Traduit par Marc Harpon pour Changement de Société
Cet article a d’abord été écrit et publié en hébreux sur le site : Hagada Hasmalit (http://hagada.org.il/eng/). Reuven Kaminer est un membre de la direction de Hadash (Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité- Parti Communiste d’Israël)
Comme chacun sait, près de 60 homems et femmes de théâtre israéliens se sont manifestées publiquement dans une déclaration suivant laquelle ils refusent de jouer au Centre « Culturel » Ariel, situé dans les territoires occupés. Il est important de souligner que les acteurs-artistes sont des employés subordonnés aux propriétaires et aux administrateurs du théâtre, qui sont leurs employeurs au sens plein du mot. Il ne s’agit donc pas seulement d’une prise de position courageuse, mais d’un acte qui met l’acteur en opposition avec son patron. Et il ne s’agit pas de n’importe quelle profession. Un acteur, sans le théâtre, ne peut pas travailler, créer ou vivre. C’est pourquoi, la plupart des gens honnêtes tendent naturellement à honorer et applaudir l’acte de contestation de ces dizaines de braves hommes de théâtre.
Il est aussi naturel que les hommes de théâtre israéliens reçoivent du soutien de l’étranger. En effet, 150 figures du monde de la culturelle, majoritairement des Etats-Unis et du Royaume-Uni, ont exprimé leur admiration pour la prise de position courageuse des gens de théâtre israéliens.
Ce cours des événements est un élément de plus dans le large mouvement, en Israël et à l’étranger, qui se donne pour but de délégitimer le régime d’occupation et l’ensemble des politiques israéliennes. Il est important de noter que ce mouvement est lui-même composé de divers organisations et groupes indépendants, dont chacun a un passé de luttes longues et difficiles contre l’occupation et ses maux.
Principes du boycott
Depuis longtemps, un sérieux débat se déroule dans nos cercles et dans notre public sur la question de savoir si le boycott est un instrument de lutte approprié. Il y a ceux qui avancent que tout boycott contre Israël est injuste, est en fait un acte antisémite. Mais il y a aussi la position plutôt naïve de ceux qui refusent de reconnaître la souffrance et la dépossession des palestiniens sous l’occupation israélienne. Ceux qui soutiennent la paix et luttent contre l’occupation ne peuvent rejeter aucune activité non-violente visant à faire progresser la lutte contre l’occupation. Il est nécessaire d’ajouter que, parce qu’il suscite de fortes émotions, le boycott n’est jamais une mince affaire. C’est toujours un mécanisme complexe et il devrait être employé avec sagesse et précaution. Les boycott devraient être articulés à des buts précis et être accompagnés d’explications politique détaillées sur ses causes et ses buts.
En général, la gauche, en Israël, soutient les activités de « boycott » qui se conforment aux réserves susmentionnées.
La PACBI- Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israël (Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël)
Ceux qui suivent la politique palestinienne savent que l’on parle d’un petit groupe dynamique de militants qui ont un programme politique très explicite. Ils voient dans l’activité de boycott un instrument doté d’un message clair et défini. Ce message est révélé dans la première affirmation de leur programme : « l’élimination de la colonisation de tous les territoires arabes » (voir : http://www.pacbi.org/etemplate.php?id=66 ).Cette formulation exprime la position du groupe, qui nie l’existence de l’Etat d’Israël. En soi, il n’y a rien d’illégitime dans cette position. Il s’agit d’intellectuels reconnus d’une nation qui est opprimée par Israël depuis des décennies. Les difficultés se situent au niveau stratégique. Dans le cadre des activits de boycott, les gens du PABCI représentent une ligne politique précise, qui demande que les activités de boycott se conforment à leur position de principe. Il vaut la peine d’être clair dès le départ : ils ne soutiennent pas les actions contre l’occupation car ils les voient comme une diversion qui détourne de la question principale. L’interprétation dure, que tout Israël doit être considéré comme un territoire sous occupation les a conduits à un conflit avec des chefs de file importants du mouvement pour la paix tels que Noam Chomsky et Norman Finkelstein.
J’avoue que je ne suis pas [enthused] à l’idée d’entrer dans uen discussion critique du PACBI. Je ne doute aucunement de la noblesse des intentions des membres du groupe et de leur dévouement à la lutte non-violente contre l’occupation telle qu’ils la perçoivent. Toutefois, quand ils [deride] le courageux combat de membres israëliens du mouvement pour la paux et, en même temps, démontrent leur ignorance de nos conditions de vie il est nécessaire de répondre. [Precisely out of concern for the campaign of the Israeli left against the occupation it is necessary to come out clearly against Palestinian friends who desire to insult with callousness and derision courageous and effective protest.]
