Où va l’Amérique latine ? Cuba propose son aide par Danielle bleitrach

carte-amerique-latine3[1]2009 est une année électorale pour l’Amérique latine : 2 référendums, 7 élections présidentielles et 9 législatives qui se succéderont en 2009 dans 10 pays d’Amérique latine: Salvador, Bolivie, Venezuela, Equateur, Panama, Mexique, Uruguay, Argentine, Honduras et Chili. Dans un contexte de baisse du prix des matières premières, d’aggravation de la crise, mais aussi de faiblesse des organisations révolutionnaires et de gauche, avec des phénomènes encore centrés sur des leaders mais où commencent à s’organiser les mouvements populaires, les Etats-Unis décidés à reprendre toute leur influence dans leur arrière cour vont tenter division et destabilisation d’un processus qui constituait son unité malgré d’incontestables disparités.

Si le 15 mars, les élections au Salvador ont conféré une victoire historique au parti de gauche FMLN, son candidat, Mauricio Funes, a obtenu 51,29 % des voix, en revanche le Panama est repassé à droite et les prochaines élections législatives vont avoir lieu en Argentine le 28 juin 2009.

 On a suivi  jusqu’ici les diverses péripéties électorales, l’amendement approuvé de la Constitution vénézuélienne qui permet à Chavez de se représenter, et également la grève de la faim d’Evo Morales: ce dernier a obtenu qu’après des modifications la nouvelle charte fondamentale, très soucieuse des intérêts des populations autochtones, lui permette de solliciter un second mandat lors d’élections présidentielle et législatives déjà fixées au 6 décembre. Enfin Rafael Correa a obtenu un véritable triomphe aux élections présidentielle et législatives du 26 avril. Allié de ses homologues Morales et Chavez, le président Correa suspendait en décembre dernier le paiement de près de 40% de la dette extérieure équatorienne. Populaire et permettant de ne pas réduire les programmes sociaux avant les élections, cette mesure peut exposer à terme l’Equateur à de coûteuses représailles internationales si le, pays reste seul à refuser la dette.

 En revanche, il y a eu au Panama, le 3 mai, l’élection de l’homme d’affaires et milliardaire Ricardo Martinelli très lié aux Etats-Unis qui ramène un Panama au centre droit après un gouvernement il est vrai de centre gauche plus que modéré. Le 25 octobre ce sera l’ Uruguay, là aussi comme au Panama ce qui régit le pays avec le président Tabaré Vasquez c’est un centre gauche très modéré cédant assez facilement aux Etats-Unis mais à l’inverse du Panama, le Frente Amplio (Front Elargi) a des chances raisonnables de conserver le pouvoir. L’élection à la présidence de son candidat le plus probable, l’ex-guérillero José Mujica, pourrait incliner le pays davantage à gauche.

 Ces victoires électorales d’anciens guérilleros et celle d’Ortega au Nicaragua pèsent sur la situation colombienne où les forces de gauche, y compris les FARC tentent de trouver les voies d’une participation au jeu légal dans un pays où encore aujourd’hui sur quatre syndicalistes tués dans le monde trois sont colombiens et où abandonner les armes peut signifier la mort immédiate.

 Au Honduras, le 29 novembre il va y avoir simultanément une présidentielle et des législatives et là le cas de figure est encore plus compliqué puisque tout se joue entre deux partis de droite la présidence se jouera entre Porfirio Lobo, du Parti national, et Elvin Santos, du Parti Libéral. Ces partis théoriquement de droite sont les deux principaux du pays. Encore faudrait-il savoir que l’actuel président Manuel Zelaya, élu en 2005 comme candidat du Parti Libéral, a signé en août 2008 l’adhésion du Honduras à l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques), organisation politico-économique de la gauche radicale à laquelle appartiennent Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et la Dominique.

