SARKOZY CE N’EST PAS LE FASCISME, C’EST LA DICTATURE DE LA BOURGEOISIE, PEUT-ON SE PASSER DE LA DICTATURE DU PROLETARIAT?

L’article 5 de la Constitution prévoit que le président de la république est  chef des armées. Le nouveau livre blanc sur la Défense va plus loin, Sarkozy, qui regrette visiblement de ne plus être ministre de l’intérieur, a adjoint à ce rôle de chef des armées, donc de la Défense, celui de grand coordonnateur de la Sécurité. Le domaine réservé du président de la république n’est plus seulement en priorité la Défense et les affaires étrangères. Avec la création du Conseil de sécurité nationale qui supprime la différence entre Défense et Sécurité, le chef des armées redevient premier flic de France. Nous avons une présidence  d’exception et l’ennemi est intérieur autant qu’extérieur. Ceci devrait nous conduire à revisiter notre conception d’une stratégie révolutionnaire, à tout le moins, de mieux comprendre la nature de l’adversaire et à nous organiser en conséquence.

I- Retour à la pureté classique de la dictature de la bourgeoisie au stade néo-libéral

La Constitution française est sans doute une des plus présidentielle qui soit, il n’y a guère que la Mexicaine pour accorder au chef de l’Etat un tel poids. La France a toujours été le pays de la Bureaucratie autour d’un pouvoir exécutif autoritaire, cela tient à l’aiguisement de la lutte des classes dans ce pays, à la nécessité permanente de la contenir. Cela tient également à l’histoire de la France, la manière dont a été détruit dans ce pays le féodalisme, la domination de la bourgeoisie y a revêtu un caractère de « pureté classique qu’aucun autre pays n’a atteint en Europe ». C’est cette dictature de la bourgeoisie pour en finir avec l’ordre féodal que Marx dans le 18 brumaire de Louis Bonaparte décrit « ce pouvoir exécutif, avec son immense organisation bureaucratique et militaire, avec sa machine étatique complexe et artificielle, son armée de fonctionnaires d’un demi million d’hommes et son autre armée de cinq cent mille soldats, effroyable corps parasite qui recouvre comme d’une membrane le corps de la société française et en bouche tous les pores…. »
Le paradoxe de ce qu’on a appelé le néo-libéralisme, et qui n’est qu’un stade du capitalisme, celui de l’impérialisme avec sa mondialisation entièrement soumise aux transnationales financiarisée, c’est qu’il se présente volontiers comme un allégement de cette organisation bureaucratique, une remise en cause de l’Etat tentaculaire. En fait non seulement à ce stade  l’Etat ne disparaît pas mais il se renforce, les fondements de l’ordre capitaliste étant plus que jamais menacés, il faut muscler l’appareil répressif, la machine d’Etat, la débarrasser de la « mauvaise » graisse accumulée dans les années du pacte social qu’il a bien fallu passer avec les classes populaires tant la peur de la contagion de l’Union Soviétique était forte. Un ministre social-démocrate a même parlé à propos de l’éducation nationale dont il avait la charge de « dégraisser le mammouth ». Le gouvernement de Nicolas Sarkozy s’emploie effectivement à dégraisser toutes les fonctions qu’avait acquises durant les années de pacte social, l’Etat  dit providence, mais c’est pour mieux retrouver la pureté de l’Etat répressif, le restituer dans ses fonctions originelles mais en tenant compte de la réalité d’aujourd’hui celle justement de la mondialisation impérialiste et de l’aiguisement des contradictions qu’une telle mondialisation provoque.

II – L’ennemi est partout, du choc des civilisations aux émeutes urbaines en passant par les épidémies

Pour revenir à la réforme envisagée dans le livre blanc qui supprime la frontière entre défense et sécurité sous un exécutif autoritaire, notons tout de suite qu’elle prend tout son sens dans le contexte présenté par le Livre Blanc, celui d’une création d’une Défense européenne intégrée à l’OTAN. Si la Défense européenne indépendante avait été le but, avant d’annoncer cette nouveauté de la suppression de cette frontière entre Sécurité et Défense, il aurait fallu au minimum s’entendre avec les autres nations européennes pour voir si leur conception de la sécurité s’accommode avec la notre. Mais il est clair que cela n’est plus utile si la référence commune, admise par les gouvernements européens (sur 27, 20 d’entre eux sont membres de l’OTAN) est effectivement l’OTAN sous directive européenne. Comme le notait Pascal Boniface en annonçant ce Livre Blanc : . «  Le cadre des relations France-OTAN a d’ores et déjà été clarifié. Tant le président que le ministre de la défense ont affirmé assez explicitement leur acceptation de voir la France réintégrer l’OTAN en échange d’une européanisation de celle-ci. Reste à connaître la réponse de Washington. » Elle a été enthousiaste et G.W Bush s’est félicité de ce retour français, a accueilli avec enthousiasme l’idée d’une Défense européenne (1).

Pascal Boniface dans le même article, à propos de l’abandon de la doctrine de la dissuasion nucléaire française note  que la Commission qui a été nommée par le Président pour rédiger le Livre Blanc de la Défense est composée de faucons néo-conservateurs : « Mais la composition de cette Commission, pour ce qui est des experts extérieurs, peut susciter sur ce point quelques inquiétudes. Elle est, sur le plan des idées stratégiques (où les clivages dépassent ceux des familles politiques), nettement moins diversifiée que celle mise en place par le ministère des affaires étrangères. L’horizon – étroit – va des atlantistes traditionnels aux partisans des thèses néoconservatrices les plus radicales. Des experts stratégiques pourtant proches de l’actuelle majorité politique, mais s’inscrivant plus dans la tradition gaullo-mitterrandiste, n’ont pas été retenus. Ceux qui l’ont été étaient favorables, ouvertement ou plus discrètement  pour ceux qui vivent de fonds publics, à la guerre d’Irak, même s’ils ont désormais sur ce point une mémoire défaillante. Nombre d’entre eux plaident aujourd’hui pour la fermeté, y compris par des moyens militaires, à l’égard de l’Iran. Ils étaient également pour la plupart, partisans du concept américain de riposte graduée (acceptant que les armes nucléaires soient considérées comme des armes de combat), opposé au concept français de dissuasion. »(2)