Le PACBI contre les gens du théâtre et leurs soutiens internationaux
Nous ne pouvons pas savoir pourquoi le PABCI a publié, en l’espace de deux jours, deux déclarations séparées qui traitaient de la protestation israélienne contre le centre « Culturel » à Ariel. Voyons d’abord la première déclaration, datée du 7 Septembre (http://electronicintifada.net/v2/article11510.shtml). Dans ce texte, il n’y a pas le moindre mot positif à l’égard de l’action des gens de théâtre israéliens et la déclaration nous en fournit l’explication, détaillée et lumineuse : « Si nous sommes favorables à la protestation contre toutes les manifestations du régime de colonialisme et d’apartheid d’Israël, nous croyons que ces actes doivent être moralement compatibles avec le droit international et les droits humains universels. » Ces mots servent d’introduction à un texte dans lequel le PACBI explique que l’action par les gens de théâtre ne remplit pas ces conditions.
Voici les fautes dans la conduite des gens de théâtre :
« D’abord, nous croyons que l’accent mis exclusivement sur des institutions dans des implantations ignore et occulte la complicité de toutes les institutions académiques et culturelles israéliennes dans le maintien du système de contrôle colonial et de l’apartheid sous lequel soufftrent tous les palestiniens. Le PACBI croit qu’il y a des preuves solides de la collusion entre l’establishment académique et culturel israëlien et les organes répressifs majeurs de l’Etat d’Israël. Mettre l’accent uniquement sur les institutions dont la complicité saute aux yeux, telles que les centres culturels de la colonie de Cisjordanie, sert à protéger les principales institutions israéliennes de l’opprobre et, à terme, du boycott global qui vise toutes les institutions complices. Plus encore, l’approche fondatrice derrière le fait de viser une implantation coloniale connue au coeur de la Cisjordanie occupée détourne l’attention d’autres institutions construites en territoire occupé. Les partisans de ce boycott particulièrement sélectif doivent répondre à la question : est-il acceptable d’enseigner et de jouer à l’Université Hébraïque, dont le campus du Mont Scopus est installé sur un territoire palestiene occupé de Jérusalem Est?
Le PACBI poursuit en soumettant une liste de « questions test » aux gens de théâtre : pourquoi se sont-ils abstenus de prendre position contre la suffocation des institutions culturelles palestiniennes dans la Jérusalem conquise? Les gens du PACBI poursuivent : « Si le rôle des artistes et des intellectuels comme voix de la raison et de la morale explique le très récent appel à boycotter Ariel, où étaient ces voix quand des institutions académiques et culturelles étaient délibérément détruites dans la guerre d’agression d’Israël contre Gaza en 2008-2009? »
Sérieusement, il n’y a ni sincérité ni honnêteté dans le fait d’adresser ces questions à ces gens dans les circonstances présentes. Les gens de théâtre en question n’ont jamais constitué une organisation séparée et active mais sont une formation ad hoc. En même temps, parmi les gens de théâtre, il y en a qui ont en fait protesté contre la guerre contre Gaza, contre l’occupation à Jérusalem-Est et autres. De toute façon, le style de « contre-interrogatoire » n’est pas approprié ici.
Le Second documentComme nous l’avons signalé, le PCBI a publié une seconde déclaration à ce sujet (http://pacbi.org/etemplate.php?id=1353). Le second document, publié deux jours après le premier, est différent en ce qu’il a la forme d’une lettre ouverte aux figures culturelles anglaises et américaines qui se sont manifestées en faveur du boycott culturel contre l’implantation israélienne en Cisjordanie. Leur lettre salue et encense les gens de théâtre, de télévision et du monde du cinéma qui ont suivi leur déclaration de soutien à ceux qui boycottent Ariel. Toutefois, il est quelque peu étrange de saluer les gens à l’étranger pour leur soutien déclaré à des israéliens pacifistes, tandis que l’on considère sans valeur l’activité de ses israéliens.
L’explication en est fournie par le paragraphe qui présente une série de « questions test similaires à celles adressées aux gens de théâtre israélines. Le PACBI veut savoir pourquoi les figures étrangères du monde de la culture refusent d’agir au bon moment : « A la lumière de cette histoire édifiante, nous ne pouvons que demander pourquoi vous n’avez pas pris position contre les tabous en réponse à des appels par la majorité des palestiniens, y compris la quasi totalité des artistes les plus en vue? Pourquoi avez vous du attendre qu’un nombre relativement faible d’Israéliens mécontents et d’universitaires initie un boycott, moralement incohérent et particulièrement sélectif? Les voix authentiques des opprimés, en particulier celles dans la bande de Gaza assiégée, dont les habitants sont incarcérés dans la plus grande prison en plein air du monde? » LE PACBI conclut sa lettre aux artistes à l’étranger qu’ils agissent conformément à l’esprit de leurs positions.