Si l’on ajoute à cela que les régimes présidentiels généralisés en Amérique latine relativisent, davantage encore qu’aux Etats-Unis, l’importance des scrutins législatifs, souvent concomitants avec le présidentiel. Contrôlant l’exécutif, la présidence s’exercera même si l’opposition parlementaire est majoritaire et peut parfois freiner, voire enterrer, certaines initiatives présidentielles. Mais la déstabilisation peut aussi aller jusqu’au séparatisme d’instances régionales et locales, entrant dans l’illégalité voir des pratiques criminelles comme on l’a vu en Bolivie ou encore au Venezuela, ou on ne cesse d’assister à l’assassinat de syndicalistes et de tentatives de séparatismes dans la zone pétrolifère de Zulia. Donc chaque processus électoral local , régional, législatif peut servir de tremplin à ces aventures soutenues en sous main par les Etats-Unis. Le processus électoral dit démocratique ne s’exerce pas sur un terrain neutre, il nécessite le plus souvent des capitaux et passe par des canaux qui demeurent ceux de la dépendance au modèle étasunien, par le biais d’une histoire locale du clientélisme.

 C’est le cas en Argentin où le prochain rendez vous le 28 juin 2009, a lieu pour les législatives argentine, les listes sont closes depuis samedi 09 mai 2009,le 28 juin 2009 auront lieu les élections législatives et sénatoriales argentine. La droite ne cache pas son ambition voir s’écrouler le couple Kirchner au pouvoir dit-elle depuis 2003. Chaque province de la République va donc désigner ses représentants au Congreso chambre haute et basse de Buenos Aires. Un député national argentin est élu pour 4 ans, et la chambre est renouvelée par moitié (donc tous les deux ans). Actuellement nous sommes dans ce pays en plein dans les grandes manoeuvres et les ambitions locales autour de notables locaux, fleurissent de partout les accusations de corruption. Une atmosphère tout à fait favorable aux manoeuvres de la droite et des Etats-Unis. Quand Fidel explique qu’à la suite du viol par les Etats-Unis et leur homme de main Batista des résultats électoraux cubains, l’insurrection révolutionnaire a été la seule solution mais elle a eu le mérite de permettre la substitution d’une légalité révolutionnaire nouvelle favorisant la résistance, alors que le processus de gauche et de centre gauche se moule dans l’existant et qui a toujours fonctionné pour l’oligarchie alliée aux Etats-Unis, il faut également noter l’aprêté de la bataille menée pour la transformation de la Constitution au Venezuela, en Bolivie, en Equateur et chez tous ceux qui choisissent la voie la plus offensive de souveraineté et de redistribution égalitaire. La bataille contre l’OEA fait partie de cette logique.

Dans le fond on retrouve la distinction de Gramsci entre la guerre de mouvement -celle menée selon lui par les Jacobins sous la Révolution Française, insurrectionnelle et faisant table rase- et la guerre de position où il s’agit de prendre chaque tranchée -et qui serait selon lui celle des jacobins radicaux de la III e République l’installant définitivement en France. Encore faut-il au moment opportun conquérir la position qui s’impose et ne pas laisser la place faute de combat.

 Des élections législatives partielles renouvelleront le 5 juillet au Mexique la totalité des députés (le sort des sénateurs se jouera en 2012) .Mais pour le président conservateur mexicain Felipe Calderon et son homologue argentine, la péroniste de gauche Cristina Fernandez de Kirchner, qui sont tous deux arrivés alors à mi-mandat, se sera l’occasion de mesurer la température socio-politique de leur pays et déjà le contexte pour l’élection présidentielle de 2011 en Argentine et celle de 2012 au Mexique. Ce qui est mesurable dans ce cas là c’est l’état de la mobilisation des couches qui soutiennent la transformation et la manière dont elles sont en retrait comme on avait pu le percevoir lors du premier référendum constitutionnel de Chavez où il avait été battu par les abstentionnistes.

 C’est peut-être le cas du Chili qui fermera le cycle électoral latino-américain de 2009 par les élections législatives et la présidentielle concomitante du 11 décembre. Au pouvoir depuis 1990, soit depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet, la coalition de centre gauche Concertation pour la Démocratie pourrait perdre le scrutin présidentiel après avoir été devancée en octobre dernier, pour la première fois aussi, par la coalition de droite Alliance pour le Chili à l’élection directe des maires des municipalités.

