Jérusalem. Israël a tout fait pour liquider les intellectuels palestiniens, surtout de gauche, dans ses tentatives d’oblitérer la mémoire et l’identité de cette nation.

34791684_p1Nous sommes dans le temps légitime de l’indignation et de la dénonciation du massacre, mais je ne me résigne jamais à donner au destin humain l’apocalypse pour issue. Je crois qu’il faut partir du projet impérialiste et colonialiste qui a été mené en Palestine, sous couvert de la création ex nihilo d’un Etat d’israél, pour le contrecarrer. Un des crimes israélien, c’est-à-dire le sionisme comme pont avancé de l’occident a été de tenter d’étouffer les voix palestiniennes. Et pas n’importe lesquelles, les voix de gauche, les voix communistes, celles qui combattaient tout en cherchant une issue humaine,, internationaliste. Il n’y a pas eu qu’henri Curiel d’assassiné, voici l’histoire de Ghassan Kanafani racontée par el Arham, l’hebdomadaire egyptien en langue française. S’il était un projet auquel j’aimerais participer ce serait celui de la renaissance et de la connaissance de cette culture palestinienne, ce serait une oeuvre de vie sur la volonté de mort.

Assassiner la culture palestinienne

Beyrouth, juillet 1972 … une bombe est placée dans la voiture de Ghassan Kanafani. Elle explose. L’écrivain palestinien est tué, lui et sa nièce de 17 ans. Une opération du Mossad, comme l’ont dénoncée les Palestiniens et que les Israéliens ont par la suite reconnue après une série de mensonges cousus de fil blanc. L’assassinat de Kanafani a ceci de significatif qu’il a été l’un des premiers à dévoiler un plan israélien d’éliminer les intellectuels palestiniens et liquider en général la gauche. Un stratagème qui entre dans le cadre d’un effacement de l’identité palestinienne, toujours voulu depuis l’usurpation de la Palestine par les sionistes en 1948. Historiens et analystes soulignent ainsi que l’attentat contre Kanafani rappelle ceux dits de la « vengeance de Munich », alors que la prise d’otages des Jeux Olympiques (JO) de Munich a eu lieu après son assassinat, ce qui pousse à demander si la volonté de liquider les intellectuels palestiniens ne daterait pas d’avant Munich.

Dans un rapport officiel, Israël a admis que ses agents du Mossad avaient assassiné le romancier, auteur de nouvelles et dramaturge palestinien. Le journal israélien Yediot Aharonot a publié le rapport d’Eitan Haber, qui a révélé des informations sur l’assassinat de Kanafani et d’autres opérations qu’Israël a effectuées. Haber, qui fut porte-parole du premier ministre israélien assassiné, Ytzhak Rabin, et l’homme qui écrivait ses discours, a publié un livre avec Michael Bar Zohar, intitulé La Poursuite du Prince rouge. Le Yediot Aharonot indique qu’après qu’un groupe de Palestiniens a enlevé 11 athlètes israéliens qui participaient aux JO de Munich, la police allemande a tué certains des Palestiniens et tous les athlètes israéliens. Haber a indiqué que les Allemands, encouragés par Israël, n’ont pas eu l’intention de libérer les otages. « Les policiers allemands ont attendu à l’aéroport et ont ouvert le feu sur le groupe de Palestiniens et leurs otages », écrit Haber, deux ans après l’incident. Il a été révélé que tous ceux qui ont été tués l’ont été par les snipers allemands, démentant un gros mensonge véhiculé par Israël, et même par l’Occident, selon lequel ce sont les Palestiniens qui les avaient tués. « Pourtant, le premier ministre israélien de l’époque, Golda Meir, a publié un ordre pour former un comité ministériel afin d’assassiner des personnalités palestiniennes et se venger », ajoute Haber.

Le comité a été formé et était composé des personnalités israéliennes suivantes : Moshé Dayan, qui était ministre israélien de la Défense, le ministre des Affaires étrangères Yigal Alon, le ministre sans portefeuille Yesrael Galilee, le chef du Mossad Zfika Zamir, les conseillers aux Renseignements de Meir, Aharon Yarif et Rahbaam Zeevi, qui a été assassiné par un groupe de Palestiniens en 2001, alors qu’il se trouvait à l’hôtel Hayat à Jérusalem. Un autre Palestinien qui a été assassiné, bien qu’il n’ait eu aucun lien avec l’incident de Munich, fut le professeur Basel Al-Kabeesy, qui a été abattu à Paris en mars 1973. Autre crime dans la série israélienne contre les intellectuels palestiniens, Kamal Nasser (1925-10 avril 1973). C’était un homme politique et un poète. Membre important de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), il meurt assassiné par le Mossad, au côté d’Abou-Youssef et de Kamal Adouan lors de ce massacre de Beyrouth en 1973. Sa biographie est significative. Kamal Nasser est né à Bir Zeit en 1925. Chrétien, il est, avant le partage de la Palestine, fiancé à une juive. Il étudie à l’Université américaine de Beyrouth et enseigne le droit à Jérusalem. Il est aussi journaliste. Il intègre le parti Baas et est directeur de publication du journal Al-Baas à Ramallah. Il compose aussi pour Al-Jil al-jadid, un périodique littéraire.

