AUTONOMIE DES UNIVERSITES : DE QUOI S’AGIT-IL ?

f101.gifA propos de l’autonomie des Universités 

Quelques pistes de réflexions et de remise en cause des idées reçues

 Au titre des idées reçues et des idées dominantes qui, comme chacun devrait le savoir, sont aussi celle de la classe dominante et de son système de propagande, la réforme proposée l’est  comme une réponse aux maux dont souffrirait l’Université française. Quelques nuances critiques sont suggérées peut-être pour entretenir une fiction d’opposition, alors qu’il y a dans ce domaine comme dans bien d’autres entente sur le fond entre la droite et la gauche. Donc au titre des critiques, on peut lire que la réforme aurait souffert d’être trop hâtive, prise dans l’urgence, l’impréparation.

Autre affirmation gratuite , les syndicats, en particulier l’UNEF auraient obtenu des aménagements considérables. Toujours dans le même registre, il est admis que l’intervention du Président de la République, son pragmatisme, mais aussi sa volonté de négociation a permis de sauver une réforme nécessaire tout en désamorçant les conflits. Toujours dans l’art du « rien de ce qui est secondaire ne nous est étranger », on dénonce l’omniprésence du Président,l’inutilité du premier ministre, quant à la réforme de l’université, il n’en est pas réellement question ou alors pour mémoire on note qu’il faut rester vigilants.

Dans de telles conditions de consensus sur le fond, pour les médias, et sans doute pour l’opinion publique Supersarko a encore réussi là où tous avaient échoué, enfin un homme qui gouverne, prend les mesures nécessaires, comme au même moment il est censé avoir imposé aux Eurosceptiques une sortie de crise. Au passage on gomme le fait qu’il essaye surtout d’imposer aux français un traité qu’ils ont rejeté et ce sans leur demander leur avis. Mais pour revenir à « l’autonomie de l’Université », en effet, il faut partir de l’Europe pour bien comprendre le sens de ce qui se passe sous couvert « d’autonomie de l’Université », c’est-à-dire officiellement une plus grande capacité accordée aux établissements universitaires à gérer leurs ressources et à les attribuer. 

Danielle Bleitrach

  S’agit-il d’une mesure hâtive ? 

D’abord quelques faits : L’autonomie des Universités est une mesure phare, un des chantiers les plus fondamentaux du Président, la précipitation dont il est fait état tient à l’urgence, il s’agit de faire adopter des mesures pendant qu’étudiants et enseignants sont en vacances. Quant à l’impréparation qu’il nous soit permis de sourire. En 2004, Fillon, le premier ministre actuel, a du renoncer à une loi sur l’autonomie de l’Université. Il a du se contenter de la mise en place du système européen (licence, master, doctorat).  La réforme d’aujourd’hui murit depuis des années, avance plus ou moins ouvertement, et ceux qui souhaitent l’accélérer profitent aujourd’hui de « la légitimité » de l’élection présidentielle pour aller le plus loin possible. Il ne s’agit donc pas de rompre mais de poursuivre dans une logique qui a fait de l’Université française une des plus démunies en matière de moyens de toute l’Europe. Depuis de nombreuses années on exige des facultés qu’elles fassent mieux avec moins de moyens et on les invite à adopter une recette miracle : nouer des partenariats avec le privé. 

Avant même 2004, on peut dire que  tous les gouvernements proeuropéens qui se sont succédés, celui de Jospin comme celui de Raffarin ont agi pour faire entrer l’Université française et le système éducatif dans le carcan néo-libéral européen.

 Il ne s’agit donc pas d’une mesure hâtive, mais d’une politique mise en place par tous les gouvernements, dont on fait avancer pas à pas tout un dispositif global envisagé et muri de longue date. il s’agit comme le soulignait un article du Monde Diplomatique de 2004 signé par Abelard,  de « recettes pour une université plus mercantile » dans le cadre général de la mondialisation néo-libérale, de la réduction du périmètre du secteur public.  

