Marine Séba née Le Pen ou l’extrême droite de demain, par Marc Harpon

Dans l’article qui suit, je fais usage très libre d’une conceptualisation du néoracisme que j’emprunte à Etienne Balibar et Immanuel Walerstein. Je mobilise également, de façon assez libre, des outils empruntés à des gens aussi divers que Dimitrov, Politzer, Delphy, Wittig. Cependant, l’usage implicite que je fais de ces auteurs, souvent sans les citer, est strictement personnel : je crois que l’extrême droite est en mutation et si l’on parvient à empêcher le conflit nucléaire que nous prépare l’Impérialisme, c’est sous un nouveau masque qu’elle risque de ressurgir…à moins que le PCF ne se réveille de sa léthargie liquidatrice.(Marc Harpon)

Marc Harpon, qui a écrit cet article.


Que diriez-vous d’une attitude théorique et pratique postulant que, du fait de leurs irréductibles différences, les « ethnies » devraient vivre séparément les unes des autres? Même si cette affirmation ne vous choquait pas, il y a fort à parier que vous hurleriez au racisme. Imaginez-vous maintenant que l’adepte de cette attitude vous dise que vous n’avez rien compris, qu’il ne parle pas de différences biologiques mais seulement de différences culturelles. Qu’auriez-vous à répondre à cela? Vous seriez forcé d’admettre qu’il n’est pas tout à fait raciste et que, même si vous ne le partagez pas, son point de vue se défend plus ou moins. Si l’un de vos amis tient ce type de discours, dites-vous que vous connaissez un néoraciste. Le néoracisme commence à partir du moment ou le raciste, qui a compris que personne ne l’aimait, passe par la « culture » ou la « civilisation », pour justifier son rejet spontané ou réfléchi de l’altérité.

Imaginez une crise économique sans précédent, doublée d’une profonde crise écologique, elle-même redoublée d’une crisé énergétique provoquée, disons, par le blocage du détroit d’Ormuz et une guerre nucléaire contre l’Iran…Si vous n’arrivez pas à vous représenter une telle catastrophe, vous avez encore le temps, avant de poursuivre cet article, de lire attentivement chacune des Réflexions publiées par Fidel au cours de l’été, et même de jeter un oeil sur son intervention devant ses collègues du parlement Cubain. Imaginez donc, que, malgré tout cela, la France, qui, chacun le sait, est la première fille de l’Eglise, jouisse des faveurs d’un Dieu qui lui change l’eau en pétrole. Non, là, je blague. Contentez-vous d’imaginer le dénouement prévisible de l’affaire iranienne. Quand, faute de pétrole pour le transport routier, nos supermarchés obèses n’auront plus à offrir que le squelette de leurs étagères. Quand, pour l’emploi et les tickets de rationnement, la détestable préférence nationale pointera à nouveau le bout de son nez. Vous imaginez ce que de tels arguments feront au moral et à la morale de ceux qui, malgré les difficultés, voudront résister à la tentation raciste? Vous imaginez les conséquences?

La notion de conséquence ne doit toutefois pas se confondre avec celle de fonction. La fonction sociale est l’utilité qu’une formation sociale tire d’un fait lui-même social : elle est la conséquence « positive », favorable à cette formation. Dans la mesure où les formations sociales sont transitoires, la fonction est toujours historiquement située et déterminée. Quel parti le capitalisme peut-il tirer du néoracisme? En quoi le patronat est-il le premier bénéficiaire des néoracismes?

 

Les fonctions du (néo)racisme : bouc émissaire et impérialisme

 

Le néoracisme fait exister ou persister dans les consciences l’idée de corps étrangers à l’intérieur du corps national. Ces corps sont étrangers en ce sens qu’ils sont porteurs d’une « culture » ou d’une « civilisation » différente. Le néoraciste, soucieux de préserver son patrimoine culturel, son héritage, son identité nationale, voit naturellement l’altérité comme un problème, voire comme le problème. Le néoraciste, à vrai dire, veut bien tolérer l’altérité. Mais il faut qu’elle se fasse toute petite. Déjà qu’on vous tolère, il ne faut pas trop demander. Que vous soyez là, passe, mais ne creusez pas le trou de la Sécu et ne piquez pas nos emplois. Le corps étranger, quand il se nourrit du corps qu’il occupe s’appelle un parasite et les parasites, ça se chasse, ou ça s’élimine.

