Source : Greenleft Weekly
Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société
Depuis cinq siècles, l’Afrique souffre entre les mains de l’Occident. Du commerce d’esclaves, à l’économie libérale d’aujourd’hui en passant par l’ère coloniale, le développement du capitalisme industriel en Occident a été payé au prix fort par les Africains.
Les émeutes de la faim au Mozambique au début de ce mois [septembre, ndt] et le spectre de la famine de masse au Niger après des inondations faisant suite à des années de sécheresse sont autant de reflets de l’actuelle exploitation économique.
Cependant, ces phénomènes reflètent une autre création de l’Occident industrialisé affectant l’Afrique : le changement climatique.
On peut mettre en parallèle les sécheresses et les inondations au Niger et celles qui affectent ces temps-ci l’Etat Australien de Victoria. LE Niger comme l’Etat de Victoria sont situé s dans des zones de sécheresse historique affectée par des inondations occasionnelles.
Toutefois, dans les deux cas, les événements météorologiques sont plus extrêmes qu’autrefois, conformément aux prédictiosns cientifiques sur els effets du changement climatique. Le 22 Juin, la température la plus élevée enregistrée au Niger a été relevée à Bilma : 47,1°C.
Il y a toutefois des différences. Le Niger n’est responsable que d’une minuscule proportion des émissions de dioxyde de carbone et de méthane qui causent le changement climatique.
Une autre différence est le coût humain. Les inondations de Victoria ont provoqué des privations, et la sécheresse a créé la détresse économique et sociale actuelle dans uen grande partie de l’Australie rurale (y compris les hauts niveaux de suicide).
Toutefois, la souffrance au Niger se situe à une autre échelle.
Reuters a dit le 28 janvier que le gouvernement Nigérian rapportait déjà que 78 million de personnes (la moitié de la population) étaient confrontées à la malnutrition. En Août, 12 millions de nigérians étaient confrontés à l’insécurité alimentaire et 400 000 enfants risquaient d’être affamés, a dit The Guardian, le premier Août.
Le 3 Août, l’Australian a affirmé que des gens essayaient de survivre en mangeant des mauvaises herbes toxiques. C’était avant que le pays ne soit frappé par les inondations qui ont détruit le peu de récoltes qui avaient survécu à la famine, noyé le bétail, déplacé 200 000 personnes et favorisé les contaminations par des maladies transmises par l’eau.
Severine Courtiol, qui dirige l’ONG Save the Children’s Niger (Sauver le Nigéria des Enfants), a affirmé dans le numéro du 29 Août de The Independant : « Après six mois sans alimentation appropriée, ces enfant sont une faible résistance aux maladies. »
« Il n’y a rien que les enfants puissent faire pour éviter le contact avec les eaux contaminées, porteuses de maladies, qu’apportent les crues. »
Le Niger est classé quatrième pays le plus pauvre du monde par les Nations Unies. L’espérance de vie est de 43 ans, un enfant sur quatre meurt avant son cinquième anniversaire et 71% des adultes sont illettrés.
Comme la plupart des autres pays africains, il est maintenu dans la pauvreté par des politiques imposées par le Fond Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale et d’autres créanciers Occidentaux.
Entre 1990 et 2003, les pays Africains ont reçu 540 milliards de dollars US en prêts, ont payé en retour 580 milliards, mais devaient encore 330 milliards le 16 Juillet 2009, a affirmé Pambazuka.
Les prêts du FMI et de la Banque Mondiale sont accompagnés de conditions : le débiteur doit mettre en oeuvre des réformes néolibérales, comme la privatisation, pour faciliter le contrôle des économies africaines par les multinationales occidentales.
Un plan d’ajustement structurel du FMI imposé au Niger en 2005a introduit une taxe à l’achat de 19% sur les aliments de base et aboli les réserves de grains d’urgence.
Le Niger a une richesse minérale considérable- comme l’Australie c’est un exportateur majeur d’uranium.
Toutefois, les ressources du Niger en uranium sont possédées par des multinationales étrangères, essentiellement par la multinationale française du nucléaire Areva (la plus grosse du monde) dont le quasi-monopole (et les prix inférieurs au marché) reposent sur des accords antérieurs à l’indépendance du Niger vis-à-vis de la France en 1960.
La présence de troupes françaises, et plusieurs coups d’Etats faits par une armée équipée, financée et entraînée par la France, ont assuré le maintien de ces accords. Les précautions écologiques sont pratiquement inexistantes dans les mines d’uranium du Niger, qui sont maintenant submergées.
Une des principales conditions imposées aux pays africains par le FMI et la Banque Mondiale consiste à supprimer toutes les subventions agricoles et les tarifs douaniers. Les Etats-Unis et l’UnioN européenne donnent cependant des milliards de dollars de subventions à leurs secteurs agricoles.
Cela rend la nourriture importée en Afrique moins chère que celle qui pousse sur place, ce qui conduit les petits paysans africains à la faillite et lie le prix de la nourriture au marché global.
Le Mozambique a été frappé par trois jours d’émeutes de la faim à partir du premier Septembre, émeutes au cours desquelles 13 personnes ont été tuées par la police, 300 ont été blessées et 224 arrêtées. Le déclencheur était une augmentation de 30% du prix du pain, qui a été supprimée le 7 septembre après une réunion d’urgence du gouvernement.
