NOAM CHOMSKY : PETROLIERS EN IRAK, PACTE AVEC LE DIABLE

Noam Chomsky
La Jornada
Traduit par danielle Bleitrach pour https://socio13.wordpress.com/

L’accord que négocient le Ministère des Hydrocarbures de l’Irak et quatre entreprises pétrolières occidentales pose de graves question sur la nature de l’invasion et de l’occupation du pays arabe de la part des Etats-Unis. Ces questions certainement seront présentées par les candidats présidentiels, sérieusement discutées au Etats-Unis, et évidemment dans l’Irak occupé, où l’opinion de la population a un faible impact sur la détermination de l’avenir de son pays.

 Les négociations qui ont lieu actuellement  pour que  Exxon Mobil, Shell, Total y BP – associés sociétaires originaux il y a quelques décennies dans la Compagnie de Pétrole de l’Irak, auxquels Chevron s’est joint avec  des compagnies pétrolières plus petites – renouvellent les concessions perdues dans le processus de nationalisation quand les producteurs de brut durent prendre en charge leurs propres ressources. Les contrats, sans appel d’Offre,  apparemment rédigés par les compagnies pétrolières avec l’aide de fonctionnaires estasunienses, ont prévalu sur les offres de 40 autres compagnies, parmi elles des entreprises, de Chine, d’Inde et de Russie.
Il y a eu des soupçons dans beaucoup de parties du monde arabe et dans des secteurs du peuple estasunien sur le fait que  États-Unis étaient rentrés en guerre avec l’Irak précisément pour s’assurer la richesse pétrolière que ces contrats essaient d’extraire « , Andrew E a écrit. Kramer dans le journal The New York C.
L’allusion de Kramer à « des soupçons » est l’euphémisme de l’année. De surcroît, il est assez probable que l’occupation militaire a pris l’initiative de rétablir les activités de la détestée  Compagnie de Pétrole de l’Irak qui, comme Seamus Milne l’a signalé dans le London Guardian,  avait été imposée durant l’ordre britannique pour « extraire la richesse de l’Irak dans un célèbre accord par son exploitation« .
Les derniers rapports indiquent qu’il y a  des  retards  dans les accords. Beaucoup de ce qui arrive est préparé en secret et je ne serais pas surpris qu’émergent de nouveaux scandales.
La demande est très forte. En Irak il existe potentiellement les secondes réserves les plus importantes du monde. De plus, le pétrole irakien est bon marché à extraire. Il n’y a pas de cape de glace permanente, des sables de goudron ou de prospection dans les profondeurs marines. Pour les décideurs estadunidenses il est impératif, que l’Irak reste sous leur contrôle comme un État obéissant dépendant qui héberge leurs bases militaires au coeur de ces importantes réserves énergétiques.
Que ceci ait été la cause principale de l’invasion a toujours été clair, malgré les prétextes surccessifs des armes de destruction massive, des liens de Saddam Hussein avec Al Qaeda, la promotion de la démocratie et la guerre contre le terrorisme, comme cela était prévu, s’aggraverait radicalement à la suite de l’invasion.
En novembre, ces préoccupations se firent explicites quand le Président George W. Bush et le premier ministre de l’Irak Nuri Maliki ont signé une Déclaration de Principes en ignorant le Congrès des Etats-Unis et le Parlement iraquien, comme d’ailleurs la population des deux pays.
La déclaration a laissé ouverte la possibilité d’une présence militaire étasunienne en Irak qui se prolongerait de manière indéfinie. Ceci inclut , à ce qu’il paraît, les grandes bases aériennes qui sont en train d’être construites en différentes parties du pays et « l’ambassade » dans Bagdad, une cité dans la cité, qui n’est comparable à aucun autre siège diplomatique dans le monde. Ces installations ne vont pas être construites pour être abandonnées après.
 Dans la déclaration il a été aussi souligné, d’une manière impudente, qu’il était nécessaire d’exploiter les ressources de l’Irak. Il y a été indiqué que  l’économie irakienne était ses  ressources pétrolières, et qu’elle doit s’ouvrir  à l’investissement étranger, « spécialement aux investissement estasuniens« .
L’aspect sérieux de ce compromis a encore été renforcé en janvier, quand Bush a signé « une déclaration paraphrée » qui indiquait qu’il refuserait tout projet de loi qui restreindrait le financement « destiné à établir une installation militaire ou une base concernant l’emplacement permanent des forces armées des Etats-Unis en irak » ou à restreignant « l’exercice du contrôle des ressources pétrolières de l’Irak de la part des Etats-Unis ».
Il n’est pas étonnant que la déclaration ait causé immédiatement des objections en Irak, entre autres secteurs, dans les syndicats, qui ont survécu sous les dures lois antitravailleurs que Saddam avait instituées et que l’occupation a préservées.