 

Le néoracisme montre ainsi son vrai visage. La valeur des marchandises étant proportionnelle à la quantité de travail qu’elles contiennent, celui qui empoche une part de la valeur produite sans avoir participé à la production- ou qui ne l’empoche pas en tant qu’il a pris part au processus productif, vit du travail des autres. Autrement dit, ceux qui tirent leur revenu du capital, les patrons, actionnaires et autres bourgeois se nourrissent du corps social. Ils en tirent littéralement leur substance. Les parasites ne sont donc pas les ouvriers marocains, sénégalais ou maliens mais leurs patrons. Le néoracisme a donc pour fonction de faire passer un secteur du corps social pour le corps étranger parasite responsable de tous les maux de ce corps.

 

Mais le néoracisme est aussi au cœur même du choc des civilisations, que l’impérialisme essaie de nous vendre. Quand il a fallu, pour trouver des débouchés au capital européen, conquérir de vastes empires coloniaux, le racisme le plus classique, faisait encore l’affaire. La supériorité de la race blanche fondait sa mission civilisatrice. Les conquêtes néocoloniales, elles, ont besoin du néoracisme. Chaque fois que, par la violence la plus barbare, se fait un nouveau partage planétaire, les faucons de l’agresseur universel, le capitalisme étasunien et européen, ont besoin de déguiser l’enjeu économique en enjeu moral. C’est parce que, bordel, on ne peut pas traiter les femmes ainsi, qu’on a bombardé les enfants Afghans. Et puis aussi, pensait Bush, parce qu’ils haïssent « notre » mode de vie. Et si on provoque le premier hiver nucléaire de l’histoire de notre planète, ce sera uniquement parce que l’Axe du Mal nous y aura contraints, n’est-ce pas monsieur Obama?

 

Le néoracisme remplit donc à l’intérieur comme à l’extérieur les fonctions du racisme traditionnel : justifier les massacres coloniaux et fournir des bouc-émissaires. A vrai dire, ces fonctions apparemment distinctes sont en fait une seule et même chose, perçue de deux points de vues différents. En diabolisant les musulmans pour justifier des conquêts impériales, on ne peut pas en même temps ne pas diaboliser les musulmans qui vivent non pas à l’étranger mais sur le territoire national et l’impérialisme français, qui s’est doté d’une idéologie raciste pour justifier ses conquêtes à l’extérieur est la cause même des discriminations dont les noirs font l’objet à l’intérieur. De même, les élucubrations sur le complot judéo-maçonique mondial sont indissociables de la diabolisation des compatriotes juifs. Dans une certaine mesure, fabriquer des ennemis extérieurs c’est aussi fabriquer un ennemi intérieur, qui est le candidat idéal au statut de bouc émissaire, surtout quand on lui a imposé ce rôle durant deux millénaires.

 

Ethnodifférentialisme et néoracisme

 

La nature, le sens et la portée du racisme sont différents suivant qu’il vient des dominés ou des dominants. Il y a un « racisme » antiraciste qui n’est pas à proprement parler une haine raciale : il est simplement un moment dialectique négatif, dont l’aboutissement est un auto-dépassement. Il appartient en fait au développement de l’antiracisme. C’est le « racisme » d’un Malcolm X, finalement dissout dans un sens profond de l’humain. Le dominé, quand il se montre ainsi « raciste » ne demande qu’une chose : être traité comme tout un chacun, et non pas comme un nègre. Bien entendu, vouloir être traité comme tout un chacun n’implique pas de ne pas revendiquer des dispositifs de compensation des inégalités subies au quotidien. Les marxistes savent, avec la Critique du programme de Gotha, que l’égalitarisme conséquent implique une égalisation : donner plus à celui qui a moins et moins à celui qui a plus. Mais le dominé en lutte n’est pas raciste au sens propre tant qu’il n’exige pas une différence de traitement qui soit autre chose qu’un rééquilibrage provisoire.

