Michael Löwy: Le point de vue des vaincus dans l’histoire de l’AmériqueLatine

Le point de vue des vaincus dans l’histoire de l’AmériqueLatine : réflexions méthodologiques à partir de Walter Benjamin
Michael Löwy*
mercredi 2 janvier 2008

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Nous sommes habitués à classer les différentes philosophies de l’histoire selon leur caractère progressiste ou conservateur, révolutionnaire ou nostalgique du passé. Walter Benjamin échappe à ces classifications. C’est un critique révolutionnaire de la philosophie du progrès, un romantique adversaire du conservatisme, un nostalgique du passé qui rêve de l’avenir, un matérialiste fasciné par la théologie. Il est, au sens strict du mot, inclassable. Il se réclamait, depuis 1924, du matérialisme historique, mais sa lecture de Marx, nourrie de romantisme allemand et de messianisme juif, était tout à fait hétérodoxe.
La formulation la plus étonnante et radicale de la nouvelle philosophie de l’histoire de Walter Benjamin se trouve sans doute dans les thèses Sur le concept d’histoire – rédigées, comme l’on sait, en 1940, peu avant son suicide à Port Bou, ultime recours pour échapper à la Gestapo. Il s’agit, il me semble, d’un des documents les plus importants de la pensée critique depuis les Thèses sur Feuerbach de Marx (1845). L’exigence fondamentale de Benjamin dans ce document, c’est d’écrire l’histoire « à rebrousse poil », c’est-à-dire du point de vue des vaincus – contre la tradition conformiste de l’historicisme allemand dont les partisans entrent toujours « en empathie avec le vainqueur » (Thèse VII, W. Benjamin, 2000, p. 432).

Il va de soi que le mot « vainqueur » ne fait pas référence, pour Benjamin, aux batailles ou aux guerres habituelles, mais à la guerre des classes dans laquelle l’un des camps, la classe dirigeante, « n’a pas fini de triompher » (Thèse VII) sur les opprimés – depuis Spartacus, le gladiateur rebelle, jusqu’au groupe Spartacus de Rosa Luxemburg, et depuis l’Imperium romain jusqu’au Tertium Imperium hitlérien.

L’historicisme s’identifie emphatiquement (Einfühlung) aux classes dominantes. Il voit l’histoire comme une succession glorieuse de hauts faits politiques et militaires. En faisant l’éloge des puissants et en leur rendant hommage, il leur confère le statut d’héritiers de l’histoire passée. En d’autres termes, il participe – comme ces personnages qui élèvent la couronne de lauriers au-dessus de la tête du vainqueur – à « ce cortège triomphal où les maîtres d’aujourd’hui marchent sur les corps des vaincus » (Thèse VII). Le butin qu’on porte dans ce cortège est ce qu’on appelle les « biens culturels ». Il ne faut pas oublier, souligne Benjamin, l’origine de ces biens : « chaque témoignage de culture est en même temps un témoignage de barbarie » (Thèse VII). Ainsi les pyramides d’Egypte, construites par les esclaves hébreux, ou le Palais de Cortez à Cuernavaca, par les indiens asservis.

La critique que Benjamin formule à l’encontre de l’historicisme s’inspire de la philosophie marxiste de l’histoire, mais elle a aussi une origine nietzschéenne. Dans une de ses oeuvres de jeunesse, De l’utilité et de l’inconvénient de l’histoire (citée dans la Thèse XII), Nietzsche tourne en ridicule l’ »admiration nue du succès » des historicistes, leur « idolâtrie pour le factuel » (Götzerdienste des Tatsächlichen) et leur tendance à s’incliner devant la « puissance de l’histoire ». Puisque le Diable est le maître du succès et du progrès, la véritable vertu consiste à se dresser contre la tyrannie de la réalité et à nager contre le courant historique (Nietzsche, 1982, pp. 81, 82, 96).

Il existe un lien évident entre ce pamphlet nietzschéen et l’exhortation de Benjamin à écrire l’histoire gegen den Strich. Mais les différences ne sont pas moins importantes : alors que la critique de Nietzsche contre l’historicisme se fait au nom de la « Vie » ou de l’ »Individu héroïque », celle de Benjamin parle au nom des vaincus. En tant que marxiste, ce dernier se situe aux antipodes de l’élitisme aristocratique du premier et choisit de s’identifier avec les « damnés de la terre », ceux qui sont couchés sous les roues de ces chars majestueux et magnifiques appelés Civilisation ou Progrès.

Les luttes de libération du présent, insiste Benjamin (Thèse XII) s’inspirent dans le sacrifice des générations vaincues, dans la mémoire des martyrs du passé. Traduisant cela en termes de l’histoire moderne de l’Amérique Latine : la mémoire de Cuhahutemoc, Tupac Amaru, Zumbi dos Palmares, José Marti, Emiliano Zapata, Augusto Sandino, Farabundo Marti…

La proposition de Benjamin suggère une nouvelle méthode, une nouvelle approche, une perspective « par en-bas », qui peut s’appliquer sur tous les champs de la science sociale : l’histoire, l’anthropologie, la science politique.