Pour revenir à la réforme qui efface la différence entre Défense et Sécurité sous l’autorité d’un exécutif tout puissant, elle tire incontestablement son origine de l’analyse néoconservatrice qui n’ayant plus d’ennemi à la fin de la guerre froide s’en est fabriqué un, le « terrorisme ». Le 11 septembre 2001 étant une divine surprise qui leur permettait d’affirmer que nous avions changé d’époque, une grande bataille est désormais ouverte dans un monde globalisé et interdépendant, les menaces sont partout, il n’y a plus de frontières et plus de différence entre sécurité extérieure et intérieure. Pour défendre la sécurité intérieure la guerre préventive (y compris nucléaire) doit être menée et le « renseignement omniprésent », on ne peut plus raisonner en terme de Défense nationale, la sécurité s’étend à la planète, elle justifie toutes les opérations préventives et au plan intérieur il faut protéger le territoire contre des agressions qui peuvent être de toute nature.(3)

Si la notion fourre-tout de totalitarisme peut prendre un sens elle est dans cette vision de l’individu, on n’ose plus parler de citoyen, menacé de toute part  et dont la protection surveillance a besoin de  cet effroyable corps parasite qui recouvre comme d’une membrane le corps de la société française et en bouche tous les pores, au point de confondre le terrorisme et la catastrophe naturelle, le tout fonctionnant sur le modèle de l’épidémie, et la colère de la nature, l’épouvante devant une force immaîtrisable. La sécurité de l’Etat est présentée comme s’identifiant à celle d’un individu faible, isolé, menacé par des voyous face auxquels il faut organiser des actions préventives, les honnêtes gens contre les malfaisants, les lâches voleurs de sac de vieilles dames.

Qui ne voit la nature réelle de l’ennemi, celui que nos médias nous fabriquent jour après jour : d’abord la peuplade étrangère qui sous les ordres d’un tyran nous refuse l’accès à ses ressources naturelles, mais aussi le phénomène dit des « banlieues », voire les luttes revendicatives qui peuvent être criminalisées,  l’amalgame est total entre les menaces à la sécurité de l’Etat (où « le citoyen » est redevenu l’individu isolé face à la dite menace « collective » et étrangère) et les luttes pour l’indépendance comme les luttes sociales. C’est la conception paranoïaque  mais pas gratuite des néoconservateurs qui est à l’œuvre. 

Soyons bien conscients du fait et c’est une caractértique de la faiblesse du niveau des luttes, aucun de celles dont on fait l’amalgame dans le concept Defense-Sécurité, n’est en capacité de poser la question de l’Etat, de songer même à l’affronter. Qu’il s’agisse de la volonté de souveraineté des nations ou des luttes sociales (y compris les phénomènes dits des banlieues qui ne sont que des explosions), aucune de ces formes d’aiguisement des contradictions n’a la nation, l’Etat français pour objectif. Ce qui est dénoncé  sous la forme de mouvement, de refus, c’est tout au plus et ce d’une manière généralement inconsciente l’action d’une classe sociale qui rend de plus en plus impossible les conditions d’existence de la majorité. On frôle la conscience d’une classe dictatoriale au plan intérieur comme impérialiste au plan extérieur. Mais on frôle seulement et c’est pour une bonne part la raison de l’absence d’organisation.

Donc s’agit-il chez le Président français comme chez les néo-conservateurs de paranoïa ? Ce n’est pas sûr, il y a le sentiment effectivement d’être menacé dans sa domination, dans sa capacité d’exploitation, et plus les résultats sont catastrophiques, plus le monde paraît ingérable, plus la solution criminelle est la plus cohérente pour le capital.

On ne perçoit pas le contexte dans lequel s’inscrit cette modification des institutions si on l’abstrait de la crise qui est en train de déferler sur nous : sur les émeutes de la faim, auxquels on répond en refusant la véritable réforme, celle qui en terminerait avec la destruction de l’agriculture des pays du sud. L’épuisement des ressources pétrolières qui devrait donner lieu à une concertation à l’échelle planétaire pour envisager ensemble une transition collective vers d’autres énergies, d’autres modes de consommations. Mais il n’en est rien, partout au lieu d’entamer le dialogue sur les solutions, on choisit la répression. Le parallélisme est troublant entre la politique internationale, les frappes préventives, la brutalité dans les banlieues, la criminalisation de l’immigration, le mépris des syndicats. Et on organise médiatiquement le rassemblement des « braves gens » contre la question sociale devenue délinquante…  Le tout sur fond de spéculation, où les transnationales financiarisées s’approprient les ressources, et leurs actionnaires cherchent des valeurs refuges dans des biens raréfiés comme les matières premières ou l’alimentation. Face à ce grand bouleversement, cette impossibilité de vivre, l’Europe suit le modèle français ou encore italien, celui de la chasse aux pauvres.

III- retrouver l’esprit de la dictature du prolétariat, sinon le terme

Face à ce livre de la Défense et à deux autres événements intervenus dans la même courte période, on ne pouvait qu’être effrayé par la passivité de « l’opposition » française. Quand sort un livre blanc de ce type et qu’au même moment, l’Union Européenne tente de passer outre le vote irlandais, comme elle a manipulé nos propres votes et ceux des Hollandais, on peut s’étonner de la faiblesse des analyses et des réactions. Quand pour faire bonne mesure la même Europe vote la criminalisation de l’étranger, de l’immigrant, il y a de quoi réellement être effrayé. La nature même de ce à quoi nous sommes confrontés nous échappe et on se demande quelle stratégie peut naître d’une telle cécité. L’effacement du parti communiste, c’est-à-dire du parti posant la question d’une alternative politique a complètement bouleversé le débat. Tant qu’il a existé un parti communiste, tout le monde était plus moins forcé de faire de la politique, de poser les enjeux de classe et surtout le nature du pouvoir et de l’Etat.

