Un retour à Marx s’impose pour comprendre cette crise

Il faut retourner à Marx, parce que c’est le seul penseur qui ne s’enferme pas dans un dilemme apparemment insoluble non seulement dans les termes mais ce qui est pire dans les faits. Quel dilemme ? Avant lui des économistes avaient énoncé l’existence de la partie de la valeur du produit que le capitaliste s’approprie sans payer d’équivalent, ce que l’on nomme la plus value ou valeur ajoutée. Mais on en restait là parce que pour la plupart des économistes il s’agissait d’un fait éternel, incontournable. Ils n’ont pas beaucoup évolué depuis se contentant face aux crises d’envisager grâce à la régulation étatique une pondération dans le rapport général entre travailleurs et possesseurs des moyens de production. Mais toujours en partant d’une aide massive, ne réclamant pas de profit, de l’Etat au capital. Face aux économistes qui selon le mot de Marx transformaient les hommes en chapeaux, il y avait les socialistes de l’époque qui trouvaient à juste raison cette répartition injuste et en appelaient à la justice éternelle et à la vraie morale, transformant les hommes en idées.

Marx ne s’est pas contenté de ce dualisme qui semble inspirer tant de nos campagnes électorales, celle où l’on voit le pourfendeur de l’injustice de hier se transformer en réaliste d’aujourd’hui.

 Marx a étudié la transformation de l’argent en marchandise, en substituant au travail, la force de travail, la propriété de créer plus de valeur qu’il ne lui en faut pour sa propre reproduction ou la mise en évidence du rapport entre capital constant (l’investissement en machines, en moyens de transport, en matière première, etc..) et en capital variable (les salaires). A partir de là il peut distinguer plus value absolue et plus value relative, mais je vous renvoie au livre I du capital.

Recréer la totalité pour comprendre la crise  et agir

La grande force de Marx, c’est non seulement d’avoir conservé la charge utopique du socialisme à l’origine mais d’avoir refusé l’aspect éternel des catégories économiques bourgeoises.

 Ainsi en ce moment dans une crise boursière dont on a bien du mal à percevoir en quoi cela nous concerne, on apprenait que les 7 milliards perdus de la Société général n’avaient aucune importance, que cette évaporation ne mettait rien en jeu et le PDG de la Société générale, un fanatique de la régulation par le seul marché, qui croyait après quelques nuits sans sommeil pouvoir expliquer que sa banque était sauvée. On apprenait ce fait et dans le même temps Fillon le premier ministre annonçait un plan pour les SDF de 250 millions, une goutte d’eau alors qu’il aurait fallu au moins un milliard d’urgence. Il est à noter que le contribuable Société générale, avec d’autres, ont dilapidé plus que cela.

Donc le retour à Marx c’est non seulement comme le disait Derrida, le retour à l’indignation devant l’injustice ce qui n’est pas sans importance parce que c’est le levier de la transformation, mais c’est aussi le point d’appui, l’analyse de la différence entre crise économique et crise systémique. Disons tout de suite que devant la masse des SDF qui grandit non seulement aux Etats-Unis mais ici, non seulement les malades non hospitalisés, les chômeurs ayant rompu toutes attaches, mais aussi les salariés qui ne peuvent plus trouver de logements correspondant à leurs salaires, il y a deux manières de se positionner. Soit on pense que c’est bien triste mais que c’est comme pour tous ces immigrés qui se pressent à nos portes : on ne peut accueillir toute la misère du monde. Et alors nous sommes de nouveau devant le couple pre-marxiste : d’une côté la Loi économique incontournable et de l’autre l’appel aux catégories éternelles d’humanisme et de justice. Bien sûr mon cœur penche comme le votre de ce côté mais cela ne suffit pas. Parce que alors nous sommes bien devant la logique du primat du capital et la charité aux « exclus ».

Toute crise est une crise du profit, parce que le profit est le nerf de la société capitaliste, cette métaphore est utile pour comprendre que y toucher fait mal et pas seulement aux capitalistes mais à toute la société organisée autour de ce critère. Donc je plaide pour une idée: ne pas croire que l’on sortira de cette crise par des demi-mesures, en s’économisant une transformation en profondeur du système, ça c’est que les théoriciens du consensus ne cessent de vous répéter, en vous menant de dépression en dépression.

 Crise économique ou crise systémique ?

Je distinguerai d’abord crise économique et crise systémique. Nous assistons depuis cet été à une crise financière dont toute la question est de savoir si elle débouche ou non sur une crise économique, cela semble être le cas. Une crise économique  a un caractère conjoncturel, avec des causes assignables : baisse de la bourse, faillite dans certains secteurs de la production. Selon l’économie classique, elle exige des purges pour que recommence l’accumulation. Et quand madame Lagarde qui a le mérite de dire tout haut ce que ses collègues du gouvernement tentent de masquer en terme d’intérêt général, explique d’abord qu’une crise financière ne fait que régulariser la situation instable ou encore que l’économie réelle est saine, donc qu’il faut laisser faire et en particulier ne pas déplacer Bouton le PDG de la Société générale qui partage sa vision, et celle dominante aux Etats-Unis, elle énonce la loi d’une crise économique classique.

