Maurice L. a transmis a Changement de Société la transcription d’une conférence de l’historien Pascal Blanchard. Merci Maurice.
Pascal Blanchard, historien de l’immigration et de l’Afrique contemporaine, dresse une fresque de l’immigration en France de 1800 à nos jours, pour remettre en perspective les notions d’identité nationale, et d’étranger en France. Le 17 décembre 2009.
C’est un sujet dont en ce moment on parle beaucoup, puisqu’on nous demande de réfléchir sur les apports des immigrations à l’identité nationale. En fait, on interroge les français sur un sujet qu’ils ne connaissent pas. Si je demandais à chacun d’entre-vous, ici, de m’indiquer 5 dates essentielles pour l’immigration dans ce pays, vous seriez bien embarrassés pour les noter sur un petit bout de papier et me remettre vos copies. On vérifierait la connaissance dans ce lieu sur l’immigration en France, et on découvrirait, chacun d’entre nous, qu’en fait on ne sait pas grand-chose. Donc, c’est vrai que c’est un débat intéressant que de parler des apports de quelque chose qu’on ne connaît pas !
Le sujet que j’ai choisi de traiter en ce temps très court est un sujet sur l’étranger. C’est quoi être étranger en France ? Alors, je ne vais pas faire un cours de juriste, ce n’est pas mon domaine, je ne fais pas du droit. Je ne vais pas vous faire un cours sur la citoyenneté au sens technique du mot, ce n’est pas mon propos. Je vais vous faire en 15 mn, un cours sur l’imaginaire concernant l’étranger.
C’est quoi avoir été étranger en France, du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui ?
En espérant arriver à comprendre que, dans ce concept d’étranger au-delà du statut juridique, peut être que nous arrivions à comprendre dans le débat aujourd’hui, ce n’est pas tant le statut de l’autre qui nous occupe, où certains peuvent être qualifiés d’étranger ou issus de l’immigration, ce qui ne correspond plus en rien à un statut juridique, puisque des enfants de la 5ème voire de la 6ème génération peuvent être encore compris et perçus à travers ce prisme déformant de l’autre, étranger d’une autre nation ou à notre citoyenneté, donc en fait – je vais le dire avec un mot un peu provoquant - ; la classe des étrangers, comme une classe sociale, naît en fait en 1889, pour faire simple.
Si tout le XIXème siècle a été un siècle de combat entre les classes sociales, à partir de la fin du XIXème, on peut dire qu’en 1889 avec les lois sur la nationalité, le concept même d’étranger devient un concept populaire, non pas populaire au sens de très connu, mais populaire au sens d’identification, pour à la fois la classe politique et pour l’opinion publique. On sait ce qu’est un étranger à la fin du XIXème siècle, alors qu’au début du XIXème siècle c’était un concept qui était relativement abscons dans la société française.
Ce contexte est très particulier. L’étranger à ce moment là, vous l’imaginez bien, ne vient pas de nos colonies, il n’est pas comme aujourd’hui une minorité visible, encore que l’italien à la fin du XIXème siècle était perçu par l’opinion publique comme une minorité visible, beaucoup trop catholique pour certains, rappelons-nous Aigues-Morte, et beaucoup trop catholique ou très peu proche de notre culture française pour ceux qui voyaient arriver ces migrants italiens qui étaient déjà fortement présents dans le sud de la France et qui, d’une certaine manière étaient, comme les appelais Maurras à l’époque, des métèques à l’intérieur de la nation.
Donc, ce premier concept de l’étranger en tant que tel correspond d’abord à un étranger qui arrive, intra-européen, puisque les immigrations ultra-marines sont un peu plus tardives et va complètement se fixer dans la hiérarchie des classes sociales françaises. C’est le dernier échelon. C’est le dernier échelon dans l’hexagone. C’est cela qui est très intéressant. C’est qu’au moment ou naît, s’affirme, d’ailleurs dans la loi, en termes de statut, mais aussi dans le regard, mais aussi dans les premières pratiques xénophobes – Aigues-Mortes n’est ni plus ni moins que le crime de l’autre que l’on tue parce qu’il est étranger, ou différent de nous dans la nation.