 

Le racisme authentique, quand il se rencontre parmi les victimes du racisme, est le pire ennemi de celles-ci. Il cherche non pas à dépasser le rapport de race mais à le conserver, en créant une illusoire égalité dans la différence. C’est comme si le mouvement ouvrier cherchait à établir une égalité entre les classes au lieu de construire une société sans classes. Assigner une différence, classer, c’est toujours en même temps accomplir un acte de domination, comme l’a montré Christine Delphy : classer c’est exercer son pouvoir de classement. Par conséquent, la lutte ne peut chercher à établir l’égalité en conservant la grille de classement : elle doit établir l’égalité en faisant éclater le classement. Le prolétariat se bat pour qu’il n’y ait plus de prolétaires puisque l’aboutissement de sa lutte est la société sans classes. La lutte de l’esclave vise non pas l’égalité entre maîtres et esclaves mais l’abolition de l’esclavage : l’esclave se bat pour que disparaisse le rapport social qui fait exister la catégorie « esclave ». De même, le noir ne peut se battre que pour la disparition du « noir », en tant que catégorie sociale. La race fonctionne comme une caste, en ce sens qu’elle se superpose à la classe : dans la société française, il vaut mieux être patron qu’ouvrier mais il vaut mieux être un patron blanc qu’un patron noir. Tout comme une lutte de classe, la lutte des membres d’une caste dominée doit se donner pour but de faire éclater le système de castes, et non pas de le maintenir et de le renforcer!

 

C’est tout le contraire de ce que font les ethno-différentialistes du genre du Mouvement des Damnés de l’Impérialisme. « Je suis un militant de la cause noire qui a compris la nécessité que chaque peuple s’organise avec ses valeurs propres », affirme Kémi Séba, le fondateur du MDI, dans une vidéo où il explique son refus de rejoindre les « listes antisionistes » de Dieudonné, malgré l’invitation de ce dernier(http://www.dailymotion.com/video/x8v3bw_kemi-seba-repond-a-dieudonne-sur-le_news). Les ethnodiéffrentialistes revendiquent donc la même séparation que les néoracistes. Chacun chez soi. En ce sens, ils en sont les alliés naturels. Et Séba, dans la vidéo déjà citée, explique ses liens avec l’extrême droite de Werlet, dont il sera question plus bas, par leur dénominateur commun : « ils sont pour la séparation ». Si les nègres décident de rester entre eux, le (néo)raciste n’a plus aucun travail à faire pour les exclure. Et c’est encore mieux s’ils veulent rentrer chez eux, en Afrique, car elle est la patrie de tous les nègres du mondes. Inutile de discriminer quand les groupes dominés s’autodiscriminent! D’où la parenté entre les programmes de la « Nouvelle Droite « , organisée autour du Club de l’Horloge et du « Groupe de Recherche pour l’Etude de la Civilisation Européenne », le GRECE, think tank néofasciste et celui des ethnodifférentialistes noirs à la Kémi Séba. On croirait presque que celui-ci s’inspire délibérément de ceux-là.

 

 

Mélange des genres et stratégies d’extrêmes droite

 

Kémi Séba et le néonazi Thomas Werlet

 

Figure emblématique de la Harlem Renaissance des années 20, Marcus Garvey est un personnage fascinant. Il incarne une étape majeure et héroïque dans les luttes des africains-américains, mais aussi dans celle de l’Afrique tout en préfigurant à sa façon les déplorables dérives des Elijah Muhammad et consorts. Nelson Mandela le décrit comme « un héros africain » tout autant que comme un « grand américain ». Jomo Kenyatta a raconté comment, alors que The Negro World, le journal de Garvey était interdit au Kenya, des militants anticolonialistes dévoués apprenaient par coeur des articles entiers pour aller les réciter à leurs camarades. Le père de Malcolm X était un fervent militant de l’UNIA, Universal Negro Improvement Association, l’organisaion de Marcus Garvey. Le slogan, « l’Afrique aux Africains », sans cesse scandé par Garvey a inspiré plusiseurs générations d’anticolonialistes et de panafricanistes.. Mais par-delà son indéniable côté progressiste, Garvey était aussi un mégalomane admirateur de Napoléon, un anticommuniste borné favorable à un capitalisme repeint en noir, un homme d’affaires au mieux manchot

Marcus Garvey, progressiste ou réactionnaire?

