Le désert: continuons comme cela voulez-vous

nefdesfous-01grand1.jpgle désert, aujourd’hui, la chaleur avoisinait  les 52°. Le sable est de l’or en fusion…La nuit n’annule pas le soleil. Disparu derrière l’horizon, il  brûle encore, l’écho d’une fièvre, le corps courbatu . La chaleur colle le canon de son pistolet sur vos tempes, les fait battre et déjà on tremble de froid… plus chaud que braise, plus froid que neige, je meurs de soif auprès de la fontaine disait le poète français qui ignorait  pourtant l’oasis,  la misère de ses habitants… Avec la nuit surgit au firmament l’impératif catégorique « dans la nuit le ciel étoilé et dans mon cœur la loi morale »… 

 Le brouhaha et le néant…

En écoutant la nuit du désert,  où chaque son se détache des autres dans sa pureté primaire, celle du cri de l’enfant émergeant à la vie, j’ai cru pénétrer le secret de l’anesthésie ordinaire: nous vivons dans une boîte de rires enregistrés à l’avance. L’objet  jouit à notre place, on  vit par sa procuration, comme on payait des pleureuses pour suivre les enterrements des notables. Nous ne croyons pas, nous ne souffrons pas, nous sommes passifs et attendons que quelqu’un ou quelque chose le fasse à notre place.

le désert annhile le brouhaha hostile de ce monde préenregistré. Peut-être que je suis sourde, beaucoup de membres de ma famille l’étaient, à commencer par ma grand-mère maternelle à laquelle je ressemble beaucoup. Atrache en arabe paraît-il cela veut dire sourd, je suis un peu le fils ou fille du sourd Benatrache. Une surdité étrange qui me rend insupportables  les fonds sonores, la musique – cela s’appelle ainsi- des grandes surfaces, mais aussi les disques que des amis mettent pour agrémenter la conversation, les terrasses de café, les plages qui bruissent de papotages. Mes oreilles ignorent la hiérarchie des bruits, les sons se pressent, chahutent, le sens s’y perd, s’y disloque . Le désert c’est exactement le contraire. Je me méfie pourtant, parce que dans ces poches d’autarcie meurt un mode de vie ancestral nomade et dans l’oasis survivent de pauvres héres guettant notre arrivée bruyante. Je me méfie parce que tout ce que je découvrirais de moi, de notre monde, ne peut qu’être marqué par cette situation objective : je ne suis qu’une touriste en caisson de silence.

 Ce poème de Pinter m’est alors revenu en mémoire :

Ne regarde pas.

Le monde est prêt de s’effondrer.

Ne regarde pas.
Le monde est près de balancer toute sa lumière

Et nous fourrer dans l’étouffoir de ses ténèbres,

Ténèbres et graisse et lieu étranglé

Où nous allons tuer et mourir ou danser ou pleurer

Ou hurler ou gémir ou couiner comme des souris

Pour renégocier notre côte de départ.  

Que peut-on faire d’utile ?

Ces dernières années plus autour de moi tous les collectifs s’effondraient, plus mon impuissance grandissait, plus l’engagement devenait démangeaison.  D’où peut-être plus encore que la surdité  cette identification à Nannie Moretti dans pallombella rossa, gifflant la femme de la télévision qui l’interviewe parce que les mots qu’elle prononce n’ont plus de sens, un simple bruit agressif qui fait monter les larmes aux yeux d’impuissance, l’estomac qui se noue, la culpabilité pour rien, comme ça…

Ce nœud là est-il possible de le dénouer? la conscience trouvée dans un instant de désert  n’est-elle pas l’illusions colonialiste d’une échappée du Paris-Dakar ? Poser la question c’est y répondre… Je suis une soixante-huitarde, comme Kouchner, ce petit homme mu par le seul tropisme médiatique et qui traite l’Afrique comme le décor de sa notorité…  je préférais encore les réseaux Foccart de sinistre mémoire…   Nous Français entretenons une relation extrêmement possessive avec le continent africain du type de celle que les etats-Unis entretiennent avec l’Amérique latine, l’amour jusqu’à les laisser pour morts… Puis-je  avoir confiance dans mes pensées dans la nuit du désert?