Le 3 Septembre, the Independant a dit que le Mozambique importait 70% de ses céréales et la hausse des prix était provoquée par un événement lointain lié au changement climatique : la vague de chaleur et les incendies en Russie.
Cela a détruit la récolte de blé russe et provoqué le pic des prix mondiaux.
Un rapport publié par Friends Of The Erath International (FoEI) le 30 Août a révélé que, end épit de l’insécurité alimentaire provoquée par la dépendance vis-à-vis de la nourriture importée, 183 000 hectares de terres agricoles au Mozambique sont devenues des plantations commerciales possédées par l’étranger produisant de la jatropha, une plante toxique utilisée pour produire des agrocarburants.
Le rapport de FoEI décrivait en détail une main mise des multinationales occidentales sur des millions d’hectares de terres dans toute l’Afrique, avec des plantations en expansion rapide produisant de la canne à sucre ou d’autres plantes consommables, pour produire de l’éthanol et de l’huile de palme et de la jatropha pour du biodiesel.
Le rapport donne des détails sur la destruction subséquente de l’environnement et de la sécurité alimentaire.
La profitabilité de cette nouvelle industrie est assurée par les plans de réduction d’émission de l’UnioN européenne qui classent les agrocarburants produits en Afrique parmi les énergies renouvelables.
Tout comme le pillage de l’Afrique par des multinationales occidentales, le FMI et la Banque Mondiale est appelé « aide au développement », une économie basée sur le fait que des africains produisant des agrocarburants pour les échanger contre de la nourriture hors de prix venue d’Europe est appelée « s’attaquer au changement climatique ».
En 2005, au sommet des leaders mondiaux du G20, Bob Geldof a prêté sa crédibilité de pharisien au projet de donner aux plans d’ajustement structurels du FMI le nouveau label de « programmes de réduction de la pauvreté ». En 2007, il a mobilisé ses talents pour promouvoir les agrocarburants, en devant conseiller spécial pour la firme britannique Helius Energy.
Un article de Juillet 2007 dans le journal africain Engineering News, affirmait que Geldof, tout en faisant la promotion d’une joint venture en Suisse, décrivait la jatropha comme un remède « révolutionnaire » et contre le changement climatique et contre la pauvreté africaine.
Le numéro du 7 Octobre 2009 de Pambazuka a affirmé que le projet a échoué et que les séropositifs et malades du SIDA recrutés sur place pour travailler sur la plantation ont été laissé sans rien.
Le boom des agrocarburants africains, dont une large parties pourrait se révéler n’être pas beaucoup plus que de la spéculation sur la terre, n’a pas arrêté l’exploitation des carburants fossiles.
Le Nigeria est maintenant le huitième exportateur de pétrole au monde, fournissant 8,2% des importations de pétrole brut des Etats-Unis. Comme pour les mines d’uranium au Niger, l’industrie nigérienne du pétrole génère de larges profits pour de grosses compagnies occidentales, Shell en l’occurrence, tout en amenant la pauvreté et la destruction environnementale à la région pétrolifère du Nigeria, le Delta du Niger.
Le numéro du 23 août du Guardian affirmait qu’une enquête des Nations Unies concernant les fuites de pétrole durant les 40 ans de présence de Shell dans le Delta du Niger était financée par Shell et reposait sur des données fournies par Shell.
« L’enquête à dix millions de dollars par le programme environnemental des Nations Unies (UNEP)[], payée par Shell, affirmera que seulement 10% des la pollution pétrolière de pays Ogoni] a été causée par des pannes de l’équipement et la négligence de l’entreprise, et conclut que le reste vient de locaux volant illégalement du pétrole et sabotant les pipelines de la compagnie »
Les autochtones n’ont obtenu aucun avantage économique, mais ont vue leurs vies et leur âys détruites. The Guardian a relevé le 23 aout que « L’espérance de vie dans les communautés rurales [du Delta], dont la moitié n’a pas accès à l’eau potable, est tombée à un peu plus de 40 ans au cours des deux dernières générations ».
Dans les années 1990, la résistance non-violente aux puis de pétrole a émergé sous la forme du Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni (MOSOP), dirigé par Ken Saro-Wiwa. En 1995, Saro-Wiwa et 8 autres dirigeants du MOSOP ont été pendus après un procès grossièrement truqué.
La famille de Saro6Wira a porté plainte contre Shell devant une cour américaine, soupçonnant une complicité de l’entreprise dans les pendaisons. Shell a rejeté les accusations mais a échappé au procès par un accord à l’amiable, payant aux 15,5 millions de dollars à la famille, a affirmé le New York Times le 8 Juin 2009.
Le pillage de l’Afrique continue sous d’anciennes et de nouvelles formes. Le changement climatique, qui aggrave les problèmes de l’Afrique, est devenu une nouvelle excuse pour permettre à des intérêts occidentaux d’exploiter le continent.
Les intérêts occidentaux font la promotion de « solutions », telles que la production massive d’agrocarburants, qui ne fournissent aucune solution climatique mais autorisent la poursuite de l’exploitation des peuples etd es terres de l’Afrique.
Cela montre que la question urgente de la réponse au changement climatique est intimement liée au besoin d’affronter le système de pillage mondial par les entreprises.

Bonjour, le seule solution est que les peuples d’Afrique élisent des “Chavez” à leur tête pour les conduire à l’autonomie et qu’ils disposent enfin de leur richesse pour assurer leur développement. Je souhaite que cela arrive avant qu’il ne soit trop tard.