Résistances françaises

 La France, on oublie de le dire, a manifesté une grande résistance et les mouvements qui sont secoué l’éducation nationale, la recherche, la jeunesse en général, ont empêché que s’exerce sur ce pays les mêmes atteintes radicales qui ont été prises dans d’autres pays ? C’est même cette capacité de rébelion que l’on qualifie de propension au déclin par conservatisme.

Par exemple en 2001 en Espagne le franquiste Aznar a pris des mesures de totale autonomie : chaque université élabore ses programmes d’enseignement et de recherche, gère ses ressources financières, fait appel à qui elle veut, sélectionne professeur et étudiant. En Allemagne les Universités relèvent des Länders régionaux qui peuvent ou non leur attribuer une autonomie. Les crédits sont attribués sur les performances, moyennant quoi elles peuvent sélectionner leurs étudiants. En revanche, la politique de Thatcher qui s’est heurtée à la résistance des Universités a consisté à casser l’autonomie traditionnelle des Universités anglaises par la création d’instances de décision dépendant de l’Etat, tout en diminuant « la dépendance financière des Universités » par rapport au budget de l’Etat, les encourageant à se concentrer sur le secteur scientifique, à coordonner leurs politiques avec des partenariats privés.  

On voit que la question de « l’autonomie » doit être prise par rapport à la finalité recherchée, il ne s’agit pas comme le dit le discours officiel politico-médiatique d’en finir avec les lourdeurs bureaucratiques de la centralisation, de conférer une plus grande souplesse aux choix indispensables mais bien de trouver les moyens de soumettre le système éducatif au pilotage du secteur privé, d’introduire la concurrence entre les universités dans la recherche des partenariats.Il s’agit de remettre en cause la « démocratisation » de l’université si limitée soit-elle, de faire sortir plus rapidement les jeunes vers le monde du travail.

Ce sont les objectifs réels et ils peuvent passer comme en Espagne par l’autonomie pleine et entière des Universités, par leur régionalisation comme en Allemagne, ou par des règles étatiques plus contraignantes en même temps qu’on réduit le budget. Le tout est de trouver le système le mieux approprié pour marchandiser « l’offre » éducative, de développer de ce fait un enseignement supérieur à deux vitesses.  Disons le clairement le « modèle » européen n’est que le « modèle » étasunien, celui qui est le mieux adapté aux exigences des multinationales.

 En France, l’étranglement par l’absence de moyens, a été abondamment utilisé jusqu’à faire de notre Université une des plus misérables d’Europe. La France de l’éducation nationale n’a cessé de se battre, de refuser le démantèlement du système éducatif. Il faut noter qu’il y a eu un temps une droite qui voulait la sélection à l’université et une gauche qui la combattait. En 1986, c’est l’ultime bataille sur cette opposition, avec d’amples mobilisations étudiantes auxquelles ont attribue la défaite de la droite en 1988. Elle en tirera la leçon, et Sarkozy plus encore: on évitera le thème de la sélection.  On fera état de thèmes de consensus entre la droite et la gauche, par exemple celui de la nécessité de contenir les dépenses publiques sur lequel une gauche en deshérence s’est alignée.  Aujourd’hui est osé sans complexe affirmer que non seulement seront supprimés 50 % des fonctionnaires mais que l’éducation va subir une saignée considérable.  

Autre manière d’arriver aux mêmes résultats sans faire état de sélection, de barrière dans l’accès aux diplômes qui risquent de provoquer la ire des étudiants, tenter de leur démontrer l’inadaptation des universités au marché de l’emploi. Il ne servirait à rien de faire des études, longues en particulier. Mais cela ne prend pas, sans diplôme toutes les statistiques et l’expérience prouvent que la situation est pire. Résultat, les jeunes continuent comme leur famille à choisir les études mais il en reste l’idée confuse que le système éducatif est plus ou moins responsable du chômage parce que les enseignants seraient d’impénitents conservateurs de privilèges. Mais il faut reste sur l’objectif patronal: il s’agit d’accélérer les sorties vers le marché du travail.  