Après la mise en évidence de mauvaise manière, c’est-à-dire sans analyse sur le fond, de ce qu’on a appelé le « stalinisme » , le concept de « dictature du prolétariat » a été abandonné. Pourtant Marx et Lénine l’on dit à maintes reprises, la bourgeoisie peut même accepter l’idée de la lutte des classes, l’idée ou plutôt le concept parce que dans les faits elle mène tous les jours cette lutte des classes, il n’est pas une réforme qu’elle concède sans avoir présent ses objectifs propres, et c’est ce qui fait sa force à l’inverse de nos vaguement humanistes que sont aujourd’hui les dirigeants politiques des partis de gauche et même communistes en France et dans quelques pays européens. Lénine disait : « Quiconque reconnaît uniquement la lutte des classes n’est pas pour autant un marxiste (…) Limiter le marxisme à la doctrine de la lutte des classes, c’est le tronquer, le déformer, le réduire à ce qui est acceptable pour la bourgeoisie. Celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu’à la reconnaissance  de la dictature du prolétariat ».(4)

Avec la dictature du prolétariat tend à disparaître chez le communiste, ou celui qui revendique encore cette appartenance on ne sait plus très bien sur quelle base, y compris la conscience de l’existence de la lutte des classes. Disparaît également toute analyse de l’Etat comme dictature d’une classe. Alors que les formes d’Etat bourgeois sont très variées et il faut les analyser pour comprendre le dispositif de l’adversaire, mais leur essence est toujours celle d’une dictature de la bourgeoisie. S’interroger sur le fait de savoir si le gouvernement de Sarkozy est fasciste est un faux problème, comme d’ailleurs feindre de s’effrayer sur le repoussoir Le Pen, la nature de l’Etat est celle d’une dictature de la bourgeoisie.

Nous avons été pendant de nombreuses années abusés par l’existence d’un camp socialiste et la présence de l’URSS. Je voudrais poser deux idées sans les développer : la première est que l’URSS et le camp socialiste sont restés soumis à la domination du capital, il n’y a pas eu deux mondes, l’un socialiste, l’autre capitaliste, il y a eu grâce à l’URSS un nouveau rapport de forces où le prolétariat a pu arracher des conquêtes sociales, vaincre le fascisme, commencer la décolonisation, mais l’URSS est restée comme l’ensemble du Tiers monde soumise en particulier au niveau international à la domination économique, politique de l’impérialisme qui a fini par l’emporter.
Durant cette période sous le parapluie soviétique, grâce à l’effort surhumain de cette première expérience, d’autres ont pu se développer y compris les acquis sociaux-démocrates, le pacte social dans nos pays. Mais si les bolcheviques ont brisé l’Etat tsariste, ils n’ont pas pu laisser s’éteindre l’Etat socialiste puisqu’ils ont continué à exister sous domination impérialiste. La deuxième idée est que justement à cause de ce rapport de forces plus favorables, nous avons cru pouvoir transformer la nature de l’Etat sans avoir à le briser. Nous avons oublié la leçon que Marx tirait de la Commune de Paris : « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre la machine de l’Etat toute prête, et de la faire fonctionner pour son propre compte ». En perdant le sens de la nature de l’Etat non seulement nous avons perdu celui de la permanence de la lutte des classes, mais également celui d’un parti révolutionnaire seul apte à briser cet appareil et à rassembler dans cette œuvre la majorité d’un peuple.

On a vu surgir d’étranges théories qui niaient l’existence de l’Etat, de la nation, et transformait la lutte des classes en lutte des multitudes, le pouvoir n’avait même plus à être pris. 

Aujourd’hui, dans le stade du néo-libéralisme, l’erreur serait de croire qu’il y a destruction de l’Etat de la part du Capital, il y a au contraire plus d’Etat, son essence dictatoriale s’affirme. Il y a un véritable rassemblement de l’Etat major impérialiste autour de la défense de sa dictature dans un monde globalisé et interdépendant. L’Etat est d’abord indispensable pour se transformer lui-même, « dégraisser » sa socialisation, la prise en compte des solidarités,il mène  ce que l’on a appelé sa « libéralisation »,. Et il y a besoin de l’Etat pour les dépenses militaires comme pour les expéditions devenues de simple police tant les forces sont dissymétriques. Mais il y a besoin de l’Etat pour constituer un Etat-major supranational, qui tente de surmonter les contradictions impérialistes, les concurrences toujours plus aiguës dans un monde aux ressources raréfiées et pour imposer une conception de l’Etat répressif face à la menace d’un soulèvement généralisé.

Le fond de la conception de la dictature du prolétariat est que l’Etat bourgeois doit être brisé dans son essence de dictature de la bourgeoisie et ce grâce à la dictature de la majorité (le prolétariat) sur une minorité (la bourgeoisie), cette extinction n’aura pas lieu automatiquement, illusion qu’a pu entretenir l’existence du camp socialiste. Je ne regrette pas le terme tant il porte d’ambiguïté si l’on ignore la nature de la dictature antique à laquelle se référaient des gens qui connaissaient leurs classiques comme Marx.