Entre-temps, la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël est faite et la guerre israélo-arabe de 1948-1949 éclate. La Transjordanie gagne la Cisjordanie et devient alors la Jordanie. Ainsi, en 1956, il est élu député Baas au Parlement jordanien. Mais en 1947, il est contraint à l’exil par le roi Hussein. Il part pour Le Caire et admire l’union entre la Syrie et l’Egypte en 1958. Il est très déçu de l’échec de la République arabe unie en 1961 et s’attaque alors par écrit au président égyptien Gamal Abdel-Nasser, et finit par être expulsé.

Il séjourne tout d’abord à Paris, puis rejoint Damas. Il retourne finalement en Palestine, à Ramallah, peu avant le déclenchement de la Guerre des six jours. Israël conquiert la Cisjordanie, ce qui permet à Nasser de rencontrer des personnalités israéliennes. Il crée avec Ibrahim Bakr le Groupe de Ramallah, et finit par être expulsé en décembre 1967.

Il rejoint l’OLP dès son expulsion. Il devient l’éditeur du journal de l’OLP, Filastin al-thawra. De février 1969 à juillet 1971, il entre dans le comité exécutif de l’OLP et sert d’unique porte-parole de l’organisation. Une vie bien significative d’un Palestinien qui a tenté le dialogue tout en menant la lutte. Mais pour un Israël décidé d’en finir avec les Palestiniens, il faut surtout liquider les hommes de culture et d’une paix éventuelle.

D’ailleurs, Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères, avait été engagée par le Mossad, et plusieurs sources indiquent qu’elle participait à l’époque à des missions commandos à l’étranger. Membre d’une unité spécialisée dans l’assassinat des « ennemis d’Israël », elle aurait notamment participé à la liquidation de dirigeants de l’OLP lors de séjours en Europe. C’est bien sans commentaire.

Ahmed Loutfi
 

 
 
 
 A Jérusalem (Extrait)de Mahmoud Darwich

A Jérusalem, je veux dire à l’intérieur des vieux remparts, je marche d’un temps vers un autre sans un souvenir qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent l’histoire du sacré … Ils montent aux cieux et reviennent moins abattus et moins tristes, car l’amour et la paix sont saints et ils viendront à la ville. (…)

Je ne marche pas. Je vole et me transfigure. Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ? Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.

Mais je me dis : Seul le prophète Mahomet parlait l’arabe littéraire. « Et après ? » Après ?

Une soldate me crie soudain: Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?

Je dis : Tu m’as tué … mais, comme toi,j’ai oublié de mourir.

 

L’amertume qui dure

Naji Al-Ali fut atteint d’une balle dans la tête le 22 juillet 1987, à Londres, et succomba à ses blessures un mois plus tard, et l’on dit qu’il fut le premier caricaturiste à être assassiné pour ses dessins. Cette exécution d’un intellectuel et artiste palestinien reste un mystère. Qui en est responsable ? Difficile de le dire. Toutes les pistes sont possibles, y compris celles arabes. On n’aimait pas tellement les prises de position de ce Palestinien né vers 1937, en Galilée. sa famille s’est réfugiée en 1948 au camp libanais de Ein Al-Helweh. C’était l’exil qui le poussa à travers environ 10 000 dessins à décrire la situation du peuple palestinien. Il fut découvert par Ghassan Kanafani et ses premiers dessins prêchèrent l’espoir et la révolution. Il a travaillé au Koweït pour le journal Al-Qabas pendant trois années, puis il s’est installé à Londres après avoir été expulsé de cet Emirat en 1985. Il disait que ses caricatures étaient « l’expression des opprimés qui paient cher leurs vies ».

Naji dit de Hanthala son personnage principal : « Hanthala est né à l’âge de 10 ans et depuis son exil, les lois de la nature n’ont aucune emprise sur lui. Il ne recommencera à croître que lors de son retour sur sa terre natale. Il n’est pas un enfant bien portant, heureux, serein et couvé. Il va pieds nus comme tous les enfants des camps de réfugiés. Ses cheveux sont ceux de l’hérisson qui utilise ses épines comme arme. Bien qu’il soit rude, il a l’odeur de l’ambre. Ses mains, toujours derrière son dos, sont le signe du rejet des solutions porteuses de l’idéologie impérialiste et sioniste. Au début, il était un enfant palestinien, mais sa conscience s’est développée pour devenir celle d’une nation puis de l’humanité dans sa totalité. Il a fait la promesse de ne jamais se trahir. Hanthala veut dire amertume ».

3 commentaires

  1. Shalom aleykhum

    excellent billet !

    En outre, ils n’ont pas buté le Mandela Palestinien.
    Il est toujours enfermé dans les geoles de l’apartheid israëlien/
    Marouane BARGHOUTI.
    Et je suis convaincu qu’il existe un DE KLERK Israëlien.
    La vérité est en route….

  2. Désolée Danielle de revenir par la fenêtre – mais c´est ça internet- vaya rima !

    Un seul message: lisez et relisez Retour à Haifa de Ghassan Kanafani !

  3. Superbe texte bien étayé.Il en faut de plus en plus de documents de cette nature pour montrer la verité cachée par des masses médias à la solde imperialo-sioniste.Qui sont les vrais terroristes?


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