Oui mais voilà depuis cet été j’ai tenté d’expliquer qu’il s’agissait d’une crise systémique. Une crise systémique  ébranle la société dans ses valeurs, ses modes d’organisation : elle recompose nécessairement les forces sociales et politiques(1). Le concept de crise systémique désigne la crise d’une totalité autorégulée (2).  Cette crise ne se limite pas à l’événement, en ce moment  la crise des subprimes, elle concerne beaucoup plus une phase de développement du capitalisme. En France, c’est sous la gauche, sous la présidence de françois Mitterrand que va se créer un consensus social autour de l’acceptation d’une politique d’accompagnement de la croissance financière et de la pression sur les forces de travail en vue de leur flexibilité maximale. Mêmes les nationalisations vont être utilisées pour rendre plus performantes sur le plan financier les multinationales et après les rétrocéder au privé, les réintroduire dans le marché. Sur le plan théorique, cette période correspond au triomphe de l’orthodoxie libérale (3). Il y a une sorte de tour de passe-passe, le capital dans une nouvelle phase d’accumulation trouve la théorie la mieux adaptée à ses profits. Il faut comprendre que nous ne sommes pas devant une science exacte, mais bien d’une utopie économique au profit d’une classe sociale. Celle-ci se trouve confrontée à la fois à une dépression, à de nouvelles technologies (ce qu’on appelle abusivement la révolution informationnelle) un développement des forces productives tiré pour l’essentiel par le militaire, et au miracle de l’effondrement de l’URSS. Ce qui va lui permettre une sorte de far west de l’accumulation. Parce que non seulement les gouvernements mais les travailleurs vont être convaincus qu’il n’y a pas moyen de faire autrement sinon de pondérer par la charité les excès nécessaires.

 Pourtant les théories néo-libérales qui sont dominantes et sur lesquelles s’établit le consensus politique de la bonne « gouvernance » sont basées sur des affirmations pour le moins contestables. D’abord il y aurait une  autonomie totale entre trois sphères : le marché, la sphère économique et la sphère politique. L’extrême-modélisation de l’économie libérale qui prétend fonder sa « scientificité » n’est que la traduction d’un double postulat : l’état d’équilibre du marché et la transformation de la société en un ensemble désorganisé de consommateur (l’offre) confrontée à une demande elle-même déstructurée. C’est la négation des classes sociales, des firmes multinationales, des nations et ce n’est donc pas un hasard si  dans le même temps nous assistons à une sorte d’accompagnement gauchiste de cette vision du monde, je pense en particulier à la bible de l’altermondialisme, le livre empire. Plus de nations, plus de classes sociales, mais une multitude, et il faut aider le capitalisme à abolir les frontières. Il est vrai que la manière dont les politiques qu’ils soient de gauche ou de droite adhèrent à la vision capitaliste du monde entraîne le discrédit.

retrouver une vision conflictuelle

Ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux montre la prégnance de cette vision idéologique alors même que le capital tente d’entrer dans une nouvelle phase. Aujourd’hui on reste à la fois dans le thème de l’impuissance étatique et déjà sous la pression des économies qui articulent marché et Etat, fonds souverains, nationalisations, le capital sollicite de plus en plus ouvertement la protection étatique. L’impuissance étatique c’est justement la vision que l’on a largement diffusé à droite comme à gauche, celle qui voudrait que chaque bénéficiaire de fond de pension, chaque possesseur d’une action, même de moins de mille titre, s’agglutine aux autres, telles des nuées de sauterelles aussi peu contrôlables qu’une plaie d’Egypte avec l’idée que les capitalistes, leur états ne contrôlent plus rien. Mais si on considère de près le système on mesure au contraire sa structuration. C’est même l’existence d’une poignée de grands investisseurs qui ne doit jamais être dévoilée. Regardez l’histoire de EADS, Lagardère vend ses actions, il y a délit d’initié. L’affaire est aussitôt détournée sur la caisse des dépôts et Consignation, sur Breton alors ministre de l’économie.  On se dit bon .Lagardère possède les médias, ils se taisent normal. Mais aujourd’hui l’affaire de la société générale laisse entrevoir un autre délit d’initié, un autre capitaliste Robert.A.Roy, et aussitôt l’information se referme, les fusibles sont là, en particulier le PDG de la Société générale, il va partir avec un bon matelas financier.

Pas plus que le capital n’est devenu une nuée de sauterelles, l’Etat ne s’est autodétruit, non seulement il y a peu de dispositions autoritaires auxquelles il renonce mais il les aggrave (3). Dans l’étude que nous avions faite du RMI, nous avions montré comment dans son choix d’accompagner la croissance financière et la flexibilité de la force de travail, le gouvernement de françois Mitterrand avait proclamé la « fin des droits », c’est-à-dire la fin après une période déterminée de l’assurance chômage et l’avait remplacé par le RMI. C’est-à-dire que l’on avait soulagé le patronat de cette coûteuse responsabilité pour la fiscaliser, nous l’imputer alors même que la croissance financière ne cessait d’aggraver la paupérisation. L’Etat avait « technicisé » les choix libéraux et il l’avait fait en développant tout un appareil associatif, un nouveau mécanisme de « contrôle social » basé sur la charité. Nous en sommes là, avec un nombre incalculables d’associations dont les bénéficiaires sont aussi parfois les employés les plus flexibles, et le capital a été débarrassé de la revendication ou de l’exigence de classe.

Ce n’est pas un hasard donc si nous avons entente politique à tous les niveaux entre ceux qui sont d’accord avec le primat de cette croissance financière, assorti plus ou moins de charité publique, le tout allant de DSK à l’égérie des banlieues Fadela.

Donc il me semble que si l’on veut envisager la constitution d’une force politique ou sa résurrection, il faut rompre résolument avec ce type d’analyse. Il faut retourner à marx. En évitant d’ailleurs de le scinder : déjà certains capitalistes vantent ses analyses du mode de production mais lui reprochent son utopie libertaire, sa croyance dans le caractère émancipateur du prolétariat. Tandis que les protestataires contre l’ordre social ne retournent pas à Marx mais à l’utopie. Ils opposent la justice éternelle au capitalisme sans âme. Marx dépasse ce couple et ceux qui aujourd’hui sont entrés dans une politique de développement, de nouveaux rapports sud-sud et dans les pires difficultés tentent comme le fait l’ALBA de créer une autre logique méritent notre attention, pas d’illusions mais une attention et nos luttes solidaires. 

