Des manifestations ont été durement réprimées lundi par le pouvoir iranien , qui craint la contagion égyptienne. Il y a eu un mort. Pourtant pour le moment tout laisse à penser qu’il n’y aura pas de contagion en Iran pour au moins trois raisons, l’armée fait bloc autour du pouvoir et la répression ira jusqu’au bout, les classes prolétariennes ne sont pas dans le mouvement qui reste urbain et aisé, et enfin surtout la peur de l’invasion, qu’elle soit israélienne ou nord-américaine, créé un reflexe patriotique. Une personne a été tuée et il y a eu des blessés des deux côtés.
Les événements
Hier lundi, rassemblés en petits groupes, mobilisés sans doute par internet les contestataires iraniens ont adopté une stratégie urbaine pour se faufiler et contourner l’important déploiement de police et de miliciens du régime. Selon des sources provenant d’iran par les journalistes occidentaux, ils étaient plusieurs milliers à pied ou en voiture, en train de se déplacer de la place Imam Hossein à la place Azadi (Liberté), dans l’ouest de la capitale. Des jeunes, masqués, essyant d’éviter d’être reconnu par les forces policières qui en Iran ne font pas dans la dentelle, criaient . «Mort au dictateur !» ou encore «Libérez les prisonniers politiques !», enregistrés par les portables ces scènes ont été transmises aux journeaux occidentaux. Des témoignages affirment également que les slogans étaient inspirés de ce qui vient de se passer dans le monde arabe comme «Moubarak ! Ben Ali ! Nobaté Seyed Ali !» («Moubarak ! Ben Ali ! Au tour de Seyed Ali» – en référence à Ali Khamenei, le guide suprême).
Le mouvement reste urbain, il a concerné des villes de province – Ispahan, Tabriz, Kermanchah – mais avec une moindre importance qu’à Téhéran, la réponse a été musclée, et les forces de l’ordre ont chargé, envoyé des gaz lacrymogène pendant que comme on le voit les manifestants brulaient des bennes à ordure.
Officiellement, la manifestation, avait été lancée à l’initiative des deux principaux leaders de l’opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, et elle avait pour objectif de «soutenir la lutte des peuples égyptien et tunisien» contre la «dictature», en prétendant appuyer les discours anti-Moubarak du pouvoir iranien. Mais le pouvoir ne s’est pas trompé sur les buts réels de la manifestation et a voulu étouffer la révolte dans l’oeuf.
Lundi, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi ont même été empêchés de sortir de chez eux par des agents en civil. Craignant une contagion venant d’Égypte, les autorités avaient fait couper leurs lignes téléphoniques. Hier comme cela a été complaisamment relayé par les médias, les députés iraniens ont supplié que l’on mette en prison, voir que l’on pende les deux responsables de la manifestation.
L’onde de choc ? Brève tentative d’analyse
Les mouvement qui avaient secoué l’Iran en 2009 ont-ils repris . Si on peut considérer que ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie et en Egypte est l’onde de choc de ce qui s’est passé en Iran en 2009, le mouvement de départ a tenté de renaître en Iran et ce malgré une terrible répression, de nombreux étudiants ont été expulsés de l’Université étroitement surveillée, les prisons sont pleines de manifestants dont certains ont été condamnés à de lourdes peines de prison, voire à la pendaison. Donc la renaissance dans de telles conditions d’un mouvement aussi durement réprimé il y a peu témoigne de la détermination de ceux qui se rassemblent, en gros ici comme ailleurs la jeunesse.
Une tradition iranienne veut que tout mouvement populaire parte du Bazar, c’est-à-dire les couches urbaines relativement aisées, est-ce que l’Université dans un pays où la jeunesse a été massivement scolarisée et où en particulier il y a autant de femmes que d’hommes comme étudiantes, peut prendre le relais du Bazar ? Ce que tentent d’imposer les Etats-Unis, l’Europe et israêl en Tunisie et surtout en Egypte qui a toute leur attention, c’est une nouvelle alliance comme en Turquie ou au Pakistan, voir en Algérie, entre l’armée et l’islam politique modéré. Ce que nous avions analysé ici se confirme, mais il paraît difficile d’envisager de telles alliances en Iran.
Le principal obstacle à une révolte de l’iran, et qui favorise cette répression est le fait que les couches populaires restent dans l’expectative, parce que joue le reflexe patriotique . Le président iranien qui a lui-même une dimension messianique assez exaltée, est qui est quoiqu’en pense certains anti-mondialiste, un fasciste mystique, exaspère le patriotisme et la religiosité des masses (1) en jouant sur le fait bien réel que l’Iran est assiégé par les occidentaux, les Etasuniens, Israël et l’Europe. Les sanctions ont été insuffisantes pour faire plier l’Iran mais elles ont créé l’unité du peuple, malgré le fait que le régime des mollahs est aussi pilleur, corrompu et surtout dictatorial que ceux de la Tunisie et de l’Egypte. J’ai des échos sur ce qui se passe en Iran par des chercheurs parlant persan et faisant de fréquents séjours dans ce pays, des gens qui ont suivi avec sympathie la révolution iranienne, ce qu’il décrivent est abominable et je crois qu’aucun communiste ne peut le cautionner. Mais pour moi cela suppose que ces mêmes communistes mènent une lutte résolue contre toute ingérence dans ce pays et a fortiori contre toute intervention militaire. Et de bien souligner à quel point vu ce que représente le camp occidental, les catastrophes accomplies, le non respect de la souveraineté, est la meilleure arme pour le maintien de dictatures. On se demande d’ailleurs à quoi pense Obama quand il ose dire que les Etats-Unis soutiennent les manifestations. Il faut beaucoup d’arrogance et un mépris de la réalité d’une puissance impérialiste pour atteindre un tel niveau d’absurdité.
