Au revoir Guantánamo. par BH Harcourt « comme des poux »

le 23 janvier 2009 9h14 |

Le premier acte officiel du président Barack Obama a été, en effet, de mettre fin à cette prison et aux camps secrets de détention de la C.I.A..
Mais Barack Obama ne signe pas seul ce décret, ce matin. Nous sommes plus de 68 millions. Oui, plus de 68 millions d’électeurs américains qui paraphent ce document, avec Barack Obama – ou, dirais-je plutôt, à travers Barack Obama. Nous sommes plus de 68 millions d’hommes et de femmes qui ont voté pour que Guantánamo soit condamnée. Quand vous regarderez la photo au journal du matin – cette image iconique d’Obama penché sur son décret « Guantánamo » – pensez au frontispice du Léviathan de Thomas Hobbes. Vous nous verrez tous dans cette photo.


Au revoir Guantánamo.
Dans Homo sacer : Il potere sovrano e la nuda vita (1995), Giorgio Agamben, décrivant la Shoa, écrivait que « les Juifs furent exterminé, non pas dans un fol et immense holocauste, mais exactement comme Hitler l’avait annoncé, « comme des poux », ce qui signifie, comme la nuda vita. Cette extermination n’était ni religieuse, ni juridique, mais biopolitique ».
Quelques années plus tard, dans son livre Stato di eccezione (2003), Agamben utilisa cette notion d’homo sacer et le concept de biopolitique – empruntés bien entendu à Michel Foucault et à son concept de gouvernementalité développé dans ses cours au Collège de France en 1978 et 1979 – pour décrire cette prison de Guantánamo. Pour essayer de comprendre cette nouvelle manière de gérer une population : au lieu de la corriger, d’amender les délinquants, de discipliner les déviants, il s’agit plutôt d’exercer un contrôle à l’état pur sur une population, en traitant chacun comme une « vie nue », comme juste une vie, comme homo sacer – cette figure du droit romain désignant un être exclu de la société mais non pas pour autant exécuté, subsistant sans aucun droits civils et pourtant sans protection, pouvant être tué par n’importe qui sans conséquence pour son meurtrier.
Ce discours nous a tous marqués. Et beaucoup d’éléments sont justes dans cette analyse. Mais il y aurait encore beaucoup à ajouter. Car ces hommes de Guantánamo, ne sont pas qu’une vie nue. Ils nous ont dit vrai sur notre perte et nos peurs. Ils ont été exposé dans ce lieu pour être une représentation vivante de l’ennemi. L’Administration précédente voulait qu’ils disent vrai du terrorisme. Et ils ont donc servi à représenter la véridiction d’une guerre qui est invisible, contre un ennemi insaisissable. Ce sont des trophées vivants. Ce sont des vies qui nous parlent.
Au revoir Guantánamo.
Je repense à Malachi Ritscher qui s’est immolé à Chicago le 3 novembre 2006 pour protester la guerre en Irak. Son acte est presque passé inaperçu. Il a laissé une note, quelques mots. « If one death can atone for anything, in any small way, to say to the world: I apologize for what we have done to you, I am ashamed for the mayhem and turmoil caused by my country ». C’est assez dommage qu’il ne verra pas ce jour-ci.
Continuer, c’est imaginer qu’un jour on fermera Guantánamo. C’est espérer que les couloirs de la mort seront, un matin, des musés, des monuments, des traces. (Oui, peut-être meme de l’art contemporain. Ça c’est passé, vous savez. Ça c’est passé à Eastern State Penitentiary). Enfin, continuer, c’est imaginer qu’un jour on en sortira. 
Au revoir Guantánamo.
Dans son dernier livre, Signatura rerum (2008), Agamben précise que le camp doit être compris comme paradigme qui rend intelligible le concept d’homo sacer, la signature de la biopolitique – et dans sa conférence à Nanterre le 11 février dernier, Agamben semblait préciser que Guantánamo était ainsi paradigme de l’état d’exception.
Et pourtant, Guantánamo n’a jamais vraiment été un lieu sans droit, sans justice, sans règles, sans règlementation – un espace d’exception. Au contraire, c’était un lieu dédoublé de lois, constitué de strates militaires, mais aussi civiles, d’habeas corpus, mais aussi de cette résistance au droit, de la Cour Suprême et de son regard répétée – et tout cela à l’ombre de ce fantôme étranger, ce territoire Cubain, impuissant. Federico Rohola, dans ses recherches exceptionnelles sur les camps d’internements (voir son texte La forma campo), retrace bien ce dédoublement juridique. Oui, en effet, il n’y a jamais d’espaces sans droit.