Au même moment existent deux autres statuts, et en fait, c’est cette complexité de l’histoire française de cet autre qui n’appartiendrait pas à la citoyenneté qui explique peut être tout le XXème siècle en France et notamment la situation que nous vivons aujourd’hui. Alors qu’est-ce qu’il existe à côté de l’étranger. L’étranger c’est donc celui qui n’est pas citoyen, ou celui qui va devoir, à travers la naturalisation, à un moment faire preuve de toutes ses vertus pour arriver à devenir citoyen. Donc on part par définition d’un postulat mettant en doute sa capacité à être lui-même citoyen, mais il en existe deux autres, qui d’une certaine manière peuvent être citoyens, mais ils sont perçus comme étrangers à la nation ;
- le juif. Le juif n’est pas considéré comme pleinement et entièrement citoyen à l’époque, non pas par le droit, mais par l’opinion. Je ne vais pas faire ici un cours sur l’affaire Dreyfus, sur Maurras, sur le discours de Barrés, sur la France juive de Drumont, sur Déroulède, …tout ce discours où le juif d’une certaine manière serait à l’intérieur de la nation un danger pour la nation, donc en fait un étranger citoyen à l’intérieur de l’espace national, notamment pour l’ultra-droite, bonapartiste ou royaliste à l’époque où il y a un doute permanent sur ce juif qui au cœur de la nation serait antinomique avec notre citoyenneté.
Donc on voit bien qu’il y a déjà l’étranger de l’extérieur et l’étranger de l’intérieur et puis, il y en a un dernier.
- il y en a un dernier. Alors, il est étonnant parce que lui, il n’est pas minorité visible à l’époque, il est majorité. Eh oui. Il y a plus d’indigènes au sein de ce grand empire français qu’il n’y a de citoyens en France. Alors lui, l’indigène, il n’est pas étranger, il est indigène. C’est étonnant parce que s’il était étranger, ben il n’irait pas à la guerre, mais il va à la guerre. S’il était étranger, d’une certaine manière, il aurait un droit en France. Mais non, il n’a pas ce droit, puisqu’il est indigène. Donc il est français, non pas de citoyenneté, mais en tant que sujet de la France. Il n’a aucun droit de la citoyenneté, par contre il en a tous les devoirs.
C’est intéressant parce que donc le droit français à ce moment là va définir une triple définition de l’autre dans son altérité non-citoyen,
- l’un très clairement juridique avec le statut d’étranger,
- l’autre une sorte de non citoyen invisible dans les mentalités, ce qui fait d’ailleurs schisme chez les intellectuels ou les partis politiques au travers de l’affaire Dreyfus on le voit bien
- et puis enfin il y a l’indigène qui n’intéresse pas grand monde – et d’ailleurs nous sommes dans un lieu qui porte un nom, je dirais assez béni en ce jour –. Être dans un endroit dédié à Jules Ferry et parler ici du droit des races supérieures sur les races inférieures, c’est très étonnant de faire une conférence en ce lieu quand on parle des indigènes, puisqu’il a été d’ailleurs l’un de ceux qui a largement expliqué pourquoi les indigènes ne pouvaient pas être citoyens parce qu’ils n’étaient pas encore arrivés à la lumière, que la République allait la leur amener, pour apprendre peut être quelques décennies plus tard le droit et l’équité et devenir des citoyens, mais à ce moment là ils ne sont que des sujets.
Ceci, vous allez me dire correspond à une photographie de la société française en 1889 au moment où la 3ème République va construire d’une certaine manière sa légitimité nationaliste face à l’ultra droite nationaliste bonapartiste ou royaliste pour renforcer l’idée de la République en démontrant que par ses conquêtes impériales elle amène une puissance nouvelle après la défaite de 1870.
Donc dans ce contexte là qu’est-ce qui se passe ? Eh bien, l’affaire Dreyfus est une étape majeure dans la construction de la citoyenneté de la population juive en France. On sait que le point d’acmé de ce rejet, d’une certaine manière, de tout ce débat du XIXème siècle sera la période de Vichy. Je ne vais pas y revenir ici, vous connaissez cette histoire, il faudra après attendre les années, en gros de 55 à 95, pour que progressivement, politiquement, intellectuellement, en terme d’opinion, jusqu’au discours de Jacques Chirac, cette place pleine et entière ne soit plus récusée aux juifs de France à l’intérieur de la citoyenneté. Ce fut un long processus sur tout le XXème siècle.