Briser l’appareil d’Etat c’est le remplacement d’institutions par d’autres foncièrement différentes, par exemple l’armée permanente, de métier est supprimée, c’est l’élection et la révocabilité de tous les cadres, c’est aller de ce fait vers la transformation en quelque chose qui n’est plus tout à fait un Etat. C’est-à-dire pousser la démocratie jusqu’au bout. La démocratie n’est pas cette dictature de la bourgeoisie qui interdit de poser les enjeux qui ont trait à notre vie, qui nous interdit comme on l’a vu avec les votes référendaires sur l’Europe d’être pris en considération, la démocratie c’est la possibilité pour la majorité d’imposer à une minorité de possédants  un autre type de politique. C’est être informé sur ce qui se met en place par exemple ce concept qui mêle sécurité et Défense et dont nous venons de voir contre qui sa réalité est dirigée, et avoir la possibilité de repousser une telle conception.

Mais ce que démontre cet exemple est que justement aujourd’hui, la dictature de la bourgeoisie, son Etat Major se situe au niveau d’une globalisation interdépendante. Un autre des effets de la débâcle politique qui a suivi l’effondrement de l’URSS a été un repliement, une incapacité à penser le monde. Pourtant si nous devons opérer une critique de la manière dont a été menée « la dictature du prolétariat », elle ne saurait se passer d’une analyse du fait  que la première expérience socialiste ait- été celle d’une forteresse assiégée. Ce fait difficilement niable doit nous inviter à réfléchir sur les questions de la mondialisation telle qu’elle se présente aujourd’hui.

L’auteur dont les travaux me semblent aujourd’hui les plus intéressants pour comprendre cette situation à laquelle nous sommes confrontés est Samir Amin (5). Il a pensé de longue date ces questions sans jamais oublier les dominations mondialisées, les rapports centre-périphérie. Il peut apporter beaucoup d’éléments de réflexion sur certains défis de notre époque, répondre à la géopolitique de la paranoïa à l’œuvre chez Sarkozy que l’on ne peut pas plus accuser d’être fasciste que les néo-conservateurs nord-américains, et qui pourtant mène une des politiques les plus réactionnaires et les plus dangereuses qui soient. Samir Amin peut aider à construire des politiques qui associent la démocratie citoyenne, le progrès social, l’entente entre peuples du sud et du nord, en ayant conscience que cela passe par l’anti-impérialisme et une bataille pour la souveraineté des nations.

En outre Samir Amin, il n’est pas le seul  ne cesse de s’interroger sur ce qui effectivement est devenu la question centrale de notre époque : une certaine conscience collective embryonnaire est en train de naître y compris au niveau planétaire, la conscience que ce qui se joue c’est la défense de l’humanité, donc Samir Amin s’interroge sur « comment passer de la conscience collective des défis à la construction d’agents sociaux actifs de la transformation ? »

 Pour moi l’un ne va pas sans l’autre, c’est de la conscience collective de la nature des défis, par exemple celle que j’ai posé tout au long de ce texte sur la dictature du capital est aussi la clé de l’organisation dont nous avons besoin.  Ainsi quand Samir Amin propose de construire la socialisation par la démocratie, je suis tout à fait d’accord, puisque briser la dictature du capital c’est ne pas accepter les institutions telles quelles sont, mais leur en substituer d’autres réellement démocratiques, la démocratie est l’autre définition de ce qu’on appelait la dictature du prolétariat. Simplement en évacuant le concept on a évacué le contenu à savoir que non seulement on ne pouvait pas se glisser dans les institutions telles qu’elles sont, mais bien l’idée beaucoup plus fondamentale qui est que jamais la bourgeoisie n’abandonne sans lutte ce pouvoir, jamais elle n’accepte même la transformation des institutions qui lui vont comme le gant à la main, et que partout y compris en Europe, en France elle est prête à aller jusqu’à l’assassinat de masse.

Si nous sommes d’accord avec le diagnostic et avec les objectifs, en ce qui me concerne je veux bien appeler la dictature du prolétariat la démocratie socialiste, mais je ne veux pas que l’abandon du thème soit le prélude comme il l’est aujourd’hui à une vision démobilisatrice et pour le moins ingénue de la tâche à accomplir. Comprendre ce que nous affrontons et le combat dans lequel nous nous engageons est la base d’une stratégie politique.

Quand on a perçu la nature de l’affrontement on voit d’une autre manière les dispositions qui sont prises aujourd’hui par ceux qui nous gouvernent avec la complicité des médias qui font désormais partie de l’appareil d’Etat.

Danielle Bleitrach

(1) Il faudrait également noter quelques faits essentiels concernant ce Livre Blanc avec le rôle tout nouveau accordé aux renseignements, eux aussi directement liés au président de la République. Le premier est que le renseignement est le secteur où la coordination est le mieux réalisé à l’intérieur de l’OTAN, et le plus mal au niveau européen. Ce choix n’est donc pas sans renforcer la conception du président d’une défense européenne intégrée à l’OTAN. Le second fait à souligner est le type de renseignement choisi, comme cela a été reproché à la CIA, le terrain est sacrifié aux coûteux gadgets techniques. Cela va avec en général avec les orientations de suppression de 54.000 hommes et en revanche un investissements majeurs dans les équipements militaires, ce qui satisfait bien sur les marchands d’armes proches du président et de surcroît détenteurs des médias français.
(2) Pascal Boniface, le nécessaire débat sur le  nucléaire, La Croix, 14 janvier 2008
(3) L’arsenal militaire pour lutter contre le terrorisme  existe et a été rendu plus performant à partir de 1995 avec le plan Vigipirate, suite aux attentats du GIA algérien. Cette date de 1995 qui correspond non seulement à une série d’attentat mais à un autre livre blanc de la défense en 1994, est déjà celui d’une inflexion de la vision de la dissuasion.  Toute la politique de Nicolas Sarkozy peut être analysée comme à la fois une rupture mais aussi la poursuite d’infléchissements pris dans le cadre d’une Europe allant de plus en plus vers l’atlantisme et vers les grandes coalitions.
(4) Lénine , L’Etat et la Révolution, œuvres complètes, tome 25, 1917, p, 445
(5) Samir Amin, du capitalisme à la civilisation, la longue transition

 