Benjamin s’est très peu occupé de l’histoire de l’Amérique Latine. Cependant, on trouve une impressionnante critique de la Conquête ibérique dans un texte très court mais extrêmement intéressant, qui a été complètement oublié par les critiques et les spécialistes de son œuvre : le compte-rendu qu’il a publié en 1929 sur l’ouvrage de Marcel Brion au sujet de Bartolomé de Las Casas, le célèbre évêque qui avait pris, au Mexique, la défense des indiens. Il s’agit du livre de Marcel Brion, Bartholomé de Las Casas. « Père des Indiens », Paris, Plon, 1928, et la recension de Benjamin est paru dans la revue allemande Die Literarische Welt, le 21.6.1929. La Conquête, ce premier chapitre de l’histoire coloniale européenne, écrit Benjamin, « a transformé le monde récemment conquis dans une chambre de tortures ». Les actions de la « soldatesque hispanique » ont crée une nouvelle configuration de l’esprit (Geistesverfassung) « que l’on ne peut pas se représenter sans horreur (Grauen) ». Comme toute colonisation, celle du nouveau continent avait ses raisons économiques – les immenses trésors d’or et d’argent des Amériques – mais les théologiens officiels ont essayé de la justifier avec des arguments juridico-religieux : « L’Amérique est un bien sans propriétaires ; la soumission est une condition de la mission ; intervenir contre les sacrifices humains des mexicains est un devoir chrétien ». Bartolomé de Las Casas, « un combattant héroïque dans la plus exposée des positions », a lutté pour la cause des peuples indigènes, en affrontant, lors de la célèbre querelle de Valladolid (1550) , le chroniqueur et courtisan Sepulveda, « le théoricien de la raison d’Etat » ; il a finalement réussi à obtenir du roi d’Espagne l’abolition de l’esclavage et de la « encomienda » (forme d’asservissement) – mesures qui n’ont jamais été effectivement appliquées dans les Amériques. Nous observons ici, souligne Benjamin, une dialectique historique dans le champ de la morale : « au nom du christianisme un curé s’oppose aux atrocités (Greuel) qui sont commises au nom du catholicisme » – de la même façon qu’un autre curé, Sahagun, a sauvé dans son œuvre l’héritage indien détruit sous le parrainage du catholicisme (W. Benjamin, 1980, pp. 180-181).

Même s’il ne s’agit que d’un petit compte-rendu, le texte de Benjamin est une fascinante application de sa méthode – interpréter l’histoire du point de vue des vaincus, en utilisant le matérialisme historique – au passé de l’Amérique Latine. Notable aussi est sa remarque sur la dialectique culturelle du catholicisme, presque une intuition de la future théologie de la libération…

1492-1992
Un exemple latino-américain récent permet d’illustrer la signification de l’exigence méthodologique de « brosser l’histoire à rebrousse poil » : les célébrations du Cinquième Centenaire de la « Découverte des Amériques » par Christophe Colomb (1492-1992). Les festivités politico-culturelles organisées par les Etats, les Eglises ou l’initiative privée sont des manifestations typiques de ce que Benjamin appelait l’empathie avec les vainqueurs – ici les Conquistadores du XVIème siècle – une Einfühlung qui bénéficie invariablement aux puissants d’aujourd’hui : les élites financières et politiques, locales et multinationales, qui ont hérité le pouvoir des anciens colonisateurs ibériques.

Ecrire l’histoire à « contresens » – une autre expression qu’utilise Benjamin – signifie rejeter toute identification affective avec les héros officiels du Cinquième Centenaire : les conquérants et missionnaires, les puissances européennes qui prétendent avoir apporté « religion, culture et civilisation aux indiens sauvages ». Cela implique aussi de considérer chaque monument de la culture coloniale – par exemple les superbes cathédrales de Mexico ou de Lima – comme étant aussi des documents de barbarie (Thèse VII « Sur le concept d’histoire »), c’est-à-dire comme produits de la guerre, de la conquête, de l’oppression, de l’intolérance. Pendant des siècles, l’histoire « officielle » de la Découverte, de la Conquête et de l’Evangélisation – avec toutes les majuscules – a été non seulement hégémonique, mais pratiquement la seule sur la scène politique et culturelle. Même parmi les premiers socialistes latino-américains, comme l’Argentin Juan B. Justo, nous trouvons au début du 20e siècle une célébration inconditionnelle des guerres de conquête des « civilisés » contre les peuples indigènes « sauvages » : « avec un effort militaire qui ne compromet ni la vie ni le développement de la masse du peuple supérieur, ces guerres ouvrent à la civilisation des territoires immenses. Peut-on reprocher aux Européens leur pénétration en Afrique parce qu’elle s’accompagne de cruautés ? (…) Allons-nous nous reprocher d’avoir enlevé aux caciques indiens le contrôle de la Pampa ? ». Justo conclue son analyse en brossant une grandiose perspective d’avenir : « Une fois supprimés (sic) ou soumis les peuples sauvages et barbares et intégrés tous les hommes à ce que nous appelons aujourd’hui civilisation, le monde sera plus proche de l’unité et de la paix, ce qui se traduira par une plus grande uniformité du progrès » (Juan B. Justo, 1969, p. 136).

C’est seulement avec la Révolution Mexicaine de 1911 que cette vision évolutionniste, eurocentrique et colonialiste commence a être contestée. On peut considérer les fresques de Diego Rivera dans le Palais de Cortez (1930) à Cuernavaca comme le signe d’un véritable tournant dans l’histoire de la culture latino-américaine, par leur démystification iconoclaste du Conquistador et par la sympathie de l’artiste avec les guerriers indigènes qui tentaient de résister aux envahisseurs hispaniques. On peut trouver, à la même époque, l’équivalent historiographique de cette œuvre d’art dans les écrits du marxiste péruvien José Carlos Mariategui – un auteur qui, par son marxisme romantique, sa passion pour le surréalisme et son intérêt pour l’œuvre de Georges Sorel, a beaucoup en commun avec Walter Benjamin. Dans son livre le plus connu, Sept essais d’interprétation de la réalité péruvienne (1928). Mariategui se réfère à la société indigène précolombienne comme une sorte de « communisme inca », une organisation collectiviste de la production qui assurait aux communautés indigènes un certain bien être matériel. Or, « les conquérants espagnols ont détruit, sans pouvoir naturellement la remplacer, cette formidable machine de production ». En d’autres termes : « la destruction de cette économie – et par conséquent de la culture qui se nourrissait de sa sève – est une des responsabilités les moins discutables de la colonisation. (…) Le régime colonial a désorganisé et liquidé l’économie agraire inca, sans la substituer par une autre plus rentable ». Loin d’apporter aux Amériques la civilisation et le progrès, « L’Espagne nous a apporté le Moyen-Âge, l’Inquisition, la féodalité, etc. Elle nous a aussi apporté la Contre-Réforme : esprit réactionnaire, méthode jésuitique, casuistique scolastique ». Pour Mariategui, le socialisme de l’avenir en Amérique Latine devra être un socialisme indo-américain, inspiré des racines indigènes du continent, encore présentes dans les communautés paysannes et la mémoire populaire (J.C.Mariategui, 1976, pp. 13, 53-55).