Il me semble, mais je dois me méfier des certitudes, qu’avec l’âge on doit, parce que les ressources physiques et intellectuelles diminuent, se réserver pour l’essentiel et avec mon tempérament éviter surtout de s’impatienter, de s’exciter pour des causes auxquelles il est impossible d’apporter  remède… Donc la question : dans le temps qui me reste à vivre est : que puis-je faire de réellement utile ?   Qu’est ce qui est réellement à ma portée ?  

Nous sommes au coeur du chagrin qui m’a jetée dans ce désert… Oserais- je vous avouer que j’ai découvert et ce fut un grand traumatisme ma totale inefficacité en ce qui concerne Cuba. Un problème légitimement préoccupe les Cubains, celui de 5 héros, ces hommes qui depuis de nombreuses années sont injustement enfermés dans une prison nord-américaine et sur lesquels les médias complices font régner le silence, alors que la cause exigerait une mobilisation digne de Sacco et Vanzetti. Il y a des choses qui me sont insupportables et me rendent hystérique, l’une est la menace de bombes sur des enfants, je hais les B 52. L’autre est l’enfermement, l’isolement total du prisonnier, la perte de l’identité dans la solitude forcée. Quand je pense à ces 5 hommes j’éprouve des accès de claustrophobie. Et mon étouffement est celui de la vanité de mes efforts dans ma propre société: comment en finir avec ce mur, ce beton ,ce plâtre, qui étouffe les cris, amortit les indignations, et fait glisser dans la spirale de l’oubli tout ce que condamne l’occident ? Cela va avec le brouhaha que j’ai dénoncé plus haut, avec les rires préenregistrés des feuilletons télé.

Attendez ce n’est pas fini : une amie française qui vivait à Cuba, une héroïne communiste vient de mourir, elle menait ce combat pour les 5, nous suppliait d’agir. En dehors de quelques personnes, des femmes pour la plupart peu de gens ici s’intéressaient à la question. Une réunion nationale avait débouché sur une centaine de participants. Les Cubains voulaient absolument populariser cette affaire, au point de promouvoir  des n’importe quoi, mais passons… Tout participait de cet étouffoir… Notre propre faiblesse, notre triste réalité politique qui a débouché sur l’élection de Sarkozy en premier lieu…

 Nous avons tenté avec un ami amoureux de Cuba, président du festival international du film documentaire à faire programmer dans ce festival un film cubain sur les 5 pour le mois de juillet 2007. Il y en avait un autre sur le Che, un autre sur les médecins cubains, chacun passant trois fois, donnant lieu à des débats, participant d’un réseau international dans toute l’Europe. Nous nous sommes lui et moi rendus à nos frais à Cuba, puis après à l’Ambassade à Paris. Il y a eu des promesses, des sourires, des main serrées, mais jamais malgré les demande répétées il n’a a été possible d’obtenir des Cubains l’autorisation de laisser passer ces films lors du festival international. Pourquoi parce que le bureaucrate du coin se fiche de tout ce qui n’est pas sa grille à remplir et la demande directe de son chef. Une femme était morte, laissant même son corps à la science cubaine, elle avait 54 ans et il était impossible d’honorer son combat. Il suffisait de signer l’autorisation de présenter un film dans un festival officiel, impossible d’obliger une main à signer, cette inertie était une pelletée de terre sur la bouche des emprisonnées.

C’est alors, convaincue par ailleurs que personne ne lirait le livre sur Fidel, le Che et l’aventure du socialisme, parce que d’une lecture difficile, forçant chacun à sortir du brouhaha et des rires préenregistrés, affrontant la victoire de Sarkozy le démagogue néo-conservateur flanqué de son humanitaire de service, et pleurant  de surcroît la mort de marie-dominique, j’ai baissé les bras et je suis partie dans le désert.

