Un autre récit de la Révolution Culturelle : Some Of Us : Chinese Women Growing Up in the Mao Era (2/3)

maoSome Of Us : Chinese Women Growing Up in the Mao Era [Quelques unes d’entre nous : Femmes Chinoises ayant grandi à l’ère Mao, ndt](édité par Xueping Zhong, Wang Zheng et Bai Di)

Recension, deuxième partie.

Deuxième partie de la recension par Prairie Fire (monkeyshmashesheaven.wordpress.com)

Traduction de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société.

Première partie de la recension à :

https://socio13.wordpress.com/2009/01/12/un-autre-recit-de-la-revolution-culturelles-some-of-us-chinese-women-growing-up-in-the-mao-era/#comment-10400

Some Of US est une anthologie d’écrits autobiographiques de femmes chinoises de milieux petit-bourgeois qui ont grandi durant la décennie de Révolution Culturelle, mais ont plus tard déménagé aux USA pour faire des carrières académiques. Les auteures ne sont indubitablement pas représentatives de la majorité des femmes chinoises. Beaucoup des auteures sont hostiles à Mao. Les points de vue des auteures sont loin de ceux du maoïsme-tiers-mondisme. De plus, la compilation souffre des limites inhérentes à l’histoire oral : une approche anecdotique. Néanmoins, le livre complique les récit de type victime-bourreau de la décennie de la Révolution Culturelle ; il contient d’importants aperçus du genre à l’ère de Mao.

Il n’y a pas de façon facile de résumer les diverses observations sur le genre contenues dans Some Of Us. Ce qu’il y a de rafraîchissant à propos des anecdotes est qu’elles rendent compte de la complexité et de la difficulté liées aux tentatives maoïstes de refaire le monde sans oppression de genre. Bien que les tentatives maoïstes n’étaient pas parfaites, on a le sentiment que les efforts maoïstes étaient des tentatives très réelles et très sincères de faire avancer la cause de la libération humaine. A cet égard, le livre diffère de nombreux récits occidentaux cyniques.

La profondeur de la révolution sociale chinoise et le large nombre de personnes impliquées est la raison pour laquelle la Révolution Culturelle est le plus avancé des pas vers le communisme de l’histoire. Un quart du monde s’est dressé. La Chine a fait un bond depuis la compression des pieds [des filles] jusqu’aux pratiques avancées de la Révolution Culturelle. Le mouvement maoïste en Chine a été le plus grand mouvement féministe de tous les temps en termes d’impact sur le statut des femmes. Toutefois, l’analyse du genre à l’ère maoïste était en retard par rapport à la pratique. L’une des expérimentations sociales de l’égalité des genres les plus avancées de l’histoire de l’humanité était dépourvue du guide d’une théorie adéquate. Dans les années maoïstes, le moralisme socialiste était autant sinon plus influent que la science révolutionnaire dans al vie de tous les jours. Mais même ainsi, les témoignages de Some Of Us attestent du pouvoir de maximes et de slogans simples tels que : « Les temps ont changé. Les hommes et les femmes, c’est la même chose. Tout ce que les hommes savent faire, les femmes savent le faire aussi. » Jiang Jin raconte son expérience :

« J’ai grandi dans une ère révolutionnaire, une ère marquée par une voix forte qui annonçait distinctement « Les temps ont changé. Les hommes et les femmes, c’est la même chose ». le lecteur occidental peut être sceptique à propos de l’idée que les hommes et les femmes ce soit la même chose ; mais dans le contexte de la nouvelle République Populaire de Chine, ce slogan, à sa manière simpliste, délivrait à des millions de femmes chinoises le message que dans cette ère nouvelle les hommes et les femmes étaient égaux. LA nouvelle constitution donnait aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes. L’Etat a fait appel aux femmes pour travailler hors de chez elles et promis de les récompenser avec une paye égale. La nouvelle orthodoxie tenait aussi que les hommes et les femmes étaient égaux en termes de compétence intellectuelle, de conscience politique et même de force physique. La rhétorique de la libération des femmes et une politique d’Etat qui développait l’égalité de genre ont façonné mon expérience du fait de grandir à l’ère de Mao et, dans une large mesure, formé mon identité et le chemin que j’ai choisi dans la vie. » (p.100)

Des expériences similaires sont rappelées tout au long de Some Of Us. Naihua Zhang :

« D’une certaine manière, j’étais consciente du genre et mes paires l’étaient aussi. En rédigeant des compositions sur ce qu’elles voulaient être quand elles seraient grandes, beaucoup d’élèves de sexe féminin écrivaient rêver être des « femmes scientifiques », « des femmes ingénieures », des « femmes pilotes », des « femmes chauffeur de tracteurs », etc. Il était évident que nous étions conscientes de la ségrégation en matière professionnelle et nous étions encouragées à prendre des rôles de genre non traditionnels- d’où l’insistance sur le « femme » pour tous les rôles professionnels mentionnés plus haut. Personne ne mentionnait jamais la possibilité de grandir pour devenir une mère. Dans mon collège, une des élèves a écrit qu’elle voulait devenir la femme d’un ambassadeur. Cet incident a été choisi durant la Révolution Culturelle comme prouvant à quel point l’éducation bourgeoise de notre école avait corrompu des esprits innocents : cette élève désirait un statut social acquis par le mariage plutôt que par ses propres œuvres. Le slogan populaire de la Révolution Culturelle, basé sur la citation de Mao, était « Les temps ont changé. Les hommes et les femmes, c’est la même chose. Tout ce que les hommes savent faire, les femmes savent le faire aussi ». Ces mots ont encouragé des filels et des femmes à prendre des rôles non-conventionnels et à entrer dans des domaines masculins. Par exemple, l’équipe chargée de creuser des puits dans notre commune était composée de jeunes filles, suivant le modèle de la « fille de fer » de Dazhai [village du Nord Montagneux de la Chine, engagé au point que Mao en faisait souvent un exemple : « Pour l’agriculture, mettez vous à l’école de Dazhai », ndt]. Elles travaillaient sur des équipements lourds, allant de village en village pour creuser de profondes des canaux d’irrigations. Notre verger de brigade entretenu par des femmes et la ferme expérimentale de la commune, dirigée par une femme zhiqing, étaient aussi des produits de ce contexte historique spécifique. Je pense aujourd’hui que j’en ai réellement profité en tant que zhiqing et en tant que femme. Mon éducation académique en tant que zhiqing garantissait la légitimité des expérimentations agricoles scientifiques, et, dans l’atmosphère « vous pouvez le faire » de la Révolution Culturelle, les femmes étaient encouragées à faire ce que les hommes faisaient et plus de femmes étaient nommées à des postes de direction » (14-15).