Un demi-siècle plus tard, Les veines ouvertes de l’Amérique (1981), le célèbre ouvrage d’un des plus grands essayistes vivants du continent, l’uruguayen Eduardo Galeano, trace, dans une puissante synthèse, l’acte d’accusation de la colonisation ibérique et de l’exploitation impériale, du point de vue de leurs victimes : les indigènes, les esclaves noirs, les métisses. Benjamin parlait du « cortège triomphal » des seigneurs et maîtres, vainqueurs de l’histoire (Thèse VII « Sur le concept d’histoire »). Galeano décrit lui aussi cette continuité dans la chaîne historique de la domination : dans l’histoire du pillage de l’Amérique Latine, « les conquérants sur leurs caravelles voisinent avec les technocrates en jets, Hernan Cortes avec les marines nord-américains, les corregidores du royaume avec les missions du Fonds Monétaire International, les dividendes des trafiquants d’esclaves avec les gains de la General Motors ». Au cours du débat sur le Cinquième Centennaire, Galeano est intervenu, dans des termes presque benjaminiens – je ne sais pas s’il a lu les Thèses de 1940 – pour appeler à « la célébration des vaincus et non des vainqueurs » et au sauvetage de quelques-unes de plus anciennes traditions du continent, comme le mode de vie communautaire. Parce que c’est « dans nos plus anciennes sources » que l’Amérique peut puiser ses forces vivantes les plus jeunes : « Le passé nous parle de choses qui intéressent à l’avenir » (E.Galeano. 1981, p. 17).

Le débat sur le Cinquième Centenaire de 1492 a traversé aussi l’Eglise latino-américaine. Les dirigeants conservateurs de la Conférence des Evêques Latino-américains, dans un message de juillet 1984, signé par son président, Antonio Quarracino, et son secrétaire, Dario Castrillon, prend position clairement en faveur d’une célébration inconditionnelle de la Conquête :

« L’entreprise de la découverte, la conquête et la colonisation de l’Amérique – pour désigner ces étapes historiques par les mots traditionnels – fut l’œuvre d’un monde dans lequel le mot de chrétienté renfermait encore un contenu réel. Les peuples européens arrivèrent en Amérique avec un héritage chrétien qui était une partie constitutive de leur être, de sorte que l’évangélisation commença sans retard à partir du moment même où Colomb prit possession des nouvelles terres au nom des rois d’Espagne. La présence et l’action de l’Eglise sur ces terres, tout au long de ces cinq cents ans, sont un exemple admirable d’abnégation et de persévérance, qui n’ont besoin d’aucun argument apologétique pour être pesées convenablement » (La Documentation catholique, 1984, pp. 1076-1078).

Par contre, les secteurs critiques de l’Eglise, proches de la théologie de la libération, comme Monseigneur Leonidas Proaño, « l’évêque des Indiens » de l’Equateur, s’identifient avec les indigènes du continent qui refusent que le Centenaire soit « l’objet de festivités pompeuses et triomphalistes, comme le prétendent les gouvernements et les Eglises d’Espagne, d’Europe et d’Amérique Latine » (Culture et foi, 1989, pp. 17-18). Nous trouvons chez ces héritiers de Bartolomé de Las Casas une nouvelle version de la « dialectique historique » au sein du catholicisme dont parlait Benjamin dans sa recension de 1929.

Ce point de vue critique sera aussi défendu par les principaux théologiens de la libération, comme Enrique Dussel, José Oscar Beozzo ou Ignacio Ellacuria (assassiné par l’Armée à El Salvador en novembre 1989). Gustavo Gutierrez contribuera au débat avec un livre en honneur de Las Casas, Dieu ou l’or dans les Indes (XVIème siècle) (Instituto Bartolomé de Las Casas, Lima, Peru, 1989) et un essai sur le Cinquecentenaire qui prend explicitement position contre les célébrations officielles, dans des termes très proches de ceux de Benjamin : « Il faut avoir le courage de lire les faits à partir de l’envers de l’histoire. C’est là que se joue notre sens de la vérité. (…) L’histoire écrite à partir du point de vue du dominateur nous a caché pour longtemps des aspects importants de la réalité. Nous avons besoin de connaître l’autre histoire qui n’est autre que l’histoire de l’autre, l’autre de cette Amérique Latine qui a toujours « les veines ouvertes » – pour utiliser l’expression célèbre de E. Galeano – précisément parce qu’il n’est pas reconnu dans la plénitude de sa dignité humaine » (G.Gutierrez, 1990, pp. 59-61).