 Je ne suis pas partie comme ça sur un coup de tête, dix ans d’accumulation de coups dans les tibias, les croche-pattes dans mon camp…  Il y a eu par exemple des années de censure de l’humanité, l’interdiction de ce journal de prononcer mon nom, celui-ci refusé pour les comités de soutien des candidats communistes. Quand on subit cela il arrive que l’on n’éprouve rien et que l’on réagisse violemment à des choses plus secondaires, c’est comme ça… Un candidat contre Maxime dans la Somme pour perdre un siège de plus, pour avencer vers un machin anti-libéral ?… Qui peut savoir ? 

C’était ridicule, grotesque comme un Staline totalement sénile, interdit d’armée rouge,  qui attaquerait à coup de pelle et de rateau son petit camarade dans le bac à sable de l’asile des vieux…

 Dans le même temps l’ultime combat de marie-do pour les 5 se heurtant à ce mur de silence, celui logique des capitalistes occidentaux et celui complètement absurde de Cubains refusant par inertie bureaucratique de participer à une festival international… Tu quoque filii… dit César voyant Brutus au milieu de ses assassins. J’étais trop exigeante, on est toujours trop exigeante face à ceux à qui on demande d’agir à votre place…

 

Dans le désert j’ai pu remettre le bruit de fond à sa place : je n’avais aucune importance dans cette affaire… L’erreur résidait sans doute dans le fait que mon combat en faveur de Cuba n’était peut-être que la révolution par procuration parce qu’en France, le PCF était devenu ce qu’il est. La solidarité et l’internationalisme font parti de l’identité communiste, et nul ne les mérite plus que le peuple et les dirigeants cubains  mais pas la substitution. Ce n’est pas un but en soi et dans la situation de confusion politique idéologique dans lesquels nous sommes, il est normal que les groupes de solidarité en arrivent à ressembler parfois à des sacs pleins de chats sauvages. C’est tout le monde associatif qui souffre ainsi d’absence de perspective politique et finit alors par confondre son objectif  avec la seule défense de l’inamovibilité de son bureau vieilli sous le harnais.

 Tout cela ne dépend pas de moi et mon erreur est de l’avoir cru, de m’être ainsi impliquée dans cette histoire de film documentaire…Au point d’avoir connu une véritable souffrance devenue  taraudante et ténébrante à la mort d’une amie… parce que je m’arrachais inutilement  les ongles contre un mur…

Je sais désormais que ce sur quoi je ne peux pas agir ne doit pas me concerner, cela relève d’un destin qui me gouverne, vieille philosophie taoïste…

 Je ne renonce pas à entendre d’autres leçons cubaines, dans une halte au retour j’ai découvert un vieux numéro du Figaro je vais vous en reparler… Il décrit ce que Fidel ne cesse de nous répéter : la catastrophe sociale que représente la bio-énergie au Brésil, je vais recopier ce texte que j’ai conservé, un morceau de papier cloqué par la chaleur… Nous avons plus besoin des Cubains qu’ils ont besoin de nous, de moi en particulier… 

 Dans le silence et la nuit du désert, les choses reprenaient lentement leur place… Le calme passait sur la souffrance… Je suis partie avec l’âme d’un grand brûlé, je reviens avec une cicatrice bientôt douce à effleurer…  

Et nous voici parvenu, de retour du désert sur la question qui traverse ce blog, nous en sommes toujours sur le problème de l’action utile : est-il possible d’agir en France ? De quelle organisation avons-nous besoin, là encore toute tentative n’est-elle pas vouée à l’échec ?…