Si l’on suit la propagande de Washington, ce qui ruine la domination des États-Unis en ‘Irak ce serait  l’Iran. La secrétaire d’État estasunienne Condoleezza Rice a une solution simple : les « armées étrangères » doivent être retirées de l’Irak : Celles de l’Iran, pas les nôtres.
La confrontation sur les programmes nucléaires de l’iran augemente les tensions. La politique de « changement de régime » du gouvernement Bush face à l’Iran est accompagnée de menaces d’en recourir à la force (sur ce théme les deux candidats présidentiels sont d’accord avec bush). La politique, comme on le sait, inclut aussi des actions terroristes perpétrées à l’intérieur de l’Iran. Selon les maîtres du monde, ces actions sont légitimes.
La majorité du peuple estasunien est en faveur de la diplomatie et s’oppose à l’utilisation de la force. Mais l’opinion publique semble pouvoir être négligée, et pas seulement dans ce cas.
L’ironie est que l’Irak s’est converti en un condominium (1) Etasunien-Iranien. Le gouvernement de Maliki est le secteur de la société irakienne le plus soutenu par l’Iran. Ce que l’on appelle l’armée iraquienne, qui est à peine une autre milice, est pour une bonne part basée sur la brigade Badr, qui a été entraînée en Iran et a lutté avec les Iraniens dans la guerre entre l’Irak et l’Iran.
Nir Rosen, l’un de correspondants les mieux informés et des plus astucieux dans la région, observe que l’adversaire  principal des « opérants » des États-Unis et de Maliki, le religieux Muqtada Sadr, n’est pas vu avec sympathie par l’Iran. Sadr est indépendant et a un appui populaire. Par conséquent, il est dangereux.
L’iran « clairement soutient le premier ministre Maliki et le gouvernement iraquien contre ce qu’il qualifie de ‘groupes armés illegaux’ (l’armée del Mehdi de Sadr) dans le récent conflit de Bassorah » a expliqué Rosen.(2) « Et ceci n’est pas surprenant, étant donné que son principal représentant en Irak, le Conseil Suprême Islamique, domine l’Etat irakien et est le principal soutien de Maliki ».
Dans la revue  Foreign Affairs, Steven Simon « a signalé que la stratégie actuelle de contre-rebellion des Etats-Unis est d’aiguillonner  les trois forces qui d’une manière traditionnelle ont menacé la stabilité dans les pays du Moyen-Orient : le sectarisme, la domination d’un chef et la mentalité tribale ». Le résultat pourrait être « un fort État centralisé, gouverné par une assemblée militaire qui rappellerait » le régime de Saddam.
Si  Washington concretise ses objectifs, alors ses actions se justifient. Les réactions sont très différentes quand Vladimir Putin a réussi à pacifier la tchétchénie à un niveau très supérieur à ce que le general David Petraeus est parvenu en Irak. Mais d’un côté ce sont eux, et de l’autre il y a nous. Les critères sont totalement différents. 
Aux Etats-Unis les démocrates gardent un silence propice à la supposée réussite de l’offensive militaire en Irak. Ce silence reflète le fait qu’il n’y a pas de critiques de la guerre basées sur des principes. Mais de ce point de vue, si se concrétisent de tels objectifs, la guerre et l’occupation sont justifiées. Et les accords pétroliers font partie intégrante de cette justification.
Mais le fait est que toute l’invasion fut un crime de guerre, en réalité, le suprême crime international. Et elle diffère d’autres crimes de guerre par lesquels advinrent tout le malheur qui suivit, pour reprendre les termes du jugement de Nuremberg. C’est l’un des sujet précis qui ne peuvent pas être discutés, au cours de la campagne présidentielle, ou ailleurs. Pourquoi sommes-nous en Irak ? Qu’est-ce que nous devons aux Irakiens pour avoir détruit leur pays ? La majorité du peuple des États-Unis est en faveur du retrait de l’Irak. Qui son opinion intéresse-t-il ?
© Noam Chomsky
 
(1) mot anglais qui vient du latin dominium, souveraineté. C’est donc la souveraineté exercée par deux ou plusieurs Etats sur un même pays. On aurait pu le traduire par copropriété mais c’était en affaiblir la portée (DB)
(2) Noam Chomsky parle de la résistance syndicale en irak, je me permets de rappeller une fois de plus que la zone « chiite » de bassorah, secteur pétrolier et port ouvrier a toujours été celle de l’implatation du parti communiste irakien et que l’hostilité de Saddam à l’égard des Chiites a été largement une hostilité politique plus encore que religieuse. Il serait important de relire l’histoire du Moyen orient à partir des zones de résistance populaire, de la sucession largement favorisé du fondamentalisme religieux à l’implatation communiste, avec parfois des alliances et des retournements comme au Liban. note de DB

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s