Aux Etats-Unis, les gens imaginent à peine une saine vie en communauté. Pour les Occidentaux, eux-mêmes éloignés d’interactions sociales saines, l’égalitarisme des années maoïstes ne peut être rien d’autre qu’une projection erronée d’une société totalitaire et mauvaise qui lave le cerveau de la population. Some Of Us, en dépit de ses défauts, révèle l’idiotie des comptes-rendus occidentaux. Bine que son compte-rendu soit faussé par certaines suppositions du féminisme du monde développé, Whang Zheng renverse la trame du récit anticommuniste digne d’un scénario de dessin animé :

« Peu de temps après que je suis arrivée aux Etats-Unis, j’ai rencontré une femme américaine chez un ami. Elle m’a dit avec une fierté visible que sa fille était cheerleader [ le terme désigne les pom pom girls qui « chauffent » le public durant les matchs scolaires. Il se compose du nom « leader » et du verbe « to cheer », acclame, et se traduirait littéralement par « leader des acclamations » ou « chef des acclamations ». Plutôt que de le rendre par pom pom girl, traduction courante, je préfère le laisser tel quel, pour ne pas compliquer la compréhension de la confusion que raconte Whang Zheng, ndt]. Je ne savais pas de quel genre de leader il s’agissait. Entendant son explication, je n’arrivais pas à me forcer à faire un compliment, comme elle s’y attendait évidemment. J’ai juste espéré que mes yeux ne trahissent pas mon dédain alors que je me disais à moi-même : « Je suppose que cette femme américaine n’a jamais rêvé que sa fille soit un leader acclamé [cheered, ndt] par les hommes «  Je me sens chanceuse d’avoir eu « le cerveau lavé » de façon à faire de moi une révolutionnaire plutôt qu’une cheerleader…

Etait-ce plus opprimant et entravant de laver le cerveau des filles pour qu’elles deviennent la jeune avant-garde dans la construction socialiste que de leur laver le cerveau pour qu’elels deviennent cheerleaders pour des matchs de football américain? » (pp.36-37)

Toutes les sociétés façonnent le comportement de leurs populations. La nature de toute société est de se reproduire. Cela implique nécessairement se reproduire, se graver dans la personnalité des gens. Les buts sociaux maoïstes ont leurs corrélats au niveau de l’individu. Le remodelage idéologique pour les buts socialistes était mené à une échelle massive durant els années maoïstes. La société elle-même était vue à travers le paradigme d’une « grande école du maoïsme », un point de vue qui était né dans l’Armée de Libération du peuple juste avant la Révolution Culturelle.

Dans les sociétés capitalistes, les processus sociaux qui façonnent les désirs, les espoirs, les émotions, les goûts, etc., sont largement cachés à l’individu dans la vie quotidienne. Bien que la technologie de la programmation sociale soit partout en Amérique, surtout visible dans les énormes monstruosités publicitaires qui salissent les paysages urbains d’Amérique aujourd’hui, les américains ne se voient pas comme dupés. Contrairement à la Chine Maoïste, dans le monde contemporain, les Etats libéraux occidentaux n’annoncent pas leur intention de transformer la société en tant que telle à une échelle massive. Le poitn de vue maoïste permet de se débarrasser de l’illusion bourgeoise du soi comme propriété individuelle. Et, ce faisant, l’approche maoïste ouvre la possibilité pour des secteurs toujours plus larges de la population de prendre collectivement le contrôle de ces processus de façonnement. Libérer le pouvoir créateur des masses signifie donner aux masses les outils scientifiques, l’analyse, pour manipuler leur propre programmation sociale, libérant une « bombe atomique spirituelle », dans le but d’atteindre le communisme.

La question n’est pas celle de savoir si oui ou non une société lave le cerveau de sa population. La question est de savoir quels intérêts on sert se faisant. Le communisme est l’élimination de toute oppression, de groupes par des groupes, de nations par des nations, de classes par des classes, de genres par des genres, de personnes par des personnes. Le patriarcat est l’un des principaux systèmes d’oppression. Mettre fin à l’oppression de genre est l’une des étapes clés dans la réalisation du communisme. Les maoïstes réorganisent le pouvoir culturel et institutionnel dans le but de renverser le patriarcat. Les auteures de Some Of US sont hostiles au projet communiste dans son ensemble. Cependant, même ces féministes libérales et bourgeoises comprennent que les années maoïstes ont eu un effet profond et positif sur leur identité de genre.

someofus

 

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