SAVEZ VOUS REELLEMENT QUI EST KISSINGER ?

stevebell5121dans le cadre du souci pédagogique de ce blog, après vous avoir présenté les nouvelles idées de monsieur Kissinger, je me suis dit que si tout le monde avait entendu parler du personnage, il est possible que vous n’ayez pas toutes les cartes en main pour saisir le sel de ce qu’il dit. Il est clair que henry Kissinger cherche à se placer, comme il a été l’ennemi des néo-conservateurs -les maîtres à penser du premier mandat de Bush- il vient faire ses offres de service. comme toujours chez les courtisans cyniques  il se met dans le sens du vent.Mais voyez plutôt son parcours, à travers deux excellents articles d’Ibrahim Warde pour le blog du monde diplomatique.  Je voudrais ajouter que pour avoir lu ses mémoires « Diplomate », il me semble que l’homme s’est faite une réputation d’intelligence à bon compte, il s’est non seulement complétement fait avoir dans les négociations de paris avec le Vietnam pris à son propre piège, celui de manoeuvrer en attendant la victoire sur le terrain où ce fut la débâcle, mais surtout en Angola où il subit la loi cubaine, à tel point que ses mémoires s’arrêtent avec cet échec cuisant dont il ne rend pas compte.  Fidel Castro est nettement d’une pointure au-dessus.

Du Vietnam au Chili

Les crimes de guerre de M. Henry Kissinger
Dans son dernier ouvrage, destiné à servir de bréviaire aux diplomates du XXIe siècle, M. Henry Kissinger se départit de son ton docte et froid aussitôt qu’il évoque l’intrusion récente du principe de la « juridiction universelle » dans les relations internationales (1). L’ancien secrétaire d’Etat américain ne décolère pas lorsqu’il parle de l’arrestation à Londres, en 1998, de son protégé, le général chilien Augusto Pinochet, sur ordre d’un juge d’Espagne. Il affirme que le discours sur les droits de la personne (dont il revendique par ailleurs la paternité) devait « servir avant tout d’arme diplomatique fournie aux citoyens des pays communistes pour leur permettre de combattre le régime soviétique, et non d’arme légale pouvant être utilisée contre des dirigeants politiques devant des tribunaux de pays tiers ». Un paragraphe plus loin, il affirme cependant qu’il est aujourd’hui impératif d’interdire que « les principes du droit soient utilisés à des fins politiques ».

Si l’analyse est embrouillée, sinon contradictoire, c’est sans doute en raison du trouble que ressent M. Kissinger depuis l’affaire Pinochet. En effet, de passage à Paris le 28 mai 2001, l’ancien secrétaire d’Etat reçut la visite de la brigade criminelle, qui venait lui remettre une convocation du juge Roger Le Loire. Invité à comparaître au palais de justice comme témoin dans l’affaire de la disparition de cinq Français au Chili, M. Kissinger, impliqué directement ou indirectement dans la création du plan « Condor » – réseau de chasse aux opposants dans six dictatures militaires d’Amérique latine (Chili, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine, alors gouvernés par des dictatures militaires) -, réserva sa réponse. Le lendemain, il quitta précipitamment la France.

Le journaliste britannique Christopher Hitchens a effectué l’inventaire des agissements du « magicien de la diplomatie » qui pourraient, à l’aune de la nouvelle jurisprudence internationale, constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou d’autres délits justiciables (2). Ses révélations, fondées pour l’essentiel sur des documents officiels américains récemment « déclassifiés », contredisent les versions présentées par l’intéressé dans trois volumes de Mémoires aussi massifs que tendancieux.

La carrière politique de l’homme qui obtint le prix Nobel de la paix en 1973 fut en effet marquée par le culte de la violence et du secret. La responsabilité directe de M. Kissinger ne fait plus aucun doute dans la prolongation (injustifiée d’un point de vue stratégique) de la guerre du Vietnam et son extension au Cambodge et au Laos, ni dans les campagnes d’assassinats et de subversion de la démocratie au Chili, à Chypre, en Grèce et au Bangladesh, non plus qu’en ce qui concerne sa complicité dans le génocide du Timor-Oriental.

L’ancien secrétaire d’Etat connaîtra-t-il pour autant le sort des Pinochet et autres Milosevic ? Sans doute pas. Mais le diplomate le plus célèbre du monde est un homme inquiet, sinon traqué. Lorsqu’il parcourt la planète pour pontifier au tarif de 200 000 francs de l’heure, il évite désormais tout pays dont le système de justice pourrait l’importuner. Et tandis qu’il jouissait jusqu’à présent d’une révérence médiatique sans faille, il doit maintenant exiger de ses intervieweurs l’engagement écrit qu’ils ne poseront aucune question touchant de près ou de loin au livre de Christopher Hitchens ou aux sujets que ce dernier aborde.

Ibrahim Warde.Géopolitique, Justice, Relations internationales, États-Unis (affaires extérieures)
Ibrahim Warde
Professeur associé à l’université Tufts (Medford, Massachusetts, Etats-Unis). Auteur de Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme, Agone – Le Monde diplomatique, Marseille-Paris, 2007.
(1) Henry Kissinger, Does America Need a Foreign Policy ? Toward a Diplomacy for the 21st Century, Simon & Schuster, New York, 2001, 352 pages, 30 dollars US.