au pire véreux (comme en témoigne l’affaire de la Black Star Line), un réactionnaire illuminé, qui avait souhaité distribuer des titres de noblesse à ses proches…Il y avait ainsi, parmi l’état major de Garvey, un aspirant duc du Zambèze, qui attendait la libération de l’Afrique pour prendre possession de son territoire! Garvey avait même un côté clérical, qui l’avait poussé, bien que catholique, à fonder une « Eglise Universelle Africaine » et qui explique que, dans son île natale, la Jamaïque, certains le tiennent pour un « prophète » voire, comme la secte dite Bobo Ashanti, pour une des trois personnes de la Sainte Trinité! Celui qui s’était proclamé « potentat suprême » et se considérait comme le président du Gouvernement Provisoire en exil d’une Afrique largement fantasmée pensait même avoir inventé le fascisme et estimait que Mussolini s’était inspiré de lui! Ce mélange de progressisme et de réaction est tout à fait propice à créer des affinités avec l’extrême droite, dont la stratégie classique consiste en un tel mélange. Aussi Garvey a-t-il, entre autres démarches loufoques, rencontré la direction du Ku Klux Klan, avec laquelle il pensait pouvoir s’entendre pour le financement du « rapartimeent » en Afrique des noirs américains Le programme de 1928 de l’Internationale Communiste, présentait le garveyisme en ces termes :

« Le garvéisme, qui fut l’idéologie des petits propriétaires et des ouvriers noirs d’Amérique et qui a gardé une certaine influence sur les masses noires, est devenu de même un obstacle à l’entrée de ces masses dans la voie révolutionnaire.

Après avoir revendiqué pour les noirs une complète égalité sociale, il s’est transformé en une sorte de ’sionisme’ noir qui, au lieu de préconiser la lutte contre l’impérialisme américain, lance le mot d’ordre ‘du retour en Afrique’.

Cette idéologie dangereuse, qui n’a rien d’authentiquement démocratique et se plaît à agiter les attributs aristocratiques d’un ‘royaume noir’ inexistant, doit se heurter à une résistance énergique, car, loin de contribuer à la lutte émancipatrice des masses noires contre l’impérialisme américain, elle lui fait obstacle. »

L’extrême droite prétend « être économiquement de droite, socialement de gauche et nationalement française » ou allemande ou ce que vous voulez. Le fascisme allemand, comme chacun le sait, s’appelait le national-socialisme. Des noms comme « Parti Social Français », « Parti Populaire Français » ou encore l« Comité Secret d’action révolutionnaire », l’autre nom de la Cagoule, illustrent bien le confusionnisme volontaire de l’extrême droite. Sur le site d’Alain de Benoist, ancien défenseur de l’apartheid sud-africain, et maître à penser du GRECE, on trouve un étrange article intitulé « La Nouvelle Droite est-elle de gauche? ». Et Alain Soral, ancien membre de la direction du Front National, toujours contributeur à Flash et dirigeant de l’association Egalité et Réconciliation, proche de Dieudonné et du FN, se définit toujours, en référence à un lointain passé communiste, comme un « nationaliste de gauche ». Quant au Parti Solidaire Français, dont il sera question plus bas, il ne cesse, comme son ancêtre le Parti National-Socialiste Allemand, de se présenter comme porteur d’un « socialisme » qui passerait par la résurrection des « ethnies » et la lutte contre « l’impérialisme » des « apatrides », c’est-à-dire des juifs et contre le cosmopolitisme.

 

L’affinité naturelle des Kémi Séba et autres Dieudonné avec l’extrême droite est renforcée par ce confusionnisme. C’est sur le même registre dangereux qu’ils jouent. Séba et ses compères mobilisent en effet des références de gauche. Par exemple, l’ancien Black Panthers Party, dont Séba déshonore le badge, doit autant à Malcolm X qu’à Mao : le Petit Livre Rouge était une des principales sources d’inspiration des Panthères Noires. De la même manière, le Mouvement des Damnés de l’Impérialisme, par un clin d’oeil évident à Lénine, fait appel à l’anti-impérialisme consubstantiel à la gauche et récupère au passage l’héritage d’un des plus grands héros marxistes-léninistes du Tiers-Monde, dont le chef-d’oeuvre s’intitule, en référence aux premiers mots de l’Internationale, hymne commun de toutes les tendances du mouvement ouvrier, Les Damnés de la Terre. Mais tout cela ne l’empêche pas de s’afficher publiquement avec son complice Thomas Werlet, chef de file de la groupusculaire « Droite Socialiste », rebaptisée « Parti Solidaire Français », dont le slogan est « Contre le chaos, l’ordre social! » et qui appelle à résister « face au péril rose, à la féminisation des hommes et à la destruction du noyau familial traditionnel… ». Voici un petit florilège du « Manifeste » du PSF, qui expose, à travers des dizaines de références implicites à Vichy et au Reich, « les principes anti-cosmopolites de la Révolution Nationale » et de la « souveraineté ethnique » ainsi que son fantasme d’une Europe reconstruite « identitairement » et « enthopolitiquement »:

« Nous pensons que les « valeurs démocratiques » ne sont pas en effet les meilleurs méthodes pour affirmer la volonté de rupture avec la république sioniste et cosmopolite qui a assuré la ruine de la France depuis deux cent ans, et dont une majorité de français veulent se séparer »

En cela, il fait écho à Séba qui, pour justifier son refus de rejoindre les « listes antisionistes », a critiqué fraternellement son compère Dieudonné, parce que celui-ci se prétend républicain, ce qui, pour Séba, équivaut à défendre un régime « fondé par les francs-maçons en 1789 ».

 

« en adoptant un ton clair et franc, un style martial et un discours qui règle enfin son compte au sionisme international, le P.S.F. veut donner les gages de l’authenticité et du sérieux politique. »

 

« notre mouvement veut ressembler aux mouvements nationalistes d’autrefois, produits par des européens non castrés par les schémas libéraux-libertaires de l’antifascisme pour invertis. L’avenir étant plein de tensions, il était nécessaire et urgent pour les français de trouver un point d’appui psychologiquement armé pour un combat spirituel, moral et physique contre le pouvoir apatride et ses valets. »

 

« Le Parti Solidaire Français veut engager une révolution démographique et populaire en promouvant l’obligation faite aux français de sang d’avoir un nombre élevé d’enfants ainsi qu’en trouvant une solution acceptable pour faire cesser et clore l’immigration de masse. »

 

En plus d’exiger le droit du sang, le texte fondateur du PSF soutient que :

 

« les masses françaises seront engagées dans un effort démographique de redressement indispensable à la survie de notre culture. Cet effort sera par ailleurs couplé avec un arrêt immédiat de l’immigration. Arrêt rendu possible uniquement par la suspension de toute aide financière à un degré ou à un autre d’élément extra européen. »

 

Naturellement, c’est dans ce manifeste que les fascistes revendiquent leur alliance avec Kémi Séba, faisant de celle-ci un des fondements mêmes de la tactique du PSF :

 

« En ouvrant en 2008, le dialogue avec le Mouvement des Damnés de l’Impérialisme de Kemi Séba, le P.S.F. veut  associer radicalité et pragmatisme, en retrouvant les nationalistes là ou personne ne les attends. »

 

 

 

Le fascisme, stade ultime de la domination bourgeoise

 

 

« L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie- la démocratie bourgeoise- par une autre forme de domination, la dictature terroriste déclarée » (Georges Dimitrov, Rapport au VIIe Congrès de l’Internationale Communiste, in Oeuvres choisies, Editions Sociales, 1952)

 

Le pouvoir fasciste est en fait la forme extrême de la dictature du patronat. Quand la souveraineté du peuple souverain déplaît passagèrement à celui-ci, il se débrouille pour échafauder un vote des parlementaires, afin de défaire ce que les masses ont fait , disons, par referendum. Cependant, quand la révolte n’est plus conjoncturelle mais structurelle, l’ennemi de classe est forcé de renoncer à la forme démocratique de sa dictature. Le soutien du patronat allemand au national-socialisme en est un exemple : le fascisme est l’antidote au mouvement ouvrier, dont la branche spartakiste, écrasée à la fin de la révolution allemande, a eu le temps d’inspirer une profonde terreur aux bourgeois, petits et grands. Certains secteurs de la bourgeoisie française avaient très tôt compris que le fascisme représentaient leurs intérêts et s’exclamaient : « Plutôt Hitler que le Front Populaire ». Ce sont ces mêmes secteurs qui, à en croire les recherches d’Annie Lacroix-Riz, jouent un rôle clé dans la défaite de la France face à l’Allemagne, tout comme, d’ailleurs, dans la « collaboration économique ». Les droites d’Amérique latine n’ont jamais fait semblant d’oublier cette fonction du fascisme, de Pinochet à Profirio Lobo en passant par le coup d’Etat manqué contre Hugo Chavez en avril 2002 ou les tentatives sécessionnistes de l’automne 2008 en Bolivie.