Le Comité pour l’Etude de l’Histoire de l’Eglise en Amérique Latine (CEHILA), dont les principaux animateurs, comme Enrique Dussel, sont proches du christianisme de la libération, a elle aussi participé au débat. Dans une déclaration du 12 octobre 1989, la CEHILA a esquissé une critique radicale du christianisme des conquérants : « Les envahisseurs, pour légitimer leur orgueilleuse et soi-disant supériorité dans le monde, se sont servis du Dieu chrétien en le transformant en symbole de pouvoir et d’oppression. (…) Telle a été, pensons-nous, l’idolâtrie de l’Occident ». Au lieu de commémorer la découverte, la CEHILA propose de célébrer les révoltes contre la colonisation, les combats des aborigènes et des esclaves afro-americains, la rébellion des Tupac Amaru, Lautaro et Zumbi – ainsi que la mémoire de ceux parmi les chrétiens qui ont « écouté ces cris de douleur et de protestation, de Bartolomé de Las Casas à Oscar Romero » (CEHILA, 1990, p. 52-54). Considérant ces critiques, les organisateurs officiels des célébrations ont proposé de remplacer les termes de « découverte « et « conquête » par une expression plus neutre et consensuelle : « La Rencontre de Deux Mondes ». Mais ce changement terminologique n’a pas convaincu les contestataires. C’est le cas, par exemple, des mouvements qui se sont rassemblés – à l’initiative du MST, le Mouvements des Travailleurs Ruraux Sans-Terre du Brésil – à Bogota en mai 1989, dans la Rencontre Latino-americaine d’Organisations Paysannes et Indigènes, avec la participation de trente organisations issues de 17 pays du continent. Dans leurs conclusions finales les délégués de cette rencontre proclament : « Les puissants d’aujourd’hui nous parlent de la Rencontre de Deux Mondes, et, sous ce manteau, ils prétendent nous faire célébrer l’usurpation et le génocide. Non, nous n’allons pas les célébrer, mais nous allons stimuler nos luttes pour mettre fin aux 500 années d’oppression et de discrimination et faire place nette pour la construction d’une société nouvelle, démocratique et respectueuse de la diversité culturelle, fondée sur les intérêts et les aspirations du peuple. (…) Nous appelons tous les exploités et opprimés d’Amérique à participer à la Campagne des 500 ans de résistance indigène et populaire (…), pour récupérer notre identité et notre passé historique, car la mémoire des peuples est une source d’inspiration permanente pour les luttes d’émancipation et de libération » (« 500 años de Resistencia Indigena y Popular », 1989.) . Le Cinquecentenaire a suscité non seulement des discussions et des polémiques, mais aussi des actes de protestation dans divers pays de langue hispanique en 1992 et au Brésil en 2000. Au Mexique, les zapatistes de l’EZLN (Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional) avaient le projet de faire coïncider leur soulèvement avec le Cinquième Centennaire de 1492 mais, pour des raisons d’insuffisante préparation militaire, ont ajourné leur action pour janvier 1994. Ils se sont limités, en 1992, à un acte de réparation symbolique : le renversement, par une foule d’indigènes descendus des montagnes du Chiapas, de la statue du Conquistador Diego de Mazariaga, dans le centre historique de la ville coloniale de San Cristobal de las Casas.

Au Brésil, « découvert » par le navigateur portugais Pedro Alvares Cabral en 1500, on a assisté aussi, en 2000, à d’imposantes célébrations officielles, dont le symbole était une énorme horloge construite par la chaîne de télévision commerciale Globo pour compter les jours et les heures jusqu’à l’anniversaire. Avec humour et irrévérence, deux jeunes indiens ont ciblé, au Jour J, cette « Horloge des Vainqueurs » avec leurs arcs et leurs flèches. La photo a fait le tour de la presse brésilienne… [1] Or, ce geste réproduit, mutatis mutandis, celui dont parlait Benjamin dans sa Thèse XVI ; il s’agit d’un épisode de la Révolution de Juillet 1830 qui témoigne, à son avis, d’une conscience historique dont toute trace semble disparue en Europe : « Au soir du premier jour de combat, on vit en plusieurs endroits de Paris, au même moment et sans concertation, des gens tirer sur les horloges ». Comme l’on voit, politique, histoire, religion et culture sont inextricablement tissés dans les affrontements autour du Cinquième Centenaire de la « découverte » des Amériques. Mais cela n’aurait pas surpris Walter Benjamin…

1. Je l’ai publiée dans mon ouvrage Avertissement d’incendie. Walter Benjamin. Une lecture des Thèses « Sur le concept d’histoire », Paris, PUF, 2004.

BIBLIOGRAPHIE
« 500 años de Resistencia Indigena y Popular », ALAI, n° 121, 1989. Walter Benjamin, Gesammelte Schriften, Frankfurt am Main, Suhrkamp Verlag, 1980, Band III.

Walter Benjamin, Œuvres, Paris, Gallimard, 2000, Tome III., traduction de Maurice de Gandillac, revue et corrigée par Rainer Rochlitz et Pierre Rusch.

CEHILA, « Declaration de Santo Domingo », in 1492 – 1992. 500 ans d’évangélisation, Comité Episcopal France-Amerique Latine, mars 1990.

Culture et foi, n° 130-131, été 1989.

La Documentation catholique, n° 1884, novembre 1984

Eduardo Galeano, « El tigre azul y nuestra tierra prometida », in Nosotros decimos no, Mexico, Siglo XXI, 1991.

Gustavo Gutierrez, « Vers la 5ème Centennaire », en 1492-1992. 500 ans d’Evangelisation, 1990.

Juan B.Justo, Teoria y Practica de la Historia, 1909, Buenos Aires, Ed. Libera, 1969.

José Carlos Mariategui, Siete ensayos de interpretacion de la realidad peruana, 1928, Lima, Ed. Amauta, 1976.

Friedrich Nietzsche, Vom Nutzen und Nachteil der Historie für das Leben, Stuttgasrt, Reclam, 1982.

* L’AUTEUR – Michael Löwy : Directeur de recherches émérite au CNRS, enseignant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Sociologue de la culture, a travaillé sur le Romantisme, sur la culture juive en Europe centrale, et sur la théologie de la libération en Amérique Latine. Médaille d’argent du CNRS en 1994. Ses articles et ouvrages ont été traduits dans 25 langues. Publications récentes : La Guerre des Dieux. Religion et Politique en Amérique Latine, Paris, Editions du Felin, 1998. Walter Benjamin. Avertissement d’incendie, Paris, PUF, 2001, Franz Kafka, rêveur insoumis, Paris, Stock, 2004 et (avec Erwan Dianteill), Sociologies et religion II, Approches dissidentes, Paris, PUF, 2005.

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9 commentaires

  1. bonjour,

    Les multiples fraudes electorales qu’a connu l’Amerique Latine,se
    sont propogées aux USA:

    COMMENT LE PARTI RÉPUBLICAIN VA TRUQUER LES ÉLECTIONS DE 2008…
     
    8 janvier 2008

    [Greg Palast – extrait de son livre “Armed Madhouse” (édition 2007) pages 343 à 350 – Traduction : Grégoire Seither ]

    http://libertesinternets.wordpress.com/2008/01/08/greg_palast_the_theft_of_2008/

  2. Vladimir, tu es sur de commenter ici l’article passionnant de Michael Loëwy ? J’avais quelques pistes de réflexion à proposer, mais ce post me décourage…Et si on parlait des soldes ?
    Jacques Richaud
    NB ; je veux bien que mon commentaire soit effacé car je mesure son absurdité au regard du sujet central évoqué !