Il y a eu un sursaut électoral, le peuple français a dit que l’on avait besoin des communistes, pas des collectifs anti-libéraux, non d’un parti communiste, d’élus sur le terrain qui ressemblent à notre peuple, parlent son langage pas ce galimatias vide de sens… S’agit-il d’un miracle ? Ce qui est sûr est qu’un espace formidable s’ouvre à gauche, et cela paraît vrai dans d’autres pays européens où les recompositions au centre, autour du maintien du système montrent une terrible crise de la social démocratie. Je ne sais rien de ce qui est en train de naître mais je sais le contexte, celui des mille soleils mençant la planète comme le dit le poème de Pinter, celui de l’émergence d’un monde multipolaire, celui de l’exigence du socialisme du 21 e siècle, saurons-nous vivre tout cela autrement que par procuration ? Attention, celui qui prétend avoir la recette est un fou ou un menteur, mais celui qui tarde à agir est pire encore.

Cela implique des choix très concrets, pas seulement des discours. Je n’ai plus assez de temps devant moi pour continuer à le perdre…  Je crois que toutes ces questions ne sont pas seulement miennes c’est pour cela que je vous les livre dans le prolongement d’autres auxquelles beaucoup ont ici répondues, il est même étonnant de constater à quel point dans la brève histoire de ce blog je n’ai rien eu ou presque à éliminer, toutes les interventions sont et ont été d’une telle qualité que, comme mon périple dans le désert, j’ai eu le sentiment d’un temps suspendu, d’un respect, d’une inquiétude générale, merci et continuons comme cela, voulez-vous ? Que pouvons-nous faire, pour arrêter que l’on nous fasse vivre par procuration de rires et d’émotions préenregistrés ? Pour arrêter d’envoyer des coups d’épée dans l’eau.

Pas de faux-fuyants, pas d’éternels « c’est la faute à la direction du PCF! » PAM a raison.  Est-ce qu’il est possible de partir de l’existant ? Est-ce que le Congrès présente encore une chance d’action et à quel prix ? Nous ne pouvons continuer à subsister dans l’antichambre de l’agonie de ce Volpone, de cette direction qui ne dirige rien et qui nous tient en nous laissant espérer qu’au prochain congrès les révolutionnaires peuvent espérer être couchés  sur le testament, un héritage aussi dilapidé que les biens immobiliers et l’aura des poètes et artistes de la résistance… Outre le fait que mobiliser contre une direction n’a rien de bien exaltant, le PS est en train de glisser dans ce néant… Sarkozy triomphe par défaut… Donc s’il y a espoir dans un congrès ce ne peut être dans le simple renversement d’une direction, cet effet là  ne peut intervenir que « de surcroît » comme dans l’évangile. Je lis les interventions au Comité national, elles accroissent ma passivité au lieu de m’appeler à une intervention.

Il a bien parlé mais qu’est-ce qu’il a dit qui me soit utile ?

 l’extraordinaire, croyez le bien, est que je ne renonce pas plus que vous, nous sommes vraiment nous communistes les insomniaques de l’espérance…

Danielle Bleitrach 

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6 commentaires

  1. A propos de l’Afrique puisqu’il est ici vaguement question du Sahara et du Darfour, de l’humanitaire, je voudrais citer une dépêche qui me parvient en espagnol et qui prouve à quel point ce continent que l’on dit corrompu témoigne parfois de plus de dignité dans sa misère que toute l’Europe dans son opulence. Il y a eu le refus de voter contre Cuba à la Comission des Droits de l’homme, alors même que les Européens prennaient des sanctions tout en refusant la moindre condamnation du camp de torture de Guantanamo. Il y a toujours l’acceptation de certains pays européens de la délocalisation de la torture étasunienne. Il y a aujourd’hui ce que dit cette dépêche en espagnol: les Etats-Unis n’arrivent pas à trouver un pays qui veuille accueillir leurs bases militaires tant l’opinion publique africaine s’y oppose. Voici la dépêche qui résume un article du Guardian de Londre :

    Rechazan planes de Estados Unidos de instalar una base militar en África

    Los planes de Estados Unidos de instalar un comando militar en África sufrieron un nuevo contratiempo. El periódico Guardian, de Londres, informa que una delegación del Departamento de Estado fue rechazada en varias reuniones con países africanos celebradas este mes. – . Un funcionario del Departamento de Estado dijo que Estados Unidos tiene ³un gran problema de imagen [en África]², y agregó: ³La opinión pública está realmente en contra de aliarse con Estados Unidos².