Si l’on pense autrement et si l’on sort des catégories pre-marxites, une économie considérée comme scientifique à partir du moment où elle assure la croissance financière et face à elle une véhémente mais inefficace revendication à la justice éternelle, à la morale on peut réfléchir à la nature de la bataille que nous devons mener.

Au moment même où le capital est sinon proche d’un  nouveau new deal ou du moins tente de nous faire croire que c’est ce qui se prépare aux Etats-Unis le tout teinté sinon de justice sociale au moins de l’illusion raciale de cette justice, nous avons intérêt et c’est ce qui est tenté dans ce blog de comprendre à quoi nous sommes confrontés. Dans un prochain article je poursuivrais en reprenant pour partie les thèses de samir Amin sur le centre et la périphérie, question centrale aujourd’hui puisque la grande nouveauté de cette crise financière et économique est qu’elle est dans le centre, ce qui renforce la conviction que nous sommes bien devant une crise systémique. Non seulement dans la nouvelle phase du capital, dénommée néo-libérale, les crises se sont succédées, mais la croissance partant du centre est restée poussive, mais aujourd’hui la crise n’a pas pu être rejetée à la périphérie.

Danielle Bleitrach

(1) C’est ainsi que nous avons avec Mustapha El Miri écrit en 2000 un livre intitulé défaite ouvrière ou exclusion, l’harmattan, dans lequel face à l’abondante littérature de l’époque sur l’exclusion, nous avons déclaré que « l’exclusion ou le paupérisme, objet de notre étuden résulte initialement d’une dépression et des remèdes économiques alors mis en œuvre » Et nous avons dit également que ce qui nous paraissait témoigner du passage d’une crise économique à une crise systémique était le fait que même quand la croissance reprend elle demeure poussive, le phénomène qui mêle chômage, bas salaire, paupérisme se perpétue, il est devenu structurel.
(2) Les théories de la régulation apparaissent au début des années 1970, dans un courant qui s’éloigne de Marx et se rapproche de Keynes comme Michel Aglietta, Keynes est alors hégémonique. Elles se développent ultérieurement dans le contexte mondial d’une intégration à la croissance financière généralisée et à la flexibilité du travail et au triomphe des théories dites néo-libérales. 
(3) L’analyse de cette aggravation offre à elle seule une vision beaucoup plus réaliste de ce qu’est l’Etat comme d’ailleurs l’étude du militaro-industriel.

13 commentaires

  1. bonjour,

    le retour indique qu’on s’en est detourné ?

    Merci de voir que certains ne l’ont jamais abandonné,meme s’ils
    l’ignorent !

    un site suisse qui merite le detour,le premier a avoir publié Alain Bihr ?:

    http://www.lescommunistes.org/

    une serie video d’Alain Bihr, decembre 2007:

    services publics face à la mondialisation

    http://www.truveo.com/services-publics-face-à-la-mondialisation-1/id/2627667944

    dans la serie des textes censurés qui se pratique toujours,tout en reclamant la liberté d’expression :

    SYSTÈME FINANCIER : LE PROCHAIN DOMINO EST ENCORE PLUS GROS

    29 janvier 2008 – 19:32

    Par Paul Gallagher, EIR

    Une bulle de quelque 50 000 milliards de dollars de contrats financiers dérivés [cf. note 1] menace d’éclater incessamment, provoquant un déferlement de faillites et d’insolvabilités bancaires. Raison de plus pour passer de toute urgence à une réorganisation du système….

    http://www.solidariteetprogres.org/spip/sp_article.php3?id_article=3765

  2. Je suis tout à fait d’accord ,il faut un retour au fondamentaux (comme on dit au rugby!)j’ai lu le dernier livre d’A.Badiou , le dernier chapitre est « encourageant! »
    Je voudrais avoir votre avis sur « Altermondialisme » de J.B..et G.D..sur l’aliance entre les forces populaires et les compétences d’encadrement .Je trouve cette formule interessente mais j’ai du mal à la situer en dehors d’un intense lutte des classes emmenées par une organisation
    « compétente »!! . Pouvez vous m’éclairer un peux sur cette approche du marxisme? Merci encore pour votre site très encourageant. Marcel Martin

  3. En valeur absolue, « ce que l’on nomme la plus value ou valeur ajoutée. » est égal au profit. 100 € de plus value ou de valeur ajoutée à un produit équivaut à 100 € de profit. L’exploitation capitaliste ne se trouve pas dans la valeur d’un produit mais dans le taux d’exploitation de la plus value ou de la valeur ajoutée, dans la différence entre le profit du capitaliste (son bénéfice net) et le profit de ses employés (Le capital variable investi).

    Je n’ais pas le temps de poursuivre ma réflexion pour le moment, cela me demande une concentration énorme. Mais il est très important de comprendre, que l’exploitation sociale de l’économie par les capitalistes se trouve dans les taux de plus value (Bénéfices net sur salaires, ou profit sur capital variable) et non pas dans les taux de profit (bénéfice net sur investissement salaires compris, ou bénéfices net sur capitaux investis). L’économie moderne, le capital, se caractérise par la surproduction industrielle.

    Pour la première fois depuis le début de l’humanité les hommes, grâce à la machine, produisent plus qu’ils ne consomment et, pour que ce système fonctionne dans une économie capitaliste il faut vendre ce qui est surproduit ou le détruire car les salaires ne suffisent jamais à absorber cette surproduction.

    J’espère pouvoir expliquer mon point de vue sur ce texte vendredi, car le capitaliste ne s’approprie pas de produits, sa consommation personnelle est loin d’être suffisante pour expliquer les valeurs faramineuse dont il s’approprie, à notre insu, pour continuer à exploiter notre travail et celui des générations à venir.