En résumé
LE PABCI, aussi important soi-il, n’est pas le seul acteur politique dans la société palestinienne, mais seulement une des nombreuses organisations palestiniennes. Tandis que tous les palestiniens soutiennent, en principe, les actions contre l’occupation et contre les politiques israéliennes, il y a des discussions et des débats au sujet des questions vitales de la stratégie et de la tactique. Le PACBI représente une lignde qui cause des difficultés superflues dans la construction de l’unité de toutes les forces dévouées à la paix, qui soutiennent le droit des palestiniens à l’autodétermination. LA récente apparition d’une coalition reposant sur les partis de la gauche palestinienne et sur l’initiative politique réunie autour du Dr Mustafa Barghouti est d’une extrême importance. Ce groupe a critiqué le défaitisme d’Abu Mazen et de ses collaborateurs tout en continuant de soutenir la recherche d’une paix juste. Et concernant notre notre sujet, il est important que cette coalition soutienne la coopération sur la base du respect entre les composantes palestiniennes et envers les forces pacifistes en Israël. La solidarité peut seulement être construite sur la bes du respect mutuel et d’une profonde compréhension des difficultés de l’opposition de gauche dans les deux nations.

« A la lumière de cette histoire édifiante, nous ne pouvons que demander pourquoi vous n’avez pas pris position contre les tabous en réponse à des appels par la majorité des palestiniens, y compris la quasi totalité des artistes les plus en vue? Pourquoi avez vous du attendre qu’un nombre relativement faible d’Israéliens mécontents et d’universitaires initie un boycott, moralement incohérent et particulièrement sélectif? Les voix authentiques des opprimés, en particulier celles dans la bande de Gaza assiégée, dont les habitants sont incarcérés dans la plus grande prison en plein air du monde? » PACBI
“le colonisateur et le colonisé se sculptent l’un l’autre, comme les deux termes de la relation coloniale.” Memmi
puis, considérant les 3 invariables du colonisateur (profit, privilège, usurpation), il ajoute :
“A partir de ces invariables, deux grandes figures du colonisateur se dessinent. La première est celle du « colonisateur qui se refuse », qui refuse l’idéologie coloniale tout en continuant à en vivre les « relations objectives » de privilège et de profit : en réalité, il ne parvient pas à « s’évader » de la situation coloniale, car celle-ci est « relation de peuple à peuple » : « les relations coloniales ne relèvent pas de la bonne volonté ou du geste individuel (…) ce sont elles qui (…) déterminent a priori [la place du colonisateur] et celle du colonisé et, en définitive, leurs véritables rapports ».
C’est pourquoi, à mon sens l’anticolonialisme exige EN PREMIER LIEU d’être à l’écoute et tant que faire se peut à la place du colonisé. Que dit PACBI ? Vous donnez beaucoup de place à une action, certes importante DANS LE CONTEXTE israelo-israélien, mais qui nous est rendue suspecte par votre surdité quand les colonisés, organisés, politisés, bref une société et pas un agrégat d’indigènes, quand eux s’expriment…
Il y a, dans la résistance anticoloniale palestinienne, la désagréable impression que l’Occident ne se préoccupe du sort des Palestiniens QUE dans le cas où cela doit consolider l’existence de l’Etat juif, en citant des actes de désobéissance ou révolte qui rassurent sur le pluralisme de la société israélienne (démocratique ?)
Encore une fois, dans le contexte propre de la société coloniale, ce boycott des acteurs a un poids important que PACBI ne néglige pas. Et même, PACBI prend appui là-dessus pour interpeller justement les occidentaux. Mais ce que demandent les Palestiniens aux Israéliens (civils, de bonne volonté), c’est encore davantage.
Car on sait par expérience que le mouvement pour la paix a minima, dérive nécessairement vers le soutien aveugle à la guerre, comme en témoignent les prises de position de figures israéliennes “pacifistes” lors du massacre de gaza.
Et que les choses soient claires : il m’apparaît évident que la distinction effectuée par PACBI entre universitaires et artistes occidentaux et leurs homologues israéliens ne se fait pas par antisémitisme (ce que, me semble-t-il, mais peut-être me trompé-je, suggère ce communiqué de hadash); mais simplement, il est établi une distinction entre le colonisateur et ceux de l’extérieur.
