John le Carré : les Britanniques ont été « dépouillés » de leurs libertés

Nicole Martin et Christopher Hope, Telegraph, 23 septembre 2008.
Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de société.

Dans une intervention publique exceptionnelle l’auteur de romans d’espionnage a critiqué les ministres pour avoir voté l’extension à 42 jours de la durée pendant laquelle les terroristes présumés pourraient être détenus sans chef d’accusation.

Ses commentaires arrivent  des semaines avant un vote clé à la Chambre des Pairs qui pourrait voir ces derniers rejeter les propositions controversées du gouvernement sur les 42 jours.

L’auteur, qui a reconnu avoir une réputation de « vieil aigri », a dit qu’il était furieux que l’on ait permis au gouvernement de s’en tirer avec une telle attaque contre les libertés civiles.

« Je suis partiellement énervé qu’il y ait autour de moi si peu de colère contre ce que l’on fait à notre société, soi-disant pour la protéger », a dit l’homme de 76 ans lors d’un entretien dans Waterstone’s magazine.

« On nous a embrigadés dans la guerre avec de faux prétextes et arraché nos droits civiques dans une atmosphère de panique. Nos avocats ne sont pas descendus dans la rue comme ils l’ont fait au Pakistan.

« Nos parlementaires se laissent aveugler par leurs propres conseillers en communication et finissent par croire à leur propre propagande. »

Il a ajouté : « Nous avons rappelé notre Ministre des Affaires étrangères en Mission au Moyen-Orient pour qu’il vote pour les 42 jours de détention.

« Les gens me qualifient de vieil aigri? Qu’ils aillent se faire foutre. Pas besoin d ‘être vieux pour être aigri à cause de ça. Nous avons sacrifié notre souveraineté pour une soi-disant « relation spéciale » qui n’est spéciale que pour nous. »

L’écrivain a été un critique déclaré des restrictions des libertés civiles organisée par le Labour.

Il a été l’un des quelques personnalités des arts et de l’Université à écrire à Gordon Brown au mois de mars pour protester contre la limite de 42 jours de détention.

La lettre ouverte, également par l’auteur Iain Banks et la styliste Vivienne Westwood, avertissait que « les relations avec la communauté musulmane en souffriraient si elle apparaissait…comme la cible des détentions prolongées sans che’f d’accusation. »

Les militants et les parlementaires opposés à la mesure laissent penser que le vote anti-terroriste du 13 octobre à la Chambre des pairs sera serré.

Shami Chakrabanti, le directeur du groupe Liberty, qui défend les droits civiques, a dit : « M. Le Carré n’est pas une voix solitaire. Les quarante-deux jours sont devenus l’emblème de l’assaut plus vaste contre nos droits et libertés civiques durement acquis. C’est dommage qu’il faille un auteur de fiction pour donner au gouvernement un aperçu de la réalité. »

Le Carré a dit que son livre, A most wanted man [Un homme très recherché, ndt], explore la lutte pour l’équilibre entre les droits individuels et la sécurité nationale et la question de savoir « jusqu’à quel stade l’Allemagne imitera nos erreurs. »

Le roman, publié aujourd’hui, raconte l’histoire d’un réfugié musulman mi Tchétchène mi Russe, qui vit à Hambourg et est pisté par une floppée d’agents spéciaux, qui le suspectent de comploter des attaques terroristes.

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