  3. c’est abominable cette manie de ne pas lire le texte et de raconter n’importe quoi… On prend au hasard une phrase et on se dit je suis dans le sujet en mettant un lien avec n’importe quoi qui n’a d’ailleurs aucun intérêt comme la fraude prévisible aux élections nord-américaine… je ne sais vraiment pas comment en finir avec cette attitude de troll…
    Donc je laisse pour que cela serve de leçon…
    Danielle Bleitrach

  4. Walter Benjamin est peut être « un critique révolutionnaire de la philosophie du progrès », mais Michael Löwy lui, n’est pas critique du tout avec ses « Nous sommes habitués à classer les différentes philosophies de l’histoire selon … », « C’est un romantique adversaire du conservatisme …, un nostalgique du passé qui rêve de l’avenir, un matérialiste fasciné par la théologie. », « Il se réclamait… du matérialisme historique, mais sa lecture de Marx … était tout à fait hétérodoxe. », il nous fait toute une rhétorique scolastique, pour casser du Marx dont la pensée est « nourrie de romantisme allemand et de messianisme juif » pour faire l’apologie de quelqu’un qui « est, au sens strict du mot, inclassable ». Je peux me tromper mais, si je voulais casser du Walter Benjamins aux yeux des marxistes, je ne m’y prendrais pas autrement. Mais je ne suis pas sophiste et n’ais aucun volonté de polémiquer sur ce texte. Je préfère laisser à chacun le loisir de classer Michael Löwy, dans une de ses « différentes philosophies de l’histoire selon leur caractère progressiste ou conservateur, révolutionnaire ou nostalgique du passé » !

    Vainqueur ou vaincus ? Tout est relatif dans une lutte, le point de vue des uns ou des autres reste subjectif et s’il motive leurs auteurs, dans l’histoire de leurs propres engagements, il ne peut en donner qu’une perspective mais en aucun cas, ne peut répondre à l’histoire de la lutte elle-même, ni aux causes de son engagement et encore moins aux effets de son aboutissement.

    C’est dans la lutte elle-même que les points de vues s’affrontent, en cela vainqueurs et vaincus se donnent une histoire dans la lutte. Chacun la sienne, une histoire subjective qui se poursuit au-delà des luttes, une histoire qui n’est jamais celle des acteurs et qui leur échappe sans, fin pour les amener à de nouvelles luttes.

    L’histoire est réelle mais unique, avec des interprétations multiples. Elle peut avoir autant de points de vue que de gens qui passent et luttent pour y vivre ou survivre. Ces points de vue restent subjectifs mais ce qui est certain, vainqueurs ou vaincus, l’histoire appartient à ceux qui la dépassent, réduisant les points de vue pour en inscrire la fin.

    Depuis Marx il est possible de rencontrer l’histoire réelle, de dépasser les points de vue dans une lutte. La philosophie matérialiste et dialectique s’est emparée de l’histoire mais, et c’est encore un paradoxe, c’est une philosophie qui échappe aux intellectuels parce qu’elle ne peut se dispenser de pratique. C’est une philosophie de l’action ou le point de vue a une histoire, qui confirme ou infirme sa réalisation.

  5. Stelio,
    par certains aspects j’adhère à ce que vous dites, comme dans le débat entre Walter benjamin et Lukacs je me sens plus proche de Lukacs, mais cette vision m’irrite aussi si vous la poussez jusqu’au dogmatisme ce qui me semble bien être le cas.
    C’est avec ce genre d’argument que quelqu’un comme Ernst Bloch a du fuir la RDA. A quel titre vous considérez-vous comme porteur de la doxa prolétarienne, Marx, Engels, Fidel Castro, Lénine qui ont eu une « pratique » ne sont pas des ouvriers mais des intellectuels. Jamais ils n’ont cédé aux sirènes staliniennes de ce genre d’opposition et je dois dire que quand je vois certains membres du PCF qui m’ont bassiné avec leur origine prolétarienne, leur inculture, être depuis des années des lâches qui acceptent n’importe quoi pour conserver au meilleur des cas le collectif imaginaire et au pire leur salaire d’employé de collectivité locale et quand je compare ces gens là à un Badiou je me dis qu’un bon cerveau vaut mieux que Marx résumé à la vantardise d’une usine que l’on a plus vu depuis des années…
    Autre chose est la nécessité politique de favoriser l’intervention de la classe ouvrière en tant que classe, de veiller à l’organisation sur les lieux du travail et dans les quartiers populaires, donc d’avoir des intellectuels d’un type nouveau qui se forment dans la pratique politique révolutionnaire mais aussi en multipliant les contacts avec les intellectuels qui sont sur les mêmes positions de classe.
    Oui Walter benjamin et Michaël Lowy sont des romantiques révolutionnaires et alors ? Ils s’intéressent à une question qui n’est pas secondaire, celle de la « subjectivité » d’une époque telle qu’elle se reflète dans l’art, la littérature, comment s’est formé le sujet occidental et pourquoi a’t-il atteint un tel niveau de barbarie alors même qu’il développait les sciences et les techniques, était porteur de progrès.
    C’est une vraie question, celle que nous posent à partir du Tiers-monde des peuples qui ont choisi de résister. Fidel et le Che résistent à partir de ce positionnement, la Chine aussi à sa manière. Ils disent tous ce qui s’est effondré est le communisme occidental, celui dont l’épicentre était européen, dogmatique, centré uniquement sur les forces productives, sur une vision étriquée de la classe ouvrière…

    Danielle Bleitrach

  6. Danielle,
    Le « dógma » et le « dígma » grec sont tous deux proches du terme « exemple » en français. L’un est abstrait, c’est un exemple que l’on cache (une opinion, une idée que l’on matérialise) et l’autre concret, c’est un exemple que l’on montre (une chose, un acte que l’on idéalise). Le dogmatisme est pour moi une philosophie appliquée qui se manifeste au travers d’une pratique, religieuse pour ce qui concerne la métaphysique et empirique pour ce qui concerne la matière. Le dogmatique est un philosophe idéaliste qui subit la matière et l’histoire et ne réagit, que pour garder les « dogma » et les « digma » qui réalisent son être idéal …. en devenir.