Je crois qu’il faut distinguer les israéliens vivant dans leurs frontières légitimes et les autres. Ils n’ont pas du tout le même rôle face aux privilèges de la colonisation. D’autre part, certains secteurs du monde des dominants rejoignent parfois les luttes des dominés…Faut-il les décourager ou les inciter à persévérer et à approfondir leur engagement jusqu’aux positions qu’on estime les plus conséquentes?
!!??? Lesquelles!? À ma connaissance, Israël n’a pas de frontières… Comme le Big bang, il est en perpétuelle expansion. D’ailleurs, en quoi des villes, érigées après 1947 sur plus de 500 villages palestiniens rasés, sont plus légitimes que les colonies de Cisjordnie ou de Gaza construites après 1967!!?? Et de quelle légitimité parle-t-on quand il s’agit d’un État colonial et raciste, bâti à la faveur d’un long processus de confiscation et de nettoyage ethnique… Tant que le Hadash et d’autres militants de la gauche sioniste ne reconnaissent pas le caractère colonial de l’État dont il se réclame, ils ne pourront jamais comprendre le sens de certaines positions comme celles du PACBI. Et de ce point de vue, je souscrit complètement au comm. de Sam…
La première phrase de mon comm. a été tronquée. Lire d’abord ”les israéliens vivant dans leurs frontières légitimes!!??”
Le problème me semble résider dans le fait que ne pas mentionner ces israéliens revient à mettre tout le monde dans le même sac, ce qui alimente l’antisémitisme dans la mesure ou Israël se prétend un Etat juif…Par ailleurs, il me semble que pour définir Israël comme un “Etat colonial”, il faut commencer par indiquer quelle en est la métropole…J’ose une comparaison avec l’Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid : elle n’était pas une colonie mais un Etat indépendant et raciste…Il me semble dangereux de parler de colonisation à chaque fois qu’on assiste au déchaînement de brutalité raciste…Enfin, je crois que, comme antidote à l’antisémitsme et à la Nouvelle Extrême Droite (Soral, Dieudonné, Séba…), il faut garder à ‘lesprit le rôle de l’impérialisme : le sionisme en actes n’est possible que parce qu’il a servi à un moment l’intérêt de l’impérialisme britannique et, désormais américain…
D’accord avec le parallèle enrte Israël et l’Afrique du Sud. Mais ce qui caractérise un projet colonial n’est pas seulement l’existence ou non d’une métropole. A cet égard, le projet sioniste differt des projets coloniaux d’Afrique du Nord ou d’Afrique sub-saharienne, et se rapproche plutôt de celui d’Australie ou d’Amérique du Nord. Nous sommes dans ce cas en présence d’une entreprise coloniale de peuplement (sans nécessairement un cordon qui la rattache à une quelconque métropole), fondée sur le remplacement graduel, voire l’extermination, de la population indigène. Alors que le colonialisme, disons dans son acception classique, se limite à exploiter la main d’oeuvre et les ressources autochtones, au profit, on est d’accord, d’une métropole.
Qualifier Israël d’état colonial alimente-t-il l’antisémitisme ? Je ne le crois pas. Pas plus qu’un anticolonialiste des années soixante n’était davantage anti-Français ou anti-Anglais. Éviter de le mentionner sous prétexte qu’Israël ”se prétend un État juif” n’est pas, à mon avis, la meilleure approche. C’est vrai qu’un glissement sémantique est à ce niveau potentiellement dangereux et risque de créer un certain ”flou artistique” qui sert à la fois et les sionistes et les antisémites de tout bord. Mais ceci ne devrait pas nous empêcher d’en débattre d’autant plus que de mon point de vue sur ce plan que le mouvement de solidarité avec les Palestiniens doit se positionner : prendre ses distances et dénoncer sans ambiguïté les dérives antisémistes de ces prétendus militants propalestiniens tout en démystifiant le projet colonial sioniste en Palestine et son rôle comme tête de pont de l’impérialisme au Moyen-Orient.
Cordialement
@ Michel Clauzier
Je trouve pour le moins curieux qu’après une singulière phrase sur l’Apartheid, vous vous lancez dans une diatribe anti-Hamas !?
Que devrait-on comprendre ? Que le racisme israélien n’est qu’une réaction à l’antisémitisme du Hamas ! Une sorte de réponse du berger à la bergère !