    Stelios

  4. premièrement je trouve inutilement compliquée la forme de ce que vous énoncez, il a fallu que je relise trois fois poir simplement en arriver à l’idée que le profit se calcule sur l’ensemble de l’investissement du capital (capital constant + capital variable) alors que la plus value ou taux d’exploitation se calcule seulement sur le capital variable. Ce qui est parfaitement exact mais n’ajoute pas de lumière supplémentaire à celui qui n’a pas lu le Capital.
    Ce que je n’arrive pas à comprendre c’est comment vous aboutissez à l’idée qu’il y aurait pour la première fois des crises de surproduction ? C’est le propre du capitalisme et Marx en parle déjà dans le Manifeste. Ou alors je vous ai mal compris et vous parlez non d’aujourd’hui mais du mode de production capitaliste tel que marx l’a décrit.
    Martin, merci de vos encouragements mais je n’ai maheuresement pas lu le livre dont vous parlez et dont vous donnez simplement les initiales des auteurs.
    danielle Bleitrach

  5. Je vous demande d’excuser la confusion de mes propos mais je ne peux faire mieux. La plus value n’est pas un taux ou un rapport, mais une valeur absolue égale au profit ! Je le dis : « En valeur absolue, « ce que l’on nomme la plus value ou valeur ajoutée. » est égal au profit. » Si la plus value est égale au profit, le taux de plus value, comme celui du profit ou d’une exploitation particulière reste un rapport entre deux valeurs.

    Le taux de plus value est un rapport entre le bénéfice net d’une entreprise et les salaires payés, alors que le taux de profit est un rapport entre le bénéfice net d’une entreprise et l’entièreté de ses dépenses. Bénéfice net, plus value ou profit sont ici équivalents, ce sont des valeurs qui ne peuvent se rapporter entre elles.

    En disant : « que la plus value ou taux d’exploitation se calcule seulement sur le capital variable. » il y a confusion entre valeur absolue et rapport d’exploitation (taux d’exploitation ou de profit d’une entreprise) et cette confusion abstraite se rapporte à une valeur concrète (« se calcule »), au seul capital investi en salaires (CV) !!!!????

    Quitte à me répéter, Je n’ais pas le temps de poursuivre ma réflexion pour le moment. Ce que j’écris « semble inutilement compliqué » mais je sais que pour éviter la confusion et l’amalgame, je dois concentrer ma réflexion sur l’objectivité de mes propos pour rendre une image moins subjective de notre économie, celle d’une production qui révolutionne le monde depuis l’arrivée de la machine à vapeur, et de la mise en valeur croissante du capital de l’humanité (18ième S). Ce que je veux démontrer c’est que le «produit que le capitaliste s’approprie sans payer d’équivalent » n’est rien que de l’économisme. Abstrait, il nous détourne de la politique et permet aux propriétaires privé du capital de « dormir tranquilles », sans opposition, pour poursuivre leur domination sur la production ou la reproduction et accumulation d’un capital social qu’ils exploitent pour réduire ses producteurs à la mendicité et détruire tout avenir à l’humanité.

    J’espère être compris dans mes propos, de toute façon je ne peux pas faire mieux pour rester objectif.

    Amicalement, Stelios.

  6. Le livre cité par Martin :
    Altermarxisme : un autre marxisme pour un autre monde » et les auteurs sont Jacques Bidet et Gérard Duménil.
    cf article dans l’Humanité du 20 octobre 2007, adresse :
    http://www.humanite.fr/2007-10-20_Tribune-libre_Deux-fortes-voix-qui-portent-au-deladu-systeme-imperialiste

  7. Vous vous referez à la loi de la valeur
    la valeur d’une marchandise M produite en système capitaliste s’exprime par la formule M= c+v+pl. Si nous retranchons pl, il reste une simple équivalence la valeur marchandise remplaçant la valeur capital c+v dépensée dans les élements de la production.

    Si la fabrication d’un certain article exige, par exemple, une dépense de capital de 500livres dont 20 livres pour l’usure des moyens de travail (outils, machines) 380 pour les matières de production, 100 livres pour la force de travail et que le taux de plus value soit de 100% , la valeur du produit est de 400 c (380+20) + 100 v + 100 pl = 600 livres
    après soustraction des 100 livres de plus value, il reste une valeur marchandises de 500 livres qui remplace simplement le capital de 500 livres qui a été dépensée. Cette portion de valeur de la marchandise, qui remplace le prix des moyens de production consommée et de la force de travail employée ne fait que remplacer ce que la marchandise coûte au capitaliste lui-même: pour lui elle constitue le coût de production de la marchandise.

    Il y a donc là deux grandeurs différentes: ce que la marchandise coûte au capitaliste (500 livres) et ce que coute la production de la marchandise elle-même. la fraction de la valeur de la marchandise constituée par la plus value ne coûte rien au capitaliste, précisémment parce qu’elle coûte à l’ouvrier du travail non payé. donc pour le capitaliste le coût de production de la marchandise diffère donc, quantitativement de sa valeur ou de son coût de production réel, il est inférieur à la valeur de la marchandise. Il doit en effet , grâce au procès de circulation être indéfiniment reconverti en capital productif. Par contre la catégorie du coût de production du capital n’a rien à voir avec la formation de la valeur de la marchandise, ni avec le procés de mise en valeur du capital. La plus value est en effet une part de la valeur de la marchandise qui excède le coût de production.Toutefois, la plus value constitue un accroissement non seulement de la portion de capital avancé qui entre dans le procès de mise en valeur, mais aussi celle qui n’y entre pas.
    Il y a donc accroissement de valeur non seulement du capital dépensé mais aussi de tout le capital en général utilisé dans la production. C’est ce qui est nié ou plutôt inversé par le capitaliste pour qui l’accroissement de valeur résulte des opérations productives qu’accomplit le capital.