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9 commentaires

  1. Bonjour Danielle,

    réflexion très stimulante favorable à un « réarmement » (oh le vilain mot!) idéologique après les reculs consécutifs à l’effondrement du l’URSS.
    Cela dit sans nostalgie du stalinisme.
    Je n’ai pas non plus le culte des mots : l’usage de l’expression dictature dans l’expression « dictature du prolétariat » ne peut avoir le même sens AVANT et APRES les expériences historiques de masse du nazisme en particulier.
    Et d’abord c’est affaire de contenu comme tu le dis : démocratie poussée jusqu’au bout, révocabilité et turn over des dirigeants, mise en oeuvre d’audacieuses politiques d’éducation, de formation et de culture des cadres comme des militants …

    Il y a sans doute aussi à réfléchir en profondeur sur la question de la souveraineté des peuples et des nations mise à mal de manière permanente par les objectifs et les pratiques des oligarchies dominantes. Car effectivement ce n’est pas les états et leurs institutions que les bourgeoisie remettent en cause mais les possibilités de contrôle et de retournement de situation que les constructions historiques nationales rendent encore possible qu’elles veulent neutraliser et contourner.
    Cette stratégie devient flagrante avec les péripéties de la construction européenne actuelle et le cynisme affiché des élites à l’égard des choix et votes populaires.
    Et c’est vrai qu’après beaucoup d’autres (en particulier en 2005 au moment du vote sur le traité constitutionnel) avoir centré nos explications sur la nécessité d’une autre Europe et d’un autre traité je me pose la question d’une démarche différente articulée davantage sur la souveraineté des peuples … sans abandon de la perspective d’une solidarité et d’une visée européenne … non-européo-centriste.
    Je note d’ailleurs que dans une récente intervention de Cohen-Séat dans l’Huma ce dernier fait état de la construction européenne actuelle comme obstacle majeur à la transformation de la société.
    Mais j’abrège …
    Et encore merci Danielle 🙂

    G. Rodriguez

  2. Je pense qu’il vaut mieux utiliser le terme de Démocratie Sociale ,pour mettre l’accent sur le fait que c’est un état qui doit étre socialiste (au service des classes non parasitaires).La Nation doit rester l’unité de base où doit s’exercer la souveraineté populaire.Mais on devrait constituer des ensembles régionnaux suffisament peuplés pour atteindre des seuils critiques (airbus, CERN)pour avoir un poids au point de vue économique.Il est évident que l’europe d’aujourd’hui n’est pas démocratique qui viole la souveraineté des peuples Français ,Hollandais et irlandais.Il faut mener des luttes à l’echelle européenne et meme mondiale (l’internationalisme prolétarien).

  3. Gilbert,

    oui mais un concept c’est bien utile, un concept est toujours dans un appareil conceptuel, une théorie…Et par exemple si tu es convaincu que l’essence de l’Etat est la dictature puisqu’il est le produit de contraditions inconciliables sur lesquelles il a falu instituer « le monopole de la violence légitime », donc si tu es convaincu que plus les contradictions s’aiguisent plus l’essence dictatoriale apparaît, tu ne choisis pas la même organisation que si tu n’en est pas convaincu. par exemple tu te méfies des « collectifs anti-libéraux » ou des opérations à la Gayssot, tu te dis qu’au meilleur des cas ce n’est pas au niveau.

    Encore faut-il s’entendre sur les mots et c’est là que le concept est utile.
    Par exemple le mot dictature pour Marx n’a pas le même sens que celui que nous lui donnons aujourd’hui, aujourd’hui sa définition serait la tyrannie. Face à la tyrannie, c’est à-dire un gouvernement illégal et violent, le devoir d’insurrection est un droit de l’homme. Quand l’Union européenne ose nier le vote des Irlandais après avoir nié celui des Français et des Hollandais, c’est le choix de la tyrannie. ou à tout le moins cette Union européenne se constitue en executif sans mandat de personne, elle devient donc dictature sans mandat. Comme quand Sarkozy change complétement la Défense française et la vassalise aux etats-Unis.

    Le dictature est un gouvernement parfaitement légal, temporaire, en cas de situation grave, le dictateur (celui qui parle)concentre tous les pouvoirs dans un exécutif, les pouvoirs du Sénat Romain sont alors suspendus mais il est flanqué d’un aide dont je ne me souviens plus le nom, il ne rend de compte à personne sauf sur les finances. Dans le fond quand De gaulle arrive en 58, et que Coty et le parlement lui remettent le pouvoir c’est une dictature. D’ailleurs il va produire une Constitution qui traduit la période et dont nous souffrons aujourd’hui avec son présidentialisme, son bonapartisme. Mais la bourgeoisie a besoin de résoudre les problèmes du colonialisme et ceux des luttes trés fortes de la classe ouvrière,le rassemblement est en train de s’opérer. Donc il va nous pondre cette constitution là. Comme quand l’Union soviétique s’effondre est encore encore aggravé l’union européenne, ce qui fait que si l’on ne peut pas dire qu’il s’agisse de fascisme on peut parler d’un processus de fascisation.

    Donc face à cela il me semble qu’il faut un parti cohérent, conscient, organisé, en particulier dans les classes populaires et pas un conglamérat petit bourgeois.

    Donc employer un mot a un sens..Et le drame, le vide abyssal des propos est la fin du sens, de toute réflexion, de toute culture… C’est exactement ce que représente Sarkozy… Jamais nous n’avons eu un président aussi inculte, vive Disneyland et à bas la princesse de Clèves…On croirait là-encore un ricain vulgaire…

    Abdallah, une partie essentielle de mon analyse t’a échappé, tu as raison de parler de la nation, des coopérations mutuellement avantageuses, voir du CERN, toute choses qui n’ont pas besoin d’un superetat, c’est seulement l’armée qui a besoin de ce superEtat, ce qui t’échappe c’est l’idée que désormais la dictature de la bourgeoisie se situe dans un monde globalisé et interdépendant , avec l’Etat major du capital. C’est tout le sens du fait que je rapporte c’est-à-dire la manière dont la confusion entre la défense et la sécurité est la problématique des Etats-Unis.

    donc l’internationalisme n’est pas un simple slogan humaniste, il est une nécessité de la lutte et c’est pour cela que je renvoie aux analyses de Samir Amin.

