Jacques françois Bonaldi qui n’est pas au fait de mon retrait de la vie politique et de ce blog, m’envoie le discours de Raoul assorti de son commentaire comme il l’envoie à Viktor Dedaj pour grand soir. je me permets donc - je suis sûre de l’accord de marc harpon - de publier ici les deux textes. Puisque je fais une thèse-mémoires sur le cinéma je me référerais Godard et son projet actuel concernant le cinéma, un travail d’anamnèse (le récit des antécédents du mal qui permet le diagnostic)« j’existe aujourd’hui en une étroite solidarité avec le passé. Je refuse d’oublier parce que je ne veux pas déchoir » dit-il, et après Allemagne année neuf zéro à la chute du mur ( dont est extraite la photo d’illustration), il récidive cette année et réalise “socialisme“. J’en pense tout autant. Je ne veux rien oublier, rien falsifier, écrire pour percer les idées betonnées aujourd’hui. J’exècre le négationnisme sous toute ses formes, non parce qu’il spolirait un groupe humain quel qu’il soit mais parce qu’en trafiquant l’histoire humaine, il condamne l’humanité à reproduire les pires horreurs. Elles sont déjà là… L’Université, ma chère université a accueilli ce projet, je reçois aide et amitié. Mais revenons à Godard, « Deux histoires nous accompagnent, dit-il dans un entretien en 1997. L’histoire qui s’approche de nous à pas précipités et une autre qui nous accompagne à pas lents. Les pas précipités, c’est terminé pour moi : je suis entré dans l’histoire à pas lents ». Moi aussi et c’est défintif.
Il y a deux histoires à travers lesquelles on peut comprendre Cuba, l’histoire de l’actualité à pas précipités et celle à pas lents, il faut faire untravelling arrière jusqu’à un plan d’ensemble pour percevoir l’histoire de la plus héroïque des tentatives de libération de l’humanité. celle-ci reste à jamais la mienne. Et je crois que Bonaldi lui aussi ne parle que quand les deux histoires se rejoignent , accèdent à ce niveau de dignité universelle où un peuple, une génération se confondent avec l’espérance universelle… A pas lents mais à pas de géant… Danielle Bleitrach
Ci-joint, la version complète du discours de Raúl du samedi 18 décembre 2010, en clôture des trois journées de session de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire sur les Orientations de la politique économique et sociale, discutées pour l’instant dans tout le pays à tous les niveaux et qui seront adoptées par le Sixième Congrès du Parti à la mi-avril 2011.
Version complète, parce que du texte écrit (24 pages), déjà prêt le vendredi matin, au texte dit (40 pages), Raúl a beaucoup improvisé, influencé sans doute par la teneur des débats réalisés à l’Assemblée nationale avec les députés.
Quand on le lit entier et surtout quand on l’entend le dire dans son contexte, on se rend aussitôt compte que les titres foncièrement accrocheurs de la presse espagnole, la première, bien entendu, à en rendre compte dès le samedi, sont justement cela : accrocheurs, parce qu’ils n’ont rien à voir avec la réalité du fond, de la forme et du contexte. El Mundo titrait sous la plume du journaliste « indépendant » qui lui sert ici de correspondant : « LE DISCOURS DÉSESPÉRÉ DE RAÚL », et citait en exergue une phrase – improvisée – de Raúl : « O rectificamos o nos hundimos », autrement dit, en traduction libre : ou nous rectifions ou nous sommes foutus ! Curieusement, El País utilise cette même phrase en titre. Sur 11 782 mots, n’en choisir que 5 et les monter en épingle, c’est un drôle de manière de faire son boulot de journaliste !
J’ai rarement vu un « désespéré » si confiant en l’avenir, si sûr de son fait… Pas un mot, bien entendu, sur ce Projet d’orientations de la politique économique et sociale, dont Raúl explique comment il a été élaboré pendant des mois et qui fait maintenant l’objet de discussions par toute la population. Après une brève introduction de deux pages, il comprend un chapitre général sur ces Orientations qu’il détaille ensuite dans douze chapitres : I. Modèle de gestion économique (Orientations 1-38). II. Politiques macroéconomiques (39-63). III. Politique économique extérieure (64-108). IV. Politique d’investissement (109-121). V. Politique de la science, de la technologie et de l’innovation (122-128). VI. Politique sociale (129-165). VII. Politique agro-industrielle (166-196). VIII. Politique industrielle (197-221) et énergétique (222-234). IX. Politique pour le tourisme (235-248). X. Politique pour le transport (249-267. XI. Politique pour les constructions, le logement et les ressources hydrauliques (268-272 ; 273-278 ; 279-282). XII. Politique pour le commerce (283-291).