En tant qu’antidote au mouvement ouvrier, le fascisme doit, d’une façon ou d’une autre, chercher à mobiliser les masses contre elles-mêmes. C’est pourquoi, il se présente comme une force de progrès, certes exclusivement nationale, mais néanmoins déterminée à faire d’énormes pas en avant vers la modernité. C’est pourquoi, comme on l’extrême droite traditionnelle, il entretient délibérément la confusion. Il développe donc une rhétorique de la dénonciation des privilèges et de ceux qui en jouissent et sa stratégie classique consiste à infiltrer, récupérer puis déformer. Infiltrer qui ou quoi? Le mouvement ouvrier ou ce qui en tient lieu. D’où la mise en garde de Dimitrov :

 

« Il est nécessaire de souligner avec vigueur [le] véritable caractère du fascisme parce que le masque de la démagogie sociale a permis au fascisme d’entraîner à sa suite, dans une série de pays, les masses de la petite bourgeoisie désaxée par la crise, et même certaines parties des couches les plus arriérées du prolétariat, qui n’auraient jamais suivi le fascisme si elles avaient compris son caractère de classe réel, sa véritable nature. », Georges Dimitrov, op. cité.

 

Il s’agit de s’adresser à ceux qui souffrent du système et de les détourner de cela même qui pourrait les délivrer de leur condition en remplaçant l’ennemi de classe par un bouc-émissaire. Pour produire cette fausse conscience, il efface la position objective des travailleurs derrière une position fictive : on n’est pas un ouvrier en lutte contre un patron mais un bon chrétien en lutte contre le plan de domination mondiale des mahométans, on n’est plus un ouvrier en lutte contre un patron mais un bon allemand en lutte contre le juif accapareur et comploteur .Le fascisme a besoin du recours permanent à des identités fictives, qu’il puise dans un passé idéalisé, puisque le présent du rapport de classe est ce qu’il doit occulter. Cette identité fictive, on la retrouve chez Séba, dont le « khémitisme » se pense comme un retour aux racines égyptiennes des cultures africaines.

 

 

L’affaire Dieudonné ou la communication du Front National

 

Yahia Gouasmi du "Parti antisioniste" et ses compères Dieudonné et Soral

De là il suit que les fascistes de demain ne ressembleront pas physiquement à ceux d’hier. S’il doivent servir les intérêts du capital, c’est en prétendant mobiliser le travail et le monde du travail a changé : la couleur de la peau des ouvriers, notamment n’est plus la même. On pouvait proposer l’arabe comme bouc-émissaire à l’ouvrier blanc. On ne peut plus le proposer à l’ouvrier arabe. Et le même problème se pose face à l’ouvrier noir. Il faut donc rénover la fausse conscience. D’autant que les luttes menées contre le racisme au cours des dernières décennies ont rendu inacceptables ses formulations traditionnelles. On adopte donc de nouvelles stratégies.

D’abord, on remplace la race par la culture, la communauté ou la civilisation. Mentionner « l’héritage chrétien » de l’Europe ou légiférer sur la hauteur des minarets sont les formes nouvelles du racisme. C’est le néoracisme.

C’est là qu’on entre dans la guerre de tous contre tous. On lance le chrétien contre l’animiste polygamme, le musulman contre le chrétien et tous contre le juif, bouc émissaire inamovible depuis que Pilate a grâcié Barabas, tout ça pendant que le patronat continue de profiter de ses millions. Autrement dit, en plus du bouc-émissaire général, chacun a son bouc-émissaire particulier.

Le fascisme procède par infiltration-récupération de luttes capables de mobiliser les dominés. C’est pourquoi il est naturellement présent dans le mouvement de solidarité avec le peuple Palestinien. L’antisémitisme n’est pas la seule raison : la nécessité de séduire des jeunes issus de l’immigration a également une certaine importance.