Au revoir Guantánamo.
Mes collègues, en particulier Richard Posner et son fils Eric Posner, sont venus au secours de la torture. Dans son livre, Not a Suicide Pact: The Constitution in a Time of National Emergency (2006), Richard Posner justifie l’utilisation de méthodes coercitives d’interrogatoire “up to and including torture” – jusqu’à et y inclus la torture. Son fils, Eric Posner – qui est aussi collègue et professeur de droit à l’Université de Chicago – défendra dans un article publié en 2006 avec Adrian Vermeule, la légalisation – réglementée, bien sûr – de l’utilisation de la torture.
Guantánamo a illustré cet esprit « réaliste » qui dit, qu’en effet, il y aura toujours de la torture. Il faut être réaliste. Il ne faut pas être naïf. Plutôt que de fermer les yeux, il faut utiliser cette méthode – comme toute autre méthode – intelligemment et pragmatiquement.  
Oui, oui, bien évidemment, il faut être réaliste. Au revoir Guantánamo.
Et, oui, je dis bien, au revoir Guantánamo. Nous te reverrons sûrement autre part, sûrement à une date future. Aujourd’hui même, nous te voyons dans d’autres lieux. Tu es là, Guantánamo, et tu reviendras sans doute, Guantánamo.
Et quand tu reviendras, espérant te dire adieu, on te redira : au revoir Guantánamo.

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2 commentaires

  1. Ainsi donc la decision d’Obama confirme qu’on torturait a guantanamo et ailleurs ,je n’ai pas entendu nos editorialistes et autres defenseurs des Droits de l’homme denoncer BUSH ,en particulier nos ex Nouveaux philosophes.Tout fini par se savoir.

  2. Titre (pour mon commentaire) : Ma desire et ma initiative –> Obama fermer et SRI_CIA Roumanie et DGIPI_CIA Roumanie …. / Je cherche un travail a mon domicile en Roumanie (Romania) ….

    Mesdames et Messieurs dans toute le monde,

    • I) Ma description :
    Je m’appelle Monsieur Tzucky – Ioan TODIROAE.
    Je suis né le Dimanche 14.08.1955. Donc, j’ai 53 ans.
    Je suis marié.
    Je suis père d’un enfant.

    Je suis Roumain.
    J’habite Village: Timisesti, Commune: Timisesti, Département: Neamt, Pays: Romania (Roumanie).

    Ma profession est informaticien.

    Je suis un chômeur informaticien grâce au La Grande « Police » Politique et Secrete et Terroriste et Anti L’Union européenne (Anti UE)
    en mon pays et ma patrie Roumanie (Romania)
    avec sa Grande Filiale en mon Ville Piatra Neamt : SRI_CIA Piatra Neamt et DGIPI_CIA Piatra Neamt et comp.

    J’ai 10 ans sans emploi grâce au La Grande « Police » Politique et Secrete et Terroriste et Anti L’Union européenne (Anti UE)
    en mon pays et ma patrie Roumanie (Romania).

    Je cherche un travail a mon domicile en Village: Timisesti, Commune: Timisesti,
    Département: Neamt, Pays: Romania (Roumanie).
    Je recherche d’un emploi.

    Qui peut m’aider? Svp.

    Merci d’avance.

    • II) Mes infos supplémentaires :
    …..::::::
    Ma adresse postale:
    EXP.: Monsieur Tzucky – Ioan TODIROAE,
    STRADA PRINCIPALA, NR. 48,
    SATUL si COMUNA TIMISESTI,
    JUDETUL NEAMT,
    COD POSTAL 617470,
    ROMANIA (ROUMANIE).
    ::::::……


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