Que fera la Chine ? par Jacques Sapir

Transition probable de l’économie chinoise vers son marché intérieur? Plutôt une bonne nouvelle…Tant pis pour la dette américaine! Mais la récession sera sévère et obligera les USA à faire d’autres choix économiques.

Quand la Chine vacille… les Etats-Unis trinquent:

. »Ça y est : la Chine s’effondre ! Les manchettes du Monde et du Figaro du mardi 21 octobre sont formelles : l’Empire du Milieu a vu sa croissance passer sous la barre des 10% lors des trois premiers trimestres de 2008 ! En cause, l’affaiblissement des marchés occidentaux qui priverait la machine industrielle chinoise de débouchés. Une mauvaise nouvelle pour les Etats-Unis dont une partie substantielle de la dette est détenue par des organismes publics ou privés chinois, dont les garanties sont désormais fragilisées »

« « Pour commencer, il est important de ne pas exagérer : en passant de 11% à 9%, la Chine passe d’une croissance excessive à une croissance très élevée. Jusqu’à maintenant, la marché américain était le principal tracteur de la croissance chinoise. Les bénéfices que la Chine tirait de ce marché, elle les utilisait pour acheter des produits issus de la dette américaine, publique ou privée. Etant donné la situation, il serait assez logique que les opérateurs chinois fassent un arbitrage différent entre les titres américains et les autres.


Depuis cet été, les autorités chinoises ont pris des décisions qui laissaient entendre que le pays se tourne vers son marché intérieur pour anticiper la fermeture des marchés européens et américains. Ils ont augmenté les salaires, revu les conditions de réinvestissement dans le pays… autant de mesures qui ont pour but de donner du revenu aux Chinois pour acheter chinois. S’ils continuent dans cette voie, leur croissance se maintiendra, mais à un niveau plus faible qu’aujourd’hui et dégagera moins d’excédent.
Or, cela pose un énorme problème aux Etats-Unis car ils sont très dépendants des excédents chinois pour financer leur dette, d’autant plus qu’ils ont un très faible taux d’épargne. Les Américains épargnent pour 15% de leur PIB là où les Chinois épargnent pour 38% du leur. Autrement dit, les premiers vivent très au dessus de leurs moyens et les seconds très en dessous. Si la Chine se referme sur son marché intérieur et arrête d’injecter ses excédents dans l’économie américaine, les ménages américains vont devoir épargner plus, rogner sur la consommation et donc pénaliser l’économie américaine !
Le marché américain sera moins stratégique comparé aux marchés émergents des BRIC (Brésil, Inde et Chine) et les Etats-Unis ne pourront pas éviter 4 à 5 ans de récession. Les autorités américaines le savent déjà car la seule chose qui permettra de redynamiser l’économie américaine, ce sera un grand plan comme celui pour lequel s’est prononcé lundi Ben Bernanke, le patron de la Fed. Mais un tel plan coûtera de l’argent à l’Etat qui sera obligé de s’endetter, de vendre des actions du Trésor et donc de laisser plonger le dollar, faisant remonter l’euro par la même occasion. Ce sera la « nasty recession » qu’a prédit Paul Krugman.

Je ne crois pas à l’hypothèse d’un effondrement chinois : les déséquilibres régionaux sont tellement évidents qu’ils ont probablement été anticipés. Qui plus est, la Chine dispose de nombreuses marges de manoeuvre : la grande souplesse de sa monnaie qui n’est que partiellement convertible, une banque centrale quasi publique… Si la Chine se tourne bel et bien vers son marché intérieur, sa croissance sera beaucoup moins déstabilisante pour l’économie mondiale».

Jacques Sapir

Publié par Marcel Thiriet sur son blog

6 commentaires

  1. J’espére que la Chine ne soufrira pas trop à cause de la crise ,et qu’elle s’ocupe d’améliorer le sort des paysants et de la classe ouvriére.
    Puisse cette secousse du systéme capitaliste renforcer le virage à gauche de ce grand pays.

  2. Tandis que les Européens se rendent quasiment en quémandeur au sommet Europe Asie, sur fond de nouveau dévissage des bourses, le parlement de l’Union européenne attribue sont prix Sakarov à un dissident chinois. Soit ce parlement apparaît pour ce qu’il est un lieu dépourvu de pouvoir, grotesque mais qui coûte trés cher aux contribuables européens, et qui est aussi un des lieux où se fabrique (toujours trés cher) le consensus entre les syndicats de travailleurs, les dirigeants des partis de gauche et le patronat… Soit l’opération a été directement manipulée par la CIA pour peser sur les discussions du sommet. on a vu toujours des mêmes sources des pétitions de syndicalistes indiens contre la privatisation… en Chine…

    Mais fort heureusement pour elle la Chine méprise ce type d’intervention, plus intéressante nous parait l’information venue aujourd’hui du correspondant du Figaro.