Car ce que l’on doit bien mesurer c’est que l’actuelle mondialisation, dont l’Europe telle qu’elle se construit est le cadre par excellence, opère ses transformations essentiellement sur les nouvelles générations, c’est à elles qu’il est demandé un ajustement à une crise structurelle, elles doivent apprendre à renoncer aux avantages acquis, à rentrer dans le monde non protégé de la compétition totale. On laisse mourir les vieilles générations en tentant de limiter les médicaments de confort à tous les sens du terme et on agit sur la jeune génération.  Quitte à faire monter l’hostilité intergénérationnelle, à faire du jeunisme la panacée universelle. La France résiste et c’est d’autant plus extraordinaire que cette résistance se fait sans forces politiques et syndicales dignes de cette résistance.  Ce n’est sans doute pas un hasard si on assiste dans une période très courte à la fois au NON à la Constitution Européenne, et au refus du CPE. La France est un pays très politique, qui a des comportements collectifs paradoxaux.

 

Nous ne mesurons pas assez, nous qui voulons construire une alternative au mercantilisme, à quel point la population française a des résistances à l’ordre néo-libéral mais aussi à quel point ces réflexes politiques spontanés sont de moins en moins travaillés idéologiquement par une gauche en pleine débâcle idéologique qui soit adhère à l’ordre néo-libéral européen, soit ne se bat qu’en arrière garde des mouvements sociaux. Si l’on peut parler de ce fait d’une France paradoxale c’est que la résistance indéniable au démantèlement s’est accompagnée d’une avancée dans les consciences de la nécessité de la « réforme ». La France pour le dire caricaturalement d’un côté reste jacobine, attachée à ses valeurs non mercantiles, cela tient autant aux traditions séculaires qu’à un « art de vivre », et les Français ont un pragmatisme paysan, égoïste. Quand ils ont conscience d’être menacé à la fois dans leurs traditions et dans leur pré carré individualiste, ils redeviennent cette nation d’émeutiers dont parlait Marx. Mais il est évident que faute de forces politiques et syndicales, l’idée de la « modernité conservatrice » a gagné du terrain. Plus on s’éloigne du terrain concret et plus on est dans l’idéologie, plus l’avancée néo-conservatrice est profonde. Et ce n’est sans doute pas un hasard si l’Université  est un des niveaux du système éducatif où l’idéologie concurrentielle, « les pôles d’excellence » comme réponse à la misère et à la crise ont le plus avancé dans les esprits, la résistance peut s’organiser sur les statuts comme sur la sélection étudiante, mais sans conscience d’ensemble.  

Les réformes déjà intervenues 

Nous avons rapidement vu quelques voisins européens, en France la réforme globale proposée par les différents gouvernements, de Jospin à Fillon, n’a pu être imposée. Il y a eu cependant dans les Universités trois réformes : la réforme LMD (licence, master, doctorat) ; celle dite de « modernisation des Universités » (ex-loi d’autonomie) ; celle du statut des personnels de l’Université.

 Le LMD a été présenté comme une harmonisation en Europe, favorisant la libre circulation des Etudiants. Pourquoi pas?  A la seule différence près que cette « circulation » se fait dans de telles conditions de misère budgétaire avec de tels niveaux de bourse que seuls les étudiants de famille aisés peuvent réellement en bénéficier. Surtout derrière cette harmonisation se profile la fin des diplômes nationaux. Il y a là un enjeu égalitaire également puisque aujourd’hui les étudiants de n’importe quelle université peuvent postuler à tous les concours de la fonction publique et les diplômes sont utilisés comme référence dans le cadre des conventions collectives. L’éducation est la clé de voute, la gare de triage de toute la société. On voit donc l’ampleur de l’attaque y compris pour les individus, les conséquences portant sur une vie entière.

Il s’agit bien d’une Révolution conservatrice, mais alors qu’aux Etats-Unis, en Angleterre elle a démarré dans les années 80, en Amérique latine elle a été imposée dès les années 70 par le sang et la torture, en Europe et surtout en France, l’accélération, rattrapage va être opérée dans une situation de crise ouverte. Je crois que l’on ne perçoit pas assez le rôle que joue l’élection de Sarkozy dans les projets néo-conservateurs et la nature de la mobilisation politico-médiatique pour aboutir à cette transformation radicale de la société.