  2. Chere Danielle,

    L’important serait donc l’action?

    Mais l’action sans l’idéologie ne vaut rien…
    Mais l’idéologie s’enrichit dans la pratique…
    Mais la pratique peut errer longtemps sans but idéologique.

    On pourrait continuer longtemps ce monologue tant de fois entendu, tant de fois ressassé.

    Si je puis m’exprimer ainsi… »on pédale dans la choucroute » depuis trente ans.

    Et si tout simplement nous attendions patiament le retour de l’Histoire, notre histoire pour l’humanité.

    A l’heure de la 3eme mutation du capitalisme, je continue de croire que le changement ne viendra pas du Nord.
    Il viendra des Suds! Forces productives, mouvement de libération, développement assimétrique, les contradictions s’y accumulent. Manque la direction idéologique. Celle-ci peut par contre germer au nord et essaimer au sud. (HO CHI MIHN, LUMUMBA, bien d’autre sont passés par le nord avant d’irriguer le sud de leur experience.)

    Tu vois j’ai toujours tendence à parler de tout en même temps.

    Mais l’espoir, c’est notre savoir et nos experiences.

    Bises à toi

    Bonsoir et a bientot

  3. cher Dimitri,
    je suis assez d’accord avec toi.
    Si le livre que nous avons écrit avec J.F.Bonaldi voit jamais le jour, tu te rendras compte à quel point je suis convaincue qu’aujourd’hui pour comprendre le monde il faut adopter un point de vue qui est justement non celui du Sud pris comme ça mais d’un Sud qui a choisi de résister.

    Donc Cuba et singulièrement Fidel Castro dont je considère en m’expliquant sur ce terme (qui n’a rien d’une flagornerie) qu’il a « un génie » politique est vraiment très bien placé pour une analyse (comprendre mais transformer). Chavez, Evo Morales et d’autres, en particulier les peuples d’Amérique latine entrés dans la voie d’une politisation accélérée, ont un point de vue qui nous aide.

    cela dit si nous nous décidions à agir, je crois que ce serait une accélération du processus que seuls les pays développés peuvent apporter, et en ce sens les analyses de Marx sur le rôle joué par le développement des forces productives ne peut pas être ignorés: oui la prise de conscience des peuples du sud est plus avancée que la notre, mais ils ont besoin que nous agissions.

    C’est cette conviction, outre ma colère épidermique contre l’imbécile bureaucrate qui n’a pas signé l’accord pour le festival qui m’a conduit à penser qu’il fallait agir dans nos pays avant qu’il soit trop tard.

    mais pour revenir à la lucidité de Fidel. Imagine ma stupéfaction quand je découvre dans un poste frontière entre la Lybie et la Tunisie, dans un petit café où les hommes fument le narguilé l’article du Figaro du 21 juin où le journaliste décrit les conséquences de l’ethanol pour le brésil. Le Figaro que je sache n’est pas l’organe des communistes français. (voir dossier sur l’éthanol et la souveraineté dans ce blog). Bon il a raison comme d’habitude, mais quelques jours après en revenant j’apprends qu’Evo a vu Fidel à la havane et a noté son intérêt pour les questions d’environnement. je me dis: « le vieux sage prend de la distance ».
    Mais il est évident aussi que comme il le dit Fidel s’amuse beaucoup devant « la stupidité » de Bush « qui l’inspire ».
    Tout à coup le 29 c’est la rencontre du MERCOSUR, les pressions nord-américaine, celle des peuples, et la passe d’arme entre Lula et Evo.
    C’est cela que j’appelle le génie politique de Fidel, il part dans la stratosphère apparement mais il est comme d’habitude également au coeur même de l’affrontement avec l’ennemi.
    Voilà pourquoi je dis que les Cubains peuvent trés bien se passer de mes combats en leur faveur, visiblement ils se foutent complètement de tout ce que je peux faire pour eux, mais en revanche moi je ne peux pas me passer de leur vision du monde.
    Danielle bleitrach