Raúl précise clairement que la Révolution, face aux profonds changements à introduire, ne copiera personne (donc, en particulier ni la Chine ni le Vietnam). Là-dessus, les Orientations sont très claires : « La politique économique à cette nouvelle étape s’ajustera au principe que seul le socialisme est capable de vaincre les difficultés et de préserver les conquêtes de la Révolution et que, dans l’actualisation du modèle économique c’est la planification qui primera, non le marché. La politique économique proposée est régie par le fait que le socialisme est égalité de droits et égalité de chances pour tous les citoyens, non égalitarisme.»
Dans le chapitre I, Modèle de gestion économique, les Orientations générales sont là aussi claires :
« Orientation 1. Le système de planification socialiste restera la voie principale pour diriger l’économie nationale, mais il devra être transformé dans ses aspects méthodologiques et organisationnels pour faire de la place aux nouvelles formes de gestion et de direction de l’économie nationale. »
« Orientation 2. Le modèle de gestion doit reconnaître et stimuler, en plus de l’entreprise publique socialiste qui est la principale forme dans l’économie nationale, les sociétés à capital mixte, les coopératives, les usufruitiers de terre, les locataires d’établissements, les travailleurs à leur compte et d’autres formes qui pourraient contribuer à élever l’efficience du travail social. »
On le voit, pas un mot sur les investissements étrangers directs.
« Orientation 3. Dans les nouvelles formes de gestion non publiques, la concentration de la propriété en des mains de personnes naturelles ou juridiques ne sera pas permise. »
S’il est vrai que l’acceptation définitive du travailleur indépendant, la possibilité pour des particuliers et des coopératives (qui apparaîtront ailleurs que dans le domaine agricole) d’embaucher de la force de travail et d’autres nouveautés changent les règle du jeu établis à ce jour, la structure économique n’en est pas pour autant si radicalement changée que le socialisme cubain en perde son visages et ses traits caractéristiques. Cette volonté (orientation 3) d’empêcher la concentration de la propriété par des individus et des sociétés me paraît symptomatique de ce qu’a toujours voulu la Révolution, autrement dit la justice sociale, le refus de voir s’aggraver les clivages sociaux entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Bref, on ne verra pas apparaître de millionnaires ou milliardaires cubains comme il en existe en Chine par exemple (et sans doute au Vietnam, mais je n’en sais rien), voire, pis encore, des cas si criants d’exploitation de travailleurs, parfois à la limite de l’esclavage. Et ceci reste dans le droit fil de la pensée de Fidel, par exemple.
Ce n’est pas la première fois que Cuba entreprend de grandes rectifications, comme ce fut le cas à partir de 1985 (« Rectification des erreurs et des tendances négatives »), évolution qui fut interrompue par la disparition du camp socialiste européen et de l’URSS. Il serait intéressant de dresser un parallèle entre ces deux grandes rectifications. Dans des circonstances différentes tant intérieures qu’extérieures, je retrouve les même grandes lignes (il suffit de lire les pages correspondantes dans l’ouvrage que nous avons écrit Danielle Bleitrach et moi : Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme, en particulier les chapitres II et III. Il y a certes glissement (dérapage, diront certains), mais en tout cas un glissement ou un dérapage « contrôlé ». En fait, je crois même que c’est l’arrêt obligé (Période spéciale) des rectifications lancées en 1986 qui a aggravé les choses et les carences et les blocages en empêchant les mesures prises alors de porter des fruits. De 1986 à 201o, je ne vois pas de solution de continuité.
Bien entendu, la presse transnationale ne dit pas un mot de ces Orientations ou n’en met en exergue que quelques-unes qui semblent marquer une rupture avec le mode de faire habituel de la Révolution, ou qui sembleraient vouloir dire que Cuba se lance à toute vapeur vers la société de marché, ou le socialisme de marché, ce qui n’est absolument pas le cas. Il y a quelques « révisions déchirantes » à faire, c’est sûr, mais le fondement du socialisme reste, à mon avis, le même.