    Danielle Bleitrach

  4. Globalement, je partage votre analyse du rôle d’un Etat de plus en plus brutal, qui se défait de ses derniers oripeaux sociaux et arrache sans vergogne le vernis démocratique qui a pu masquer un temps le vrai visage de la dictature bourgeoise.
    En revanche, je ne partage pas votre opinion lorsque vous parlez de l’opposition politique française. A mes yeux, il ne s’agit pas de « cécité » ou de simple « passivité », mais bien d’une volonté consciente et délibérée de ne bousculer qu’à la marge l’ordre existant. Les préoccupations strictement électoralistes des partis de gauche et le désamorçage systématique des luttes sociales par les syndicats (à coup de grèves de 24h et de manifs-promenades) en font des alliés objectifs de l’Etat répressif néo-libéral.
    Par ailleurs, si votre texte permet d’analyser la nature et l’évolution de l’Etat bourgeois, son fonctionnement et ses mécanismes meurtriers, s’il nous rappelle ce que serait la dictature du prolétariat (c’est-à-dire une vraie démocratie citoyenne), il ne dit pas de façon suffisamment explicite qu’on ne passera pas de l’un à l’autre par une simple prise de conscience intellectuelle. La révolution, la lutte armée ne sont pas des mots plus tabous que la dictature du prolétariat.

  5. (commentaire sur le commentaire de Michèle)
    Pour s’intéresser au point final, la lutte armée en Europe est clairement une option impossible, je pense. Qui va se battre ? Qui est entraîné pour le faire ? Quelle masse armée va se soulever ? La simple question est sur le contexte, même pas sur le fond de la lutte armée.
    On vit dans un monde guerrier, mais, en Europe, ce sont les états les guerriers, les masses ne sont pas prêtes à se battre. La lutte armée, dans un contexte hostile, n’aboutit qu’à un enfermement idéologique, qu’à des groupuscules isolés. Cuba est une île et les cubains (un bon nombre au moins) de 1959 avaient une conscience pour ne prendre que cet exemple dans un contexte opposé.
    Seule la conscience intellectuelle et collective (de masse, pas besoin de 100% des citoyens), peut amener un changement profond, une révolution. Et cela est possible. Il suffit de considérer une relâche ou des dysfonctionnements dans la propagande continuelle et forcée du pouvoir et de ses « associés momentanés » (ou opportunistes, les grandes figures de notre époque).
    Je pense qu’il est plus difficile de tromper les gens que de leur dire la réalité. On ne peut y arriver qu’en ayant les moyens. La bourgeoisie a ces moyens, et ils sont considérables, mais ce n’est pas facile pour eux. Les tromperies sont tellement énormes (je me permets de citer : « travailler plus pour gagner plus » par un beau bourgeois en lunettes de soleil) que le monde est prêt à craquer à chaque instant, sans armes, avec des mots.
    Bien sûr le contexte européen est démoralisant, on est le pire endroit du monde (dans la théorie révolutionnaire disons, pas pour la violence bien sûr) où la « démocratie bourgeoise » se développe joyeusement avec la bienveillance des classes moyennes. Mais il suffit de voir toutes ces populations opprimées qui s’agitent encore et toujours, ces nouvelles idées qui naissent et vivent au Sud, pour voir que notre tour de lutte effective est proche.

    Danielle, merci pour la poursuite de ce site de référence et de cette lutte électronique.

  6. Avant de penser à la lutte armée, peut-être faut-il penser comme les Cubains que « tranchée d’idées vallent mieux que tranchées de pierre ». Comment un petit pays a pu tenir à distance la principale puissance économique et militaire du monde, par le force des idées et en armant à tous les sens du terme sa population.

    Pour cela il faut avoir conscience de la violence potentielle de l’ennemi. c’est ce que j’ai tenté de faire dans cet article c’est de montrer la violence du système et pas seulement ses mensonges. Disons la coercition permanente.

    Nous vivons sur l’illusion d’un pouvoir qui certes au meilleur des cas de conscience est un pouvoir de classe qui spolie les classes populaires au profit d’une poignée de nantis. Je dis bien que c’est une infime minorité de la population qui a cette conscience. Que tout est fait pour éliminer cette vision de la lutte des classes, il suffit de prendre les réflexions de l’opposition, qu’il s’agisse du PS ou des communistes de toutes obédiences. Mais ce qui est encore plus éliminé c’est la violence potentielle ou réelle d’un tel système.

    La réaction de Francis Wurtz devant la véritable forfaiture qu’est l’attitude des gouvernements européens tentant de nier le vote irlandais comme ils ont nié le vote français et le vote est caractéristique: il s’est contenté de dire une baliverne du type “il ne faut pas mépriser le vote irlandais, ils étaient dans leur droit en votant NON” Même attitude de la part du PS et des communistes de toutes obédiences devant le livre blanc de la Défense de Sarkozy. Est-ce que l’huma a sorti le quart de ce que vous lisez dans ce blog ? Pourtant le budget de la Défense ce n’est pas rien, ses conséquences sont considérables, cette violence là disparait de notre champ de vision, en revanche périodiquement la dite huma ne craint pas de sortir des articles sur les “dictatures communistes”.