    Et c’est là que marx définit le profit comme la forme mystifiée : « c’est parce que le prix de la force de travail apparaît à l’un des ^poles sous la forme modifiée du salaire, qu’au pôle opposé le plus value apparait sous la forme modifiée du profit ». Si la marchandise est vendue à sa valeur, un profit serait comme vous le dites réalisé , qui est égal à la valeur excédant son coût de production, donc égal à la totalité de la plus value contenue dans la valeur de la marchandise. Mais le capitaliste peut vendre ou plutôt doit vendre à cause de la concurrence la marchandise avec profit tout en la vendant au-dessous de sa valeur et il peut le faire tant que son prix de vente est supérieur au coût de production. Une partie de la plus value est réalisé tant que son prix de vente est supérieur à son coût de production.

    C’est là qu’intervient la concurrence qui joue sur la définition du taux de profit. la loi fondamentale de la concurrence capitaliste et qui régit le taux général de profit et ce qu’on appelle les prix de production est basée sur la différence entre valeur et coût de production, et sur la possibilité qui en résulte de vendre la marchandise avec profit au-dessous de sa valeur.
    Donc dire qu’il s’agit d’une forme mystifiée ne signifie pas qu’il ne faille pas distinguer dans le caqpitalisme profit et plus value. Même si les coûts de production peuvent apparaître comme une fiction puisque justement la valeur qui met tout en mouvement c’est-à-dire celle de la force de travail fournit de la valeur non rétribuée.

    De ce fait vous oubliez justement le caractère historique de la production. Ainsi Engels dans la préface au livre III où il est question du profit montre ce caractère historique avec ses étapes caractéristiques, l’échange dans des communautés autarciques où la valeur définie par marx s’applique dans toute sa pureté. Puis les ligues marchandes qui vont échanger au loin les produits et qui tirent le profit de cet échange, là il analyse comment se joue la concurrence mais aussi l’égalisation entre profits, un taux de profit moyen.

    Deuxième étape où comment le profit commercial va devenir profit industriel parce que les marchands assujetissent les artisans qui conservent leur outils mais sont déjà approvisionnés en matière première, puis la manufacture, puis le machinisme et là nous retrouvons l’analyse précédente.

    Engels dans sa préface note qu’en 1865 marx avait eu une intuition sur le rôle de la Bourse mais il décrit en quelques têtes de chapitres la nouveauté et il débouche sur la Bourse et les colonies, c’est-à-dire l’impérialisme tel que le définira lénine.

    Donc la loi de la valeur peut être considéré comme le noyau central mais justement le profit, la concurrence sont des moments historiques qu’il faut analyser dans leur complexité. D’où l’importance de distinguer entre profit et plus value, taux de plus value et taux de profit.

    danielle Bleitrach

  8. je connais assez bien les travaux de G. dumesnil traditionnellement avec dominique levy et je les trouve trés intéressants en particulier leur critique de Walras et du marché en équilibre. mais je ne suis pas convaincue par leur thèse de la crise du capitalisme débouchant sur une nouvelle classe dominante les managers, la technostructure… Ceux qui seront capables d’imposer au capitalisme une régulation..;

    Quant à Bidet s’il a eu le mérite d’être le promoteur d’un colloque et de travaux sur marx j’ai toujours beaucoup de mal à comprendre où il veut en venir…

    Cela dit ces chercheurs sont des gens importants auxquels il faut être attentifs et le colloque marx qui a lieu tous les deux ans est un grand moment de rencontre non seulement pour les Français mais pour toute la planète. donc je vais lire leur ouvrage.
    danielle Bleitrach

  9. Les differentes ? interpretations ennonçées me semblent
    tourner autour des nouvelles formes de domination du capital sur la societé monde, qu’on peut brievement resumer comme “achevées”.

    Le capital realisait la plus value lors de la production, aujourd’hui il a etendu son extraction a la production comme a la consommation, une nouvelle totalité qui lui
    permet paradoxalement de s’extraire des contraintes du marché, de la vente et de la crise de surproduction : sa
    nouvelle logique dominante ; gaspillage maximum.

    Une illustration parmi d’autres : la domination bancaire
    a commençée lors de la mise en place de l’obligation faite
    a chaque salarié d’avoir un compte en banque sur lequel
    deposer son salaire obligatoirement payé par cheque.

    A partir de la, un salaire de 1000€ ouvrait un credit a la banque de 12 000€ (effet de levier,ratio Cock 8%),la banque creait ainsi un capital de 12000 € ,gratuitement grace au travail du proletaire, en prets,en credits,qui ouvraient de nouveaux credits,etc.

    La creation monetaire propriété des banques privées n’est que la consequence de leur domination sur le salariat.
    Ce mecanisme est a la racine de la financiarisation et de la
    crise actuelle.

    Son extension effrenée n’est que sa logique reelle exprimée par “ils sont devenus fous”.Le capital peut se permettre le luxe inoui pour nous, de perdre du capital ,il s’en fout, puisque immediatement le proces de reproduction lui offre gratuitement un nouveau capital,chaque fin de mois il remplit la caisse !!!

    Les “seuls” a y voir un inconvenient sont les actionnaires
    qui voient fondre leurs dividendes,et l’Etat ses impots.

