Voici un reportage à travers le séisme en Chine et voici en contrepoint quelques remarques de François Jullien dont je ne saurais trop conseiller le livre “la pensée chinoise”(Plon) : ”Car on aura compris que dire la chose telle qu’elle est, c’est déjà la faire ressortir, juger de son intérêt.(…) Dire une chose, c’est la détacher du silence, se prononcer sur son importance, la souligner“.ou encore “dans le cas du chinois, il ne suffit pas d’étudier la langue, il faut encore apprendre à déchiffrer le discours; une “grande puissance de déduction” est requise, en Chine, jusque dans nos rapports avec les gens les plus simples, à l’occasion des échanges les plus quotidiens“.
Ce reportage sur l’amour maternel et les sentiments familiaux prend appui sur de petits tableaux, la plus grande des douleurs est prise de biais, cette écriture esquisse seulement l’indicible et ce faisant le restitue plus vital. Nous avons un mot en français qui a peu de traduction dans d’autres langues, c’est la litote(1), elle s’approche de cette manière d’exprimer. Mais il y a plus, cette manière de décrire est un effleurement pour aller à l’essentiel, une voie pour l’atteindre: ”l’insipidité chinoise, celle que symbolise la limpidité de l’eau “la base de toutes les saveurs”, est une conversion dont l’au-delà est en elle-même: conduisant la conscience à la racine du réel, au centre dont découle le procès des choses. Elle la voie de l’approfondissement (vers le simple, le naturel, l’essentiel), du détachement (loin du particulier, de l’individuel, du contingent). Sa transcendance ne débouche pas sur un autre monde, elle est vécue sur le mode même de l’immanence (pris dans cette perspective les deux termes cessent enfin de s’opposer). La fadeur est cette expérience de la transcendance” réconciliée avec la nature-dispensée de la foi“(p.135)
Nous sommes loin on le voit de la caricature d’un “spiritualisme tibétain” opposé au matérialisme grossier chinois, de nos occidentaux à la recherche d’un new-age holywoodien qui nous économiserait toute réflexion sur nous même. Cela ne nous est pas étranger, au contraire, toute cette souffrance, cette émotion intérieure, mise en branle par la violence de l’événement, explose dans les pleurs que ce jeune soldat ne peut retenir et cette manière à mi-voix de dire l’extrême rend plus forte notre parenté d’êtres humains.
Continuer la lecture ‘Le pouvoir de l’amour maternel : Les efforts déployés par les parents pour sauver leur enfant sont mémorables.’
Commentaires récents