Niemeyer… Le communiste qui dessinait des églises est centenaire

507.jpgOscar Niemeyer dit ce qu’il est : «Je ne me tairai jamais. Je ne cacherai jamais mes convictions communistes. Et celui qui me contacte en tant qu’architecte connaît mes conceptions idéologiques. (…) Durant mes conférences, j’ai toujours souligné que l’architecture n’était pas l’essentiel. Ce ne sont pas des propos méprisants. Comparez l’architecture avec la vie, l’être humain, la lutte politique, la contribution que nous apportons tous à la société pour nos frères déshérités. Que représente l’architecture par rapport à la lutte pour un monde meilleur, sans classes?»

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L’homme qui dessinait des églises, mais qui n’obtenait pas de visa pour les Etats-Unis, a construit de grands monuments pour des ouvriers en grève, des paysans sans terre. il est adhérent au Parti communiste depuis 1945. En France, Niemeyer a laissé son empreinte en dessinant le siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien, à Paris, ainsi que le siège du journal l’Humanité, à Saint-Denis (1989). On lui doit également la maison de la culture du Havre et la bourse du travail de Bobigny. Comme le note dans l’article de l’humanité du 14 décembre 2007, Leneide Duarte-Plon, en 1970, il a démissionné de l’Académie américaine d’arts et de sciences pour protester contre la guerre du Vietnam. C’est aussi dans les années soixante-dix qu’il ouvre un – cabinet d’architecture aux Champs-Élysées. Le Brésil à l’époque était gouverné par le général Medici. C’était une des périodes les plus noires de la dictature brésilienne,  la torture et la répression se sont déchaînées, il y eut un grand nombre de morts et de disparus dans les rangs des opposants. Les résistants et les – guérilleros brésiliens étaient recherchés par la police politique comme des « terroristes »  Des affiches les représentant étaient  placardées sur tous les murs.

Dans une interview publiée dans les colonnes de l’humanité  en janvier 2007, Niemeyer a raconté son séjour prolongé à Paris après le coup d’État qui avait renversé le président João Goulart. « J’étais à l’étranger pour mon travail. Malraux a obtenu de De Gaulle un décret pour que je puisse travailler en France et j’ai trouvé plus raisonnable de prolonger mon séjour à Paris. Quand je suis rentré au Brésil, on ne m’avait pas oublié. Le climat politique était plus calme, mais cela n’a pas empêché que je sois emmené dans les locaux de la police politique à peine débarqué à Rio. Cette époque est révolue. Nous sommes gouvernés par Lula, qui n’est pas communiste, mais qui, heureusement, n’a pas oublié son origine ouvrière et imprègne sa gestion politique d’un sens populaire qui nous plaît, bien que nous ne soyons pas tout à fait satisfaits. Nous continuons de lutter pour une société sans classes comme celle que défendait Marx. »

Oscar Nemeyer le militant communiste est comme le disait Neruda de lui-même, un homme indivisible, le militant communiste et le poète, parce que pour lui l’architecture est poésie. Il est  une des figures emblématiques du renouveau en architecture, créateur des principaux bâtiments de Brasilia, les nombreuses réalisations (plus de 500 projets au total) d’Oscar Niemeyer ont marqué depuis le milieu des années 30 jusqu’à aujourd’hui l’histoire de l’architecture.

Oscar Niemeyer, dont les ancêtres étaient allemands, portugais et arabes, est l’auteur de près de 600 projets architecturaux dans le monde entier en plus de 70 ans de carrière. Ses constructions se caractérisent par leurs lignes courbes, ce qu’il définit lui-même comme étant « un hommage au corps de la femme brésilienne« . A cent ans c’est un jeune marié, veuf, depuis deux ans il a épousé sa principale collaboratrice d’une soixantaine d’année, et son amour des femmes est aussi connu que son engagement politique et son génie architectural.
Niemeyer est d’abord un sculpteur d’espace, qui a rompu avec la contrainte de l’angle droit pour lancer des formes courbes en étudier la portée ; il est aussi celui qui a, en presque soixante-dix ans de carrière, enrichi le monde d’un patrimoine visible du Brésil à la France et à l’Algérie et d’Italie ou d’Allemagne aux Etats-Unis.
Niemeyer a toujours accompagné de ses formes audacieuses  les métamorphoses de son pays quand elles s’orientaient vers la quête d’une identité aspirant à la modernité et au progrès social. « Je n’ai aucun enthousiasme pour l’architecture rationaliste avec ses limites fonctionnelles, sa rigidité structurelle, ses dogmes et ses théories. L’architecture est faite de songe et de fantaisie, de courbes généreuses et de grands espaces libres – tellement liés à notre architecture coloniale. Je me rappelle comment beaucoup m’accusaient de formalisme, de pénétrer dans les formes gratuites qu’ils craignaient tant. Je ne les ai jamais pris au sérieux. Le béton armé permet à l’architecte qui a le sens de la poésie de s’exprimer. Il faut savoir inventer, en faisant appel à toutes les techniques qui sont à notre disposition. Pourquoi se soumettre à des règles, à des principes intangibles ? »