  10. Vladimir,

    pour une part je suis assez d’accord avec ce que tu énonces, mais d’un autre côté je crois que tu fais une erreur que tu démontres d’ailleurs toi-même en montrant qu’il y a la production, le capital ne s’extraie jamais de la plus value même si le profit peut paraître s’en abstraire. Là je n’ai pas le temps mais je vais essayer comme je l’ai promis de reprendre l’analyse centre périphérie, parce que le capital financiarisé fonctionne dans un contexte d’exploitation et d’extraction de la plus value qui est l’impérialisme. il réalise par le financier l’exploit de retirer la plus value la plus forte des secteurs où la force de travail est la plus abondante en regard du capital constant employé et de la transférer dans les secteurs où cette plus value se raréfie, par la magie du taux de profit justement.
    Si on reste dans la loi de la valeur au sein de l’entreprise des débuts du capitalisme industriel on ne comprend pas, mais si on ne connait pas la loi de la valeur et si on la nie on comprend encore moins je crois et on aboutit à l’illusion néolibérale de trois sphères totalement autonomes, le marché, l’économique et le politique, alors que l’impérialisme nécessite de penser simplement leur autonomie relative. Et d’ailleurs Stelios en recentrant bien sur cette loi de la valeur m’a permis de comprendre mieux ce par quoi naissait l’illusion- ce qui est incontournable- et pourtant la manière dont sa condition prolétarienne revendiquée hautement lui faisait occulter la dynamique specifique du profit, l’accélération de la circulation du capital aujourd’hui. peut-être sommes nous là au coeur du problème de la difficulté d’unifier le prolétariat aujourd’hui, je n’en sais rien, il faut réflechir.
    danielle Bleitrach

  11. Ai-je bien compris, Danielle,tout ce que vous avez expliqué ci-dessus si je dis que le capitalisme n’est finalement qu’un gigantesque jeu de pyramide (inversée) dont nous serions +/- au dernier étage, la dernière étape (toutes les personnes susceptibles de capitaliser, de façon de moins en moins importante d’ailleurs, de faire du profit financier en font* et qu’il n’y aurait pratiquement plus personne à « taxer », en d’autres mots, que l’email envoyé à dix personnes au départ a plus ou moins atteint toutes les mailbox du monde) et que chaque étape étant +/- exponentiellement plus rapide, celle-ci pourrait donc aller relativement vite?

    Au-delà, est-il possible, qu’en cas d’implosion du « bloc » capitaliste occidental (pour autant qu’il soit séparable du capitalime global) sa domination soit remplacée par celle d’un nouveau bloc composé de pays émergents mais à un stade capitaliste plus primaire et ayant donc un potentiel de survie plus long, ou ce nouveau bloc serait-il obligatoirement aussi avancé (les capitalistes les plus gros étant peut-être les mêmes, voire plus, et donc lui même sujet à une fin « rapide » laissant la place à un monde communiste?

    – vous écrivez: « il réalise par le financier l’exploit de retirer la plus value la plus forte des secteurs où la force de travail est la plus abondante en regard du capital constant employé »
    Parlez-vous par exemple du secteur des services (des employés et peu d’autres frais, les sociétés de consultance, les sociétés d’intérim et la sous-traitance qui se développent si fort actuellement, développant leurs profits sur le dos de leurs employés-kleenex (une part grandissante de la classe moyenne) y compris tous les cadres qui font les malins au volant de leurs voitures allemandes de leasing, « pda-gps » à la main, oreillette à… l’oreille, qui sont aussi propriétaires de quelques actions et pensent du coup faire partie des « winners ») qui rejoignent au bout de la chaine, de nombreux prolétaires, de plus en plus sous statut « indépendant », de petites (surtout) et de certaines moyennes entreprises, tous condamnés eux à rogner leurs profits tout en produisant plus et dans de moins en moins bonne condition du fait de la concurrence**?

    * la semaine passée, un sondage des lecteurs de « La Dernière Heure », le journal belge francophone le plus vendu, montrait que plus de la moitié des lecteurs possédaient des actions et étaient donc impliqués dans l’exploitation capitaliste.

    ** je me base ici, entre autres sur mon exemple: architecte indépendant, travaillant seul, au service d’un client principal lui même sous-traitant, d’un sous-traitant d’un opérateur de téléphonie mobile: autant d’étapes, de capitalistes à rétribuer, qui se sont ajoutées une à une sur une douzaine d’année (au début, il n’y avait que l’architecte et l’opérateur) et qui réduit sans-cesse le revenu de la personne qui au final produit le travail, un travail lui-même toujours plus complexe!

    Philippe

  12. vous avez compris des choses que je n’ai pas expliquées et mal interprété ce que j’ai tenté d’expliquer. Ce qui prouve à quel point je suis nulle ou à quel point il est malaisé de transmettre des choses complexes et elles-mêmes en débat.

    Non je ne pense pas (je dis même le contraire) que nous soyons arrivés à cette société où le capital serait une nuée de sauterelles, je pense au contraire que c’est un mythe. Je m’inscis même en faux sur la vision de Vladimir qui verrait la financiarisation à partir de nos dépots de salaires, c’est toujours la nuée de sauterelles ou le marché vu par les néo-classiques niant l’existence des classes sociales, des nations et des firmes multinationales. j’ai commencé à ce propos de repartir sur les fondamentaux: qu’est-ce que le capital financier ? Je me demande si je dois placer ici ce texte qui est un simple rappel des étapes de la constitution du capital financier pour comprendre de quoi il s’agit. Cela tourne un peu au cours d’économie et comme je ne suis pas économiste c’est toujours par une nulle pour des nuls.