Alors, il y a les étrangers. Les étrangers c’est particulier, parce que les étrangers vont trouver leur point d’acmé de rejet de la société française en fin de l’entre deux guerre, à travers le combat des ligues, la désignation comme métèques, le refus d’une grande partie de l’ultra droite et de la droite nationaliste de leur trouver une place au sein de la société. Et puis les trente glorieuses vont progressivement faire, pour ces étrangers, qui dans le vocabulaire de l’époque correspondent donc à une immigration essentiellement intra européenne, portugais, espagnols, italiens, polonais, belges, vont progressivement rentrer dans l’espace de la nation avec la deuxième et troisième génération. Il suffit de regarder l’histoire de la composition des équipes de foot et vous avez à peu près le processus graduel d’entrée dans la nationalité et dans la nation de personnes qui sont –Michel Platini est un très bon exemple, Kopa en est un autre -, des personnes qui vont progressivement être perçues comme français après le parcours du creuset français dont a très bien parlé Noariel, progressif jusqu’aux années 1990-2000, ou aujourd’hui personne ici viendrait nous dire que la 5ème génération de l’immigration belge n’est pas entièrement française malgré ses pratiques religieuses, et enfin il reste les derniers.
Ces derniers, c’est bizarre parce qu’on va revenir à 1889 où nous allons donc reparler de nos indigènes. Alors eux, ils ont un statut particulier puisque d’une certaine manière, ils ont été appelés à la première guerre mondiale. Je rappelle les promesses de Blaise Diagne et d’autres à ce moment là ; « en donnant leur sang, nous allons leur offrir la citoyenneté », qu’ils n’ont bien sur pas eue à la fin de la guerre. Donc on se retrouve au lendemain de cette première guerre mondiale avec une population toujours de plus en plus nombreuse, puisque les conquêtes ne se sont pas arrêtées et que depuis 1912, le Maroc est devenu français, un empire colonial qui va trouver son point d’apogée maximum, la France des 100 millions d’habitants comme disait le ministre des colonies Sarraut à l’époque.
Dans cette France là, un statut n’existe pas, sauf pour une infime minorité, notamment pour les algériens, qui déjà récusant la religion pouvaient devenir français. Déjà le débat sur la religiosité des maghrébins commençait.
Donc à part quelques uns, je le dis pour les quelques milles de Dakar et quelques comptoirs des Indes, la plupart n’étaient pas citoyens français, et d’ailleurs, au même moment, au lendemain de cette guerre va émerger un nouveau phénomène par rapport à l’histoire coloniale, les migrations venant d’outre mer. C’est un phénomène nouveau.
Le patronat va d’une certaine manière aux colonies pour chercher des travailleurs.
Cela a commencé en 1906-1907 avec un processus assez simple. Dans le nord de la France on a un problème avec les mineurs polonais donc on fait venir des mineurs maghrébins, plus serviles, qu’on peut mieux contrôler. Dans les savonnerie de Marseille on fait venir aussi des travailleurs kabyles qu’on considère beaucoup plus fiables que les syndicalistes italiens qui faisaient vraiment beaucoup trop de grèves, mais en fait le gros processus s’installe dans l’entre deux guerres.
Et tout de suite, nous ne rentrons pas là dans un spectre, un questionnement de quel va être leur statut, mais sur le contrôle, par exemple l’organisme de la rue Lecomte à Paris. C’est aujourd’hui un commissariat. Allez vous promener un jour, rue Lecomte dans le 17ème arrondissement à Paris, c’est là qu’a été installé le premier organisme de surveillance des maghrébins de Paris, ce qui n’est arrivé pour aucune autre population française, sauf les juifs sous Vichy, on va contrôler spécifiquement leur présence dans la ville. En fait contrôler cette population qui avait encore un statut colonial dans la cité, mais la cité, elle est ici. C’est plus le temps des colonies, c’est la France. Je rappelle que 2 700 000 maghrébins viendront entre 1906 et 1962 travailler dans ce pays, sans parler des militaires. Ca veut dire que là on parle de millions d’individus qui ont vécu en France, qui ont travaillé en France et qui souvent sont repartis chez eux. Certains sont restés. C’est valable pour les vietnamiens ce que je vous raconte là, ou pour les sénégalais, voir même pour les antillais dont le statut est très complexe dans l’imaginaire collectif, même si leur statut juridique est différent et qui eux vont se retrouver encore à côté de l’étranger.