    Je ne connais pas Walter Benjamin et ne me prononce pas sur lui mais, je reste sur ma position de méfiance concernant Michael Löwy … (et je reste gentil). En ce qui concerne Ernst Bloch je ne peux me prononcer, sur le « genre d’argument » qui a du le faire fuir de RDA mais, je pense que la liberté de penser, ou d’agir, y est pour quelque chose.

    Je ne me considère pas comme la « Doxa », la gloire prolétarienne. Je suis un ouvrier proche de la retraite qui, encore aujourd’hui, doit se battre pour éviter les « aisances » de sa vie bourgeoise. Cela fait 35 ans que je dirige et entretient un service dans l’usine qui exploite ma « praxis » de prolétaire. Malgré les insuffisances « intellectuelles de mes premières années sur les objets de mon travail, c’est cette même praxis qui me permet aujourd’hui, de mettre un terme à ma carrière de prolétaire. Mon frère est médecin depuis plus de 25 ans, il a aussi réglé ses insuffisances « intellectuelles » de prolétaire par la pratique de la médecine. Lui est un allié de la bourgeoisie et moi, je cherche toujours une raison pour ne pas abandonner …. le camps des prolétaires.

    « Marx, Engels, Fidel Castro, Lénine qui ont eu une “pratique” ne sont pas des ouvriers mais des intellectuels. » Mais qui n’a pas de pratique et qu’est ce qu’un ouvrage ? Peut-on apprendre à lire, à écrire sans travailler l’écriture ? Peut- on penser sans vivre ou vivre sans penser ? Marx, Engels, Fidel, Lénine se sont mis à l’écoute du peuple qui travaille, et c’est avec eux, en s’alliant à eux qu’ils ont pratiqués la révolution, qu’ils ont réglé leurs insuffisances « intellectuelles » pour … l’accomplir ou en garder les acquis !

    Que serait l’intellectuel Marx s’il se serait contenté de sa chaire à Berlin ? Est-ce sa praxis d’intellectuel bourgeois qui remet Hegel sur ses pieds, qui le chasse d’Allemagne, de France et l’engage au côté des communards ? Ou au contraire, est-ce une pratique révolutionnaire que de refuser l’arrêt d’un massacre humain pour des territoires Ukrainiens perdus d’avance, ou de liquider des compagnons, asservir des nations pour diriger une entreprise nommée URSS ?

    Trotski, Staline, Plekhanov ou Kautsky ont abandonnés la révolution, ils ont quittés un ouvrage commun aux prolétaires, leurs pratique révolutionnaires, mais peut être avait ils perdus leurs qualités d’intellectuels ? Opposer les intellectuels aux prolétaires c’est les considérer comme des ignorants et c’est justement ce que les staliniens ont fait avec les citoyens soviétiques.

    En tout cas, l’intelligence est toujours opposée à l’ignorance, comme le maître à l’esclave, l’argent au travail et le bourgeois au prolétaire. Les amalgames n’y changeront rien, je pensai pouvoir exprimer mon point de vue de classe et, apprends que ma vision est proche du dogmatisme, que cela irrite et que les places de révolutionnaires sont déjà prises …. Là, je me suis trompé dans mon point de vue, je suis vaincu et me voie désolé, d’avoir importuné la romance de gens heureux !