Les massacres commis par les Jordaniens et les Libanais contre les Palestiniens dispensent-ils Israël de ses crimes odieux ? D’ailleurs faut-il rappeler que c’est Israël qui occupe les territoires palestiniens et non pas la Jordanie ou le Liban…
Je ne sais pas ce que vient faire le Hamas dans une discussion sur le caractère colonial de l’État d’Israël, mais puisque vous le mettez sur la table, parlons-en :
Pourquoi faire une fixation sur la Charte du Hamas et ne pas se référer à d’autres documents plus récents (que vous devez connaître). Je vous renvoie par exemple aux trois textes-clés du mouvement islamiste postérieurs à cette charte, en l’occurrence : 1- le plate-forme électorale du Hamas « Changement et réforme » de 2005 ; 2- le projet de gouvernement d’union nationale de 2006 ; et 3- la plate-forme gouvernementale également en 2006. Une lecture rapide de ces textes convaincra les plus sceptiques de l’évolution politique de ce mouvement. On n’y trouve aucune référence au délire antisémite que vous dénoncez à juste titre, et encore moins de références à l’orthodoxie musulmane.
Par ailleurs, cela a pris plus de vingt à l’OLP avant qu’elle modifie sa charte (sans rien obtenir en retour soit dit en passant), alors pourquoi ne pas donner une chance au coureur.
Être solidaire du peuple palestinien ne veut pas dire cautionner tous les actes et les discours de ses leaders. Une solidarité honnête exige qu’on respecte les représentants que le peuple a choisis. Et vous savez très bien que ce n’est pas pour ses références religieuses ni pour sa charte que les palestiniens ont majoritairement élu le Hamas à Gaza en 2006.
Je comprends pourquoi les sionistes ramènent souvent, de mauvaise fois, tout débat sur la question palestinienne à une polémique sur le Hamas (c’est connu, on appelle cela la technique du hareng fumé). Mais, je me demande pourquoi certains militants de la cause palestinienne butent sur ce mouvement qui ne représente pas à lui seul la lutte de ce peuple pour ses droits légitimes. Le mouvement de solidarité international contre l’Apartheid ne s’est jamais posé de question sur l’existence parmi la résistance sud-africaine de groupes notoirement anti-blanc. Le Black consciousness movement , qui trouvait un large écho dans les townships, en était un. Pourquoi on est plus scrupuleux quand il s’agit des Palestiniens ?
Faut-il que les Palestiniens soient immaculés pour que nous leur accordions notre auguste soutien ? D’ailleurs, la résistance française contre l’occupation nazie ne comptait-elle pas dans ses rangs un bon nombre de français anti-boche…
Vous réfutez la thèse du génocide par des considérations démographiques :
Permettez-moi de vous rappeler que c’est une question d’échelle et pas seulement de chiffres. Le massacre des amérindiens s’est échelonné sur 500 ans. 50 ans après l’arrivée des premiers européens, ils étaient encore nombreux… Israël était créé il y a 60 ans.
Le génocide d’une population n’est pas une question de chiffres, mais renvoie à une politique intentionnelle, systématique et programmée visant l’élimination d’un groupe ou d’une partie d’un groupe (voir wikipedia). Le sionisme, dans sa nature et dans son modus operandi, s’apparente beaucoup avec cette définition.
Ne jouant donc pas avec les chiffres, c’est dangereux. Certains révisionnistes se sont amusés à comparer le nombre de juifs avant et après la shoah…
Pour terminer, je peux vous assurer Monsieur Clauzier que je ce que j’ai vu de mes propres yeux (et non seulement à travers ElJazeera) à Gaza, Jenine, Beit Sahour et dans d’autres endroits en cette Palestine meurtrie ne relève pas de ”fantasmes divers et variés”… Expropriations, démolitions de maisons, humiliations aux check-point, tire à vue sur des manifestants pacifiques et j’en passe sont hélas la réalité quotidienne des Palestiniens… Un cauchemar insupportable que ces mêmes Palestiniens aimeraient bien qu’il ne soit qu’un fantasme.
Adnane Antar Daoudi, personne ici ne nie les souffrances du peuple palestinien ni le caractère odieux des crimes commis par Israël, mais il n’y a rien de plus urgent que de s’acharner à faire des distinctions et des nuances, pour éviter la confusion et l’instrumentalisation de notre légitime révolte par la Nouvelle Extrême Droite des Dieudonné, Kémi Séba, Soral et autres PMF…Il faut prendre garde à ce que la solidarité avec les victimes d’un crime permanent depuis cinquante ans ne nous conduise pas à nous transformer nous-mêmes en monstre pires encore que ceux que nous critiquons…D’autre part, il ne me semble pas raisonnable de supposer que le Hamas, après un lifting, n’est plus le Hamas…Que ce parti soit désormais incontournable dans le paysage politique palestinien, et donc aussi dans le paysage géopolitique mondial, ne nous oblige pas à une cessité imbécile à son sujet : ces gens sont des islamistes, faut-il le rappeler?