Par parenthèse, il m’étonnerait fort que la CIA qui est intervenu si massivement auprès des intellectuels aux lendemains de la Libération, reste aujourd’hui l’arme au pied. Quitte à paraître affligée de paranoïa, je ne crois pas que l’élection de Sarkozy, un atlantiste, n’ait pas reçu l’appui des instances de maniopulation étasunienne , il n’y a pas que l’Amérique latine même si ici l’intervention est soft. Toujours mieux intégrer l’Europe aux destinées de l’occident sous leadership étasunien est une nécessité y compris dans l’offensive économique, politique, militaire. Le ralliement des intellectuels à cette vague de réforme en profondeur des néo-conservateurs, la transformation du système éducatif européen, y compris en faisant miroiter la concurrence de la Chine et l’Inde, entre dans ce système. Mais en Europe, dans les années post-soviétique comme à la Libération, c’est de la gauche non communiste et parfois résolument anti-communistes que paraissent les idées aujourd’hui mises en oeuvre.

Donc le LMD  né dans les cerveaux brouillons d’Attali, Jack Lang, et Claude Allègre parlait de l’Europe médiévale, de ces étudiants humanistes franchissant les frontières, pour mieux mettre en pièce les conditions d’une égalité sociale, territoriale. Comme il était fait référence à l’Université médiévale, à la défense de son autonomie (un universitaire ne peut être jugé que par ses pairs) pour mieux introduire la finalité du système : chaque université, chaque discipline, hors cadrage national sérieux, définira le contenu de son « offre de formation ». L’Etat fournit lui un vague label de qualité, les universités peuvent produire des filières locales, des « parcours », etc…  

précarisation et inégalités 

Dans cette période d’élaboration de masters, j’ai pu apprécier le sauve qui peut généralisé , la manière dont chacun se disait que la meilleure chance de l’obtenir était effectivement d’en  accroître la dimension pratique, d’avoir  quelques références aux futurs employeurs. Les retours d’appréciation du ministère, parfois des changements d’intitulé visant à gommer les références disciplinaires, etc… Ce brouhaha parfois incohérent avait comme dans toute idéologie vocation de transformer les universitaires en sujet de leur propre aliénation. Il est évident que le thème de « l’autonomie », du libre renard patronal dans le libre poulailler universitaire redouble cette invite à se faire soi-même hara-kiri.

Mais cette période brouillonne doit être relativisée, les enseignants chercheurs de l’université fort heureusement restent ce qu’ils sont et tout projet sur le papier passe par là, il est difficile d’en finir avec les vocations disciplinaires, le souci humaniste, le goût du service public.C’est pourquoi aujourd’hui ces politiques doivent être absolument complétées par une remise en cause du statut de l’enseignant, une précarisation, une dépendance accrue à l’égard des autorités. Voire s’il est possible d’avancer là-dessus sous couvert d’autonomie de confier la gestion à des non-universitaires…

Pour ce qui est du retour au mandarinat, ce travail a été largement entamé, non seulement avec la régionalisation d’une grande partie des personnels non enseignants mais également  des jeunes étudiants, des doctorants accédant à des statuts précaires d’enseignants chercheurs, des sortes de bourse d’étude et obligés de se plier aux diktats des mandarins comme aucun assistant de l’université traditionnelle ne l’a jamais fait. Se retrouvant à trente ans sans aucun espoir d’intégrer l’université après des années d’enseignement précaire. Renforcer le pouvoir des président, des collèges d’enseignants de rang les plus élevés, introduire si cela est possible des professeurs et des présidents émanant du secteur privé serait la touche finale. On voit que l’autonomie, c’est-à-dire la gestion par les universitaires de leurs moyens a bon dos. 