    par exemple répondre à votre seconde question s’avère trés compliqué parce que derrière cela il y a la question de l’échange inégal. Les Etats-Unis ont restructuré leur système productif en terme de centre-périphérie et ont imposé un système fondé sur la rente dollar. Il y a aussi la question des salaires, de la qualité des emplois offerts qui pèse sur le développement, un économiste comme Emmanuel Arghiri montre qu’à cause du différentiel entre les salaires au centre et à la périphérie, il existe une tendance qui bénéficie au centre et qui est à la source de l’échange inégal. pour Samir Amin les pays émergents demeurent en système capitaliste là où s’exerce frontalement la dynamique d’accumulation, l’extraction de valeur selon les nouvelles modalités techniques et financières du surtravail. Et ceci me conduit tel un serpent qui se mord la queue à reposer la question « savez-vous ce qu’est le capital financier et sa relation à la production de valeur? »

    Cela dit beaucoup d’économistes sont effectivement convaincus de ce que vous dites trés clairement à savoir que de la crise du capitalisme vont émerger… les pays émergents. Il y a eu recemment dans alternatives économiques un long interview de Aglietta qui aboutissait à cette conclusion. C’est même la paranoïa des gouvernements occidentaux qui se fixe sur les fonds souverains. Mais cette paranoïa est d’autant plus injuste que ces pauvres pays emergents loin d’avoir des visions impériales se débattent dans un rapport centre-périphérie qui demeure à leur désavantage à cause de ce que j’ai dit précedemment sur l’économie de rente des etats-Unis et sur le désaventage salarial de la périphérie.

    Danielle Bleitrach

  13. voilà quelques points qui permettent d’un peu mieux comprendre ce qu’est le capitalisme financier…

    Peut-on dire que le capitalisme financier naît avec les banques de dépôt, ce que dit Vladimir. Non ce qu’il me semble utile de comprendre c’est que le capitalisme financier naît comme une fonction technique du capital, de sa circulation dans sa mise en valeur à partir de la production, une fonction qui s’autonomise. Ce qui veut dire en clair qu’il est ancré sur la production de plus value, il assume des fonctions techniques de cette mise en valeur. Mais je voudrais également insister sur le fait qu’en tant qu’instrument de circulation sa source est aussi dès l’origine dans l’échange international. Donc cette autonomisation (relative) d’une des fonctions du capital en capital spécifique, le capital financier croît à chaque phase de la mondialisation.

    LA NAISSANCE DU CAPITAL FINANCIER COMME FONCTION AUTONOME DU CAPITAL.

    Dans le capitalisme industriel celui que Marx étudie en priorité l’argent a un rôle purement technique dans le procès de circulation du capital industriel et du capital commercial qui se charge d’une partie propre du capitalisme industriel.

    L’argent opère comme moyen de circulation et comme moyen de paiement et ceci à un grand nombre de personnes : paiement et encaissement sont des opérations purement techniques. Et de ce fait une partie du capital entre dans la production de marchandise, une autre devient marchandise-argent qu’il faut acheter (or-argent et aujourd’hui dollar)

    Une certaine fraction du capital doit toujours exister sous forme de capital argent potentiel, attendant son utilisation et il reflue sans cesse sous cette forme. Le capital a un certain nombre d’agents dévolus à cette tâche. Cette fonction est accomplie pour l’appareil monétaire de toute la classe capitaliste, elle est concentrée et réalisée à grande échelle. Et une division du travail s’opère autour de cette marchandise particulière et indispensable au procès de circulation (paiement et encaissement, monnaie, crédit) qu’est l’argent. Le développement s’opère d’abord au niveau international avec l’échange des monnaies nationales, c’est lui qui fait naître les banques de change où jadis l’argent et l’or et depuis 1970, le coup de force de Nixon, le dollar est utilisé comme monnaie universelle par opposition à la monnaie courante. Ce qui est par parenthèse un énorme problème vu le caractère artificiel du dit étalon universel. (1)

    On peut dire qu’aujourd’hui le marché financier reste ce lieu où l’argent reste une marchandise, simplement c’est une monnaie virtuelle. Le marché est un lieu virtuel rassemblant les institutions financières – tout se passe par téléphone et écrans informatiques -, le marché monétaire au sens large constitue l’une des composantes principales du financement de l’économie. A la différence du marché obligataire, les instruments qui s’y échangent sont à court terme, soit d’une durée de vie inférieure à un an. Dans un sens plus restreint, il constitue aussi le canal de transmission de la politique monétaire décidée par la banque centrale, en l’occurrence la Banque centrale européenne (BCE) pour la zone euro ou la Réserve fédérale américaine aux Etats-Unis. Un des problèmes posé par cette autonomisation est de faire que les liquidités en circulation correspondent aux biens en circulation autrement c’est l’inflation, mais aussi de savoir noter les actions qui s’échangent, et là nous sommes déjà dans une étape que Marx en 1865 ne peut pas envisager comme le dit Engels dans les paragraphes suivants.

    Cette autonomisation d’une fonction spécifique du capital est en gros ce que l’on peut tirer de la cinquième section du livre III du capital, qui en fait décrit le moment où une fonction particulière du procès de circulation du capital s’autonomise et devient capital financier. C’est avant même qu’apparaissent les banques de dépôts, celles où les salariés déposent leur paye à la fin du mois, en revanche il existe déjà une Banque de France et un capital financier né de la fusion entre capital industriel et capital commercial et capital bancaire est en train de se développer. Nous sommes en 1865, c’est l’Empire avec ce type de capitaliste dont Rothschild est le symbole et il ne s’intéresse pas (à l’inverse des frères Pereire) aux dépôts.

    La Bourse existe déjà mais elle n’est qu’un élément secondaire dans le système capitaliste. Les bons du trésor et les obligations d’Etat représentent l’essentiel des valeurs boursières. Il y a déjà des banques par actions qui commencent à absorber les banques de l’aristocratie, mais c’est en nombre insignifiant. Très peu d’établissements productifs ont recours aux actions. Les Bourses étaient un lieu où les capitalistes échangeaient entre eux des capitaux argent marchandise.