 Comme on le voit si on assiste depuis le début de ce processus électoral de 2009 a un grand nombre de victoire du processus de gauche et de centre gauche en Amérique latine, il existe une grande fragilité en particulier dans les pays du cone, l’Argentine et le Chili, ce dernier surtout. La déception populaire est forte et laisse la place à un retour en force de la droite fascisante qui n’a jamais désarmé et bénéficie de toute l’aide étasunienne autour de petits caudillos locaux et leurs hommes de main.

 Car le contexte est celui également de l’élection d’un nouveau président des Etats-Unis bien décidé à reprendre le terrain perdu en Amérique latine par son prédécesseur en utilisant au maximum les instruments qui tel l’OEA restent à sa disposition, et en jouant à plein sur les effets de la crise économique, le mécontentement et la déception populaire devant des gouvernements de gauche et de centre gauche qui n’ont pas nécessairement répondu à leurs attentes. Même dans leurs réflexions les plus « ouvertes » à l’égard de l’Amérique latine, les Etats-Unis conservent la même vision de leurs droits supposés sur le sous continent, ainsi en est-il d’Hillary Clinton quand elle se plaint des liens noués avec la Chine, la Russie et l’Iran. Il y a dans l’esprit des uns et des autres une sorte de reconnaissance de la légitimité coloniale dont chacun a du mal à se défaire et il est peu probable que les Etats-Unis qui en bénéficient soient ceux qui y renoncent si on ne les y force pas. Il y au contraire de leur part un interventionnisme spontané et à différents niveaux de criminalité qui leur paraît « naturel » comme tous les colonialismes. S’en débarrasser n’est pas aisé parce que la domination est inscrite dans les échanges, dans les institutions autant que dans les mentalités.

C’est aussi dans ce sens que j’ai compris l’annonce de Fidel: la lutte ne fait que commencer et il aurait pu ajouter elle va être dure. Il ,faut relire le texte dans lequel il apporte soutien et expérience au Venezuela, lui-même désormais la cible principale des attentions de l’empire.C’est ainsi que j’entends le dernier message de Fidel: le Venezuela n’est pas seul, nous sommes là. L’Amérique latine en privilégiant le processus électoral et y compris en laissant prospérer une force d’opposition directement manipulée partout par les Etats-unis a choisi la voie la plus difficile. C’est votre choix, nous le respectons et nous vous apporterons notre aide comme nous l’avons toujours fait.

Par parenthèse, dire que le Venezuela est la cible principale ne signifie en rien que Cuba va passer au second plan des attentions impériales. Ce qui apparaît c’est au contraire le fait que les Etats-Unis et leur nouveau président ne veulent céder sur rien en ce qui concerne l’île. Ils savent à quel point Cuba, comme l’avait prédit José Marti en son temps est la sentinelle qui veille à l’indépendance de Nuestra America, celle des Républiques indépendants et unie de Bolivar, un contre-projet à ce qui s’est construit historiquement aux Etats-Unis et à sa vocation de pillard. Ce n’est pas un hasard si ce sur quoi s’est réalisé l’unanimité de ces pays au sommet des Amériques de Trinidad et Tobago c’est le refus du traitement inique infligé à Cuba et de son exclusion.

Mais ce que dit Fidel également et ce trés clairement, c’est que la liberté coûte cher et que pour la conquérir les pays de l’Amérique latine et des Caraïbes doivent faire l’effort comme nous l’avions dit ici non plus seulement de ruer dans les brancards mais de « sortir des brancards ». C’est de ce choix que dépend l’avenir du processus en Amérique latine, ce que dit Fidel avec simplicité: il faut sortir de l’OEA, y compris pour poursuivre le processus d’émancipation et de reconquête de la souveraineté.

L’année électorale prend sens dans ce contexte de choix, comme le disait le Che, construire une société juste nécessite une bataille de tous les instants et celle-ci est à peine entamée.

Danielle Bleitrach

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