    Est-ce un hasard, je ne le crois pas… Tout ce que je peux vous dire c’est qu’avec un tel niveau de conscience et d’organisation les Cubains ne tiennent pas un quart d’heure…

    Et pourtant si nous ne sommes pas capables d’empêcher nos propres généraux-qui peut mieux qui nous?- c’est la catastrophe finale, on ne sait même pas si la planète survivra à la destruction des êtres humains et de l’environnement, et si la lutte pour les ressources qui se raréfient ne va pas donner lieu à des atrocités pires que toutes celles que nous avons connues. Et une fois de plus cela part de nous, comme le génocide des amérindiens, l’esclavage, la traiter négrière,le colonialisme, les camps de la mort, deux guerres mondiales… Nous sommes le « ventre toujours fécond de la bête immonde », la violence de masse est la notre… Nous avons les moyens de l’autodestruction…

    Danielle Bleitrach

  7. De: « secours-populaire »
    À: « bleitrach.danielle »
    Objet: De Joannès
    Date: mardi 24 juin 2008 18:06

    Un grand bonjour Danielle,
    Bien capté ton analyse actuelle de la situation et je tiens à te dire que je suis totalement en phase avec toi en me sentant quand même interpellé sur ce qui se passe sur la planète et appelle donc de ma part quelques observations complémentaires.

    Je n’ai jamais cru en ce que la bourgeoisie, le capitalisme, était porteur de la démocratie. Pourquoi? Parce que j’ai toujours pensé et constaté que la liberté des nantis privilégiés ne pouvait pas être la même que celle des pauvres, des exclus de toutes sortes de la Société. Même si MARX admettait que dans ses périodes euphoriques de croissance le capitalisme pouvait apparaître satisfaisant. En fait, même si elle était moins importante l’exclusion a toujours existé en témoigne, le secours rouge avant guerre et le Secours POP. ensuite. Cette exclusion s’est toujours chiffrée par millions, à l’opposé : des gens excessivement fortunés. C’est vrai ce constat d’injustices ne scandalise pas la majorité des peuples des pays industrialisés et il en est encore ainsi de nos jours alors qu’elles s’accroissent de jour en jour, la fibre humanitaire tout le monde ne l’a pas et s’en remet à la fatalité! Et pour combien de temps encore? Dans les pays du Tiers-Monde la révolte gronde même si certains dirigeants sont plus motivés par des convoitises qu’en faveur des plus pauvres.
    Un syndicaliste d’Uruguay rencontré à CUBA me disait : » Tu vois la grande leçon de l’histoire c’est que l’on ne peut pas faire le Socialisme sans le peuple. Il ne peut naître qu’accompagné par le peuple avec une avancée de réformes objectives et concrètes pas des semblants. »
    Parce que c’est ça le problème, rusés sont les tenants du capitalisme pour reprendre tôt ou tard ce qu’ils ont dû concéder sous la pression des masses laborieuses. Et puisque je parle des Latinos, là-bas un autre monde est en marche. La démonstration se fait que le Pouvoir politique peut agir sur le pouvoir économique des possédants jamais élus, pour corriger l’injustice, obliger, en s’appuyant de la démocratie participative de l’immense majorité du Peuple, les privilégiés scandaleusement riches à concéder sur leurs richesses. Beaucoup trop chez nous pensent parce qu’on leur a inculqué que l’on ne pouvait rien demander à ceux qui détiennent parce qu’ils ne veulent pas . J’ai toujours répondu que c’était là une curieuse conception de la démocratie!
    Les nouvelles démocraties qui naissent en Amérique-Latine nous apportent en effet la preuve que la bourgeoisie sait être violente lorsque ça s’avère nécessaire pour conserver leur privilèges égoïstes. Et elle profite des droits civiques qu’ils conservent pour comploter, fomenter des troubles, provoquer de la subversion, des assassinats, des coups d’Etat, et maintenant le recours à la sécession des provinces aux richesses naturelles, pour tenter de mettre en difficulté un pouvoir politique qui leur échappe et qui a le courage de leur demander des comptes ! L’on peut facilement démontrer aujourd’hui, en dépit de la chappe de plomb des médiats menteurs ou muets qui s’est abattu sur le monde, que les nantis ne sont respectueux des droits civiques que dans la mesure ou l’on ne s’en prend pas à leurs privilèges. J’élimine bien sûr la question des droits humains que le capitalisme a toujours été incapable de respecter. La démocratie? Tout au moins son illusion, c’est tout ce qui reste au pouvoir des privilégiés. Reste à la faire tomber mais nous Révolutionnaires pour utiliser nos maigres droits civiques nous n’avons pas les milliards nécessaires !!! Face à la brutale adversité nous ne pourrons convaincre que si nous sommes unis. Et, cette unité à la faveur des difficultés économiques grandissantes les Révolutionnaires doivent contribuer à la réaliser. Comment? Des opportunités peuvent se présenter il faudra les saisir. J’observe qu’en Amérique-Latine les partis communistes ne sont pas à l’avant-garde de l’avancée générale progressiste qui se propage. Cela ne veut pas dire que des vrais communistes ne sont pas engagés dans les combats pour les changements qui se profilent : normal, si les injustices vous donnent la nausée, vous agissez ! Un mouvement réformiste oui, mais pas pour des réformettes susceptibles d’être reprises tôt ou tard. Des réformes qui font « mouche » parce que on aura demandé plus pour ceux qui ont moins à ceux qui continus à s’enrichir sur la misère des autres ! S’écriait l’Abbé Pierre  » Jusqu’à quand va-t-on demander aux moins pauvres de payer pour les plus pauvres » Là est la question fondamentale.
    L’exemple de Cuba et aujourd’hui du Venezuela qui fait tache d’huile ne peut que rendre la bourgeoisie furieuse et prête à tout pour reprendre le contrôle politique qui lui échappe car elle ne peut pas supporter la moindre atteinte à ses richesses que l’on commence à lui demander de partager, c’est insoutenable pour elle. J’en veux encore pour preuve tout récemment, la Présidente d’Argentine a décidé de taxer les céréales à l’exportation puisque elles sont nécessaires au pays. Manifestations des privilégiés s’en sont suivies mais le soutien des masses laborieuses est assurée bien sûr à la Présidente. D’autres mesures devront suivre pour pousuivre à gommer d’incalifiables défits à ceux qui ont faim.
    Alors des Dirigeants de Progrès décidés a prendre des mesures de justice sociale, Eh! Bien, si cela s’appelle du Socialisme, c’est bien parce que le capitalisme est incapable de le faire par dogmatisme. Ces courageux Dirigeants apportent aussi la preuve que la démocratie est du côté et au service du Peuple. Le Président Hugo Chavez aurait subi le même sort que Salvador Allende si le Peuple n’était pas descendu dans la rue pour exiger son retour !
    Avec ces nouvelles démocraties, je trouve que nous sommes aujourd’hui mieux armés pour démontrer que les tenants du capitalisme ne sont pas pas ce qu’ils prétendent être : des démocrates. Evo Morales vient de lancer à son tour le Référendum Révocatoire pour Août 08. Chiche! Messieurs les Gouvernants aux ordres du capitalisme. Chez nous le referendum est bien dans la Constitution mais…!!! La Gauche pour gagner devrait mettre cet exemple à son programme en s’appuyant de mesures en faveur de l’énorme majorité du Peuple.
    La crise est là et je crois que le plus mauvais est encore devant et non derrière nous! La croissance économique des années passées n’est plus, les injustices ressortiront donc de plus belles ! Tous les pays du Tiers-Monde prendront conscience tôt ou tard du pillage de leurs ressources naturelles par les multinationales surtout. Je crois que ce jour advenu le capitalisme des pays industrialisés aura beaucoup de mal à apparaître comme la vertu incontournable de l’histoire de l’Humanité.
    L’unité du peuple dans chaque pays sera plus que jamais indispensable pour faire face à la crise capitaliste dont MARX disait que ces crises pouvaient provoquer un cataclysme que nul ne peut imaginer la gravité et les drames qui peuvent en découler.
    Il faut empècher que cela arrive et oeuvrer pour un rassemblement d’une majorité permettant de faire face au malheur. Un rassemblement où les tricheurs n’auront pas leur place et où toutes les victimes du capitalisme y trouverons leur compte.