  7. Stelio, je suis navrée mais le dogmatisme n’est pas une philosophie mais une attitude qui consiste à affirmer d’une manière sentencieuse des vérités considérées comme intangibles et éternelles. C’est donc la possibilité d’une manipulation religieuse des masses grâce à la foi qu’on leur inculque dans une homme, un parti, une théorie tronquée.
    Lukacs et Fidel prennent le même exemple , celui du pacte germano-soviétique et montrent comment Staline adopte une attitude tactique qui peut se justifier de ce point de vue tactique puisque les occidentaux lui ont renvoyé l’armée hitlerienne et qu’il doit l’écarter pour préparer l’armée. Fidel dit que les communistes ne peuvent pas adopter une tactique immorale, ils ne peuvent pas se le permettre. lukacs lui montre comment Staline procède, le moment tactique est justifié par une pseudo théorie, un dogmatisme, tous les partis , tous les communistes sont mobilisés pour défendre cette pseudo théorie qui identifie le pacte germano soviétique à certains replis léninistes, et chacun en profite pour éliminer ceux qui ne sont pas d’accord.
    La bureaucratie qui n’est pas une classe sociale mais une déformation de l’appareil d’Etat socialiste ne vit que de ce genre de chose, elle exerce un contrôle sur l’orthodoxie. Comme on le voit aujourd’hui l’orthodoxie peut se transformer durant la liquidation mais elle cherche toujours l’argument d’autorité pour exclure, censurer, refuser tout dialogue, tout débat.
    Ernst Bloch est un philosophe marxiste mais trés influencé par hegal et une certain mysticisme allemand, ceomme Lukacs et tant d’autres il sera accusé de subjectivisme idéaliste et obligé de s’enfuir alors qu’il reste attaché jusqu’à la fin de sa vie au communisme et qu’il dira à la veille de sa mort, que le pire régime socialiste vaut mieux que le meilleur des régimes capitalistes, parce qu’il reste le principe espérance.
    Je ne suis pas d’accord avec les procès que tu instruis y compris avec moi d’un ton insultant en te réfugiant derrière ta qualité de prolétaire, qu’est ce qui te permet de parler de « romance ».
    Le procès dogmatique s’économise l’analyse, les mots, les définitions prennent la place des réalités, c’est de l’inquisition. Marx avait la dent dure mais toujours des arguments, ce qu’il reprochait souvent à ses adversaires par exemple proudhon c’était leur point de vue réactionnaire, celui dans le cas de proudhon de l’artisanat ou de la petite paysannerie en opposition avec ce qui s’annonçait le monde de l’usine, des travailleurs chassés massivement de chez eux, l’accusation portait sur ce que proudhon souhaitait préserver de son monde, la confusion qui naissait de ce fait dans sa conduite politique comme dans ses analyses. Je ne vois rien de tout cela dans la méfiance envers les troskistes. Si ce n’esqt une vague accusation à penser des choses qui embrouillent, d’être des traîtres. des traîtres il y en a eu chez les trotskistes comme il y en a eu au sein du PCF.
    Personnellement je suis convaincue que Trotski et Staline se seraient conduit de la même manière, ils sont le produit d’une histoire, celle de la prise de pouvoir isolé d’une Russie sous développée qui de surcroit est obligée de faire face à l’invasion, tandis que les autres révolutions européennes échouent comme en Allemagne ou ne sont jamais tentées comme en france. C’est le diagnostic de lénine: « nous sommes un Etat socialiste à déformation bureaucratique »Fidel juge avec beaucoup de sympathie cette expérience socialiste, en reconnait le caractère grandiose et est trés sévère contre les liquidateurs « il aurait fallu corriger mais pas détruire », il juge avec la même distance Trotski et Staline, montre que la théorie divise et est parfois utilisée pour abattre l’adversaire. Trotski était le plus intellectuel et Staline avait une mentalité de conspirateur dit-il. la grande chance des Cubains c’est que leur révolution est née d’eux-mêmes et n’a pas été imposée par un yalta, pareil pour le Chinois ou les Vietnamiens. Cette révolution est apparue en 1959 alors que staline ne faisait plus peser son emprise dogmatique sur le mouvement communiste. Khroutchev lui aussi était dogmatique et la destalinisation a été conduite de la même manière dogmatique en faisant appel à la foi des militants et en diabolisant pour mieux opérer d’autres erreurs politiques que personne ne devait discuter.
    Les Chinois portent leur part de responsabilité dans la division communiste internationale mais d’un autre côté ils ont pratiqué autrement, ils ne se sont pas déconsidérés.
    Toute cette histoire a besoin d’être comprise, analysée, de notre point de vue à nous communistes et cela ne passe pas par des oukases, des mises à l’index non pour ce qu’on a fait ou dit, mais pour ce qu’on est censé être.
    Aujourd’hui je constate que les appareils communistes issue de cette période historique faute d’avoir procédé à une analyse ne savent que se livrer à des jeux politiciens, ils sont prêts chacun à leur manière à acheter le salut de l’appareil en le demandant à la force hégémonique qui est dite « à gauche », le PS, qu’il n’ont plus de projet communiste ou socialiste véritable, qu’ils suivent de ce fait les analyses de la bourgeoisie et liquident l’espérance communiste. Ils ont choisi d’aller jouer à la marge dans le camp des vainqueurs. les municipales dans beaucoup de cas reflètent cette liquidation, je ne m’en mêlerai donc pas.
    Autre chose est d’accepter le débat, de le mener même avec vigueur sans insulte et sans désignation dogmatique qui économise l’argument. Tu parles de Michael Lowy c’est un admirable connaisseur des théoriciens européens, par contre je trouve qu’il a accompli quelque chose de superficiel et idéologique en donnant à besancenot un livre sur le Che qui reste superficiel et qui permet de faire glisser du trotskisme à l’icone. Une icone complétement tronquée, c’est une mauvaise action politique parce que là encore c’est du mercantilisme dogmatique, besancenot utilise le Che comme une « marque » pour s’économiser une analyse.

    Je crois que quand il analyse l’Amérique du sud et l’identifie à walter benjamin il procède également par analogie et faute d’une étude convaincante de ce qu’est l’Amérique latine, il se contente de proposer ce que Howard Zinn a tenté avec les etats-Unis et qui là est pertinent, l’étude des vaincus, ceux qui n’ont pas la parole aux etats-Unis, les femmes, les amérindiens, les amerinafricains, et autres… Là c’est pertinent. je crois pour tout dire que pas plus que quand il écrit le livre sur le Che, Lowy ne sort de ce qu’il connaît le mieux l’Europe.

    Tu as perçu cela et c’est pour ça que j’ai affirmé mon accord avec toi, mais je crois que le dogmatisme, la condamnation a priori sont nusibles, il faut débattre. Il faut savoir selon moi deux choses: éviter le théorique dans un moment politique où il s’agit de rassembler, il faut alors trouver la base politique, stratégique de rassemblement de son camp. Mais il faut et parfois dans le même temps favoriser le débat, le dialogue, le ramenener à des questions que nous pose la réalité (ce qu’évite soigneusement le dogme). Il faut mener le combat idéologique en déconstruisant les catégories que le capital et ses hommes de main nous imposent. Il y a tant à faire, inutile de nous attaquer à coup de mise à l’index qui portent non sur ce qui est dit mais sur ce que l’on soupçonne et qui heurte le dogme, une fausse science que l’on croit maîtriser parce qu’on la récite comme la messe.
    Danielle Bleitrach

  8. PRAXIS TOUJOURS
    Salut Stelios et merci pour votre réplique dont je ressens la justesse.J’avais écrit ce cout message avant de lire la réponse de Danielle…Sacrée Danielle si vive le matin…et moi pressé juste vant d’aller bosser.

    Au passage je rajoute que BENJAMIN mérite d’être rencontré et si ce n’est au travers de son œuvre complète, peut-être au travers de BENSAID si LOWY vous inquiète (ce que je peux en partie partager, même si je crois le jugement un peu injustifié en ayant une bonne connaissance de son « avertissement d’incendie » et d’autres publications).