Ils ne sont toujours pas des étrangers, ils sont encore des indigènes. Le statut va bien sur évoluer. Il va y avoir la seconde guerre mondiale, il va y avoir l’après guerre, les trente glorieuses, une nouvelle vague de travailleurs va être appelée où là progressivement on va voir émerger jusqu’aux années soixante un conflit, l’Indochine, puis un second conflit, l’Algérie. On oublie souvent les conflits en Afrique noire dont les morts n’envient largement pas ce qui s’est passé en Algérie, mais du moins on va dire que c’est l’Algérie qui est le grand traumatisme de l’époque et on va arriver aux indépendances.
Au moment des indépendances, oh chose curieuse, ils se sont battus pour leurs indépendances mais ils viennent continuer de travailler dans notre pays. Une nouvelle vague arrive et là il rentrent dans le statut normal de l’étranger. D’ailleurs et de toute façon des accords sont passés, Maroc, Tunisie, Algérie, et avec bien d’autres pays. Mais là, il y a un problème dans l’opinion. Il va y avoir un transfert. L’étranger ne va donc plus être l’étranger européen puisqu’il est en train de se fondre à travers le creuset français dans notre imaginaire collectif de la citoyenneté, même si de nouveaux immigrés arrivent, mais l’étranger va devenir celui là, l’étranger post-colonial à ce moment là, et en fait, on va passer de l’étranger à l’indigène étranger, ou l’ex indigène étranger, ou l’immigration post-coloniale, et là le problème de l’immigration comme on l’a dit en France va naître. Alors il n’est pas neuf. Tout le monde connaît la thèse de Georges Mauco en 1931 qui avait défini dans son livre « les indésirables », brave universitaire ce Mauco. Les indésirables étaient bien entendu, les orientaux, les coloniaux et les juifs à la nation française. Je rappelle que Georges Mauco, sous Blum, sous Pétain et puis après sous la 4ème République sera celui qui formera toutes les lois sur l’immigration de 46 à 47 en termes de démographie, sous lesquelles nous vivons encore aujourd’hui.
Donc ce concept d’indésirable va totalement rentrer dans le schème politique français, et aujourd’hui nous en sommes les héritiers. Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ?
Nous ne sommes pas en train de parler d’une problématique de droit ou de statut sur les étrangers, nous sommes en train de réfléchir sur ; est-ce que ces étrangers indigènes de 89, et leurs héritiers, issus de l’empire colonial français et ayant soit des pratiques culturelles ou cultuelles différentes des nôtres et notamment religieuses aujourd’hui – c’est le point d’acmé de l’Islam qui jusqu’alors ne posait guère de problèmes –, est-ce que ces étrangers sont solubles dans notre identité nationale ?
Et tout le débat en fait, si vous le suivez bien émerge déjà dans les années 70 avec le Front National et sa création, puis se prolonge avec la première marche des Beurs de 83 qui ne sera pas comprise par les français. Cette seconde génération qui manifeste, sera encore moins comprise avec les émeutes qui vont se succéder pour arriver jusqu’aux émeutes de 2005. Il va bien sur se cristalliser autour de leurs personnes une problématique qui va largement dépasser le problème on va dire statutaire, mais une problématique imaginaire puisque maintenant on n’interroge pas les pères, ni les grands pères d’ailleurs, mais on interroge les enfants, voire les arrière petits enfants sur leur capacité en fait à se fondre dans la nation, a être capable de digérer nos principes identitaires ou nos valeurs nationales et d’être capables d’être pleinement et entièrement non plus des étrangers permanents mais des citoyens résidents.
Là on est dans un entrechoquement sur lequel se superpose deux grandes figures de cette altérité refusée par la citoyenneté,
- d’un côté l’homme ou la femme noire afro-antillais ou africain, vous l’appelez comme vous voulez, mais dans l’imaginaire collectif aujourd’hui on se rend compte d’une fusion entre ce monde antillais et ce monde africain dans la perception des noirs de France, qui en gros pour résumer, est associé au clandestin qui vient ici pour arriver à profiter, rappelons-nous les célèbres phrases ; il a 5 femmes, plusieurs enfants et ils vivent sur les allocations. Ce vieux mythe a été totalement fixé à travers l’image du sans-papiers qui s’est imposé il y a une dizaine d’années,
- et de l’autre côté ce que le Président de la République a appelé, un mot qui n’était pas apparu dans le langage politique français depuis quasi le temps des colonies, ‘’les compatriotes musulmans’’. C’est fascinant, un compatriote musulman. Il n’a plus de nationalité, il n’a plus d’origine, il est sa religiosité ! La dernière fois qu’on a entendu parler ce discours là, c’était dans les années 50 quand on parlait des français-musulmans. Et quand on parlait des français-musulmans, généralement c’était des algériens, des marocains des tunisiens qui vivaient en France, pour lesquels monsieur Papon avait créé un célèbre service qui avait pour objet la surveillance jusqu’au 17 octobre 61 de ces populations. Compatriotes musulmans. Là on a atteint le point d’acmé de cette longue histoire.