Aujourd’hui, son cabinet est installé au dernier étage d’un immeuble de la plage de Copacabana, où il dirige une équipe d’architectes de trois générations. Son horizon, c’est l’océan Atlantique.

En 1956, il est chargé par le président Kubitschek d’organiser le concours pour choisir le plan de Brasilia, la nouvelle capitale.

 Brasilia, la ville sorti de nulle part, si ce n’est du béton

« Je voulais, a-t-il écrit, que les futurs visiteurs de la nouvelle capitale aient une sensation de surprise et d’émotion. Je me rappelais de la place Saint-Marc, à Venise, avec le palais des Doges, de la cathédrale de Chartres, des oeuvres qui ont un impact indescriptible par la beauté et l’audace sans que des raisons techniques ou fonctionnelles y soient pour rien. C’est seulement la beauté plastique qui domine comme un message permanent de grâce et de poésie. »

«La visite de Brasilia peut vous inspirer des réactions diverses: beau, laid, bon, mauvais… mais elle ne peut vous laisser indifférent. L’architecture, pour moi, c’est cela». a dit Oscar Niemeyer, architecte de Brasilia, capitale de l’immense Brésil.
Le plan de Brasilia, tracé selon des principes hérités de Le Corbusier, est fondé sur une répartition rationnelle des activités harmoniques. L’ensemble, qui s’organise selon deux axes qui se coupent, a la forme d’un avion ou d’un oiseau géant volant à l’intérieur d’une machine aux transistors à vif. L’ensemble monumental allie les formes symétriques aux perspectives étudiées. Entre bruit et mélodie, entre rythme et nu-fonction, Brasilia est froid comme la voûte cimenteuse des œuvres post-modernes d’Oscar Niemeyer. Le silence est inclus dans les plans, le minimalisme oppressant et intrigant. On sent le mortier sous les plaines d’imbrications et l’odeur de l’ aggloméré s’engouffre dans la moindre parcelle des visions cubistes qui sommeille dans des structures synthétiques dit de Brasilia la revue rêve d’architecture.
Comme le dit justement l’article pré-cité dans l’humanité du 14 décembre 2007, le Mémorial de l’Amérique latine, conçu et inauguré en 1989, est l’hommage de l’architecte à cette Amérique latine qu’il rêve libre et unie. C’est un des centres culturels les plus modernes de São Paulo. Un complexe exceptionnel d’informations sur la culture en mouvement du continent. La Main, sculpture de Niemeyer, en est le symbole. La carte de l’Amérique latine est peinte en rouge sur la paume, comme un symbole ensanglanté du continent.

Aujourd’hui, Niemeyer voit avec enthousiasme l’avènement de plusieurs gouvernements populaires. Pour le Brésil, il souhaite la réforme agraire qui se fait encore attendre. Il voit s’aggraver les conflits pour la propriété de la terre et s’inquiète des menaces sur la souveraineté de l’Amazonie brésilienne. Il redoute la haine grandissante de la bourgeoisie à l’encontre des habitants des favelas.

L’année dernière, un journal de Rio a demandé à des journalistes et à des intellectuels d’établir un palmarès des cents plus grands Brésiliens. Niemeyer est arrivé en tête. Leonardo Boff, théologien de la libération, a justifié son vote : « Sa créativité est inouïe. Il a une option très nette pour la justice sociale, une grande affirmation pour la vie, pour sa beauté et l’amour des amis. Il se dit athée. Mais sa vraie religion est l’amitié. »

Le patrimoine architectural d’Oscar Niemeyer va être répertorié et numérisé par l’entreprise Cobra Tecnologia en collaboration avec la Fondation Niemeyer.
D’après la Fondation Niemeyer, il existe environ 5.000 documents architectoniques du constructeur de Brasilia. Le projet de numérisation comprend la création d’un nouveau site web avec les oeuvres de Niemeyer. Il ne s’agit pas seulement d’un travail de mémoire sur l’oeuvre, celle-ci se poursuit : Niemeyer a récemment élaboré un projet pour construire d’ici à 2008 un grand complexe touristique baptisé « Chemin Niemeyer » à Niteroi, ville située de l’autre côté de la baie de Rio. Un budget de 16 millions de reals (5,5 millions d’euros) a été fixé pour la construction de six oeuvres, dont un théâtre populaire, prévu pour le mois de janvier 2006, et un complexe cinématographique en cours. Niteroi possèdera, après Brasilia, le plus grand nombre de bâtiments signés par l’architecte brésilien. d’après rêve d’architecte.

