source : The Guardian
Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société
Hier, L’Huma tirtait : “Hold-up sur la laïcité”. Il y a du bon et du moins bon dans les articles de Lina Sankari sur cet “événement” brûlant et…vieux de trois ans, si l’on prend pour repère le discours de Ryad, fait par Sarkozy le 14 janvier 2008…Le bon, c’est l’entretien avec le philosophe Henri Pena-Ruiz, spécialiste de la laïcité. A moins que le choix de cet interlocuteur membre du Parti de Gauche, ne relève de la logique du Front de Gauche, qui a déjà changé le quotidien communiste en “journal fondé par Jean Jaurès”. Le bon, c’est aussi quelques chiffres, malheureusement trop peu nombreux : seulement 10% des supressions de postes d’enseignants prévues pour 2011 concernent l’enseignement privé confessionnel, alors que celui-ci n’accueille que 10% des élèves. Le mauvais, le franchement mauvais, c’est plutôt la teneur de certains propos relayés dans le dossier, comme celui de Razzy Hammadi : “il s’ouvre dans ce pays une salle de prière évangélique ou musulmane par semaine.” Franchement, pourquoi préciser “évangélique ou musulmane”? Pourquoi ne pas dire simplement “une salle de prière”? Pourquoi Razzy Hammadi et, par extension, L’Huma, prennent-ils le risque d’alimenter la stigmatisation raciste des français d’origine maghrébine, en pleine polémique lepéniste sur les dangereux talibans qui, parait-il, feraient leur prière dans la rue? Si c’est pour riposter à la récupération de la laïcité par la droite extrême, l’intention est juste, mais l’opération maladroite. Plutôt que le lapsus- car je veux croir qu’il ne s’agit que d’un lapsus- de monsieur Hammadi, j’aurais aimé trouver dans L’Huma des informations comme celles données dans l’article ci-dessous, trouvé dans The Guardian. (Note de Marc Harpon)
Le pape est responsable de l’hostilité croissante du Vatican concernant l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, d’après des câbles jusqu’ici tenus secrets de l’ambassade des Etats-Unis au Saint-Siège.
En 2004, le Cardinal Ratzinger, le futur pape, s’est exprimé contre le fait de laisser un pays musulman entrer dans l’Union Européenne, bien que le Vatican était alors formellement neutre sur cette question.
L’ancien Ministre des Affaires Etrangères du Vatican, Monseigneur Pietro Parolin, a répondu an affirmant aux diplomates étasuniens que les commentaires de Ratzinger l’engageaient lui et non pas le Vatican.
Le cable publié par Wikileaks montre que Ratzinger était la voix la plus influente dans la tentative échouée du Vatican de s’assurer qu’une référence soit faite aux “raciness chrétiennes” de l’Europe dans la constitution de l’UE. Le diplomate étasunien a noté que Ratzinger « comprend clairement qu’autoriser un pays musulman à entrer dans l’UE affaiblirait à terme son combat pour les fondements chrétiens de l’Europe »
Mais en 2006, Parolin travaillait pour Ratzinger, devenu depuis le Pape Benoït XVI, et son ton s’est clairement refroidi. « Ni le Pape ni le Vatican n’a soutenu l’entrée de la Turquie en soi », a –t-il dit au chargé d’affaires américain, « au contraire, le Saint-Siège a toujours été ouvert à l’adhésion, soulignant seulement que la Turquie doit d’abord se conformer aux critères de Copenhague pour prendre sa place en Europe. »
Mais il ne s’attendait pas à ce que les exigences liées aux libertés religieuses soient atteintes. « Une de nos grandes peurs est que la Turquie puisse entrer dans l’UE sans avoir fait les progrès nécessaires en matière de liberté religieuse. [Parolin] a insisté sur le fait que des membres de l’UE – et les Etats-Unis- continuent à faire pression [sur le gouvernent turque] sur ces questions…Il a affirmé qu’à moins qu’il n’y ait des « persécutions ouvertes », les choses ne pourraient être pires pour la communauté chrétienne de Turquie. »
Mais en 2009, l’amabassadeur américain faisant un briefing en préparation de la visite de Barack Obama, afiirmait que « la position du Saint-Siège est désormais qu’en tant que pays extérieur à l’UE, le Vatican n’a pas à promouvoir ni à opposer son veto à l’adhésion de la Turquie. Le Vatican préférerait voir la Turquie développer une relation spéciale avec l’UE sans être membre. »
Le catholicisme romain est la seule religion au monde avec le statut d’Etat souverain, autorisant le haut clergé de la papauté à s’asseoir à la table avec les dirigeants du monde. Les câbles révèlent que, tout en niant parfois, le Vatican exerce couramment par les canaux diplomatiques une pesante influence . Le Vatican a des relations diplomatiques avec 177 pays et a utilisé son statut diplomatique pour faire pression sur les Etats-Unis, les Nations Unies et l’Union Européenne dans une tentative concertée d’imposer son programme moral dans les parlements nationaux et internationaux.