    La Chine hésite à secourir
    le capitalisme occidental

    De notre correspondant à Pékin, Arnaud de La Grange
    24/10/2008 | Mise à jour : 09:08 | .
    Pékin préfère concentrer ses efforts sur sa croissance intérieure.

    La Chine doit-elle, peut-elle, jouer les «chevaliers blancs» de la finance internationale ? Posée dans un éditorial de la presse de Hongkong, la question suscite des débats passionnés jusqu’au cœur de la direction communiste chinoise.

    Sans avoir encore officiellement annoncé sa participation au G20 à Washington, Pékin a salué l’idée d’un sommet mondial sur la crise financière. Mais au-delà d’un appel à plus de «coopération» pour «sauver le système financier international», la Chine a peu communiqué sur le contenu qu’elle aimerait voir prendre à cette refonte du système international. Cette discrétion s’explique par une naturelle attente de la finalisation des propositions occidentales, mais aussi sans doute par un certain malaise.

    Les dirigeants chinois semblent être partagés, entre un accueil favorable à une régulation plus extensive des marchés financiers et le souci de n’être pas contraints par une réglementation internationale qui ne tiendrait pas compte des «spécificités chinoises».

    Le FMI, auquel les Européens voudraient voir confier une supervision mondiale des marchés, n’a pas une excellente image en Chine. Pékin n’a pas participé à sa mise sur pied et considère qu’il a ignoré son modèle de développement en ne cessant d’appeler à une appréciation du yuan.

    La prudence est de mise. Pour l’heure, les autorités chinoises n’ont ainsi pas manifesté une volonté de se servir massivement de leurs énormes réserves de change – près de 2 000 milliards de dollars – ni de faire intervenir leurs fonds souverains pour voler au secours de Wall Street. Et ce malgré de pressants appels du pied.

    Diversifier ses engagements

    La Chine pourrait d’ailleurs choisir de sortir un peu de cette relation unilatérale avec les États-Unis, en diversifiant ses engagements, notamment en Europe. Mais pour le moment, elle préfère tracer son sillon, en prenant toute une rafale de mesures pour stimuler sa croissance, le ralentissement de l’économie réelle l’inquiétant plus que des spasmes financiers dont elle est plutôt bien protégée.

    Au sein de la direction chinoise, la crise a aiguillonné les joutes entre «conservateurs» et «réformateurs». Les premiers en concluent qu’il faut arrêter la réforme financière et que la Chine n’a pas à s’exposer dans une affaire dont elle n’est pas responsable. Les seconds estiment que la Chine doit profiter de l’occasion pour se hisser à la place qu’elle mérite sur la scène internationale. «Le débat n’est pas clos entre ceux qui veulent que l’on arrête de financer la dette américaine et ceux qui estiment qu’il faut continuer à acheter des obligations du Trésor car plus l’économie des États-Unis plongera, plus la Chine exportatrice souffrira», explique le professeur Shi Yinhong, de la People’s University of Chin a. «La Chine va coopérer, mais sans doute pas au niveau que certains attendent d’elle.» Avec en toile de fond, la certitude d’assister à une accélération du déplacement des équilibres économiques et financiers vers l’Asie, et la Chine en particulier.

    danielle bleitrach

  3. Bonjour. Je ne pense pas comme tu dis qu’il y ai des idées opposés au sein de la direction du PCC. Il y une trentaine d’annees americains comme europeens obligés la Chine a ouvrir ses portes aux investissements etrangers (comprendre occidentaux).La Chine on avait besoin meme si cela devait sacrifier certains principes de planifications regissants le fonctionnement de son economie. En effet,dans un systeme d’economie planifieé la croissance est harmonieuse mais ne resiste pas a la propagande occidentale sur les
    «  »avantages du capitalisme » » quand meme.Le probleme c’est que la situation que vit la Chine en ce momment a pour causes d’abord la baisse tendentielle des taux de profits en occident suivie de la guerre au communisme declaré a tout le bloc de l’EST. Ce qui veut dire en clair que si l’ouverture Chinoise fut l’objet d’agressions imperialistes qui l’ont malheureusement contrainte a devenir « l’usine monde », le boomerrang qui s’en est suivi et auquel nous sommes conviés d’assister en spectateurs est une reponse aux tenants
    du systeme liberal mafieux et criminel.Il ne faut pas se leurrer,
    le capitalisme occidental depuis 30 a 40 ans se trouve dans une double et grave crise; la crise cyclique et la crise systemique.
    L’occident a toujours voulu piegé les Russes et les Chinois en pensants regler les comptes au communisme, si il est parvenu partielement avec les Russes (Bien que cela soit discutable) il
    echouera j’espere avec les Chinois et,maintenant pourquoi pas,voir
    un renverssement de situation et de raport de force??. En conclusion
    les Russes comme les Chinois reviendront a l’economie planifieé une fois que le liberalisme sera detruit et la paix et la securité acquises.Dans cette histoire de crise financiere, on peut se referé au viel adage populaire « tel est pris qui croyait prendre »