    Joannès BILLO

  8. Je n’ai pas eu le temps de prendre connaissance du débat qui précède, mais la formule « dictature de la bourgeoisie » me paraît qualifier parfaitement … le fascisme, justement. Dans la mesure où la dictature s’exerce sur tout le monde, y compris sur les individus de la classe au nom de laquelle elle s’exerce. C’est aussi pour ça que je ne regrette pas trop l’abandon de ce concept en 1976 (mais je n’y était pas..) bien que cela ce soit fait de manière assez … dictatoriale, à ce qu’on m’a dit. Sarko, ce n’est pas la dictature de la bourgeoisie, ou alors Sego aussi. Qu’il soit autoritaire, c’est sûr, qu’il tranche plus en faveur de la bourgeoisie que Madame Royale ou que Dalaï Noë, j’en doute. Il est significatif aussi que les ingérences impérialistes évitent (sauf au Vénézuéla) soigneusement la pratique du coup d’état, et préfèrent utiliser la manipulation de l’opinion publique locale et internationale (Ukraine, Bolivie, Géorgie, Zimbabwé, etc) pour gagner les élections.

  9. Jules Grévy contre l’élection du président de la république au suffrage universel: un visonnaire???

     […] Le président de la République a tous les pouvoirs de la royauté : il dispose de la force armée ; il nomme aux emplois civils et militaires ; il dispense toutes les faveurs ; il a tous les moyens d’action, toutes les forces actives qu’avait le dernier roi. Mais ce que n’avait pas le roi, et qui mettra le président de la République dans une position bien autrement formidable, c’est qu’il sera l’élu du suffrage universel ; c’est qu’il aura la force immense que donnent des millions de voix. Il aura de plus, dans l’Assemblée, un parti plus ou moins considérable. Il aura donc toute le force matérielle dont disposait l’ancien roi et il aura de plus une force morale prodigieuse ; en somme il sera bien plus puissant que n’était Louis-Philippe.
    Je dis que le seul fait de l’élection populaire donnera au président de la République une force excessive.
    Oubliez-vous que ce sont les élections de l’an X qui ont donné à Bonaparte la force de relever le trône et de s’y asseoir ? Voilà le pouvoir que vous élevez ! Et vous dites que vous voulez fonder une république démocratique ? Que feriez-vous de plus, si vous vouliez, sous un nom différent, restaurer la monarchie ? Un semblable pouvoir, conféré à un seul, quelque nom qu’on lui donne, roi ou président, est un pouvoir monarchique ; et celui que vous élevez est plus considérable que celui qui a été renversé.
    Il est vrai que ce pouvoir, au lieu d’être héréditaire, sera temporaire et électif, mais il n’en sera que plus dangereux pour la liberté.
    Êtes-vous bien sûrs que, dans cette série de personnages qui se succéderont tous les quatre ans au trône de la présidence, il n’y a aura que de purs républicains empressés d’en descendre ? Êtes-vous bien sûrs qu’il ne se trouvera jamais un ambitieux tenté de s’y perpétuer ? Et si cet ambitieux est un homme qui a su se rendre populaire, si c’est un général victorieux, entouré de ce prestige de la gloire militaire auquel les Français ne savent pas résister ; si c’est le rejeton d’une des familles qui ont régné sur la France, et s’il n’a jamais renoncé expressément à ce qu’il appelle ses droits ; si le commerce languit, si le peuple souffre, s’il est dans un de ces moments de crise où la misère et la déception le livrent à ceux qui cachent, sous des promesses, des projets contre sa liberté, répondez-vous que cet ambitieux ne parviendra pas à renverser la République ? »
    Amendement repoussé de Jules Grévy 1848


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