(2) Christopher Hitchens, Les Crimes de monsieur Kissinger, Editions Saint-Simon, Paris, 2001, 206 pages, 99 F.

 

 

Révélation inédite de Bob Woodward

Le retour de M. Henry KissingerDans ses précédents ouvrages, Bob Woodward faisait preuve d’une admiration béate devant le président américain et son équipe (1). M. George W. Bush y était dépeint en leader héroïque, audacieux et visionnaire ; ses lieutenants brillaient par leur professionnalisme. Le dernier volet de la trilogie, qui vient de paraître, révèle au contraire un président falot (quoique convaincu de son infaillibilité), en « état de déni » face au fiasco irakien, et entouré d’une cour aussi incompétente qu’obséquieuse (2).

Le journaliste d’investigation le plus célèbre – mais assurément pas le plus courageux – des Etats-Unis donne l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, car les ouvrages consacrés à la folle aventure irakienne ne se comptent déjà plus. L’intérêt de son dernier livre réside ailleurs, dans une révélation inédite : celle du grand retour sur la scène politique de M. Henry Kissinger. Elle éclaire d’un jour nouveau la « diplomatie » américaine.

De prime abord, les visites, aussi nombreuses que secrètes, de l’ancien secrétaire d’Etat peuvent surprendre, car la vision « kissingérienne » est en tous points aux antipodes des principes énoncés par l’administration Bush. Lorsque des intellectuels de gauche, tel Christopher Hitchens, se sont ralliés à l’idée d’un changement de régime en Irak, ils pouvaient même s’enorgueillir de prendre le contre-pied de cette « vision ».

Le premier mandat de M. Bush avait en effet été imprégné de l’influence des néoconservateurs, dont la doctrine de politique étrangère fut bâtie depuis les années 1970 avec M. Kissinger pour repoussoir : contre la politique de détente avec l’Union soviétique, contre les traités limitant la course aux armements, contre le choix de la « stabilité » aux dépens de la « démocratie ». Par ailleurs, M. Donald Rumsfeld, chef d’état-major de la Maison Blanche du temps du président Gerald Ford, et son adjoint de l’époque Richard Cheney s’étaient livrés à une véritable « guérilla bureaucratique » visant à affaiblir un Kissinger jugé trop puissant.

Depuis son départ du pouvoir en janvier 1977, l’ancien secrétaire d’Etat n’avait cessé de tenter de se remettre en selle. Il trouva preneur en la personne du président George W. Bush, orphelin, au début de son second mandat, de la tutelle des néoconservateurs, dont les principaux ténors (tels MM. Paul Wolfowitz et Douglas Feith, respectivement numéros deux et trois du Pentagone) avaient quitté l’administration. M. Bush a donc trouvé une caution intellectuelle de poids pour ses choix de politique irakienne. Ce qui lui a permis d’affirmer, alors même que bien des voix s’élevaient – y compris dans le camp républicain – pour réclamer le retrait des troupes américaines, qu’il maintiendrait le cap « même [s’il] ne possède plus que le soutien de Laura et Barney » (sa femme et son chien).

C’est au prix de contorsions idéologiques que M. Kissinger, octogénaire, a retrouvé son rôle de conseiller du prince. Hier réservé au sujet de la guerre d’Irak, celui qui a toujours eu un faible pour les dictateurs affirme désormais que le renversement du régime (pourtant laïque) de M. Saddam Hussein était nécessaire car « la guerre d’Afghanistan avait insuffisamment humilié les islamistes ». Il conseille à M. Bush de ne pas reculer d’un pouce, histoire de ne pas répéter les erreurs du Vietnam. Le manque de détermination du public et du Congrès avait alors, selon lui, mené à la défaite. Toute réduction des troupes en Irak reviendrait à « lancer des cacahuètes salées au public : plus il en mangera, et plus il en redemandera ».

Quant à la grande idée de l’administration Bush – répandre la démocratie de par le monde –, qui horrifiait tant M. Kissinger, il la juge désormais excellente, car elle permet de fournir un paravent utile à une campagne militaire qu’il désire longue et impitoyable.

Ibrahim Warde.Démocratie, Politique, États-Unis, Irak

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Ibrahim Warde
Professeur associé à l’université Tufts (Medford, Massachusetts, Etats-Unis). Auteur de Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme, Agone – Le Monde diplomatique, Marseille-Paris, 2007.
(1) Bob Woodward, Bush at War, Simon & Schuster, New York, 2003, et Plan of Attack, Simon & Schuster, New York, 2004.

(2) Bob Woodward, State of Denial : Bush at War, Part III, Simon & Schuster, New York, 2006, 560 pages, 30 dollars.

2 commentaires

  1. Oui je sais qui il est! C’est un beau fils de pute!

  2. Certainement un des plus grands génocidaires du siècle passé avec Adolf, Josef, Pol Pot. Mais de plus derrière le rideau, non sur scène.
    Un rêve? Le voir traduit en justice.
    Et le livre de C. Hitchens est une belle ouverture au dossier.


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