  4. il est vain , heureusement, de s’imaginer que les communistes chinois ou autres d’ailleurs, ne connaissent pas d’avis divergents au seins de leurs directions.
    Il y aune différence notable entre avis divergents et positions opposées qui renvoient sur l’organisation de tendances et autres.
    Il y a en Chine débat au sein de la direction et des communistes chinois, c’est heureux compte tenu de la gravité de la situation pour les travailleurs et la complexité de la situation mondiale autorise et nécessite l’exploration de toutes les possibilités me semble t’il, les cubains me semblent bien en capacité sur le sujet.
    Que le captalisme soit en crise profonde, durable est indéniable, ce qui est également indéniable tient à la nécessité de constituer un mouvement populaire, alliant toutes les couches anti monopolistes de la société car le capitalisme ne sombrera pas sans emporter équipage et passager si nous ne prenons pas l’avenir en mains.

  5. Attendons la réaction de la Chine aux propositions de sauvetage « du paradis capitaliste ». Bien sûr que la Chine n’est pour rien dans le marasme actuel et il m’étonnerait beaucoup qu’elle accepte de collaborer à un sauvetage quelconque des tares du capitalisme. La Chine tient bon la barre des finances et les aigrefins pilleur de fonds ne doivent pas compter sur la Chine pour voler au secours des affameurs de l’Humanité ! Surtout pas le don d’un seul centime pour que persiste le brigandage ! Le rôle de la Chine doit être de regarder, d’observer la débâcle et surtout ne rien faire pour la retarder! Les Peuples encore persuadés surtout dans les pays industrialisés doivent faire leur expérience et boire jusqu’à la lie « les délices »
    du capitalisme. La Société à deux vitesses plaît encore beaucoup à la majorité sociologique qui se délecte encore du niveau de vie encore acceptable mais jusqu’à quand? Pourront-ils encore longtemps leurs serviteurs zèlés faire règner les égoïsmes dans les populations? Le chacun pour soi et tant pis pour ceux laissés pour compte ? De la gravité de la crise dépendra nos lendemains et si la sociologie s’inversait pour gagner ou au moins approcher une majorité de mécontents? Nous avons besoin vite de dénoncer sans relâche la perversité de ce régime ou les pilleurs, les voleurs commandent! Les pays du Tiers-Monde sont en éveil, les assoiffés de justice relèvent la tête avec un seul cri : Assez de notre sang versé , Assez de l’ordre du monde établi par le capitalisme et sa sauvagerie! Ces Peuples aideront en se libérant du joug économique qui les écrase aux difficultés croissantes de la crise capitaliste qui apparaît bien dans une phase vacillante et sans retour en dépit des soins dont ses serviteurs sont en recherche à administrer!!!

  6. La Chine, sans même évoquer l’importance que représentent les produits manufacturés dans ses exportations, possède une quantité si grande de bons du trésor étatsunien et une telle quantité de devises en $, qu’elle peut difficilement rester en dehors de la partie,
    Si elle n’agit pas, elle perd tout, elle fragilise son économie, ruine ses industries , et surtout déstabilise en fin de compte sa propre société.

    En tant que communistes l’on souhaiterait que la Chine laisse les capitalistes se débrouiller avec leurs problèmes. Mais quel interêt la Chine aurait-elle de laisser le chaos gagner la planète, alors qu’elle n’est pas en mesure, actuellement (puisqu’encore largement sous-developpée) d’imposer une régulation chinoise des affaires du monde.
    Inversement un plus grand rôle au côté des maîtres du monde , comme le propose les occidentaux lui permettrait de faire un peu comme le Royaume-Uni avec La CEE (puis L’UE), être à la fois « dedans et dehors ».

    Les Etats-Unis y voient peut-être à court terme un avantage pensant contrôler le géant et même enroler les élites chinoises sous leur banière, mais à long terme c’est la Chine qui se renforcera dans ce système, puisque son entrée dans le « Club » sauverait, au moins partiellement et momentanément l’Occident, ce qui la place, de fait, en situation de faire ce que bon lui semblera.

    La situation actuelle me fait un peu penser à la volonté désesperée et précipitée de créer une Sainte Alliance mondiale des « riches » contre tous les peuples de la terre. Sauf qu’ici la Chine est communiste…et que ce sont les « riches » qui sont entrain de subir un Waterloo idéologique!


Comments RSS

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s