La Chine est omniprésente en Afrique, l’UE fait grise mine

L’irruption de la Chine en tant que partenaire commercial et investisseur majeur en Afrique a suscité un véritable émoi chez les partenaires traditionnels du continent à commencer par l’union Européenne. (Extraits)

François Misier

Il y a un an, la Chine a annoncé son intention d’investir 20 milliards de dollars dans des projets d’infrastructure et dans le financement des échanges avec l’Afrique au cours des dix prochaines années. Mais déjà, pour l’année 2007, les prêts concessionnels à l’Afrique ont été de l’ordre de 8 à 9 milliars de dollars ( l’eximbank chinoise ayant annoncé le chiffre de 6,6 milliards pour les trois premiers trimestres de l’année. Des sommes qui rivalisent avec, voire dépassent, les financement annoncés par l’Union Européenne (UE) pour la période 2008-2013 au continent (20 milliards d’Euros, dont 5,6 pour les infrastructures.

Réplique cinglante

L’émoi chez les bailleurs de fonds traditionnels a été considérable. Dès l’annonce en septembre 2007, d’un méga-contrat de 9 milliards de dollars en République Démocratique du Congo (RDC) pour financer des projets d’infrastructures et miniers le Fonds Monétaire International (FMI) a mis en garde le gouvernement de Kinshasa contre le risque d’endettement consécutif à des prêts aussi importants, contraire aux mesures d’allégement de la dette dans le cadre de l’initiative pour les pays pauvres trés endettés. A la même époque, le délégué de l’UE à Lusaka avait également reproché à la zambie de gager ses ressources, s’attirant une sanglante réplique du gouvernement zambien selon qui l’UE n’avait pas à lui dicter sa conduite.(…) En avril 2008, le ministre des Affaires étrangères belge, Karel de Gucht, envisite à Kinshasa, a émis des doutes sur le caractère équilibré des contrats chinois,suscitant cette réaction du président Joseph Kabila, dans une interview au quotidien belge Le soir du 24 avril « les belges ont tort d’avoir peur, nous devons construire plus de 150.000 km de routes avec, en priorité 15.000 km de routes asphaltées en une quinzaine d’années! Les Chinbois en construisent 3000: il y a encore de la place pour tout le monde ».

Hasard des clendriers: la veille, le parlement européen votait une résolution de soixante-dix paragraphe reprenant les reroches les plus fréquement adressés à la coopération chinois en Afrique(1).(…) La Chine fut , à son insu, la grande vedette du sommet UE-Afrique de Lisbonne de décembre 2007. En effet pour faire bonne mesure, la commission européenne a signé les documents de stratégie-pays du 10 e fond européen de développement pour la période 2008-2013 avec trente et un Etat d’Afrique sub-saharienne, définissant les priorités de programmes indicatifs financiers de 8 milliards d’euros. les Européens se sont évertués à convaincre leurs partenaires africains de « l’avantage comparatif  » de leur aide : des dons et non des prêts comme l’aportent les Chinois et leur expertise.

Coopération tripartite?

En fait, avant même le sommet, la Chine avait déjà pesé sur la tenue même de l’événement. l’argument de la présence chinoise en Afrique a été utilisé par le commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel pour justifer la nécessité du sommet dont on a craint qu’il soit annulé à nouveau, comme en 2003, à cause du contentieux entre Londres et harare. (…) face au incontournable de la présence chinoise en Afrique, la commission plaide pour une éventuelle coopération tripartite dans des domaines aussi divers que la réforme du secteur de la sécurité en RDC, le processus de Kimberley et le flegt, deux programmes visant à juguler les trafics illégaux de diamants et de bois tropicaux respectivement. dans cet esprit, dès octobre 2007, l’eximbank chinoise et la China développement Bank avaient aussi été invitées au lancement du parternariat euro-africain sur les infrastructures à Addis-Abeba.

Remises de dettes

(…) Il ne fait pas de doute que l’irruption de la Chine sur la scène africaine est en train d’infléchir la politique européenne envers ce continent. Au point que la commission européenne éprouve de plus en plus de réticences à prendre des sanctions contre les etats africains, responsables de violations des droits de l’homme ou de mauvaise gouvernance.

Quant à la Chine, elle n’est pas indifférente à l’opinion des autres acteurs du développement, comme le révèle un récent rapport financé par l’Agence suédoise pour le développement international intitulé « la chine et la pauvreté en Afrique- vers un aventage mutuel? « réalisé par l’ONG suédoise protestante Diakonia. On y apprend notamment que les Chinois ne sont pas hermétiques face au risque d’aggraver le problème de lka dette africaine que pourraient entraîner leurs prêts. D’une part Beijing a concédé plusieurs remises de dettes en 2000, en 2005 et en 2006. A quoi s’ajoute une quatrième remise de 1,38 milliards de dollars pour trente et un pays africain en avril 2007. D’autre part, l’Eximbank consulte parfois le FMI à ce sujet et s’assure que ses projets s’inscrivent dans les programmes de développement des pays concernés selon ce rapport. Qui plus la Chine a fait quelques pas vers une coordination de son aide avec les autres bailleurs de fonds. Même si la majeure partie de son aide est bilatérale, une partie est acheminée via des institutions multilatérales, qu’il s’agisse de l’ONU ou de la Banque africaine de développement. Et cette tendance ira croissant, prédit le rapport, sur base de sontacts avec des officiels chinois. la Chine participe aussi de plus en plus aux rencontres de bailleurs de fonds, quand ses officiels y sont invités par le pays bénéficiaire, tout en évitant d’être associée aux initiatives multilatérales.

Conditionnalités

ce rapport fait aussi un sort au principe proclamé par la Chine du refus de lier son aide à des conditions politiques, rappellant que la non-reconnaissance de taiwan constitue souvent l’unique mais indispensable condition de l’assistance chinoise. (…)

Intrerpellée sur le risque que la politique chinoise renforce les régimes répressifs et affaiblisse les normes sociales éthiques et environnementales, au risque de favoriser la corruption, les intellectuels chinois interrogés par Diakonia nestiment que les autorités de Beijing prêtent plus d’attention à ce genre d’inquiétude quand elles émanent des partenaires africains plutôt que des Européens. Normal après tout, même si ces derniers peinent à le reconnaitre, ils sont en concurrence avec la chine sur différents terrains, dont l’accès aux hydrocarbures. par exemple, le gazoduc transaharien Nigeria- Algérie est considéré comme une rpriorité stratégique.

François Misser

Afrique Asie. juin 2008

(1) note de danielle Bleitrach, on ne peut manquer d’être stupéfait en lisant ces reproches, est-ce que la france et la belgique qui n’ont cessé d’entretenir des dictateurs les plus corrompus sont les mieux placés pour dénoncer la coopération chinoise (qui a pour principe de ne pas se mêler de la politique intérieure, elle) avec des régimes repressifs? Ou encore de craindre pour l’envirronnement alors que la colonisation a joué un rôle évident dans l’exploitation outrancière des ressources environnementales et humaines, ne serait-ce qu’à travers la déportation massive d’une partie de la population. De s’interroger sur l’endettement alors que leurs fonds vautours continuent à racheter les dette pour les faire payer encore plus à des Etats (voir sur ce blog les moeurs des fonds vautours et le chantage y compris sur la corruption et les droits de l’homme en relation avec des OBG complices pour ceux qui refusent l’usure)? est-ce que la france accusée de génocide au Rwanda est bien placée pour jouer les vertus démocratiques ? Enfin l’Europe qui écoule ses armes massivement sur le continent africain a-t-elle quelque chose à dire sur les ventes d’armes de la Chine ?

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