 La  réforme Fillon introduisait une possible limitation des coûts en limitant territorialement « l’offre de formation ». En France, i y a eu une véritable décentralisation,  chaque ville du territoire français a voulu avoir son université, le LMD, l’attribution ou non du Master, du doctorat, permet de transformer un certain nombre d’Universités en simples collèges de premier cycle où l’enseignement est déconnecté de la recherche. Nous sommes devant une logique d’établissement qui supplante la logique disciplinaire liée à la nation. Ce qui dans un contexte de concurrence, d’appel aux partenariats privés souvent régionaux, renforce les effets de la pseudo « professionnalisation » conçue comme la réponse au chômage des diplômés. Cette « professionnalisation » telle qu’elle est menée se traduit aussi par la fin des logiques disciplinaires puisque les étudiants sont invités à construire des cursus pluridisciplinaires « à la carte ». Ce qui là encore bénéficie aux « héritiers » capables de démêler l’écheveau. En fait la professionnalisation  est un leurre et son  contexte régional un attrape-nigaud.  

Enfin déjà dans la réforme Fillon et les antérieures, sous couvert d’autonomie il s’agit de développer des vocations de rationalisation gestionnaire. Il y a quelque chose de pathétique dans la manière dont certains universitaires ont donné dans le crétinisme gestionnaire et ont accepté de se transformer en dirigeant de PME, pressé de réduire les coûts, rêvant d’autosuffisance financière. Il faudra bien un jour faire l’analyse de la débâcle de la gauche sous le mitterrandisme et la manière dont l’idéologie Tapie, celle des nouveaux patrons des entreprises nationalisées, a trouvé son équivalent dans la gauche universitaire, proeuropéenne, comment ils ont été soumis de ce fait à des politiques européennes concurrentielles et comment aujourd’hui la droite n’a plus qu’à recueillir les fruits de cette débâcle idéologique. Mais le fond n’est pas là et un bilan de l’Université comme d’ailleurs du système éducatif français devrait être fait pour montrer comment dans les pires conditions intellectuelles et matérielles, les enseignants, chercheurs, étudiants n’ont cessé d’innover, et d’assurer les meilleures conditions possibles de formation et de recherche.  

La bonne manière sans doute de tester les résistances et les avancées de l’idéologie inégalitaire, mercantile, prônée par les gouvernements de droite et de gauche et de considérer ce qu’il en est de la « démocratisation » de l’Université. Il y a eu, et cela ne peut manquer de s’accélérer avec les « réformes » mises en place abandon à peu près total de toute préoccupation démocratique : la « démocratisation » de l’accès à l’Université est apparu comme une charge à laquelle il était de plus en plus difficile de faire face. Les amphis surchargés des premières années, les travaux pratiques sans matériel et à plus de cinquante étudiants, ont été assurés par des jeunes eux-mêmes en formation. La massification de l’entrée à l’Université n’a pas créé l’égalité, mais elle a développé des filières nobles, sélectives, et des filières pour la masse. Toutes les réformes envisagées par l’actuel gouvernement vont dans le même sens. Elles ne peuvent donc comme l’affirme Sarkozy et son gouvernement répondre au problème du chômage, la situation initiale en est aggravée. 

Au delà des apparences la réalité  

De la ministre, au président, repris en coeur par tous les médias, on entend ce slogan digne du jésuite du Guépard (il faut savoir changer des petites choses pour que tout reste à l’identique): « Ce qui est important, au-delà des ajustements, c’est l’adhésion très forte au principe d’autonomie ». Il est rappelé que cette réforme indispensable avait été « ajournée » depuis vingt ans, ce qui comme on vient de le voir parfaitement inexact, mais c’est « la rupture » à la mode Sarkozy, on continue en appuyant sur l’accélérateur. Cinq milliars d’euros supplémentaires sont prévus (il est bien pauvre celui qui ne peut pas promettre) et les mesures actuelles doivent être complétées par cinq autres grands chantiers : la vie étudiante, l’immobilier et les campus universitaires, le statut des jeunes enseignants et chercheurs et les carrières des personnels. Imaginez en la logique en suivant l’analyse précédente. Ainsi les conseils plus « autonomes » pourront vendre leurs biens immobiliers, spéculer. Les étudiants à qui ont refuse des bourses sont invités à la débrouillardises des petits boulots dont tous les enseignants savent le prix en matière de formation bâclées, d’absentéisme et d’études non achevées. L’université elle-même fera appel à leur précarité pour remplacer les emplois de titulaires non renouvelés, par exemple dans les bibliothèques. Tout cela est déjà entamé, il s’agit d’aller plus vite et plus loin.

