat du jour. Son courage mérite d’être signalé et son geste soutenu par tous ceux qui veulent une gestion saine et un changement radical en RDC.

    Nous vous appelons à soutenir LUTU MABANGU Eulether dans sa lutte contre la corruption en RDC et à demander sa libération immédiate auprès des autorités congolaises. Visiblement une fois de plus le gouvernement de la province de Kinshasa se rend coupable de violation des droits humains et des libertés d’expressions dans un pays démocratique.

    Cyriac Lusilu Manianga
    Note: pour Braekman Colette


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