Cette même nécessité explique l’avant-garde d’extrême droite que constitue le Parti des Musulmans de France ou encore le coup de pub de l’affaire Dieudonné, peut-être planifiée, préparée et organisée non seulement pour mais aussi par le FN et ses bailleurs de fonds. Cette affaire a eu le même effet qu’une opération de marketing. Avant l’affaire Dieudonné, n’importe quel jeune d’origine africaine ou antillaise aurait trouvé inadmissible que qui que ce soit fréquente le FN. Depuis l’affaire Dieudonné, les choses ont changé : on prend la défense de ce malheureux antisémite, qui passe désormais, auprès de plus d’un jeune noir, pour un antisioniste incompris.

Dieudonné, Séba, le PMF incarnent l’extrême droite de demain. Celle que le patronat financera tôt ou tard (si la crise ne l’a pas encore forcé à le faire) afin d’organiser la guerre de tous contre tous dont il a besoin pour empêcher la guerre de tous contre lui. Avec une Marine Le Pen, l’infiltration est impossible, parce que, malgré le lifting du Front qu’elle a amorcé, elle porte le fascisme sur sa face et sur ses papiers d’identité. C’est pourquoi il faut des Partis des Musulmans de France ou des Mouvements des damnés de l’impérialisme, qui fassent le jeu des puissants en feignant de défendre les faibles. Si elle compte reprendre le flambeau raciste, porté par sa tante et son grand-père, la petite Marion Le Pen se fait des illusions…à moins d’un mariage consanguin avec Dieudonné!

Les anciens communistes comme Soral, les ex-antiracistes comme Dieudonné, les éternels illuminés comme Séba ou les irréversibles paranoïaques comme Meyssan, ont, j’espère, l’intelligence de se faire payer, car leur bêtise est d’une grande utilité pour ceux qui dirigent nos dirigeants.

Jean-Marie Le Pen, sa fille Marine et sa petite-fille Marion.

 

 

 

 

 

 

3 Réponses vers “Marine Séba née Le Pen ou l’extrême droite de demain, par Marc Harpon”


  1. 1 Ivan de la Pampa 6 septembre 2010 à 4:03

    Merci pour votre article, il rejoint le fil de mes pensées, de la sorte je me sens moins seul et valide en parti ce que je pense de la montée des ethno-diff ou néo-racistes. Mais ne doit on pas pour autant élargir le problème à certains groupuscules “de gauche” qui surfent sur la vague de l’antisionisme au nom de l’islam ou d’un renouveau staliniste ? Vous l’abordez en début, avec d’autres exemples, pourquoi ne pas mettre les pieds dans le plat et s’interroger des dérives violentes que Danielle B. a pu connaître avec certains organes de presse se réclamant (souvent à tort) du progressisme ? Ce qui s’est passé avec le mouvement pacifiste entre les deux guerres mondiales n’est il pas un peu du même tonneau, c’est-à-dire que pour combattre l’impérialisme étasunien au Proche Orient certains sont prêts à s’allier avec des groupements comme le Hamas ou le Hezbollah et finalement les rejoindre dans un antisémitisme viscérale?

  2. 2 socio13 6 septembre 2010 à 5:10

    je me permets d’intervenir, si danielle B c’est moi, j’ai subi des attaques violentes de bien des gens, et aussi de mouvements sionistes d’extrême-droite. de surcroît j’ai tenté d’expliquer dans un autre article que je ne confondais pas la colère à mes yeux légitime de certain peuple arabes ou iraniens face à la politique d’israêl et la résurrection sous le prétexte antisioniste d’un véritable antisémitisme. En ce qui concerne le hamas, je suis totalement pour que l’on négocie avec ce mouvement représentatif. idem pour le Hezbollah.

    Je suis totalement d’accord avec l’article de Marc Harpon parce qu’il place nettement les faits là où ils doivent être et dénonce une dérive raciale. Ce que je fais également mais en ce qui concerne le provblème palestinien, il faut oeuvrer pour une solution pacifique, pour les deux Etats viables puisque telle est la position des palestiniens et la base des résolutions de l’ONU et il faut dénoncer sans le moindre état d’âme la politique fascste et colonialiste de l’Etat d’israël.