    Ce qui me blesse un peu, (moi qui fait le même métier que votre frère sans avoir le sentiment d’avoir rallié la « mauvaise » classe), c’est de lire : « je pensai pouvoir exprimer mon point de vue de classe et, apprends que ma vision est proche du dogmatisme, que cela irrite et que les places de révolutionnaires sont déjà prises. Là, je me suis trompé dans mon point de vue, je suis vaincu et me voie désolé, d’avoir importuné la romance de gens heureux ! ».

    Cruel regard porté sur la « romance de gens heureux » et plus cruel encore sur vous-même « je suis vaincu » ; l’un et l’autre j’espère sont faux je crois. Moi ce clivage me semble accablant pour les uns et pour les autres, vous avez bien rappelé « la praxis » et les ravages du stalinisme, il me semble que nous DEVONS nous retrouver sans défiance réciproque, aptes à contribuer au « changement de société » pour lequel Danielle nous offre cette tribune qui ne peut être que le préliminaire de nos actions, sauf comme je l’avais écrit il y a peu à ne représenter que « le cercle des communistes disparus ».

    Où vous avez raison j’en suis sur c’est qu’il n’y a pas de « place de révolutionnaire à prendre », il n’y a qu’une « praxis » dans laquelle chacun intervient pour ce qu’il est et avec ce qu’il est. Lénine et Léon portaient sur la place rouge des costumes de bourgeois qui ne faisaient pas d’eux des ennemis des prolétaires, même si la reproduction du même « standing » apparent serait irrecevable aux portes de nos usines. C’est peut-être « l’académisme » de certains discours qui crée la défiance, mais il faut surmonter cela car nous savons tous, je crois, la nécessité de la réflexion de « fond » autant sur ce qui nous motive que sur ce qui nous menace, et cela ne peut être simplifié jusqu’à l’extrême. Fraternellement, Jacques Richaud

  9. Danielle,
    Tout ce que tu écris dans ta dernière intervention est correct. Je le tiens pour acquis mais ma vision de ce que tu rapportes est différente. Par exemple : Je ne peux contester que « le dogmatisme n’est pas … une attitude qui consiste à affirmer d’une manière sentencieuse des vérités considérées comme intangibles et éternelles » mais je conteste l’affirmation selon laquelle une attitude, dogmatique ou autre d’ailleurs, ne peut être initiée par une manière de penser, par une philosophie. (« le dogmatisme n’est pas une philosophie… »)

    Je peux tout aussi bien dire, sans me tromper, que « le dogmatisme … est .. une philosophie … (qui se traduit par) une attitude qui consiste à affirmer d’une manière sentencieuse des vérités considérées comme intangibles et éternelles. ». Je rejoins là la praxis de Jacques mais cela reste insuffisant car, c’est toujours la pratique qui affirme ou infirme « d’une manière sentencieuse…» nos vérités et, selon que l’on soit faible ou puissant, ‘‘vainqueur ’’ ou ‘‘vaincu’’, toutes les vérités «considérées comme intangibles et éternelles. » ne sont pas des dogmes mais des digmes pour les impuissant, les corrompus, les larbins ou les soumis aux dogmes des puissants. Le dogmatisme reste pour moi une philosophie de l’ignorance … au service des puissants.

    La pratique de la pensée peut être absente ou figée, dogmatique mais aussi scolastique, empirique, romantique, dialectique etc… elle n’en demeure pas moins soumise à la sentence de l’histoire. La praxis, l’acte issu de la pensée est toujours confirmé ou infirmé et, la philosophie, l’acte philosophique est toujours bipolaire, il ne peut être qu’idéaliste ou matérialiste, réactionnaire ou révolutionnaire, critique ou pratique mais c’est toujours l’histoire qui en décide. Elle donne au penseur une qualité avec laquelle il construit son existence. Nous sommes tous « le produit d’une histoire » mais nous y participons en produisant la nôtre.

    Dans mon premier message, je n’ais pas voulu parler de Michael Lowy mais de sa philosophie, sa manière de penser le point de vue des vaincus. Je me considère comme vaincu parce que devoir lutter entre humains pour être, vivre ou parfois survivre, est déjà une défaite pour tous les belligérants. Il n’y a pas de vainqueurs dans une lutte entre humains, comme dans une guerre il n’y a que des vaincus, ils tentent de s’ouvrir un avenir ou le ferment à jamais.

    Jacques,
    Je ne crois pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises classes (j’adore mon frère mais ses choix le torturent, il fait donc des mauvais choix), je crois qu’elles sont dépassées par la mondialisation de l’économie ou, ce qui me semble plus juste, fusionnées au sein même de l’économie mondialisée. Les classes d’aujourd’hui sont le reflet de nos activités économiques, elles vivent dans un monde dominé par la propriété. C’est là ou le bât blesse, ce monde est cloisonné, chacune de ses classes se fracture et se cloisonne à nouveau, elles poursuivent une romance et regroupe toujours, des gens heureux qui se partagent un idéal, un avoir privé qui les transforme en objet que l’on peut exploiter.

    Si je veux donner une image à notre état commun, celui de toutes les classes existantes ou à venir, je dirais que nous venons de faire le tour du monde libéral, c’est la fin de la société bourgeoise qui…. au terme de sa grossesse, refuse d’enfanter. Cruelle perspective pour un obstétricien que d’attendre, la fin des souffrances d’une mère et devoir subir son accouchement. Mais ce constat d’impuissance ne m’accable pas, je suis communiste et vis en communiste. Pour moi nous sommes tous des prolétaires mais vivons en milieu bourgeois, triste sort pour un prolétaire, que de produire les richesses bourgeoises en hypothéquant la vie, des générations à venir.

    Oui cruel est mon regard porté sur la “romance de gens heureux”, et plus cruel encore sur mon impuissance “je suis vaincu” ; l’un et l’autre portent mon dépit de ne pouvoir exprimer mes espoirs, ce sont là des traces, des restes de ma « culture » bourgeoise une réaction de mon égo à la réponse de Danielle.

    Amicalement, Stelios


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