Alors on ne peut manquer d’être étonné d’entendre des propos semblables dans la bouche de Bruno Julliard, le président de l’UNEF : « Nous avons sauvé l’essentiel! » qu’il dise que dans l’été peu propice au mouvement étudiant ou enseignant, il était difficile d’obtenir plus, d’accord. Mais qu’il nous laisse croire que « le recul » sur la sélection  à l’entrée des masters, le nombre de personnel dans les conseils représente l’essentiel ne peut qu’entretenir la confusion.

L’essentiel est là, il porte le nom d’autonomie, pourquoi pas de co-gestion soixante-huitarde pendant qu’on y est, mais on en a vu le contenu réel. Quel sont les liens de l’UNEF avec une gauche acquise au mercantilisme européen ? Quelle est la position des syndicats enseignants, eux qui ont refusé de prendre position sur la Constitution européenne en son temps.

 Tant que l’on ne considérera pas que vu le développement scientifique et technique de notre temps, il faut consacrer les mêmes moyens, le même effort de tous à une université qui unisse formation et recherche, que celle qu’un Jules Ferry a su consacrer en son temps à l’éducation primaire, nous n’avancerons pas.  Tous les gadgets qui nous sont proposés, les fausses recettes de ‘modernisation » qui ne sont faites que pour adapter au mercantilisme la formation de notre jeunesse, tentent de ne pas répondre à ces exigences. 

 Nous nous sommes ici mêmes posés la question de quel parti nous avons besoin … J’ai dit à quel point une démarche qui se contenterait d’attaquer la direction existante me paraîtrait mal venue. Une organisation n’a de sens que par rapport aux buts qu’elle se donne. Le discours actuel du parti sur l’école, sur l’université, le minable programme anti-libéral de la dernière campagne présidentielle, relève de l’inventaire à la Prévert.  Ce que l’on refuse de voir, c’est que toute la campagne du président de la république s’est faite sur l’essentiel à savoir l’emploi et le pouvoir d’achat. Et ce en insistant sur ce que masquait ses adversaires de gauche à savoir « la mondialisation ». La force de ce programme c’est non seulement de paraître répondre au concret, en ce qui concerne « l’autonomie des universités » de prétendre répondre à la grande misère des universités et au chômage des jeunes diplômés.  Ce sont des leurres, mais leur force vient du fait que ces mesures ne font que couronner des politiques mises en place par la droite et par la gauche, à laquelle ont participé les communistes, dans le cadre des diktats mercantiles européens. Il s’agit à la fois de contourner les résistances, d’aller très vite, en profitant de l’état de grâce, de l’accablement des « vaincus » et des divisions dans leur rang pour aller vite, très vite dans la mise en œuvre d’un véritable démantèlement entamé depuis de nombreuses années. Il ne s’agit pas de répondre seulement à des projets, d’en circonscrire les effets les plus immédiatement nocifs, mais de bien mesurer la logique globale et ce qui a déjà avancé dans les esprits comme dans la réalité, nos points d’appui et ce que nous voulons.

Une université qui correspond aux exigences de développement scientifique et technique tant dans le domaine de la recherche que celui de la formation. Une véritable professionalisation non dans le court terme mais dans toute une vie qui tienne compte des changements intervenant tout au long de cette vie, une culture, une formation morale et solidaire sur le rôle des professionnels et des intellectuels. La démocratisation comme l’objectif fondamental, levier et point d’appui de toute transformation.

  Danielle Bleitrach    

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3 commentaires

  1. Les enjeux autour de l’université se jouent à partir des rapports qu’entretient aujourd’hui le travail, l’extorsion de la plus value par le capital sur fond de développement des forces productives.

    La disparition du travail simple peut être désormais une réalité immédiate dès lors que la « machine » coôte moins cher que le travail humain (renvoie pour l’essentiel à rapports de force sociaux): pas de problème technique pour supprimer les caissières et demain les techniciens de surface…

    La partie répétitive du travail intellectuel elle aussi peut disparaitre à l’exemple des comptables remplacés par des « calculatrices »….
    Une partie des travail d’expertise comptable aussi.
    Restent donc la partie « supérieure » du travail qui mobilise des capacités conceptuelles de haut niveau.