    Les questions de droits ne se confondent pas avec mes réserves non seulement sur le hamas et le Hezbollah mais avec le régime des mollahs et certains potentats arabes. Il faut respecter la souveraineté des peuples et s’interdire de trier dans les gouvernements et représentants. Autre chose est le développement en France de formes diverses d’extrême-droites..;

    danielle Bleitrach

  3. 3 socio13 6 septembre 2010 à 6:13

    Je voudrais ajouter comme pièce au dossier ce que vient de m’envoyer un membre de l’UJFP, qui ont toujours dénoncé Israël à propos d’une nouvelle ignominie de Thierry Meyssan concernant Dominique Vidal.
    Dominique Vidal est un journaliste du Monde Diplomatique qui a toujours combattu pour le peuple palestinien, mais je cède la parole à ce militant qui s’appelle Serge..;

    Solidarité avec Dominique Vidal

    Je me dois de clamer mon écœurement face aux propos diffusés à l’encontre de Dominique Vidal sur le site « réseau Voltaire ». Je veux exprimer ma solidarité à l’égard du militant et mon inquiétude d’un enchaînement où la haine répondrait à la haine.

    J’ai connaissance de Dominique Vidal comme militant à l’AFPS, une des organisations de notre pays pour la solidarité à la Palestine et la paix au Proche Orient. Je le connais comme un infatigable journaliste spécialiste des pays de cette région. Je peux éventuellement ne pas partager telle ou telle de ses positions, il demeure que j’apprécie vivement ses rigoureux efforts d’informations. C’est toujours avec un grand intérêt que je retrouve ses écrits dans le « Monde Diplomatique » ou dans la « Presse Nouvelle Hebdomadaire » (journal de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide).

    Lorsque l’attaque est basse, sale, et, disons le, salement antisémite, je veux témoigner de mon amitié et de ma solidarité à l’égard de celui qui est visé. Le choix du site contre Dominique Vidal relève de l’infamie raciste.

    Dominique Vidal est connu comme Dominique Vidal, son nom de plume. Le site a choisi de faire figurer le nom de son père, cela ne relève pas du hasard. Ce nom est bien de consonance juive, essentiel pour que le lecteur du site comprenne la traîtrise du journaliste.

    Comprendre que ce traître, infiltré dans les rangs de la solidarité à la Palestine, ne peut être là que pour manipuler et détourner les sincères militants qui liraient le Monde Diplomatique.

    Et il y a preuve de cette traîtrise : des articles rendant compte de la société israélienne.

    Pour ce site rendre compte d’une réalité qui lui déplait devrait-être censuré. Ce n’est pas l’opinion du journaliste sur la situation en Israël qui est l’objet du pamphlet, ce qui aurait été respectable. C’est bien le droit de parler d’une réalité qui est déniée. La réalité d’Israël. C’est un appel à l’obscurantisme.

    Vidal est un juif, un manipulateur et un traître. Voilà ce que véhicule le « réseau voltaire » que j’ai connu en un temps lointain d’une autre valeur.

    Moi qui suis juif, qui ai combattu et combats toujours les juifs qui dénient aux palestiniens leur existence, leurs droits, je ne peux abandonner au silence cette expression de haine en retour. Chaque pays a ses moments de grandeurs et d’autres de déshonneur. Je sais bien, et avec douleur, que l’Etat israélien est dans ce sombre passage sanglant et honteux, de déshonneur. Je veux combattre pour que la justice triomphe, qu’Israel et Palestine vivent en égalité de respect et de droit, dans les frontières sûres et intégrales de 67, que le Tribunal International soit saisi pour juger des « crimes de guerre, voir contre l’humanité ». Je veux que la paix se construise sur le droit. Comme en tout lieu de la planète.

    Je suis soucieux face à ces expressions de haine. Une haine que je sais nourrie du mépris des lois par l’Etat d’Israël, par les crimes perpétrés et lâchement abandonnés sans réaction par les gouvernements, par un colonial dédain des hommes et femmes de Palestine. Mais la haine ne peut être l’avenir de l’humanité.

    Je suis du camp de la paix, dans notre diversité d’origines et de convictions. Se taire serait laisser la « bête immonde » nous envahir. Si nous laissons s’insinuer les saletés antisémites dans notre camp, alors c’est l’espoir de paix et de dignité que nous abandonnons.

    Serge

    je m’associe à cette protestation, je connais Dominique depuis des années, alors que nous étions ensemble à Révolution, je ne l’ai jamais vu dévier à sa ligne de soutien au peuple palestinien…
    La seule chose que je reprocherais à cette prise de psoition c’est qu’elle imagine que Thierry Meyssan fait partie de “notre” camp…
    Moi je n’ai rien à voir avec lui..;

    danielle bleitrach


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