Il y 120 ans, notre débat sur l’étranger, l’autre, commençait à naître à travers des débats juridiques et en fin de compte aussi tout un excellent reflet de ce que pensait l’opinion sur elle même, car en fait quand on se définit français, à la fin du XIXème siècle, il y avait encore une grande partie de la population qui parlait les langues régionales. Mon arrière grand-père quand il a fait la première guerre, il parlait breton, donc ce n’était pas la langue qui faisait le ferment de l’identité, c’est toute une histoire qu’il a fallu du temps pour digérer dans la différenciation de nos provinces, une identité commune. Ne parlons pas du pays Basque et de la Corse, des zones flamandes ou par exemple de la Savoie ou de la Bretagne, mais il a fallu du temps pour fédérer cette République et d’une certaine manière la faire correspondre à un territoire hexagonal. Donc le français quand il se postule, quand il se fabrique, il se fabrique dans le regard à travers l’autre, je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela, donc je suis un français.
Et aujourd’hui on se retrouve en fait dans une conception de la citoyenneté qui ne serait plus en fait une citoyenneté de droit, de droit du sol, né ou pas né ici, on a largement dépassé ce cadre là puisqu’on parle parfois d’enfants qui sont nés depuis 3 générations sur le territoire national. On parle d’une citoyenneté fortement liée à l’altérité et à l’altérité qui se double maintenant de religiosité. Pour obtenir une démonstration, et ça rappelle le discours de Sarkosy de 2007 pendant la campagne électorale présidentielle à Toulon où il rendait hommage depuis les croisades à cette immense épopée de la chrétienté française, donc ne soyons pas surpris que dans son discours le rapport à nous qui somment les héritiers d’une république laïque mais qui somment aussi les héritiers d’une France chrétienne. Ça renvoie cette fois-ci à une vision extrêmement racialo-religieuse de la nation, si vous préférez selon laquelle certains, malgré le fait du droit, malgré la naissance, malgré le fait que leur grand-père ait pu se battre pour la France, malgré qu’il soit né ici auraient une forme d’antinomie à en être capables, à l’exception de quelques uns nous y reviendrons. Ce qu’on appelle le ‘’top nice’’[la crème], soit quelques élites qui peuvent elles traverser le filtre ou le filet à papillon de la citoyenneté et être des représentants du peuple, voir des ministres. C’est exactement le même mécanisme du temps des colonies, hein. Quand Blaise Diagne est nommé au gouvernement par Clemenceau on est dans la même logique. Regardez, un des vôtres est au gouvernement, ce qui prouve que donner votre sang pour la République est légitime. Nous n’avons donc pas vraiment changé de système depuis le temps des colonies. Eh bien, ces populations là aujourd’hui commencent a être rejetées au nom d’un principe d’altérité, d’un principe aussi qu’on ne mesure pas assez aujourd’hui dans le débat, d’un héritage de 120 ans d’une histoire qui a de tout temps non pas rassemblé l’autre à travers un statut unique mais a clairement différencié ces autres. Je le disais tout à l’heure, le juif, l’étranger, l’indigène. Et en fait nous sommes en train de vivre quelque chose dont il nous manque les éléments de décodage dans ce débat auquel nous invite Eric Besson. Nous sommes en train à peine de déconstruire un modèle que certains appellent notamment aux Etats-Unis les éclaboussures de l’histoire coloniale où nous sommes en train de rentrer dans ce temps post-colonial. Nous avons encore du mal à distinguer ces deux statuts qui ont pourtant raconté le XXème siècle et qui nous expliquent parfaitement pourquoi aujourd’hui nous avons du mal à nos identités entre un étranger venu d’Europe et un étranger venu de l’autre [notre] empire, celui des colonies.
http://www.dailymotion.com/video/xbizlz_pascal-blanchard-les-immigres-franc_news

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