    La réforme des universités vise du point de vue du Capital à contrôler et à exploiter les salariés formés à ces exigences conceptuelles car Recherche et Enseignement supérieur sont au coeur du développement de « ces qualités ».

    On ne peut me semble t’il en rester dès lors à des oppositions historiques:  » l’université c’est la Science, la liberté de penser » et espérer résister sur cette ligne à cette nouvelle donne des forces productives.

    Il faut battre sur le fond le patronat: beaucoup de savoirs développés à l’Université et dans la Recherche sont désormais de vrais savoir-faire professionnels. Voilà de quoi résister à la pression sur « professionalisation » des études supérieures à laquelle une partie significative de la Jeunesse est à juste titre sensible.

    Quand je dis beaucoup, c’est assez évident dans les sciences « dures »… Ainsi le travail des mathématiciens est directement nécessaire pour toutes le industries qui traitent le signal par exemple pour la protection des données…
    La recherche sur l’électronique du « spin » a été soutenue par Thales (ex Thomson CSF)car l’industrie a besoin d’énorme capacité de stockage de l’information…

    Mais cela commence aussi à être vrai pour les sciences humaines et politiques: à partir de quoi, les entreprises gèrent-elle les ressources humaines, les conflits sociaux, les négociations, leurs réformes…?
    De ce point de vue, on peut en tout cas constater que des professions qui s’intéressaient pas les entreprises sont désormais considérées par ces entreprises comme devant être des professions disponibles sur la marché marchand du travail…

  2. Réforme Pécresse des universités : pour les étudiants communistes, c’est NON !
    Communiqué de presse de l’Union des étudiants communistes (UEC)

    L’Union des étudiants communistes dénonce une nouvelle fois le projet de loi relatif aux libertés des universités. Les modifications de ces derniers jours ne changent en rien une logique globale dangereuse qui vise la confiscation et la marchandisation des savoirs et cela, nous ne pouvons l’accepter.

    Le texte du projet est irrecevable sur trois points précis : – La présidentialisation de la gouvernance des universités, avec un CA restreint, un président tout puissant, un CS et un CEVU relégués au rang d’instances consultatives.
    La casse du statut d’enseignant-chercheur, avec le droit de veto du président sur les affectations des personnels et la possibilité qu’il obtient de recruter des contractuels.
    Les attaques sur le service public, avec un système de pré-inscription qui pourrait mener à la sélection à l’entrée de l’université.

    Nous réaffirmons la nécessité d’une véritable concertation pour clarifier avant tout la finalité et les missions de l’enseignement supérieur et cela doit faire l’objet du plus large débat. Pour l’UEC, il s’agit de construire un service public démocratisé visant notamment la formation à la citoyenneté, le partage et l’appropriation par tous des savoirs, la sécurisation des parcours, donnant à chaque étudiant les moyens de réussir ses études.

    Nous estimons que les mesures du projet gouvernemental ne peuvent aboutir qu’a la casse du service public d’enseignement supérieur. L’autonomie financière donnée aux établissements, c’est à dire le transfert de la gestion de l’ensemble de leurs ressources aux universités et la possibilité d’un financement privé de grande ampleur, laisse craindre une privatisation du supérieur et l’instauration d’un système à deux vitesses. Il est ainsi probable qu’une des graves conséquences de l’application de ce projet soit, à moyen terme, l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants.

    L’Union des étudiants communistes demande à nouveau le retrait de ce projet de loi et l’organisation d’assises de l’enseignement supérieur et de la recherche pour répondre aux enjeux de notre époque. Nous participerons à toutes les initiatives allant dans ce sens.

    ——————————————————————————–

    Contact :

    Igor Zamichiei, Secrétaire National de l’UEC.

    Tel : 01.40.40.12.62 ; Port : 06.20.85.29.81 ; Mail : uec@jeunes-communistes.org

  3. très sympathique, je te souhaite une bonne continuation pour la suite


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