La Martinique en lutte!Par Marc Harpon

Le 05 février, le prolétariat martiniquais est entré en lutte contre la vie chère. Une heure avant le moment fixé pour le rassemblement, nous étions déjà plusieurs centaines. Lorsque nous nous sommes mis en marche, j’étais déjà quasiment à cours de tracts, alors que j’en avais prévu plus de cinq cents.
Je n’avais jamais vu autant de monde dans les rues à Fort-de-France. D’aucuns diront que je suis trop jeune pour juger. Mais mon impression a été confirmée par une quinqua syndicaliste. Elle non plus n’avait jamais vu autant de monde dans la rue, ni autant de rues totalement désertes parce que ne figurant pas sur le parcours des manifestants. La gare routière du bord de mer était totalement vide, du moins du côté des bus du réseau Mozaïk, les transporteurs individuels privés qui assurent les voyages au-delà des limites de l’aglomération Lamentin-Fort-de-France-Schoelcher n’ayant pas fait grève le 05. Nous étions sans doute plus de 15 000, en dépit des allégations de ce flic qui, le plus sérieusement du monde, s’est avancé vers moi pour me demander combien nous étions en proposant le chiffre ridicule de…1500 manifestants. 15 000 personnes,sur une île de 400 000 habitants. C’est énorme…


Diverses professions étaient représentées : l’Education, l’Hôpital, les crèches, la restauration etc. Les ouvriers de la filiale locale d’Arcelor Mittal étaient présents avec leurs polos oranges estampillés du nom du géant indien, à à peu près une dizaine, ce qui est énorme, compte tenu de la taille réduite de cette filiale (18 salariés) qui ne s’occupe que de tôlerie. Mais, dans les divers corps de métiers, le gros des troupes défilait non pas sous les couleurs de son entreprise ou de sa profession, mais sous celles d’une centrale syndicale ou d’un parti. Le MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais), le PPM (Parti Progressiste Martiniquais), le RDM (Rassemblement des Démocrates Martiniquais), le CNCP (Conseil National des Comités Populaires), le Parti de Gauche, le Parti Socialiste étaient là, ainsi que les militants du Groupe Révolution Socialiste et de Combat Ouvrier. Seul absent, le Parti Communsite Martiniquais. J’ai parlé pendant une bonne demi-heure avec un militant PCF, retraité du rail en vacances dans l’île, qui cherchait désespérément le cortège du PCM. Un militant du RDM m’a confirmé ne pas avoir vu les communistes et, moi-même, je les ai cherchés, dans l’espoir qu’ils autorisent les quatre personnes qui défilaient pour le Parti de Gauche à rejoindre leur cortège.
Je salue fraternellement le sens des responsabilités prolétariennes de ce retraité que je viens d’évoquer. Prendre une journée de ses vacances sous le soleil tropical pour grossir les rangs du peuple en lutte! Quel bel exemple. Je salue également les efforts de la direction politique et syndicale du prolétariat martiniquais. J’ai sur ce blog critiqué sa décision d’organiser une mobilisation le 5 février, au lieu de commencer la lutte dès les jours qui ont suivi le début de celles des guadeloupéens. Je lui reprochais principalement de ne pas avoir appelé à manifester le 29. Mais s’il eût été pertinent de manifester dès la semaine du 20, par solidarité avec les guadeloupéens, je ne suis plus persuadé qu’une grève décidée pour le 29 aurait eu le succès de celle de cette semaine. A entendre les slogans autonomistes voire franchement indépendantistes qui ont par endroits et par moments été scandés par les manifestants, je me suis demandé si une manifestation commune avec la France métropolitaine aurait mobilisé autant. Même en passant près du cortège du PS on entendait parfois des « Matnik sé pa ta yo » (« La Martinique n’est pas à eux)…Quoi qu’il en soit, le défilé de jeudi a été une grande réussite, qui est en train de se prolonger, puisque la grève est reconduite.
Mais je salue surtout, plus que les chefs syndicaux, les masses prolétariennes martiniquaises. J’ai parlé avec une vieille dame, qui m’a dit avoir plus de soxiante-cinq ans et être déjà obligée de travailler. Quand on reçoit un minimum vieillesse inférieur au seuil de pauvreté (comme une personne sur deux partant à la retraite, depuis les lois Balladur et Fillon), que l’on a travaillé toute sa vie et qu’on travaille encore pour une misère, qu’on vit dans une île où le paquet de pâtes alimentaires coûte 87% de plus qu’en métropole, perdre une journée de salaire, c’est devoir faire face à des diffcultés énormes. Il faut un courage immense pour accepter ces difficultés et entrer en lutte. Je salue aussi la bonté du prolétariat. L’altruisme spontané de cette femme, visiblement très modeste, qui est venue en aide à ma mère alors qu’elle avait un début de malaise, m’a prouvé le sens de la solidarité humaine qu’ont les petites gens. Un sens de la solidarité que n’a pas ce patron de commerce qui, seul, a ouvert son magasin de vêtements (sans doute pour provoquer, vu que sa rue, comme tant d’autres, était déserte et que le jour ne se prêtait guère au shopping) et qui, durant la très brève conversation que j’ai eue avec lui, m’a énoncé les lieux communs dont se pare systématiquement la cupidité : il n’y a plus de riches, les mesures sociales sont impossibles à financer sans asphyxier les patrons (qui, c’est bien connu, sont pauvres, vu qu’il n’y a pas de riches), il faut une zone franche globale à la Martinique…A ce que m’a dit ma tante, qui était avec moi à ce moment là, le malheureux roule en Porsche…

Fort-de-France le 06 février 2009

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Un commentaire

  1. Bonjour
    Il se trouve que le hasard a fait que je me trouvais en Martinique pendant les grèves et j’ai pu constater un mouvement exemplaire, à tel point que je suis redevenu fier de mes engagements politiques… Exemplaire parceque soutenu presque sans faille par toute la population exepté une frange de métropolitain (je suis métropolitain) , se rétractant dans leurs intérêts à court terme, et qui ne comprenait pas que les Martiniquais voulaient vraiment ouvrir un débat essentiel. Quant au sois disant racisme, je peux témoigner qu’au contraire de ce qui a été dit, les Martiniquais ont cherché intansément le contacte avec les Blancs et comme j’ai habité 25 ans en Martinique que j’ai quitté il y a 10 ans ce désir de contact était réellement palpable mais comme je l’ai dit, souvent rejetté par les métros qui sortaient les vieilles lunes: argent braguettes… ne pensent qu’à nuir au Blanc… ne comprennent rien à la société moderne etc… Hélas ceux qui ne comprennent rien ne sont pas ceux qu’on dit et je suis d’accors avec le camarade Notta : ceux-là n’ont qu’à partir! .
    Kirk


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