  4. Chère Danielle,

    Merci de ta réponse.

    Je ne peux non plus me passer de Notre vision du monde.

    Une fois les yeux ouverts, on ne peux plus les refermer, les crever ne sert à rien.

    La solidarité internationnale doit être le fil d’ariane duquel nous ne devons jamais nous départir sous peine de perdre notre âme.

    Maintenant la question qui nous torture tous:

    QUE FAIRE???

    Bises et a bientot

  5. Bonjour,

    Tes vacances n’auront pas été très longues finalement. Je ne m’attendais pas à te relire d’aussitôt. Mais ant mieux.

    Par rapport à ce que disait Dimitri à propos de la nécessité de l’action dans nos pays, il me semble qu’elle est d’autant plus nécessaire que je pense, moi, que nos pays pourraient à moyen, voire court terme, tomber dans une situation plus contradictoire socialement et donc plus révolutionnaire, que certains pays du sud, et certainement de l’est, qui « grâce » à la globalisation et aux délocalisations (y compris celle des services) vont développer une classe moyenne réactionnaire qui freinera un éventuel développement idéologique alors que dans le même temps cette classe moyenne va diminué chez nous et être remplacée par un nombre toujours croissant de jeunes chômeurs universitaires désillusionnés!
    A nous de les éclairer!

  6. 10 jours et les trois derniers à 52°, des Français sur un toit brûlant, au point qu’il a fallu rentrer à Djerba pour y goûter la toute relative fraîcheur de la mer et les bonheurs du hammam, la transpiration, le gommage à l’argile verte et après le massage pour oublier le tape cul du 4/4. Tout ce luxe exotique qui revient, in fine, moins cher que de rester chez soi parce que la main d’œuvre est quasiment gratuite… Mâché, digéré, pour notre confort, même si l’expédition était épuisante. C’était une mise en bouche, je voudrais repartir mais du côté de l’Asie centrale, de mon cher Tadjikistan… ou la route des caravanes en Ouzbékistan… Je préfère les Tadjiks que les Ouzbekes et je voudrais que quelqu’un me retrouve le nom de cet auteur tadjik édité aux Editeurs français réunis qui a écrit entre autres l’Emir de Boukhara, le pauvre tadjik, à la bibliothèque de Douchanbe, capitale du Tadjikistan, il n’y avait que ce livre là en français, je m’en suis délecté durant les deux mois passés dans ce pays de culture perse ou est né l’abricot, et le berceau de l’indo-européen. C’est ce désert là, celui des caravanes, mais aussi avec les contreforts de l’Himalaya et la rivière si impétueuse qu’on l’appelle la sauvage, que je voudrais retrouver.
    Mais pour revenir à l’essentiel, je suis convaincue que la combativité est une fois de plus du côté des peuples du Tiers-Monde comme le dit Dimitri et nous devons soutenir ce combat. La Révolution comme le disait Gramsci en parlant de celle des Bolchevicks et en jouant sur les mots, est une Révolution contre le Capital. Marx ayant prévu que ce seraient les pays où le capital aurait développé toutes ses potentialités, les pays occidentaux, industrialisés qu’interviendrait la Révolution socialiste. Les Bolcheviks ont attendu en vain. Et comme l’affirmait le dramaturge Heiner Muller, l’Allemagne avait failli à sa mission historique en laissant un Empire barbare, asiatique la mener à sa place. Nous portons également une lourde responsabilité en laissant aux peuples du Tiers Monde, comme Cuba, le Venezuela, et à l’Indien des Andes le soin d’affronter le monstre, alors que si nous menions enfin ce combat il serait non seulement plus aisé mais plus facile. Si un jour notre livre sur Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme sort nous verrons à quel point il y a dans cette remarque tout le sens de l’épopée cubaine.
    La belle au bois dormant disait déjà Franz fanon des masses européennes toujours en train de se faire acheter. Et je suis d’accord avec vous Philippe sur le rôle essentiel que pourrait jouer notre choix d’un changement profond de société. Je crois que nous ne sommes pas encore convaincu de ce que nous risquons si nous continuons comme ça, nous croyons encore et toujours que d’autres payeront la facture entre notre lieu et place.

