La souveraineté française, le CAC 40 et l’Afrique, par Marc Harpon

Marc Harpon

La souveraineté nationale est, paraît-il, menacée. Cette affirmation en cache une autre : la souveraineté nationale n’est qu’à préserver, pas à (re)construire, elle est déjà là, donnée. Pourtant, on peut en douter. Et ce n’est pas seulement de la faute de l’Europe.

A en croire une tribune d’opinion publiée récemment dans Les Echos, la cause du problème se situerait non pas à Bruxelles mais bien à Paris. Le CAC 40, notre indice boursier national serait sous la coupe de l’étranger : 40% du capital des plus grands groupes français seraient entre de sales mains de métèques, quelle horreur !

Dans ces conditions, l’achat d’actions serait une cause nationale : il faut que nos bons bourgeois décident, même contre leur intérêt, de placer leur fric en …actions françaises, passez-moi le jeu de mot. La souveraineté nationale sera rétablie quand  le capital national sera possédé à 100% par des « nationaux » comme disent les frontistes. C’est en bref, ce que pensent certains secteurs de la bourgeoisie française.

Pour les classes dominantes, la souveraineté nationale, c’est leur propre souveraineté sur la nation ou, ce qui revient au même, la souveraineté du capital français sur le travail des français ! Ainsi formulée cette question est tout simplement le reflet idéologique de la contradiction entre le capital national et le capital international.

Cette conception de la souveraineté est assez classique au sein de notre patronat, qui n’hésite pas à violer les lois que l’AFEP n’a pas conçues. Et on sait que, tandis que la grande-bourgeoisie livrait la France à l’Occupant, pour préserver sa domination, la petite-bourgeoise française s’est crue en lutte contre “la Banque juive”, soi-disant apatride, reflet fantasmé du grand capital international. Si on l’ignore, on est fortement encouragé à se précipiter sur Le Choix de la défaite, d’Annie Lacroix-Riz.

Cette conception de la souveraineté est celle qui se manifeste dans l’inquiétude suscitée par une possible prise de participation de fonds souverains du Quatar dans le capital d’Areva. Areva est indispensable à notre approvisionnement en énergie et sa maîtrise par la France semble en effet une question d’importance nationale- d’où le fait que le CEA soit le pricnipal actionnaire du groupe.

Mais, c’est aussi une question d’importance nationale pour le Niger, pays africain dont le sous-sol, riche en uranium, est pillé par Areva. D’ailleurs, nos bons bourgeois ne voient pas d’inconvénient à ce que la souveraineté concédée au Niger en 1960 soient celle du capital…français! Nous serions plus concernés par la rivalité entre les secteurs du capital que par le sort des peuples du Sud…

Les rivalités entre le patronat national et le patronat étranger ou entre le petit et le grand patronat peuvent être exploitées comme on exploite les désaccords dans le camp ennemi mais ce n’est pas à nous de les assumer. Nous ne sommes tout simplement pas directement concernés.

Si vous estimez les entreprises du CAC 40 importantes pour la préservation de notre souveraineté nationale, vous n’avez qu’à les…nationaliser! C’est bien entendu tout le contraire que projette le camp patronal, qui vient d’annoncer, par la voix de Christine Lagarde, PDG du Ministère de l’Economie, qu’Areva pourrait bientôt être côté en bourse!

1 Réponse vers “La souveraineté française, le CAC 40 et l’Afrique, par Marc Harpon”


  1. 1 Jason Moreau 14 décembre 2010 à 10:14

    du bon travail Marc !! continue comme ca !!! =D


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