Le chargé d’affaire des Etats-Unis, Brent Hardt, a parlé à Parolin, son homologue diplomatique à Rome, de « la capacité énorme du Saint-Siège à influencer des pays catholiques de façon à ce qu’ils soutiennent une interdiction du clonage humain », question sur laquelle Parolin a insisté sur son accord avec la position étasunienne et promis de soutenir pleinement les efforts de l’ONU pour une telle interdiction ».
Sur d’autres questions globales comme le réchauffement climatique, le Vatican a cherché à utiliser son autorité morale comme levier, tout en refusant de signer des traités officiels, comme l’accord de Copenhague, qui exige qu’on s’engage à faire des rapports.
A une réunion en janvier de cette année, le Dr Paolo Conversi, le représentant du pape sur le changement climatique au secrétariat d’Etat du Vatican, a dit à un diplomate américain que « suivant l’opportunité, le Vatican encouragerait discrètement d’autres pays à s’associer avec l’accord à mesure que des opportunités se feraient jour »
« Plus importante encore que l’activité de lobbying du Vatican, toutefois, il y a l’influence que le pape peut avoir sur l’opinion publique des pays avec ou sans larges majorités catholiques »
Les câbles révèlent que le Vatican a prévu d’utiliser la Pologne comme cheval de Bataille pour répandre les valeurs familiales catholiques à travers les structures de l’Union européenne à Bruxelles.
L’Ambassadeur étasunien au Saint-Siège qui était en place à ce moment, Francis Rooney, a brieffé Washington en 2006, peu après l’élection du pape Benoït XVI, et expliqué que « le Saint-Siège espère que la Pologne maintiendra la ligne sur les questions liées « à la famille et à la vie » qui pouvaient se poser au sein de l’UE.
Le câble note que le pape BenoÏt XVI se préoccupe de la distance qui se creuse entre l’Europe et ses racines chrétiennes.
« Il continue à concentrer son attention sur la Pologne dans la lutte contre cette tendance. Ce fut un des thèmes de la visite de plusieurs évêques polonais au Vatican à la fin de l’année dernière [2005]. C’est un sujet qui revient toujours dans la conversation, a expliqué Monseigneur Michael Banach, le directeur responsable de la Pologne au sein du cabinet du ministre des affaires étrangères du Saint-Siège. Il nous a dit que les deux parties avaient reconnu que les évêques polonais devaient prendre la direction de l’opposition à la laïcité de l’Europe de l’Ouest »
Concernant ce qui se passe Outre-Atlantique, le Vatican a dit qu’il voulait affaiblir la position du président vénézuélien, Hugo Chavez, en Amréique latine, parce qu’il craint une détérioration du pouvoir catholique. Il craint que Chavez soit en train de détruire les relations entre l’Église catholique et l’Etat en assimilant la hiérarchie ecclésiastique à une patrie d ela classe privilégiée.
Monseigneur Angelo Accattino, chargé au Vatican des questions andines et caribéennes, a affirmé qu’Obama devait tendre la main à Cuba, « dans le but de réduire l’influence de Chavez et de briser sa cabale en Amérique latine. » En décembre de l’année dernière, le conseiller des Etats-Unis pour l’Europe Occidentale à l’ONU, Robert Smolik, a dit que le Vatican était « toujours actif en coulisse » et « faisait activement et efficacement pression dans les couloirs diplomatiques et les conciliabules informels, en particulier sur les questions sociales. »
En 2001, un autre diplomate américain au Vatican a déclaré : « Le Saint-Siège continuera à chercher à jouer un rôle dans le processus de Paix au Moyen-Orient, tout en niant cette intention. » (1792)
(1) Le titre orginal, « Câbles wikileaks : le pape voulait que la Turquie musulmane reste hors de l’Europe. »

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