    LA BOURSE A LA FIN DU XIX e SIECLE

    En 1895, Engels va écrire un texte sur la bourse qui complète cette analyse de Marx. Pour lui des changements sont intervenus et ils accordent une place grandissante à la Bourse. Vont être concentrés, selon Engels, à plus longue échéance toute la production industrielle et agricole, l’ensemble des communications et des moyens de transports, les organes d’échange, de sorte que la Bourse devient la représentante la plus éminente du capital.

    En 1866 est intervenue une crise, à partir de ce moment l’accumulation du capital s’est faite avec une rapidité croissante qui n’avait pas nécessairement de débouchés dans le système productif tel qu’il était. « Apparition d’une masse de rentiers cherchant à se dégager des aléas de la production, et souhaitant mener la belle vie en jouissant de postes de tout repos dans les conseils d’administration », création des sociétés à responsabilité limitées et extension rapides dans tous les domaines.

    L’industrie se transforme en entreprises par actions. D’abord la sidérurgie, les mines, la chimie, la construction des machines etc… Cela s’étend au commerce, de même les banques qui deviennent les créanciers hypothécaires même de l’agriculture de grands domaines…

    Tous les investissements à l’étranger se font sous cette forme de SARL, mais le grand boum c’est la colonisation. Engels dit qu’ « elle est la succursale de la Bourse, pour les intérêts de laquelle les puissances européennes ont partagé l’Afrique il y a quelques années et les Français conquis Tunis et le Tonkin; ; l’Afrique est directement affermée à des compagnies (Niger, Afrique du Sud, Sud-Ouest africain allemand et Afrique orientale allemande) et le Mozambique et le Natal pris en possession pour la Bourse par Sir Cecil Rhodes. »p.44

    C’est le début de ce que Lénine définira comme l’impérialisme. On se souvient que, pour Lénine, l’impérialisme est « le capitalisme arrivé à son stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tous les territoires du globe entre les plus grands pays capitalistes ». Loin d’offrir, comme le voulait Kautsky, un terrain pacifié, l’impérialisme n’offre que des trêves entre des guerres concurrentielles, une violation permanente « du droit des nations à disposer d’elles-mêmes ». Quand on voit le capitalisme financier sous une forme fluide entre une masse d’acheteurs qui s’agglutinent et de vendeurs de même acquabit on ne mesure pas que la financiarisation a été le véhicule de grandes firmes multinationales partant à l’assaut des ressources de la planète.

    Cet autre aspect du problème a été abordé par Samir Amin à travers une analyse entre centre et périphérie. La capitalisme est un processus qui détruit les composantes non fonctionnelles de son accumulation, il purge à coup de crises, c’est un système dès l’origine à la fois développant jusqu’à la crise de surproduction et destructeur. Les hiérarchies entre le centre et la périphérie s’établissent en fonction d’un triple marché et de ses formes d’intégration. Ainsi les Etats-Unis restructurent leur système productif en fonction d’un système fondé sur la rente en conservant en leur centre les activités de service et en particulier celles de direction, celles du capitalisme y compris financier et renvoient à la périphérie les activités industrielles délocalisées grâce à la financiarisation et aux firmes multinationales.

    En outre il y a tout un débat sur la nature de l’échange inégal alors que théoriquement selon les orthodoxes néo-classiques, l’échange profite à tout le monde. En fait il s’avère qu’il existe trois marchés, deux mobiles, capitaux et technologie et l’autre immobile celui de la force de travail. L’articulation des trois marchés se traduit par des différences de taux de salaires entre le centre (salaires élevés évoluant avec la productivité du travail) et la périphérie (salaires faibles, le progrès techniques se répercutant dans une baisse du prix du produit).

    Nouveauté de la période, la raréfaction des ressources (le pétrole en particulier) alors même que des pays exigent leur développement et que se renforcent l’exigence de souveraineté.

    Sortir du dollar , sortir du système d’échange inégal est un des grands enjeux de la période.(1)

    La crise dites des subprimes a mis en branle tout cela, il y a incontestablement un endiguement que l’on nous présente quasiment comme une offensive de la périphérie sur le centre.
    Danielle bleitrach

    (1) au titre des désordres paradoxaux de la période voir ce qui se passe aujourd’hui même: l’euro recule de 0,4% face au billet vert, à 1,4812 dollar pour un euro, après avoir bondi mercredi soir suite à l’annonce d’une baisse de 50 points de base des taux de la Fed à l’issue de la réunion de son comité de politique monétaire. La livre sterling cède pour sa part 0,1%, à 1,9879 dollar pour un livre, par rapport à la devise américaine.

    Le dollar profite paradoxalement, face à ces deux devises, de statistiques mauvaises aux Etats-Unis qui tendent à le renforcer dans son rôle de monnaie-refuge dans un contexte d’aversion au risque grandissante sur les marchés action.

    Au lendemain de l’annonce d’un net ralentissement de la croissance américaine fin 2007, les demandes hebdomadaires d’indemnités chômage ont explosé de 69 000 à 375 000, soit la plus forte dégradation observée depuis septembre 2005 et l’ouragan Katrina.

    La hausse des dépenses des ménages américains a ralenti en décembre, avec une progression de 0,2% contre +1% en novembre (révisé en baisse après +1,1% en estimation initiale). Ajustées de l’inflation, les dépenses des ménages sont restées stables.

    L’activité manufacturière a ralenti dans la région de Chicago en janvier , selon l’association des directeurs d’achats locaux (NAPM), dont l’indice PMI s’est établi à 51,5% en janvier, contre 56,4% en décembre (révisé de 56,6% en estimation initiale).

    On ne peut comprendre un tel paradoxe que si on construit l’autonomie relative de la sphère financière mais cette autonomie est justement seulement relative, et la crise systémique porte sur un totalité régulée…


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