    Ce matin je me suis rendue à une séance de cinéma du FID (Festival du Film Documentaire), pas de film sur les 5 à cause de la bureaucratie cubaine, mais un film sur les disparus d’Argentine. Un film de jeune, encore maladroit mais qui posait des questions fondamentales. L’Argentine a adhéré à 80% de sa population au coup d’Etat militaire de Videla. La dictature a rétabli l’ordre comme Pinochet, l’Argentine, le Chili et l’Uruguay ont été le laboratoire sanglant du néo-libéralisme, les militants de gauche ont été enlevés, torturés, et pas seulement, tous les progressistes qui prétendaient œuvrer dans les bidonvilles. Il fallait mettre au travail tous ces fainéants parce que le travail rend libre, en finir avec les pleurnichards de gauche. Le film raconte l’odyssée des mères de la place de mai, le foulard blanc c’est un lange de bébé, elles réclamaient les enfants disparus. Le film recherche les traces, on a voulu détruire la mémoire, les enfants des gens torturés enlevés étaient adoptés par de « bonnes familles »… Après on a imposé au peuple argentin l’amnistie des bourreaux… Donc tout le film est un travail sur les corps, sur la mémoire, sur les sens amputés, l’aveugle, le sourd, le peintre qui montre ce qu’il voyait dans la prison, derrière le bandeau, un triangle de lumière et les godillots de ses geôliers… Pour ceux que l’on prive de mémoire officielle, historique, et même de sépulture il faut retrouver la trace dans les lieux, les objets matériels, comment reconstituer une histoire. Cela ne peut pas être un parcours individuel. C’est ce qu’expliquent les mères de la place de mai : si nous avons survécu c’est que nous avons socialisé notre souffrance, nous étions les mères des 30.000 disparu. Nous continuons à exiger de savoir ce qu’il est advenu de nos enfants, nous savons bien qu’ils sont morts, mais nous refusons la mort par décret.
    La sépulture coïncide dans l’histoire de l’humanité avec l’apparition de l’art.
    Voilà pourquoi l’histoire des 5 cubains enfermés, le silence qui est fait sur leur cas comme sur celui de tant d’enfermés dans le monde m’est insupportable, c’est la négation de cette nécessaire socialisation dans laquelle l’être humain accède réellement à l’humanité.
    Je ne peux pas supporter que l’on tente d’étouffer nos voix, de nous isoler dans les tours de silence du brouhaha inutile…
    Si le capitalisme néo-libéral s’est imposé en Amérique latine par la violence, la mort, la torture, ici il suffit de cette addiction douce à l’indifférence, à l’absence de sens, le glissement dans la spirale de l’oubli de tout ce qui est digne, progressiste, pour que triomphe la loi du profit et la manipulation… Prenons y garde pour le moment il suffit de nous gaver d’images inutiles, du brouhaha d’une information à sens unique, mais si nous bougeons ils sont capables de torturer, d’assassiner comme à Guantanamo…

    Danielle Bleitrach


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