Le Musée national de Brasilia, qui vient d’être construit, est la nouvelle prunelle des yeux de l’architecte. Il y a osé un espace libre de 80 mètres, six fois celui de la coupole de la basilique Saint-Pierre, à Rome. « L’architecture est audace, elle doit créer la surprise, enseigne-t-il. »

Interview :
 
Le 15 décembre exactement, vous fêterez votre 100e anniversaire, après plus de 500 projets et près de 200 réalisations dans le monde entier. C’est considérable. Et ce n’est pas fini!
E n effet. Beaucoup de projets sont lancés et certains chantiers sont en cours, par exemple, à Niteroi, sur l’autre rive de la baie de Rio, où un théâtre populaire, un musée du cinéma et la fondation Oscar Niemeyer viendront s’ajouter au musée d’Art contemporain (en forme de soucoupe volante) et à l’embarcadère pour les ferrys déjà existants. A Brasilia, la construction d’un ouvrage monumental est sur le point d’être lancée. Il s’agit d’une sorte de salle de concert en plein air – mais recouverte d’un toit géant plus grand qu’un terrain de football – destinée à accueillir de 30 000 à 40 000 personnes. A l’étranger, plusieurs projets sont lancés. Notamment en Espagne, avec le centre culturel d’Avilés, un ensemble sinueux lové au bord de la rivière; à La Havane (Cuba), où sera construite une nouvelle ambassade du Brésil; ou encore au Venezuela, où j’ai imaginé pour mon ami Hugo Chavez un monument à la gloire de Simon Bolivar, qui pourrait sortir de terre à Caracas. Sans oublier le Chili, le pays de mes amis Salvador Allende et Pablo Neruda, où l’ancienne prison de Valparaiso sera transformée en centre culturel.

Le président cubain Fidel Castro  a félicité Oscar Niemeyer à l’occasion de son 100e anniversaire, dans une lettre publiée par Juventud Rebelde.
« Je te souhaite un très joyeux anniversaire. Que beaucoup de gens vivent et profitent comme toi de leurs 100 ans« , a écrit le dirigeant cubain.. Fidel Castro dans sa lettre affirme soutenir « pleinement » la bataille de Niemeyer pour stimuler l’habitude de la lecture. « Tu dis que sans la lecture, un jeune sort de l’école sans connaître la vie« , a souligné Fidel Castro, à propos du livre « L’être et la vie », publié récemment par Niemeyer.

Si mes souvenirs sont bons malheureusement Nemeyer n’a qu’un seul problème, il refuse de prendre l’avion et devrait se rendre en France en bateau, à Cuba aussi sans doute… Mais on ne peut s’empêcher en voyant des individus si vivant, lui Gabriel garcia marquez, Fidel, de considérer que cette génération a eu la chance de toujours s’oublier dans des combats de Titan, encore aujourd’hui ce dialogue sur la jeunesse, sur la lecture, cette implication dans les luttes d’un continent est la clé de destins, d’oeuvre que l’on ne peut qu’envier. une nouvelle génration apparaît en Amérique latine, Oscar Niemeyer la salue et on se prend à rêver pour nos propres enfants d’Europe de la même chance, participer à un combat collectif qui donne sens à leur vie comme il a donné sens à la vie de Niemeyer et à la notre. Notre génération a frôlé de près cet élan, celle des quadragénaires n’a connu que la trahison, je souhaite aux enfants qui ont aujourd’hui 20 ans de dépasser ces temps maudits de la contre-révolution et de savoir à quel point le bonheur passe par les autres, l’amour, la Révolution et un métier offert à ceux qui réclament un autre monde de justice et de paix. Bon anniversaire camarade et que la vie te soit toujours aussi généreuse. D.B

Oscar Niemeyer – ARTE+7

Un portrait lumineux de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, dont on fête le centième anniversaire.
plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=1770766,CmPage=1697660,scheduleId=1767170.html – 23k
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Un commentaire

  1. Parabens para os seus anos, Camarada Oscar!

    Boas festas de fim de ano e SAUDE, meu carissimo brasileiro!

    Tzigane


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