Penser par exemple que Cuba puisse, comme la Chine, ouvrir toutes grandes ses portes aux capitaux transnationaux et aux transnationales pour faire progresser son économie, c’est oublier tout simplement que Cuba, petit pays de rien du tout, n’a pas du tout le même attrait que le géant asiatique et que le blocus (que les USA maintiendront, Obama ou pas, tant que Cuba n’aura pas renoncé au socialisme et n’en sera pas revenue au capitalisme) interdit à ces transnationales et aux capitaux étrangers de s’investir dans l’île, et traque même tout investissement étranger intéressé. Ne pas oublier non plus que Cuba, par volonté des USA dont le vote est majoritaire, ne peut recevoir aucun crédit des institutions financières internationales et qu’elle n’en recevra pas tant qu’elle sera à économie socialiste.
Bref, Cuba doit faire ses réformes à sa manière, dans les circonstances très spécifiques de son environnement géopolitique. Ce n’est pas d’ailleurs pour rien qu’un sous-chapitre est consacré à l’Intégration économique, entre autres, « donner la priorité à la participation à l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA)… »
Le discours de Raúl offre d’ailleurs une idée des changements en cours. Par ailleurs, les hispanophones peuvent trouver sur le site web CubaDebate (et sans doute sur celui du Granma, mais je ne suis pas y allé voir) de très précieuses indications dans les comptes-rendus quasiment intégraux des trois journées, au cours desquelles le ministre de l’Économie et de la Planification, dont la maîtrise de son dossier m’a particulièrement impressionné, a expliqué ces Orientations de long en large et a répondu aux questions des députés.
Ce dont la presse transnationale ne parle pas non plus, c’est que la télévision a consacré au minimum entre trois heures et trois heures et demie de retransmission quotidienne aux séances de l’Assemblée nationale.
Que tout soit loin d’être réglé et que bien des choses soient encore à éclaircir, à préciser, voire à rectifier (c’est le but même des discussions par toute la population), il serait sot de ne pas en convenir, mais de là à y voir du « désespoir », c’est vraiment, comme dit Raúl, prendre ses désirs pour des réalités ou des vessies pour des lanternes !
Jacques-François Bonaldi
Mes observations : Je reviens de Cuba eten gros OK avec Raoul. Mais j’observe les marchés agricoles, les travailleurs indépendants. Manifestement le rôle des sortants des Ecoles de Travailleurs Sociaux restent à affinés ! Ces Ecoles voulues par Fidel, de véritables et même mieux que des hôtels disent les Cubains ! Un de leurs gros travaux réalisés fut surtout le contrôle des “Servi-Centros” de distribution de carburants. Une de leurs razias fut un apurement d’un cetain marché parallèle clandestin qui semble parfaitement contrôlé maintenant. Je dis bien qui “semble” parce que je pense à des fuites toujours possibles ? Dans ma ligne de mire, les loueurs clandestins (surtout à LA HAB.) , les transports collectifs en CUC. Chez nous des équipes de contrôleurs et d’inspecteurs, existent depuis longtemps et de fortes amandes sont percçues par les contrevenants. Ce qui veut dire que : une équipe est indispensable et non Un inspecteur ! Des traces de corruption existent trop et qu’il faut assainir à tout prix. Ce qui semble être des négligences sont très mal supporter par les travailleurs qui découvrent ou qui savaient déjà ! Par contre les transports en commun des Cubains en pesos, je lève mon chapeau ! Je ne les utilise que très peu mais suffisamment pour avoir perçu que rare sont ceux qui n’y vont pas de leur petite pièce ! Quant aux loueurs clandestins ils n’existent pratiquement pas en Province ou peut-être à Santiago ! Les Responsables des CDR. y font un travail remarquable . Voilà mes dernières observations qui si elles ne sont pas exclusives me paraîssent néanmoins importantes de pertes financières pour l’Etat donc pour le Peuple Cubain. Ce que je sais pour le passé : de faux passeports et fausses monnaies ont circulées. Au début de l’industrie touristique j’ai connu les fameux tickets qui ont été assez vite remplacés et pour cause ! Donc de sérieux progrès restent à faire et je pense que les Dirigeants Cubains en ont conscience.Bien sûr cela n’explique sans doute pas tout mais un pays qui ne contrôle pas son économie ? Enfin j’ajouterai dans les marchés agricoles certains produits surtout de consommation courante pourraient être taxés. Cela a été fait lors de l’après ouragants mais relâché depuis ? Ces Ecoles voulues par Fidel peuvent encore réalisés de nouveaux succès dans ce domaine de contrôle. En toute fraternité.