Mais ces pays ne se sentaient pas assiégés. L’occident mesure mal ce qu’est un peuple en particulier comme le peuple iranien, issu d’une vieille civilisation, et qui depuis le siècle dernier doit lutter contre l’impérialisme. Combien ce peuple a souvent pour unique richesse le patriotisme, et le fait que sans ce peuple aucune révolution “démocratique” n’aura lieu.
Ce qui s’est passé en Irak, en Afghansitan, et que l’Iran contemple aux premières loges est la démonstration que toute intervention de l’Occident non seulement n’améliore pas la situation des peuples, mais la dégrade encore, et aucun peuple (comme le disait Robespierre) n’aime les missionnaires (se prétendent-ils de la démocratie) casqués et bottés. Il est évident, comme nous l’avions analysé ici, que les révoltes populaires n’ont pu se déployer en Egypte et en Tunisie que parce qu’il y a eu soutien de l’occident, des Etats-Unis en particulier. Ce qui confirme bien aux yeux des iraniens, qu’il s’agit d’une tentative de recomposition du Moyen Orient à laquelle les nord- américains ne sont pas étranger, mais qui n’a paradoxalement de chance de réussir que si les pays concernés sont pris dans une dynamique de classe qui divise l’armée elle-même. Parce que dénoncer les manoeuvres nord-américaines, leur volonté interventionniste, toutes ces théories conspirationnistes qui tendent à remplacer l’analyse marxiste, rencontrent les limites de “qui fait l’histoire”… ce n’est ni la secte des illuminati, ni l’équivalent du sieur Estulin, ni la diplomatie nord-américaine, ni a fortiori “la diplomatie”(sic) française mais bien les peuples menant la lutte des classes. Ces théories conspirationnistes ne sont que l’autre face de la médaille de l’arrogance de l’occident et des Etats-Unis quant à sa toute puissance.
Et ce sont surtout des jeunes étudiants, qui sont en Iran mobilisés et exigent liberté et démocratie, à partir non seulement des réseaux internet mais de la chaîne BBC, britannique en persan qui est très écoutée par la jeunesse estudiantine. Elle a été brouillée cette semaine. Est-ce vraiment les réseau internet qui peuvent mobiliser un peuple? je posais déjà la question en notant que l’Egypte était depuis quelques temps secouée de grèves, de luttes dont nous nous étions fait écho ici.
Si ce qui s’est passé hier prouve qu’une partie de la jeunesse iranienne est prête à affronter la répression, ici comme en Algérie l’extension du mouvement dépend donc moins de la capacité du régime à organiser la répression, à empêcher toute manifestation, mais de la capacité d’extension aux couches populaires. En Iran de surcroît il y a le fait essentiel que le pays se sent sous la menace occidentale. Le rôle décisif de l’armée doit être analysé à la fois comme un appareil contrôlant plus ou moins le pays, mais aussi par rapport aux masses popularires et à leur volonté ou non de participer à un tel mouvement.
Danielle Bleitrach
(1) je ne cesse de plaider pour une nouvelle attitude à l’égard de l’islam, arrêter d’abord de confondre la religiosité populaire et l’islam POLITIQUE. Ne pas de ce point de vue s’exciter sur chaque voile qui passe à notre portée, toute les femmes algériennes que je côtoie qu’elles soient voilées ou non, par choix ou pour faire plaisir à leur mari, sont sincérement musulmanes et pourtant la présence du leader du FIS dans la manifestation a été pour elles le signe qu’il ne fallait pas y aller, pas cautionner ces gens-là “ils parlent de démocratie, ce sont des tyrans”… Quant aux forces politiques cela va de l’Islam modéré au fascistes, mais bien voir qu’il s’agit d’une représentation d’une bourgeoisie qui tente de profiter du gâteau des privatisations… On affirme qu’il y aurait des aspects populaires, lié au fait que cette bourgeoisie est anti-impérialiste et a pratiqué une politique d’aide aux plus pauvres, une stratégie “léniniste”, possible mais je demande à voir… En Algérie, il y a la crainte du retour du terrorisme du Fis, mais il y a aussi l’existence d’une économie de rente, celle ou chacun même le plus pauvre à quelque chose à perdre, celle dont gramsci disait qu’un crottin de cheval peut nourrir une volée de moineau, et le “chaos” tunisien plus le retour comme par hasard des leader du FIS risque de peser sur le mouvement…. Partout dans le monde, il n’y a ni complot, ni grandes manoeuvres, et nos “diplomates” ne voient rien venir parce qu’ils raisonnent en ce terme, mais les communistes doivent rester sur l’analyse en terme de masse, de classe ou comme le disait Robespierre “le peuple est notre boussole”.
Liquidateurs en cachette ! SPDP dépôt de bilan. L’Huma va suivre ? !
D’après un camarade qui travaille comme abonneur à l’Huma depuis des années ; en fait ils sont salariés de la à la SPDP. Cette SPDP vient d’annoncer le Dépôt de bilan.
Les salariés en sont pas exactement au chômage puisque la procédure de licenciement n’est pas encore enclenchée, mais ils ne peuvent plus rien faire : Ils ne touchent plus d’indemnité kilométrique, etc…
L’affaire passe au tribunal Jeudi prochain 23/06/11.
Avec mes excuses d’utiliser un article pour parler d’autre chose. Mais je pense qu’il est important de joindre d’urgence Danièle Bleitrach sur ce sujet, pour lequel je ne vois nulle part de réaction. Je n’ai pas trouvé non plus d’adresse pour écrire au « journal » Sociopresse.
Très agréablement surpris de votre papier sur l’Iran bien plus instructif il semble que les survols ambiants, je serai curieux et intéressé par votre analyse sur la situation en Libye. Merci
Cordialement, Edwige